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George, Guy

Nom : Guy Rampillon, devenu Guy Georges à 4 ans.
Surnom : "La bête de la Bastille", "Le tueur de l’Est Parisien".
Né le : 15 octobre 1962, à Vitry-le-François (Marne) - France
Mort le : encore vivant (condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans)

Les autorités françaises étaient censées posséder une base de données informatisée des délinquants sexuels condamnés dès l’an 2000. La police détenait l’empreinte génétique de Guy Georges, alias "Tueur de l’Est Parisien", et aurait pu l’arrêter dès son 5ème meurtre. Mais cette empreinte n’était pas enregistrée dans la base de données d’un ordinateur. Elle était enfouie dans un dossier, entre des milliers d’autres dossiers, au milieu de centaines de caisses, dans des dizaines d’armoires... Guy Georges a pu continuer à violer et assassiner des jeunes femmes, sept en tout. Et il en a agressées plus de 10 autres, traumatisées à jamais.

Informations personnelles

Guy Georges est le fils d’un soldat noir américain (cuisinier dans une base de l’OTAN de la banlieue parisienne), George Cartwright, et d’une jeune femme blanche "aux mœurs légères", Hélène Rampillon, déjà mère d’un premier enfant non désiré, Stéphane...
George Cartwight était marié et les autorités américaines faisaient rentrer leurs soldats "au pays". La mère de Guy Rampillon se retrouva donc seule. A sa naissance, Guy le petit métis devint un secret, un sujet tabou. Ses grands parents n’apprirent son existence que par un télégramme, dans lequel sa mère menaçait de laisser le bébé à la police ou à la DDASS. Les grands parents, qui élevaient déjà Stéphane, voulurent alors s’en occuper, mais, lorsqu’ils réalisèrent que le bébé était noir, ils le rejetèrent. Il fut confié à une nourrice.
Hélène Rampillon refit sa vie sans aucun remords et ne s’occupa plus de son fils.

En 1963, la nourrice prévint la DDASS et Guy Rampillon fut placé dans le "service départemental de l’Aide à l’enfance" du Maine-et-Loire. La DDASS confia alors le bébé aux époux Morin, dans la banlieue d’Angers.
En 1968, dans la perspective de son adoption, la DDASS changea le nom de Guy Rampillon et le transforma en "George" (le prénom de son père), puis changea également son lieu de naissance (Vitry-le-François) et le transforma en "Angers". A six ans, Guy George était orphelin, il ne savait même plus de qui il était le fils, quel était son véritable nom de famille et la ville où il était né... Beau départ dans la vie !
Finalement, la DDASS ne trouva aucune famille de couleur pour adopter le petit Guy Georges, et aucune famille blanche qui voulut d’un enfant noir.

Les Morin avaient déjà cinq autres enfants âgés de 3 à 13 ans, lorsque Guy Georges fut placé chez eux. Unique enfant noir de la ville (et de son école), garçon élevé au milieu d’un essaim de filles, le petit Guy devint solitaire. La région où il vivait était peu peuplée et les gens y étaient plutôt réservés.
Au début, les Morins furent heureux d’accueillir le petit Guy Georges : « Il était doux, gai, farceur, affectueux, intelligent, attachant, bien élevé »... Mais, à 10 ans, il vola son premier couteau pour s’adonner à sa grande passion : la chasse. À cette époque, la seule distraction de Guy Georges, dans ce coin ennuyeux, était le braconnage dans les bois alentour. Il fabriquait des pièges et guettait parfois plusieurs heures ses proies, tapi dans les bois. Il y passa des journées entières, seul, à observer et traquer des animaux.
(Il se prenait pour "Jo", le héros des Aventures de Tom Sawyer, de Mark Twain. « Personne ne l’aime parce qu’il est Indien et qu’il est soupçonné de meurtre », explique-t-il. Adulte, il allait garder ce surnom auquel il accolerait celui de "Le Killer").
Dans la famille, les démonstrations d’affection étaient rares. Jeanne Morin était une femme bienveillante, mais autoritaire et quelque peu castratrice (selon un examen psychologique établi alors que Guy Georges avait douze ans). Mme Morin éleva jusqu’à 13 enfants à la fois, confiés par la DDASS. Chez les Morin, c’est l’autorité et l’ordre qui régnaient. La sexualité y était un sujet tabou.

Après ses 10 ans, Guy Georges changea du tout au tout. Il était toujours intelligent, avait son petit caractère, mais on s’aperçut qu’il se métamorphosait. Il poursuivit tant bien que mal une scolarité chaotique de 1974 à 1978 durant laquelle il montra « un incessant besoin de se faire remarquer, autrement que par sa couleur de peau, allant de l’affabulation à la violence ».
Il se mit à voler de l’argent dans le porte-feuille de sa mère adoptive. Il devint de plus en plus violent et ne parvint pas à s’intégrer au collège. On découvrit qu’il souffrait de boulimie.
Les frères adoptifs de Guy Georges, plus âgés, ayant quitté le foyer, le jeune adolescent se retrouva seul avec six filles. Sous la houlette de Madame Morin, elles dirigeaient la maison, et Guy Georges, qui avait été "abandonné par une femme", le supportait de plus en plus mal.

