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Ramirez, Richard

Nom : Ricardo (puis Richard) Leyva Munoz Ramirez
Surnom : "The Night Stalker" (le traqueur de la nuit)
Né le : 28 février 1960, à El Paso (Texas) - Etats Unis
Mort le : 7 juin 2013, de causes naturelles, après son transfert dans un hôpital de San Francisco, Californie.

Le fameux "Night Stalker" a terrorisé les nuits des habitants de Los Angeles et de San Francisco durant des mois. Il pénétrait dans des maisons par effraction, puis il tuait, cambriolait, frappait, menaçait, violait... Il laissait également des symboles sataniques sur certains lieux de ses crimes. Fan d’occultisme et de heavy metal, il se prenait pour le "traqueur de la nuit", un être malfaisant et tout puissant. Mais sa trop grande confiance en lui la perdu et il a laissé des empreintes un peu partout. La police l’a identifié et a publié sa photo dans les journaux. Reconnu par les habitants de son propre quartier, il a failli être lynché... et a été sauvé par des policiers.

Informations personnelles

Ricardo Ramirez est né dans le quartier hispanique d’El Paso au Texas. Sa famille était pauvre et, dès l’enfance, il commença à voler. Son père, Julian, un immigré clandestin qui travaillait pour la société des chemins de fer, et sa mère, Mercedes, eurent sept enfants en tout. Ricardo était le plus jeune, le petit dernier.
Catholique, Mercedes Ramirez tenta d’élever ses enfants de son mieux et de les guider afin qu’ils suivent "le chemin du Seigneur". Elle y parvint avec tous sauf Richard. Les instituteurs de l’école primaire expliquèrent qu’il aurait pu être un bon élève s’il s’était intéressé aux études. Il redoubla plusieurs classes, passant plus de temps sur les jeux vidéos d’arcade qu’à l’école.
Tout jeune, il fut arrêté plusieurs fois alors qu’il cambriolait des maisons ou volait dans des magasins. A chaque fois, il fut condamné à des travaux d’intérêts généraux, mais fut finalement envoyé dans une maison de redressement.

Adolescent, il n’avait que trois intérêts dans la vie : les arts martiaux, la marijuana et le heavy metal. Selon un ami, il adorait Black Sabbath et Judas Priest. Peu à peu, il s’intéressa également aux pratiques occultes. Il semblait préoccupé par le satanisme et les histoires de magie noire, de démons et de dragons.
Sa mère l’envoya au catéchisme, espérant qu’il adopterait la manière de vivre d’un "bon chrétien", mais il apprit ses leçons à l’envers... Après le catéchisme, il allait à la bibliothèque et lisait des ouvrages sur Satan et les anges déchus : les personnages que son professeur critiquait pour louer Jésus et ses Apôtres.

Richard fut de nouveau suspecté de vol mais la police ne put rien prouver. Sa première arrestation en tant qu’adulte fut pour possession d’une petite dose de marijuana, la seconde pour la même raison et la troisième pour conduite dangereuse. Il échappa à la prison en acceptant des travaux d’intérêt général et trois années de mise à l’épreuve.
A 20 ans, il quitta El Paso et partit pour la Californie.

Entre le moment où il quitta sa ville natale, en 1980, et celui où il commença à tuer, en 1984, Ramirez fut arrêté pour des délits mineurs. Il passa son temps à boire dans les bars en parlant de Satan, et à fumer des joints.

Il dormait parfois dehors, portait des vêtements sales et ne se nourrissait quasiment que de nourriture de fast-food. Il n’avait pas de travail mais il avait toujours de l’argent. Il se vanta auprès d’amis de posséder un "pass" qui lui permettait d’entrer dans les voitures.
Il cambriolait souvent les maisons pour voler l’électroménager et les bijoux, qu’il revendait pour s’acheter de la cocaïne.



