Bernardo et Homolka

Noms : Paul Bernardo et Karla Homolka
Surnom : "Ken et Barbie"
Nés le : Paul Bernardo est né le 27 août 1964, à Toronto (Canada). Karla Homolka est née le 4 mai 1970 à Port Credit, près de Toronto (Canada)
Morts le : Toujours vivants tous les deux. Bernardo est emprisonné au pénitencier de Kingston.
Homolka a été libérée en 2005.
On les a surnommés "Ken et Barbie" parce qu’ils étaient jeunes, beaux, blonds... et superficiels. Il voulait des esclaves sexuelles à violer, elle les lui fournissait sur un plateau "par amour". Ce couple de Canadiens, mariés, bien sous tout rapport, habitant aux alentours de Toronto, a violé au moins 20 femmes, et assassiné 3 adolescentes, dont la propre soeur de Karla. Et, vu les lenteurs de la police, ils n’auraient peut-être jamais été arrêtés si Bernardo n’avait fini par se lasser d’Homolka et s’était mis la battre, ce qu’elle n’a pu supporter venant de son "chéri".
Crimes et châtiment (suite)
Leslie Mahaffy n’avait que 14 ans quand elle tomba entre les griffes de Paul Bernardo, au milieu de la nuit du 15 juin 1991. Elle était née le 1er juillet 1976, un "bébé miracle", selon sa mère qui avait eu un cancer des ovaires et n’aurait jamais dû avoir d’enfant. Elle était intelligente et sympathique, mais, arrivée à l’adolescence, comme beaucoup, elle se rebella et fit même des fugues. Classiquement, elle voulait rester dehors, à s’amuser toute la nuit avec ses amis, elle négligeait ses devoirs et séchait les cours.
La nuit où elle disparut, elle était sortie avec des amis et, lorsqu’elle rentra chez ses parents, à 2 heures du matin, elle trouva la porte fermée. Elle marchait autour de sa maison, cherchant un moyen d’entrer sans réveiller ses parents, lorsqu’elle rencontra Paul Bernardo, entièrement vêtu de noir, avançant dans son jardin.
Elle lui demanda ce qu’il faisait là et il lui répondit tout simplement qu’il rôdait dans le voisinage pour cambrioler des maisons. Leslie, rebelle et naïve, n’y vit pas de problème. Elle lui demanda s’il avait une cigarette, il répondit par l’affirmative et dit qu’elles étaient dans sa voiture. Elle le suivit jusque-là, il la convainquit de monter sur le siège passager, puis il la menaça avec un couteau. Il le pointa sur sa gorge, démarra et fonça dans la nuit.
Il lui banda les yeux avec un pull à col roulé et la conduisit jusqu’au "petit nid d’amour" qu’il partageait avec Karla. Celle-ci dormait, mais Paul était tellement excité par sa prise qu’il la réveilla pour s’en vanter. Il dit à Karla de rester dans sa chambre, à l’étage. C’était temporaire, évidemment, car il avait l’intention de faire participer Karla à tous les "jeux" qu’il prévoyait pour sa captive. Karla se rendormit, tout simplement.
Paul déshabilla Leslie, alluma son caméscope et la viola. Ses cris réveillèrent Karla, qui se joignit à son fiancé. Il lui indiqua ce qu’elle devait faire, puis lui confia le caméscope pour qu’elle le filme alors qu’il sodomisait l’adolescente.
Cette fois-ci, le couple n’avait pas l’intention de laisser leur victime partir. Paul l’étouffa et la démembra avec une scie électrique. Il plaça les morceaux dans des boîtes remplies de ciment frais.
Quelques jours plus tard, le 29 juin 1991, Paul et Karla se marièrent. Un mariage très "clinquant" : il eut lieu dans une église située près du lac Niagara, non loin des chutes du même nom. Karla portait une robe en mousseline et Paul était vêtu de blanc. Ils quittèrent l’église dans une calèche tirée par des chevaux blancs. Ils avaient tout prévu : le champagne, la musique, un faisan farci...
Paul Bernardo avait pris soin de régler les détails et avait même demandé au pasteur de les déclarer "homme et épouse" et non pas "mari et femme". Il fut déçu par le cadeau de mariage des parents de Karla, « pas assez cher », et leur en voulut beaucoup même s’il ne le montra pas ouvertement.
Le même jour, en fin de soirée, un couple faisait du canoë sur le lac Gibson lorsqu’ils cognèrent contre un bloc de béton d’où émergeaient des morceaux de chair et d’os. Ils contactèrent un ami qui les aida à sortir le bloc de l’eau. Ils reconnurent alors un pied et un mollet, et appelèrent la police.
Les enquêteurs sortirent quatre autres blocs du lac. Comme l’eau était peu profonde à cet endroit, les policiers pensèrent que l’assassin ne devait pas connaître la région, car il aurait plutôt jeté les blocs de béton depuis le pont, plus loin, là où l’eau était bien plus profonde...
Leslie Mahaffy fut identifiée grâce à ses dents.
Après une lune de miel d’une semaine à Hawaï, Paul et Karla Bernardo retournèrent chez eux et reprirent leur vie.
Mais Bernardo, privé de son divertissement préféré, était enclin à la mauvaise humeur. Karla, l’épouse dévouée, demanda à Jane de venir chez eux. Mais Jane était loin d’être l’esclave sexuelle idéale. D’abord, la jeune fille les contraria en refusant de laisser Bernardo coucher avec elle (Jane pensait qu’elle était encore vierge). La fellation était la seule chose qu’elle accepta de faire.