À 14 ans, en novembre 1976, il tenta d’étrangler par surprise l’une de ses sœurs adoptives, Roselyne, attardée mentale, mais elle parvint à le faire fuir. Guy Georges ne put expliquer son geste. Ses parents adoptifs tentèrent de minimiser l’événement, mais on se méfia de lui à partir de ce moment. Guy Georges se sentit encore plus isolé et différent. Il se montra agressif, rebelle à l’autorité de ses grandes sœurs.
Le 31 mars 1978, à 16 ans, il tenta d’étrangler une autre de ses sœurs adoptive, Christiane, avec une barre de fer. Mais elle parvint à se débattre et à le mordre jusqu’au sang. Madame Morin retrouva Guy Georges prostré, les yeux révulsés, dans un état second. Mais, plus tard, lorsqu’elle voulut qu’il explique son geste, il n’exprima aucun regret, ni même une émotion particulière. Elle demanda à la DDASS de reprendre Guy Georges, car elle avait à présent peur pour ses autres filles.

La DDASS plaça Guy Georges dans un foyer spécialisé. Durant son séjour, d’avril à novembre 1978, il se montra aimable et sans agressivité envers les autres pensionnaires, des paumés et des exclus, comme lui. Par la suite, il allait toujours chercher leur compagnie.
Par contre, il passait son temps à faire peur au personnel féminin du centre, avec un plaisir quasi maladif.
En juin 1978, il commença une série d’apprentissages qui se soldèrent tous par des échecs. Le 15 novembre, il fut placé dans un foyer plus "spécialisé", où les pensionnaires étaient bien encadrés et soutenus. Mais Guy Georges ne changea pas. Montrant un visage enjoué et sympathique, il se sentait en fait très seul et ne se voyait aucun avenir.
Lorsqu’il revint passer les week-ends chez les Morin, on le fit dormir dans une caravane, au fond du jardin, en exclu, « à cause des femmes » de la famille, pensa-t-il.

Le 6 février 1979, il agressa la jeune Pascale C. après qu’elle soit descendue du bus, le sourire aux lèvres. Il la suivit jusqu’à un bois, la poussa au sol, exigea son argent, puis tenta de l’étrangler alors qu’elle se mettait à crier. Il s’enfuit. Les gendarmes le retrouvèrent moins de trois heures plus tard. Guy Georges passa une semaine en prison.
Sa famille d’adoption le rejetait de plus en plus et lui demanda finalement de ne plus revenir. Guy Georges, effondré, se mit à boire. Encore mineur, il accumula les petits délits : vol à l’étalage, vol de moto, vol à la roulotte... Lorsqu’il était arrêté, il portait toujours sur lui un poignard, une paire de ciseaux ou un tournevis.

Le 5 mai 1980, il commit sa quatrième agression sur une femme, alors qu’il n’était pas encore majeur. Jocelyne S., 24 ans, rentrait chez elle, le soir, et Guy Georges lui arracha son sac. Lorsqu’elle tenta de se défendre, il la plaqua contre l’ascenseur, la poussa à l’intérieur, puis la frappa au visage avec une incroyable violence. Il s’enfuit avec son argent.
Les recherches ne donnèrent rien et Guy Georges regagna tranquillement le foyer.
Dix jours plus tard, le 15 mai, à Angers, il agressa Roselyne C., 33 ans, dans l’ascenseur. La menaçant de son couteau, il lui vola son sac. Mais Jocelyne ne voulut pas se laisser faire et Guy Georges, sans hésitation, lui planta son couteau dans la joue. Elle se mit à hurler et il s’enfuit. Deux jours plus tard, il fut reconnu par un témoin et arrêté à la garde d’Angers, alors qu’il buvait avec des clochards.
Les experts présents au procès brossèrent un portrait plus qu’inquiétant : « Immature, instable, impulsif », « état dangereux et criminologique » pouvant donner lieu à des « explosions pulsionnelles d’autant plus violentes qu’elles ont été longtemps réprimées ». L’avenir ne fit que confirmer cette sombre expertise... (Pourtant, jamais, après ces condamnations, Guy Georges ne fut suivi sur un plan psychiatrique).
Il fut condamné à un an de prison pour les agressions commises à Angers, et ressortit le 10 février 1981.

Il partit pour Paris et s’installa chez un ami. Il se mit à parcourir les rues de la capitale, qu’il finit par connaître comme sa poche. Il vécut de vols et, occasionnellement, de prostitution homosexuelle (ce qu’il a par la suite farouchement nié, et n’a fait qu’ajouter à sa honte et à sa rage).



Crimes et châtiment

Le 16 novembre 1981, il agressa Nathalie L., 18 ans, enceinte, dans le sous-sol de son immeuble du 14ème arrondissement. Il entra avec elle dans l’ascenseur et la poignarda à la poitrine, puis au cou. Ensuite, il la traîna dans un recoin du sous-sol et l’obligea à une fellation. Il la frappa une troisième fois, au ventre. Les supplications de la jeune femme n’y firent rien. Il découpa sa robe et ses sous-vêtements puis la viola. Enfin, il lui porta un dernier coup de couteau au cou et, la croyant morte, s’enfuit avec son sac. (Guy Georges a nié les faits, mais Nathalie L. l’a formellement reconnu sur les photos diffusées après son arrestation en mars 1998).
Elle réussit malgré tout à se traîner jusqu’à l’ascenseur et à alerter les secours. L’enquête - menée pour un simple "vol avec violences" ( !!!) - ne donna rien et, le 23 juillet 1982, l’affaire fut classée sans suite.