Crimes et châtiment

La nuit du 28 juin 1984, un homme entra dans le petit appartement de Jennie Vincow, 79 ans, situé à Glassel Park (dans la ville de Glendale, banlieue de L.A.). Il faisait chaud et l’humidité avait étouffé Los Angeles toute la journée. Le soir venu, la température avait baissé et la vieille dame avait ouvert sa fenêtre pour laisser entrer un peu d’air frais. L’homme passa par cette fenêtre, la viola et la brutalisa. Il la laissa presque décapitée, étendue dans son sang, et repartit par la même fenêtre.
Le corps de Jennie Vincow fut découvert par son fils, qui vivait tout prêt. Elle avait été égorgée et poignardée à plusieurs reprises. Les policiers furent choqués par cette brutalité et voulurent rapidement trouver l’assassin, mais les indices ne les menèrent nulle part.
Les « Hillside Stranglers », Bianchi et Buono, avaient également opéré à Los Angeles (jusqu’en 1979) mais s’étaient attaqué à des femmes jeunes et souvent prostituées. Les enquêteurs ne songèrent donc pas immédiatement à un tueur en série.

Moins d’un an plus tard, l’homme frappa à nouveau. Le 17 mars 1985, peu avant minuit, Maria Hernandez gara sa voiture dans le garage de son immeuble, juste en dehors de Los Angeles. Lorsqu’elle sortit de son véhicule, l’homme, qui attendait derrière un pilier, la visa avec son arme. Et l’aperçut et le supplia de ne pas tirer mais il ne l’écouta pas. Elle tomba à la renverse lorsqu’il fit feu et le tueur, pensant qu’elle était morte, passa à côté d’elle pour entrer dans la voiture. Mais Maria Hernandez avait eu beaucoup de chance car la balle avait ricoché sur les clés qu’elle tenait à la main, la blessant simplement aux doigts. Le tueur s’en alla. Lorsqu’elle eut repris ses esprits, Maria Hernandez se précipita vers son appartement. Là, elle découvrit sa colocataire, Dayle Okazaki, 33 ans, dans une marre de sang. Le tueur l’avait abattue d’une balle dans la tête, à bout touchant. Et il avait disparu.
Hernandez, sous le choc, ne fut pas capable de donner une description très précise du tueur. Il était grand, très brun, maigre et "peut-être" Hispanique.

Le tueur n’attendit pas une autre année avant de commettre son troisième meurtre. En fait, il attendit à peine une heure. Une étudiante Taïwanaise, Tsai-Lian Yu, conduisait sa Chevrolet jaune sur la North Alhambra Avenue, près du parc Monterey, et s’arrêta au feu. Avant qu’elle ait eu le temps de réagir, un homme ouvrit la porte, la saisit et la traîna sur le trottoir en l’insultant, puis lui tira une balle dans la tête.

Les policiers commencèrent à comprendre que ces meurtres étaient peut-être reliés entre eux. Des témoins qui avaient assisté au meurtre de Tsai-Lian Yu expliquèrent que le tueur était grand, très brun, maigre et "peut-être" Hispanique.
Une description qui correspondait malheureusement à des milliers d’hommes de Los Angeles.

Dix jours plus tard, le tueur frappa de nouveau. Il pénétra dans l’habitation d’un couple, Vincent et Maxine Zazzara, qui sommeillaient devant la télévision. Le tueur abattit Vincent d’une balle dans la tête et tabassa Maxine au point de la défigurer. Il la poignarda au cou, au visage, au cœur, à l’abdomen et au pubis. Avec son couteau, il s’attaqua également à ses yeux, qu’il emporta avec lui...
Le lendemain matin, leur fils découvrit le massacre et appela la police.
Les enquêteurs trouvèrent des traces de pas, visiblement des "tennis", dans la cuisine et sur le parterre de fleurs, indiquant par où le tueur était entré. Cette fois-ci, il n’y avait eu aucun témoin, mais un mode opératoire commençait à apparaître. Bien que ne possédant pas de preuves formelles, les policiers songèrent que le même homme avait assassiné Vincow, Okazaki, Yu et les Zazzara. Le tueur devenait de plus en plus audacieux et brutal.
Des policiers investirent les quartiers où le tueur avait frappé, interrogeant les étrangers, arrêtant les promeneurs tard le soir et cherchant des témoins. Ce qui n’apporta malheureusement pas grand chose.

Le 14 mai 1984, le tueur entra dans la maison d’un autre couple, Harold et Jean Wu, 66 et 63 ans, toujours par la fenêtre. Il tira d’abord sur Harold, en pleine tête, puis frappa Jean, qui était handicapée, au visage. Il lui ordonna de lui donner son argent mais elle assura qu’elle n’en avait pas. Il lui attacha les mains dans le dos et la fit rouler au milieu du lit, sur le corps de son époux mourant. Il mit la maison sans dessus dessous, tirant les tiroirs et ouvrant les armoires, à la recherche d’argent. Mais il ne trouva rien. Il revint dans la chambre et viola brutalement Jean Wu. Souriant, moqueur, il s’en alla, lui laissant la vie sauve.
Mme Wu, encore tremblante, expliqua aux enquêteurs que le meurtrier était grand, maigre, très brun et Hispanique. Une description qu’ils connaissaient déjà...

Le 30 mai 1984, le tueur pénétra dans l’habitation de Ruth Wilson, 41 ans. Elle fut réveillée par la lumière d’une lampe-torche et aperçut un pistolet. L’homme lui demanda où était son argent. Avant qu’elle ait pu répondre, l’intrus la saisit par sa robe de nuit et la conduisit jusqu’à la chambre de son fils de 12 ans. Utilisant le gamin terrifié comme pression, il ordonna à Ruth Wilson de lui donner des objets de valeur. Elle lui expliqua où se trouvaient des bijoux et il sembla satisfait par le collier en diamant qu’il trouva. Il enferma pourtant le garçon dans le placard et ramena Ruth Wilson dans sa chambre. Il lui attacha les mains dans le dos, puis la viola et la sodomisa, tout en lui ordonnant de dire qu’elle aimait et adorait Satan... Puis il partit, lui laissant la vie sauve, ainsi qu’à son fils.
Lorsque la police l’interrogea, elle donna la description classique : grand, maigre, très brun et hispanique.

La police produisit des portraits - robots du tueur établis grâce aux descriptions des victimes survivante et à celles des témoins du meurtre de Tsai-Lian Yu. Le suspect était hispanique, avait entre 25 et 30 ans et portait des cheveux noirs assez longs, gras et ébouriffés. Il était très maigre, avait une mauvaise peau, des lèvres minces et un menton carré. Selon Ruth Wilson, ses dents étaient pourries. Il était toujours habillé en noir.
Des unités de policiers continuaient de parcourir la ville et sa banlieue. Les enquêteurs vérifiaient toutes les informations reçues et cherchaient quiconque ressemblait au portrait robot. Mais les crimes continuaient.

L’agression du 1er juin 1984, le lendemain de celle de Ruth Wilson, ajouta une note démoniaque à tous ces meurtres. Malvia Keller, 83 ans, institutrice à la retraite, et sa sœur invalide Blanche Wolfe, 79 ans, furent férocement battues dans leur petite maison de Monrovia, près de l’une des autoroutes d’état de Los Angeles.
Elles furent découvertes par leur jardinier le lendemain matin. Elles avaient été frappées avec un marteau. Blanche Wolfe était mourante et perdait son sang par une blessure à la tête. Elle avait été violée. Malvia Keller, qui avait succombé, avait les mains et les pieds attachés. Elle avait été écrasée par une lourde table que le tueur avait retournée sur elle.
Le tueur avait dessiné un pentagramme inversé - symbole satanique - sur sa cuisse avec du rouge à lèvre. Un autre pentagramme était dessiné sur l’un des murs de la chambre de Blanche Wolfe.
Ce symbole d’un culte satanique ne surprit pas le Shérif du comté de Los Angeles, Sherman Block, qui suspectait depuis un moment que les crimes soient de cette origine. Une casquette de base-ball noire portant la griffe du groupe de rock AC/DC avait été trouvée non loin de Dayle Okazaki. Ce groupe était connu à l’époque pour avoir créé des chansons aux paroles "tendancieuses"... Dans le journal "Los Angeles Times", on put lire : « Les autorités se concentrent sur l’album d’AC/DC "Highway to Hell" et notamment la chanson "Night Prowler" (le rôdeur de la nuit) qui dit : "Quel est ce bruit à ta fenêtre ? Quelle est cette ombre sur l’abat-jour ? Tu es étendue là nue comme un corps dans un tombeau, vie suspendue, alors que je me glisse dans ta chambre ». Il s’avérerait par la suite que le tueur adorait cette chanson...