En février 1982, Guy Georges fut condamné à 5 mois de prison pour vol.

Peu de temps après sa sortie, le 7 juin 1982, il agressa Violette K. qui rentrait chez elle, dans le 16ème arrondissement. Il se jeta sur elle et la poussa sous un porche, la menaçant de son couteau. Il la maintint au sol et tenta de lui imposer une fellation, mais elle le repoussa. Il la frappa alors au cou avec son couteau, par deux fois, puis commença à l’étrangler. Elle le repoussa avec ses pieds et réussit à s’enfuir. Un agent de sécurité, alerté par ses cris, lança son chien sur l’agresseur. Guy Georges s’enfuit, mais le chien lui arracha sa sacoche qui contenait son billet de sortie de Fleury-Mérogis...
Vingt jours plus tard, il fut arrêté par la police. Il nia, inventa des alibis, tenta de changer sa physionomie pour que Violette K. ne le reconnaisse pas, mais rien n’y fit.
Le 10 février 1983, il fut condamné à 18 mois d’emprisonnement pour "attentat à la pudeur commis avec violence", alors qu’il aurait pu être condamné pour "agression sexuelle".

En prison, il s’isola encore davantage, mais eut un comportement correct. En mai 1983, il fut transféré à Ecouvres, en Meurthe-et-Moselle. Là aussi, il se comporta convenablement. Le 27 février 1984, il obtint une permission de sortie pour "bonne conduite". Il prit le car et se rendit en ville. Il voulait profiter de sa liberté.
Le soir, il se glissa dans un parking sous terrain pour "forcer" des voitures. Mais Pascale N., une étudiante de 22 ans, s’approcha pour reprendre son véhicule. Il attendit qu’elle soit installée derrière son volant pour ouvrir la portière et la menacer avec un couteau. Il lui imposa une fellation et lui porta un coup de couteau à la gorge. Puis, il la força à passer à l’arrière et commença à l’attacher et à la bâillonner, dans le but de la violer. Mais elle parvint à défaire ses liens, à ouvrir la portière côté passager et à s’enfuir. Dehors, elle se mit à hurler. Guy Georges s’approcha d’elle, son couteau à la main. Mais une voiture entra dans le parking et il disparut.
Pascale N. donna un signalement précis de son agresseur à la police. Guy Georges fut arrêté dans la soirée. Il reconnut l’agression, mais prétendit qu’il était ivre et ne se souvenait de rien. L’éthylotest, négatif, prouva qu’il mentait.
Le 5 juillet 1985, il fut condamné à dix ans de réclusion pour "viol commis sous la menace d’une arme". Il fut emprisonné à Caen, une prison "spécialisée" pour les agresseurs sexuels, auxquels on propose des thérapies adaptées. Mais elles ne sont pas obligatoires et les détenus peuvent refuser de les suivre. En fait, à peine 12% des prisonniers en suivent une. Guy Georges la refusa : il ne se sentait ni malade ni coupable, et ne comprenait pas de quoi on voulait le "guérir".
Durant quatre ans, il ne fit rien, ne chercha pas à reprendre sa scolarité ni à obtenir des diplômes, comme certains. Il se replia sur lui-même. Il passa pour un prisonnier modèle. Il passa surtout inaperçu...
Guy Georges ne vit le psychiatre qu’une seule fois, en 1989. Ce dernier estima que « la dangerosité de Guy Georges en milieu libre est difficile à cerner et rien ne prouve qu’il est devenu capable de réfréner ses pulsions ».

Le 8 janvier 1991, on lui accorda un régime de semi-liberté (il pouvait rester dehors dans la journée et ne devait rentrer à la prison que le soir, pour y dormir). Mais le 18 janvier, Guy Georges s’évapora dans la nature. Il ne réintégra pas sa cellule, il était parti pour Paris.

Il avait décidé de vivre en marge de la société. Il vola pour vivre et dormit dans les squats de l’est de Paris.