Durant les six semaines qui suivirent, la région de Los Angeles connut une autre série de crimes si brutaux que la ville fut plongée dans la panique. Comme le tueur s’en prenait aussi bien aux hommes qu’aux femmes, aux jeunes qu’aux vieux, aux blancs qu’aux orientaux, personnes ne se sentaient en sécurité et les gens se barricadaient chez eux. Le tueur n’exprimait aucune préférence pour une culture, un âge, une couleur de peau, un sexe ou même une zone géographique : ses meurtres avaient eut lieu dans un périmètre de 60km autour du centre de Los Angeles. Il tuait parce que l’opportunité se présentait.

Les polices municipales et celles du comté de Los Angeles travaillaient jour et nuit. Elles reconnurent officiellement la gravité du problème. Personne n’était en sécurité.
Le Sergent Frank Salerno avait travaillé sur l’enquête des "Hillside Stranglers" quelques années auparavant, et avait été le premier à affirmer que les meurtres de Los Angeles étaient l’œuvre d’un tueur en série. En juin 1985, il avait relevé les similarités entre les meurtres, avait trouvé des cartouches de calibres 22 en divers endroits et plusieurs empreintes de chaussures de tennis, des Reebok taille 45. La description du tueur, un grand homme brun, était toujours identique. Et plusieurs meurtres portaient la trace du satanisme.
Salerno compara ses notes avec celles de la police de Los Angeles. Peut-être ses collègues avaient-ils connaissances d’affaires semblables, irrésolues, qu’ils pourraient comparer. Personne ne voulait qu’une situation similaire à celle de l’affaire des "Hillside Stranglers", où la police de Los Angeles et les agents du Shérif avaient travaillé séparément, se représente : ils avaient manqué des opportunités d’arrêter les tueurs, avaient provoqué une grande confusion... et beaucoup d’embarras.
Un groupe spécial fut créé, comportant des enquêteurs de tout le comté et de la ville de Los Angeles. Ils échangèrent leurs informations et collaborèrent durant leurs enquêtes. L’équipe de Salerno créa une base de données informatisée (en 1985 !) qui emmagasina toutes les informations possibles sur l’affaire.
Pourtant, malgré leur bonne volonté et leur travail acharné, les policiers ne purent empêcher le tueur de frapper à nouveau.

- Le 27 juin, Patty Higgins, 32 ans, fut assassinée chez elle, à Arcadia. Le tueur lui coupa la gorge.
- Le 2 juillet, ce fut Mary Louise Cannon, 75 ans, qui fut égorgée et battue chez elle.
- Quelques jours plus tard, Diedre Palmer, 16 ans, survécu à l’agression du tueur, qui la battit avec un tuyau en acier.
- Le 7 juillet, Joyce Lucille Nelson, 61 ans, fut battue à mort dans sa maison de Monterey Park. Le tueur la mutila.
- Le même soir, le tueur s’en prit également à Linda Fortuna, 63 ans, toujours à Monterey Park, qui fut agressée sexuellement et cambriolée mais que le tueur abandonna sans la tuer.
- Le 20 juillet, Maxson et Lela Kneiding, 66 et 64 ans, furent attaqués dans leur lit alors qu’ils dormaient, dans leur maison de Glendale. Le tueur leur tira dans la tête et les mutila, décapitant presque Maxson Kneiding.
- Le même soir, le tueur s’en prit à la famille Assawahem, qui vivait à Sun Valley. Le mari, Chitat, 32 ans, fut abattu dans son lit, d’une balle dans la tête. Le tueur saisit son épouse, Sakima, 29 ans, la traîna hors du lit, la frappa, la viola et la força à lui faire une fellation. Le tueur l’obligea à affirmer qu’elle aimait et adorait Satan. Il l’attacha et alla dans la chambre de leur fils de 8 ans, qu’il frappa et viola. Il prit de l’argent liquide et s’en alla.
- Le 5 août, Christopher et Virginia Petersen, 38 et 27 ans, furent attaqués chez eux, à Northridge. Mais ils étaient forts tous les deux et le calibre de l’arme était petit. Le tueur tira dans le visage de Virginia, la défigurant, et dans la tête de Christopher. Celui-ci parvint pourtant à se lever et à se jeter sur le tueur. Affolé, celui-ci s’enfuit. Le couple survécut.
- Le 8 août, le tueur agressa un autre couple, Ahmed et Suu Kya Zia, 35 et 28 ans, chez eux, à Diamond Bar. Ahmed fut tué d’une balle dans la tête. Suu fut attachée, tabassée et violée mais elle survécut. Leur fils de 3 ans, Aamar, fut agressé lui-aussi.