Dans la nuit du 24 au 25 janvier 1991, Pascale Escarfail, une jolie étudiante en lettres de 19 ans, fut violée et assassinée chez elle, rue Delambre, dans le XIVe arrondissement. D’une manière particulière, l’assassin avait coupé son soutien-gorge entre les bonnets et avait tailladé ses vêtements. Malheureusement, les traces de sperme, trop légères, ne permirent pas d’isoler un ADN exploitable.
Selon les éléments de l’enquête, Guy Georges aperçut Pascale Escarfail, marchant dans la rue, depuis la terrasse du café où il buvait un verre. Il "flasha" sur elle : c’était une belle jeune femme blonde qui semblait heureuse. Il la suivit jusqu’à la porte de son immeuble. Avant que celle-ci ne se referme, il entra derrière elle, monta les escaliers, la dépassa même. La jeune femme ne se douta de rien. Arrivée au 6ème et dernier étage, elle réalisa qu’il l’attendait. Elle lui demanda ce qu’il voulait. « Toi », lui répondit-il, en sortant un couteau, un Opinel n°12.
Ils entrèrent tous les deux dans le studio de l’étudiante. Sous la menace de l’Opinel, Guy Georges poussa Pascale Escarfail sur le lit. Avec du chatterton, il lui attacha les mains. Puis il découpa ses vêtements, trancha son soutien-gorge entre les deux bonnets et son slip sur les côtés. Il la viola. Elle ne se débattit pas, sans doute paralysée par la peur et le choc, sauf une fois où elle lui donna un coup de pied. Il la frappa alors de trois coups de couteau dans la région du cou dont un, mortel, qui atteint la carotide gauche. Guy Georges prit également le temps de se laver les mains, de boire une bière et d’emmener des objets qu’il revendit par la suite (un walkman, un appareil photo, une montre, une chaîne en or...).
Ce meurtre fut le premier meurtre du "tueur de l’est parisien". Il constituait la "matrice" de ses futurs assassinats : repérer une femme (jeune et belle) seule, la suivre, l’attaquer avec un couteau, avant de la violer puis de la tuer. Dans les six autres meurtres, on retrouva l’usage de la même arme, un Opinel n°12, comme la même manière d’attacher la victime et de trancher ses sous-vêtements.
Les policiers fouillèrent l’appartement de Pascale Escarfail mais ne trouvèrent aucun indice, aucune empreinte. Ils n’avaient aucune piste. Le dossier d’instruction fut confié au juge Martine Bernard. L’enquête fut menée sans grande conviction et n’apporta rien de probant aux enquêteurs. Juste avant que Guy Georges ne soit arrêté, en 1998, la juge Martine Bernard s’apprêtait à classer l’affaire "sans suite"...

Le 17 février 1991, Guy Georges se constitua prisonnier. On le réincarcéra à la prison de Caen sans se préoccuper de son emploi du temps pendant l’évasion ! Le juge d’application des peines, trop heureux de retrouver son prisonnier, ne posa pas de question à Guy Georges sur le mois qu’il avait passé à Paris ! Guy Georges pensa sûrement qu’il avait "bien eu les policiers et la justice"... et qu’il pourrait recommencer à tuer sans être inquiété.

En décembre 1991, Guy Georges fut transféré à la prison de Coutances. Il fut libéré le 4 avril 1992, alors qu’il n’avait pas encore terminé ses dix années de prison et qu’il s’était rendu coupable d’une "évasion".

Guy Georges repartit pour Paris et passa de squat en squat, s’attirant toujours la sympathie et le respect de ses colocataires. Pour tous, il était "Joe", joyeux buveur, d’humeur égale, serviable, souriant, attentif aux autres.

Seulement 18 jours après sa sortie de prison, le 22 avril 1992, il agressa une nouvelle jeune femme, Eléonore P., une étudiante qui se rendait vers minuit chez son ami, boulevard Malesherbes à Paris. Dans l’entrée de l’immeuble, Guy Georges se jeta sur elle, armé d’un Opinel n°12. Il la poussa contre le mur et lui mit son couteau sous la gorge. Il l’enfonça assez profondément pour l’entailler. Il lui demande une fellation en la menaçant de lui planter le couteau dans le ventre. Malgré sa terreur, elle commença à lui parler, "pour l’amadouer". Mais Guy Georges s’énerva et la jeta au sol. Enfin dégagée, Eléonore P. se mit à hurler. Il s’allongea sur elle et leva son couteau. Mais une lumière s’alluma. Des habitants de l’immeuble l’avaient entendu crier et arrivaient en courant. Guy Georges, avec son courage habituel, s’enfuit. Toutefois, la concierge avait pris le temps d’appeler la police qui, rapidement sur les lieux, rattrapa Guy Georges.
Par commodité...Dans leur livre ("Guy Georges, contre-enquête sur le Tueur de l’est parisien"), Franck Spendler et Omar Guendouz expliquent qu’ils ont critiqués cette décision des magistrats. Il leur a été répondu que "il vaut mieux une comparution immédiate en correctionnelle où les peines de prison peuvent être très lourdes, plutôt qu’un procès d’assises qui sont longs et coûtent cher aux contribuables"... Bien qu’étant récidiviste, il ne fut condamné qu’à 5 ans d’emprisonnement, dont 3 avec sursis... Par commodité, la justice ne reconnut pas le caractère sexuel de l’agression, ce qui excluait toute possibilité de faire un rapprochement avec lui, par la suite, pour les viols suivis d’assassinats.

Guy Georges donna à ses amis des squats de fausses raisons à son incarcération, des bagarres ou des braquages, mais n’avoua sûrement pas les viols ou tentatives de viol.

Il fut libéré le 5 novembre 1993. Il s’installa alors chez des amis, et recommença à se prostituer pour survivre, mais cette fois-ci, il "michetonna" avec des hommes riches.