Les journalistes avaient donné des surnoms au tueur : « l’intrus de la vallée », « le tueur qui entre chez les gens »... Le Los Angeles Herald-Examiner trouva le surnom qui allait lui rester : le « Night Stalker » (le traqueur de la nuit). La ville était terrifiée.

Mi-août, la force spéciale inclut les agences de police de la banlieue de Los Angeles et atteignit un effectif de 200 hommes. Le Sergent Salerno fit appel à des experts du FBI afin de dresser un profil psychologique du tueur et de restreindre les recherches. Les enquêteurs consultèrent même des spécialistes en culte et en rituels sataniques.
Les policiers, suivant la théorie des meurtres satanistes, investirent les lieux où ce genre de groupes se rassemblaient. Ils interrogèrent les membres de ces communautés dans l’espoir d’identifier le tueur parmi eux, sans résultat. Mais ils découvrirent une empreinte de chaussure qui correspondait à celle que le tueur avait laissé sur plusieurs scène de crime, des Reebok taille 45, sur le sol d’une maison abandonnée servant de "temple" à un culte, à l’est de Los Angeles.
Salerno voulait que le tueur sente que la police était à ses trousses, panique et commette une erreur qui permettrait de l’appréhender. Il s’assura que la force spéciale maintenait le contact avec les médias et leur fournissait les indices qu’ils découvraient, afin de donner l’impression au tueur qu’ils se rapprochaient de lui.

La force spéciale et les hommes du shérif tinrent une conférence de presse durant laquelle ils confirmèrent l’existence du tueur en série dans la vallée de Los Angeles. Ils demandèrent à la population de garder son calme, de fermer portes et fenêtres (malgré la chaleur) et d’informer la police de toute activité ou personne suspecte.
La conférence de presse fut le point de départ d’une campagne médiatique destinée à rendre le publique plus actif dans l’appréhension du "Night Stalker". La force spéciale distribua des posters et des prospectus représentant le portrait-robot du tueur. Les mêmes posters furent placardés dans tous les coins de la ville. Personne ne pouvait plus marcher à Los Angeles et ses alentours sans rencontrer ce visage.
La police reçue des centaines d’appels concernant un voisin, un passant, un membre de la famille qui ressemblait au "Night Stalker". Les enquêteurs vérifièrent absolument tout. Les vagabonds et les clandestins furent interrogés, tout comme les "personnages" étranges de tous les quartiers. La population, d’un groupe d’individus terrorisés, se transforma en une communauté de chasseurs téméraires. Les gens achetèrent des armes ou saisirent des pelles, des pioches, des couteaux de cuisine ou tout ce qui leur tombait sous la main, dans le but de se défendre.
Le tueur trouva des lampes allumées, des gens éveillés, des gardiens armés, des groupes de citoyens faisant des rondes, des fenêtres fermées, des jardins illuminés... Les voitures de police, banalisées ou non, patrouillaient dans toute la ville. Des volontaires en uniforme parcouraient les moindres recoins à la recherche du tueur.
Ce dernier, comprenant que les choses devenaient dangereuses pour lui, préféra partir... et aller tuer ailleurs.

Dans la nuit du 17 août 1985, le tueur assassina un couple d’origine chinoise, Peter et Alberta Pan, à San Francisco, à 550km au nord de Los Angeles. Il entra par la fenêtre, comme à son habitude, et trouva le couple endormi dans son lit. Il leur tira dans la tête, puis fouilla la maison à la recherche d’argent ou d’objets précieux. Avec du rouge à lèvres, il dessina des pentagrammes, des insultes et des messages ("Jack le couteau") sur les murs, comme pour narguer la police.
Le lendemain, le fils du couple découvrit le carnage. Sa mère était encore en vie. Elle survécut mais resta invalide. La police réalisa qu’une fenêtre de derrière était ouverte. Des traces de tennis Reebok étaient visibles, de la fenêtre à la chambre des Pan, mais aussi dans le salon saccagé.

Les policiers de San Francisco comprirent immédiatement que le "Night Stalker" de Los Angeles avait fui la "cité des anges" pour venir chez eux. Le mode opératoire était distinctif : entrer par une fenêtre, tuer l’homme en premier, et laisser des dessins satanistes. Les balles retirées du corps de M. Pan correspondait également à celles utilisées dans les meurtres de Los Angeles.
Comparant ses notes avec celles du Sergent Salerno, le détective Frank Kowalski, de San Francisco, apprit qu’une Pontiac 1978 marron, qui avait été remarquée alors qu’elle tournait dans les rues avant le meurtre des Pan, avait également été vue rôdant avant le meurtre de Ahmed Kya Zia, à Los Angeles.
Les autorités locales commencèrent à se demander si le tueur n’avait pas déjà voyagé entre Los Angeles et San Francisco, et s’il n’avait pas commis d’autres meurtres irrésolus à San Francisco.
Le 1er février 1985, la police avait découvert le corps mutilé de Christina Caldwell, 58 ans, et de sa sœur Mary, 70 ans. Elles avaient été poignardées à mort. Le tueur était entré par la fenêtre et avait fouillé leur appartement.
Le 2 juin 1985, un jeune homme de 29 ans, Edward Wildgans, avait été abattu d’une balle dans la tempe. Sa petite amie, Nancy Brien, avait été violée mais avait survécu. Interrogée, celle-ci donna une description de son agresseur correspondant à celle du "Night Stalker".
Les policiers de San Francisco disséminèrent sans attendre des posters et des prospectus fournis par la police de Los Angeles. Les patrouilles furent doublées la nuit, particulièrement dans les quartiers hispaniques.
Les enquêteurs apprirent qu’un homme ressemblant au portrait-robot avait séjourné à l’hôtel Bristol durant la semaine du meurtre des Pan. Le directeur de l’hôtel se souvenait de cet homme car il était toujours vêtu de noir et sentait mauvais. Il était parti l’après-midi précédent le meurtre. Le directeur avait découvert un pentagramme inversé sur la porte de la chambre face à celle qu’occupait l’homme. Il lui avait donné un faux nom et avait payé en liquide.

Le tueur avait abandonné sa Pontiac marron qu’il conduisait depuis plusieurs semaines car il savait qu’on l’avait remarquée. Il avait également quitté San Francisco. Il avait volé une Toyota 1976 orange, loin d’être discrète, et le 25 août, vers minuit, il la gara devant une maison à Mission Viejo, une riche communauté située non loin de Los Angeles.
Le tueur entra chez William Carns et sa fiancée Renata Gunther, qui dormaient dans leur chambre. Il tira dans la tête de Carns et frappa Renata Gunther en l’insultant, puis la viola. Il la força à jurer qu’elle aimait Satan et à lui faire une fellation.
Il partit sans la tuer.