Le 7 janvier 1994, Catherine Rocher, une jolie assistante de marketing de 27 ans, fut retrouvée morte dans un parking sous terrain, au 70 boulevard de Reuilly, dans le 12e arrondissement. Elle avait été violée, frappée et assassinée au couteau, dans sa voiture, alors qu’elle rentrait d’une fête chez des amis.
Son corps ne fut découvert que le lundi suivant par son patron qui lui prêtait un box dans ce parking. Avec la même signature que pour le meurtre de Pascale Escarfail : le soutien-gorge coupé entre les bonnets et les vêtements tailladés. Guy Georges s’était également emparé de la carte de crédit de Catherine Rocher (qui lui avait spontanément révélé son code, dans l’espoir que, satisfait, son agresseur s’en irait). Juste après être ressorti du parking souterrain, il retira 3800 francs (580 euros) à un distributeur de billets tout proche, comme si de rien n’était.
Guy Georges lut la presse et constata que la police n’avait aucune piste probante. Cela le conforta sans doute dans son sentiment d’impunité.

Guy Georges toucha finalement le RMI en décembre 1993. Il se proposa comme bénévole pour l’association Saint-Vincent-de-Paul, qui l’avait aidé à monter son dossier. D’ailleurs, par commodité, Guy Georges fut officiellement domicilié au siège de cette association catholique, où il passait relever sa boîte postale.
Un bénévole de l’association allait déclarer, plus tard : « Bien sûr, nous savions qu’il sortait de prison. Il était très discret, pas du tout agressif. Il restait parfois une heure à se confier, en particulier sur son absence de famille. Mais nous pensions qu’il n’avait commis que des vols... ».

Le 13 janvier 1994, six jours après la mort de Catherine Rocher, Guy Georges agressa Annie L., animatrice radio, qui rentrait tard chez elle. Il la suivit à l’intérieur de son immeuble et la plaqua au sol. Annie L. parvint à crier, mais, à cette heure tardive, personne ne réagit. Guy Georges la menaça de son couteau et lui demanda son sac. Il la força ensuite à une fellation. Puis, il lui ordonna de lui ouvrir la porte de son appartement, mais elle répondit qu’il y avait quelqu’un chez elle. Il se releva, rageur, et jeta la veste de la jeune femme au bas des escaliers. Mais elle ne réagit pas. Il descendit alors les quelques marches pour récupérer la veste, et elle en profita pour bondir jusqu’à son appartement et s’y enfermer. Seule. Guy Georges, furieux mais impuissant, quitta l’immeuble. Annie L. appela immédiatement la police, mais, cette fois-ci, la patrouille ne parvint pas à retrouver « l’homme de race noire » qui venait de s’enfuir.

Guy Georges travailla comme balayeur pour la ville de Paris durant quelques mois, gagnant de quoi vivre chichement. Il eut, à la même époque, une relation avec Sandrine L. Selon elle, il n’était pas violent. Tout juste lui avait-il donné une gifle le jour de leur séparation. Il était gentil et attentionné. Ils s’étaient installés dans un squat de la rue Didot, avec d’autres jeunes "exclus".
Dans les squats, personne n’imaginait que "Joe"et le "tueur de l’Est parisien" ne faisaient qu’un. Tout le monde le trouvait sympathique, réservé, calme, équilibré, solidaire... Guy Georges alla même jusqu’à insulter ce « salaud de tueur » devant un ami qui l’hébergeait parfois.

Elsa Benady, 22 ans, travaillait dans un bureau de presse. Elle fut violée et assassinée à coups de couteau le 8 novembre 1994, dans sa voiture, garée dans un parking sous terrain du boulevard Auguste-Blanqui, dans le 13e arrondissement.
Elle venait de se garer dans le parking de son immeuble, après un dîner avec son fiancé et des amis, lorsque Guy Georges l’agressa à la sortie de sa voiture.
Son frère la découvrit à l’arrière de son véhicule, tout comme Catherine Rocher l’avait été au début de la même année, par son patron. Il y avait de grandes similitudes entre le meurtre d’Elsa Benady et celui de Catherine Rocher : toutes deux avaient été violées puis tuées, de nuit, dans un parking sous terrain, à l’intérieur de leur voiture. Et surtout, la "signature" était la même : le soutien-gorge coupé entre les bonnets et les vêtements tailladés.

Un mois plus tard, dans la nuit du 9 au 10 décembre 1994, Agnès Nijkamp, une Hollandaise de 33 ans, architecte d’intérieur, fut violée et égorgée dans son duplex rue du Faubourg-Saint-Antoine, dans le quartier de la Bastille (11e arrondissement). Elle fut retrouvée allongée sur son lit, vêtue de son seul blouson de cuir, bâillonnée, la jupe et les sous-vêtements arrachés.
Agnès Nijkamp avait bu un verre avec une amie, puis avait voulu repasser chez elle, car elle attendait un coup de téléphone de son compagnon, Claude, qui devait lui indiquer le nom du restaurant où ils devaient se retrouver avec des amis. Guy Georges pénétra à sa suite dans l’immeuble, puis la suivit jusqu’en haut des escaliers. Il la laissa entrer, l’entendit au téléphone et, lorsqu’elle ressortit, il brandit son couteau devant elle pour qu’elle fasse marche arrière. Il la viola et la tua de plusieurs coups à la gorge. Puis, indifférent, il commença à fouiller l’appartement pour y voler quelques objets. Mais le compagnon d’Agnès Nijkamp l’appela à nouveau et le répondeur s’enclencha. Il s’inquiétait de ne pas la voir arriver, alors que le restaurant était tout près. Guy Georges s’empara alors du sac de la jeune femme et s’enfuit. Claude M. arriva quelques minutes plus tard...
Des traces de sperme permirent cette fois aux enquêteurs d’isoler l’ADN du meurtrier, un "ADN inconnu".

Guy Georges et son amie, Sandrine, se séparèrent en avril 1995. Guy Georges en fut très affecté. Il se remit à boire et à fumer du hashish, et à traîner avec les "zonards" du quartier des Halles. Là, il rencontra un vieil ami qui lui proposa de venir s’installer dans un squat délabré de la rue Saint-Sauveur, entre la rue Saint-Denis et les Halles. Guy Georges s’accommoda très bien de cet endroit nauséabond, sombre et déprimant. Il buvait jusqu’au milieu de l’après-midi, puis disparaissait jusqu’au lendemain matin. Il fréquenta plusieurs jeunes filles. Il s’amusait avec ses compagnons de "zone" qui le trouvaient tous sympathique. Il rencontra Edwige D., qu’il appela "petite sœur" et avec qui il volait beaucoup dans les supermarchés.

Le 16 juin 1995, Elisabeth O. faillit subir le même sort que les précédentes victimes de Guy Georges. Cette psychomotricienne de 23 ans fut suivie par Guy Georges jusqu’à son appartement du 4e arrondissement, à la sortie d’une boîte de nuit. Arrivée chez elle, rue des Tournelles, alors qu’elle ouvrait sa porte du rez-de-chaussée, "un homme" surgit, un couteau à la main. Il la poussa à l’intérieur de son duplex. Il n’était pas très agressif. Ils bavardèrent quelques instants en fumant une cigarette. Il lui affirma qu’il était en cavale et qu’il cherchait juste à se reposer. Puis, il l’attacha sur le lit. Il monta à l’étage du duplex pour éteindre une lumière qui pourrait attirer l’attention à une heure si tardive. Dans un sursaut désespéré, Elisabeth O. parvint à se détacher, à ouvrir la fenêtre du rez-de-chaussée et à sauter dans la rue. Le temps qu’elle prévienne la police, Guy Georges s’était envolé. Mais il avait pris le temps d’emporter son sac à main...
On releva l’empreinte génétique de "l’agresseur" grâce au mégot de la cigarette qu’il avait fumée.
Interrogée par la police, Elisabeth O. décrivit son agresseur comme un homme jeune, « foncé comme un indou », et parlant français « sans accent », costaud, avec des cheveux noirs coupés très courts et de gros sourcils. Un premier portrait-robot fut établi, mais il ressemblait très peu à Guy Georges. Il représentait un "Nord-Africain "... (Elisabeth O. a-t-elle confondu, dans sa panique ? Car il est vrai que Guy Georges n’avait pas un teint de peau très foncé. Ou les policiers ont-ils, inconsciemment, incité la jeune femme à reconnaitre un Nord-Africain ?)
Ce portrait-robot mena la police à chercher "un certain type de suspect"...
Par contre, les analyses génétiques permirent de démontrer que l’agresseur d’Elisabeth O. et l’assassin d’Agnès Nijkamp ne faisaient qu’un. Les policiers avaient enfin une piste.
Collaborant courageusement et étroitement avec la police, Elisabeth O. se rendit dans les commissariats de la capitale dès qu’on le lui demanda, afin d’identifier des suspects. La police lui présenta plus de 2500 photos. Elle accompagna même les policiers dans leurs rondes, la nuit, malheureusement sans résultat.

Guy Georges continuait de squatter, de boire et de fumer, mais, selon ses amis, il était devenu agressif et méfiant. Il passait ses journées au lit ou au Forum des Halles, sans but. Ses pulsions de mort l’envahissaient depuis qu’Elisabeth O. lui avait échappé et qu’il n’avait pu "avoir sa dose" de sang.

Hélène Frinking, une jolie jeune femme de 27 ans, fut violée et tuée à coups de couteau le 8 juillet 1995 dans son appartement du 10e arrondissement. Cette nuit-là, elle rentrait à pied d’une soirée entre amies, un "enterrement de vie de jeune fille". Sa gardienne l’aperçut, à 4 heures du matin, discuter sous le porche avec un homme brun, à la peau sombre. Il lui avait demandé une cigarette et, gentiment, elle lui en avait donné une. La gardienne pensa qu’ils se connaissaient et retourna à ses occupations.
Mais Guy Georges sortit son couteau et menaça Hélène Frinking. Comme pouravec Elisabeth O., il lui raconta une histoire de cavale et lui assura qu’il n’allait pas lui faire de mal. Hélène Frinking tenta de lui parler, pour l’amadouer et le calmer. Mais, une fois dans son appartement, il la bâillonna et l’attacha.
Elle fut retrouvée allongée sur son lit par son petit ami, les vêtements arrachés et découpés, les mains attachées, puis détachées. Guy Georges, avant de partir, vola tranquillement quelques objets, comme à son habitude.
Le policiers découvrirent également la trace d’un pied "égyptien" (le gros orteil est plus long que les autres) qui avait marché dans le sang d’Hélène.