Peu après, une dame nommée Donna Myers et son ami Serafin Arredondo, rendirent visite à la police. Elle vivait dans le quartier hispanique de San Francisco et avait loué une chambre à un jeune homme qu’elle connaissait sous le nom de "Ricky". Il était grand, maigre, hispanique et... étrange. Surtout, il ressemblait beaucoup au portrait-robot de la police. "Ricky" était originaire du Texas et voyageait à travers la Californie, principalement entre San Francisco et Los Angeles. Il lui avait souvent parlé de son intérêt pour l’occulte et la magie noire. Il s’intéressait beaucoup au "Night Stalker" et lui avait dit en souriant qu’il était le tueur. Elle avait cru qu’il plaisantait mais lorsqu’elle avait vu le portrait-robot, elle s’était posé des questions.
Serafin Arredondo montra aux enquêteurs des bijoux masculins qu’il avait achetés à "Ricky" quelques jours auparavant. "Ricky" avait affirmé être en manque d’argent et ne les lui avait pas vendu très chers. Mais Arredondo avait lu que le "Night Stalker" cambriolait ses victimes, alors... Il s’avéra que les bijoux appartenaient à Monsieur Pan. Des policiers en civil commencèrent immédiatement à surveiller la maison de Donna Myers, au cas où "Ricky" reviendrait.

A Mission Viejo, des témoins contactèrent la police : ils avaient vu une Toyota orange tourner dans les rues, tard dans la nuit, peu avant l’agression chez Carns et Gunther.
Le 27 août, la Toyota fut découverte sur un parking à Los Angeles. Les policiers la firent surveiller durant 24 heures avant de décider qu’elle avait été abandonnée et que le tueur ne viendrait pas la chercher. Le véhicule fut fouillé de fond en comble et on y releva des empreintes digitales. Celles-ci furent remises au laboratoire du bureau du Shérif du Comté, qui testait justement un système informatisé tout neuf de comparaisons d’empreintes. Il ne fallut que 3 minutes au système pour comparer l’empreinte partielle retrouvée dans la voiture avec les 380 000 jeux d’empreintes de la base de données et fournir un nom aux policiers : celui d’un petit voleur et voyou originaire du Texas, Ricardo Ramirez.
La police devait à présent chercher ce suspect et en savoir plus à son sujet.

Les enquêteurs apprirent qu’il avait été arrêté en 1984 pour vol de voiture mais libéré par manque de preuves. Il utilisait de nombreux pseudonymes : Richard Moreno, Noah Jimenez, Nicolaus Adame, Richard Munoz et Richard Mona. Il avait américanisé son nom, passant de Ricardo à Richard. Vagabond, magouilleur, il passait son temps dans les rues et dans les bars, consommant des drogues et de l’alcool. Il était toujours vêtu de noir, grand, maigre, brun et hispanique.
Ils décidèrent de publier sa photo dans tous les journaux de la région.

Le matin du 31 août 1985, Ramirez descendit d’un bus à la gare centrale de Los Angeles. Il revenait de Phoenix, en Arizona, où il était allé acheter de la cocaïne juste après le meurtre de William Carns.
Inconscient ou trop sur de lui, il était revenu dans la "cité des anges" avec l’intention de voler un autre véhicule et de recommencer à tuer. Il ne savait pas que la police connaissait l’identité du "Night Stalker" et que son nom et son visage faisaient la une de tous les journaux du pays. Il se dirigea vers le quartier hispanique, à l’est de Los Angeles. Vers 8h30, il entra dans une épicerie pour acheter une bouteille de whisky et remarqua un journal où figurait son visage en première page. Il paniqua et sortit du magasin comme une furie.
Mais les clients de l’épicerie l’avaient déjà reconnu. Ils commencèrent à crier pour prévenir les passants.