Anne Gautier, la mère d’Hélène Frinking, sur un pressentiment, tenta d’appeler sa fille, mais elle n’obtint que la réponse d’un pompier qui lui dit seulement que sa fille ne pouvait lui parler. Terriblement angoissée, Anne Gautier se précipita à Paris. Là, les policiers lui annoncèrent la terrible nouvelle. En état de choc, effondrée, presque inconsciente, elle n’assista pas à l’enterrement de sa fille. Elle mit deux mois à « retrouver le monde des vivants ».
Mais Guy Georges venait de trouver en Anne Gautier «  sa pire ennemie, celle qui (allait) remuer ciel et terre pour que ce monstre soit mis hors d’état de nuire. Inlassablement, Anne Gautier se consacra toute entière à la chasse au fauve, relançant en permanence juge et enquêteurs, exigeant que toutes les pistes, mêmes les plus insignifiantes, soient explorées  ». ("Guy Georges, contre enquête sur le tueur de l’est parisien" de Franck Spengler et Omar Gendouz).
Mme Gautier fit sa propre "petite enquête" et réalisa avec effarement que les policiers n’avaient même pas interrogé les habitants du quartier de sa fille. Ils n’avaient pas non plus enquêté sur le lieu de travail d’Hélène Frinking.
« Même s’il a souvent été irrité par la pression exercée sur lui par Anne Gautier, le juge Thiel reconnaît que la pugnacité et la douleur de cette mère ont eu le mérite de maintenir en éveil permanent toutes les personnes qui s’occupaient des crimes du tueur inconnu. » (id)

Grâce à l’ADN, les enquêteurs de la brigade criminelle établirent un lien direct entre les meurtres d’Agnès Nijkamp et d’Hélène Frinking, et l’agression d’Elisabeth O. La police était sûre d’être en présence d’un tueur en série... qui avait peut-être fait d’autres victimes auparavant.
Les policiers détenaient à présent un (mauvais) portrait-robot, un ADN "inconnu" commun à au moins deux meurtres et une agression, et une empreinte de pied. Mais ce n’était malheureusement pas assez. La police cherchait un "Nord-Africain" et non pas un noir...

Guy Georges recommença à traîner, comme à son habitude, dans le quartier des Halles, solitaire, soucieux et coléreux. Début août 1995, il trouva un emploi à la ville de Paris : un contrat emploi-solidarité comme éboueur, payé 3 500 francs (530€) par mois, d’une durée d’un an. Il quitta le squat de la rue Saint-Sauveur et s’installa dans une petite chambre d’hôtel, dans le 18e arrondissement.

Cédant à des pulsions de plus en plus fréquentes, il agressa une jeune femme le 25 août, Mélanie B., 20 ans, dans l’escalier de son immeuble du Marais. Il la menaça de son couteau et lui ordonna d’ouvrir la porte de son appartement. Elle obéit. Son compagnon, qui regardait la télévision, se leva et vint l’accueillir. Quand Guy Georges vit l’homme s’approcher, il s’enfuit sans demander son reste. Dans sa précipitation, il perdit ses papiers.
Mélanie B. et son compagnon allèrent porter plainte et amenèrent le porte-feuille au commissariat. Le lendemain, Guy Georges, naïf ou inconscient, se présenta au commissariat pour déclarer la perte de ses papiers... Le 9 septembre 1995, il fut arrêté.
Guy Georges nia l’agression et prétendit qu’une autre personne avait dû trouver son porte-feuille là où il l’avait perdu. Mais Mélanie B. le reconnu comme étant son agresseur. Guy Georges finit par avouer, en assurant que sa motivation était le vol. Il fut condamné à trente mois de prison. Le caractère sexuel de l’agression, à nouveau, ne fut pas retenu. Personne ne l’ayant demandé, le sursis de 1992 ne fut pas révoqué !

Et Guy Georges passa encore entre les mailles du filet.
Tout d’abord, l’ADN. Il se prêta à un prélèvement, sans résultat, concernant les deux meurtres commis dans les parkings sous-terrain (Catherine Rocher et Elsa Benady), mais pas les meurtres des appartements. Seul maigre indice : une trace de sang sur la tranche d’un prospectus du Théâtre Silvia-Monfort, abandonné dans la voiture d’une des victimes. Le Dr Pascal, du laboratoire de Nantes, ne put en extraire qu’un ADN partiel. Pour le comparer avec celui de Guy Georges, il n’effectua donc qu’une empreinte elle aussi partielle, à partir d’une prise de sang du suspect. La comparaison fut négative.
Guy Georges nia farouchement les agressions des parkings. Deux de ses petites amies furent elles aussi entendues. Les policiers perquisitionnèrent sa chambre d’hôtel dans le 18e arrondissement : dans son sac à dos, ils découvrirent une paire de ciseaux aux extrémités recourbées ; Guy Georges expliqua qu’elles lui servaient à forcer les portières de voitures. Plus troublant, ils trouvèrent également trois rouleaux de sparadrap de trois marques différentes. Ce dernier indice les amena sans doute à faire le rapprochement avec le "tueur en appartement".
lls présentèrent alors sa photo, parmi quelques autres, à Elisabeth O. - dont l’agression remontait à tout juste deux mois. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle ne le reconnut pas. Elle n’eut même pas une hésitation : persuadée d’avoir été agressée par un Nord-Africain, elle ne cilla pas devant la photo du métis. (Un sans-domicile fixe avait bien précisé à la police qu’il avait vu l’agresseur comme un noir. Mais son témoignage ne fut pas pris en compte.).
Les policiers vérifièrent si Guy Georges avait le "pied égyptien" : ça n’était pas le cas. (L’explication "anatomique" est connue aujourd’hui : Guy Georges n’a pas un doigt de pied plus long que le gros orteil ; c’est le point d’appui de ce dernier, très en retrait, qui avait donné cette impression sur l’empreinte relevée chez Hélène Frinking).
Les policiers ne demandèrent donc pas de comparaison entre Guy Georges et le mystérieux "ADN inconnu" recueilli dans les appartements. Son dossier fut écarté de celui des suspects dans ces affaires. Si un fichier national des empreintes ADN pour les délinquants sexuels avait existé en France à cette époque - comme c’était le cas en Grande-Bretagne depuis plusieurs années - il aurait été mis, dès ce moment-là, hors d’état de nuire.
Guy Georges réintégra donc tranquillement (à sa propre surprise) sa cellule, le 19 septembre, pour purger sa peine de trente mois. Et, ce jour-là, il dut se sentir intouchable. Invincible.

Il écrivit à ses compagnons de squat qu’il avait été condamné pour avoir donné un coup de couteau à un videur de boîte raciste... Il affichait un profond mépris pour les "pointeurs" (nom donné aux violeurs en prison), et n’avoua jamais à ses amis la véritable raison de son emprisonnement, et encore moins les raisons de ses passages précédents en prison.
Il se conduisit en détenu modèle, calme, sympathique et solitaire. Il sortit de la centrale de Châteaudun le 6 juin 1997, après avoir bénéficié de deux permissions, en mars et en avril. Il retrouva ses amis de squats, avec qui il fêta sa libération.

Les enquêteurs observèrent que le tueur en série n’avait pas frappé en 1996. Qu’était-il devenu ? Avait-il filé à l’étranger ? Sous la direction du commissaire Martine Monteil, la patronne de la Crim’, les enquêteurs passèrent en revue les nouveaux engagés de la Légion, les hôpitaux psychiatriques, les prisons, et même le fichier médico-judiciaire de l’Hôtel-Dieu. En vain.

Le 2 juillet 1997, à peine un mois après sa sortie, Guy Georges agressa Estelle F., 24 ans, monteuse pour le cinéma, dans son immeuble du 11ème arrondissement. Il la suivit à l’intérieur et la plaqua contre le mur, la menaçant avec son couteau. Puis, il l’entraîna dans la cour et la poussa devant lui. Elle se mit à hurler et des voisins apparurent. Guy Georges s’enfuit.
Estelle F. porta plainte et décrivit son agresseur comme un homme pas très grand, athlétique, de type nord-africain, avec des cheveux courts... La police ne fit pas le rapprochement avec les deux meurtres et les précédentes agressions. Elle classa l’affaire sans suite « parce que l’agression ne présentait pas de caractère sexuel ».

En août, Guy Georges trouva un emploi de manutentionnaire dans un supermarché. Il dépensa toute sa paie en alcool, en hachich et en nourriture pour ses camarades squatteurs. En septembre, il fut hébergé chez un ami dans le 19e arrondissement, qui lui trouva également un petit boulot de distribution de prospectus.

Magali Sirotti, une jolie étudiante de 19 ans, fut violée et assassinée le 23 septembre 1997, dans son appartement du 19e arrondissement. Elle fut la seule victime attaquée en plein jour. Guy Georges la suivit dans la rue, pénétra dans son immeuble à sa suite, puis dans les escaliers, et la poussa dans son appartement. Il l’attacha avec des lacets de chaussures trouvés chez elle, la bâillonna, puis la viola. Enfin, il posa un oreiller sur son visage et la poignarda à la gorge avec un couteau trouvé dans la cuisine. Ensuite, il emporta quelques objets et quitta l’appartement, vers 19 heures.
Magali Sirotti partageait cet appartement avec son son fiancé, Stéphane, un mécanicien moto, qu’elle devait épouser le 4 juillet 1998, et qui découvrit son corps.
Cette fois, les enquêteurs ne trouvèrent pas d’ADN, mais la mise en scène était une signature connue à présent : l’égorgement, les mains liées, les vêtements découpés. Guy Georges avait emporté le préservatif qu’il avait utilisé et la culotte de Magali Sirotti, pour ne laisser aucune trace d’ADN. Les policiers découvrirent par contre une empreinte digitale identique à l’une de celles retrouvées sur le lieu de l’un des meurtres de la série 1994-1995.

La police pensa alors à diffuser le portrait-robot réalisé en 1995 par Elisabeth O. et retravaillé depuis avec un nouveau logiciel. Mais le juge Thiel, qui s’occupait des meurtres, n’y fut pas favorable. Le portrait était déjà ancien et le tueur avait pu changer d’apparence. De plus, la diffusion du portrait aurait pu alerter le suspect... et les médias. Car, en juillet 1998, la population parisienne ne savait pas encore qu’un tueur en série rôdait dans ses rues et qu’il avait déjà sauvagement assassiné six jeunes femmes. Et enfin, le juge craignait que la diffusion du portrait entraîne des centaines de témoignages fantaisistes, comme c’est le cas d’habitude.