Ramirez se mit à courir en zigzaguant entre les rues pour éviter de se faire prendre. C’était un jour férié et les résidents du quartier se promenaient en profitant du soleil. Et tout le monde se tournait dans sa direction, le pointant du doigt en criant. Des passants avertirent des policiers en patrouille, d’autres appelèrent directement le central. Des voitures de police convergèrent vers le quartier où Ramirez s’était si souvent caché mais que les habitants étaient en train de cerner.
Paniqué, hors d’haleine, Ramirez frappa à une porte et implora la femme qui vint lui ouvrir de l’aider. Mais elle le reconnut et referma brusquement. Ramirez se remit à courir. Il tenta d’entrer de force dans une voiture conduite par une femme mais le passager, époux de la conductrice, le frappa violemment. Puis quatre hommes, Manuel De La Torre, Jose, Jaime et Julio Burgoin, se jetèrent sur lui.
Ramirez ne dut la vie sauve qu’aux policiers qui arrivèrent au même moment, car la foule était prête à le lyncher.
Tremblant, abasourdi, il fut relevé par les hommes en uniforme. En larmes, il bredouilla : « Sauvez-moi, je vous en prie. Merci mon Dieu, vous êtes là ! C’est moi, je suis le type que vous cherchez. Sauvez-moi avant qu’ils ne me tuent. »
Le terrible "Night Stalker" n’était plus qu’un pauvre type terrifié...

Les Californiens, le pays tout entier et le procureur de l’état s’attendaient à ce que le procès du "Night Stalker" soit rapide et qu’il obtienne la peine de mort. Les preuves étaient nombreuses, tout comme les témoignages, et continuaient à apparaître jour après jour.
Mais le procès de Richard Ramirez ne commença qu’en 1989, en raison des renvois, ajournements, manipulations et manœuvres légales des avocats, de la famille de Ramirez, des antagonismes entres les avocats du tueur, et du comportement de Ramirez lui-même. La défense cherchait la moindre échappatoire, criait aux parti pris et aux préjugés, et les exposaient devant les médias...

Le 4 septembre 1985, Ramirez assista à son audience préliminaire afin d’entendre les charges qui pesaient contre lui. La tête baissée, il écouta le juge l’accuser de cambriolage et de vol, du meurtre de Harold Wu, de viol, de sodomie et de copulation orale forcée sur la personne de Jean Wu, ce qui pouvait déjà lui valoir la peine de mort. Simultanément, les autorités de San Francisco l’accusèrent des meurtres des Pan et celles du Comté d’Orange l’inculpèrent du meurtre de William Carns et du viol de Renata Gunther.
Ramirez ne fut pas immédiatement inculpé des autres meurtres et viols car, comme le procureur Reiner l’expliqua aux journalistes, des montagnes de preuves devaient encore être analysées et examinées. Ainsi, durant les mois qui suivirent, Ramirez fut de nouveau inculpé de 14 meurtres mais aussi de tentatives de meurtres, de vol et de cambriolage, de viol et d’agression sexuelle.
Les enquêteurs avaient recueilli des preuves dans les affaires concernant les meurtres, agressions et/ou viols de Jennie Vincow, Dayle Okazaki et Maria Hernandez, Tsai-Lian Yu, Vincent et Maxine Zazzara, Harold Wu, Ruth Wilson, Malvia Keller et Blanche Wolfe, Patty Higgins, Mary Louise Cannon, Diedre Palmer, Joyce Lucille Nelson, Linda Fortuna, Mason et Lela Kneiding, Chitat Assawahem, Christopher et Virginia Petersen, et Ahmed Zia.
Ramirez fut également inculpé de crimes dont il n’avait d’abord pas été suspecté mais auxquels la police était parvenu à le relier : le cambriolage d’un homme à Eagle Rock, Thomas Sandova, le 2 mars 1985 ; l’enlèvement et le viol d’une fille de 8 ans à Eagle Rock, le 20 mars, et la cambriolage de la maison de Clara Hadsall, à Monrovia.

Alors que les autorités désiraient commencer le procès rapidement, elles durent faire face à un cirque juridique, un marathon qui allait durer 4 ans, coûter à l’état près de 2 million de dollars, impliquer 6 avocats de la défense et 3000 interviews de jurés !
Ramirez profita de ce temps perdu pour se faire réparer les dents, aux frais du contribuable Californien...




Article publié le : 10 juin 2006