Puis, elle parla de Paul à son professeur d’équitation, qui en parla à la mère de Jane. Le résultat fut que Paul et Karla eurent moins d’occasions de s’amuser avec Jane...
Une nuit, les choses dérapèrent à nouveau avec le halothane et Jane arrêta de respirer quelques minutes. Bernardo et Homolka en furent terrifiés et décidèrent de ne plus "inviter" Jane chez eux.
Paul et Karla se refermèrent sur eux-mêmes. Les rares amis qui venaient chez eux savaient que Bernardo avait mauvais caractère et que Karla faisait tout ce qu’il voulait. Il pouvait la traiter comme une esclave ou comme une reine, claquant des doigts pour obtenir à boire ou la couvrant de robes et de bijoux. Il était extrêmement possessif, mais Karla l’était aussi.
Le 30 novembre 1991, la vive et jolie Terri Anderson, 14 ans, disparut.
Le 16 avril 1992, Kristen French, 15 ans, fut enlevée sur le parking d’une église, devant sept témoins. Karla Homolka avait fait semblant de s’être perdue et avait demandé son chemin à l’adolescente, l’attirant vers la voiture. Alors que Kristen regardait la carte de Karla par la fenêtre, Bernardo avait surgi avec un couteau et l’avait forcé à entrer dans le véhicule.
Ils la ramenèrent chez eux et la torturèrent durant trois longues journées.
Kristen accepta de faire tout ce que le couple lui demanda, espérant que sa coopération pourrait les pousser à la relâcher. Mais plus elle coopérait et plus Bernardo devenait sadique. Il la viola plusieurs fois, urina sur elle, l’insulta et la força à manger ses propres cheveux après que Karla les ait coupés. Il lui coupa également les ongles afin que sa peau à lui ne puisse être découverte et analysée puis utilisée comme preuve par la suite.
Le couple la força même à regarder son père, Doug French, suppliant ses ravisseurs de la libérer, à la télévision. Elle dût également visionner la vidéo que Paul avait faite alors qu’il découpait Leslie Mahaffy en morceaux.
Lorsque Paul Bernardo se fut lassé de Kristen, il l’étrangla avec un câble électrique. Il viola le corps de l’adolescente, encore une fois.
Tout, absolument tout fut filmé avec le caméscope.
Bernardo abandonna le corps de Kristen French sur la route de Burlington, non loin du cimetière où était enterré Leslie Mahaffy.
Le corps nu de Kristen fut découvert le 30 avril 1992 dans un petit dépôt d’ordures.
Les enquêteurs créèrent une force spéciale, la "Green Ribbon Task Force", qui allait se consacrer uniquement au meurtre de Kristen French. Leur quartier général fut établi à St Catherine. On demanda également l’aide du FBI.
A la même époque, les 230 tests sanguins dans l’enquête sur le violeur de Scarborough avaient enfin été accomplis. Seuls 5 des 230 échantillons correspondaient au groupe sanguin du violeur. Paul Bernardo était l’un des cinq.
Des tests supplémentaires, analysant l’ADN, furent donc demandés sur ces 5 échantillons. Mais à cette époque, le "violeur de Scarborough" ne faisait plus parler de lui et l’affaire n’avait plus ni l’urgence ni la gravité qu’elle avait en 1990.
Les échantillons furent donc placés en bas de la pile.
Peu après, une dame contacta la police pour expliquer qu’elle avait été témoin d’une lutte entre un homme et une jeune femme brune, dans une voiture, là où Kristen French avait été enlevée. Elle pensait que le véhicule était une Chevrolet Camaro. Les enquêteurs commencèrent alors à rechercher tous les propriétaires de Camaro de la région.
Pendant ce temps, les enquêteurs de la Task Force suivaient toutes les pistes. Ils reçurent plusieurs appels concernant Paul Bernardo et décidèrent de lui rendre visite. Il reçut poliment les policiers, fut très accueillant et admit qu’il avait été soupçonné dans l’affaire du violeur de Scarborough, mais uniquement parce qu’il lui ressemblait physiquement. Les enquêteurs notèrent que Bernardo était très coopératif et qu’il conduisait une Nissan couleur or qui ne ressemblait en rien à une Camaro.
Ils contactèrent néanmoins leurs collègues de Toronto et leur demandèrent les résultats de leurs enquêtes sur le "violeur de Scarborough". Huit jours plus tard, on leur apprit que les examens supplémentaires du sang et de la salive de Bernardo n’avaient pas encore été réalisés...
Le 23 mai 1992, on retrouva le corps de Terri Anderson dans le lac Ontario, à Port Dalhousie. Excellente élève, populaire auprès de ses camarades, elle n’avait jamais eu aucun problème. Aussi ses parents furent-ils très surpris lorsqu’on leur apprit que Terri s’était accidentellement noyée après avoir bu de la bière et avoir pris du LSD. Le médecin légiste avait établi la cause de la mort avec beaucoup de difficulté, car le corps de Terri était resté dans l’eau pendant 6 mois. Ses parents et ses amis refusèrent de croire que sous l’influence de quelques bières et d’un peu d’acide, et dans un état d’engourdissement que ni elle ni ses amis n’avaient remarqué, avait avancé dans les eaux glacées de novembre du Lac Ontario et s’était noyée...
On ne sut jamais qui avait tué Terri Anderson et aucune preuve suffisante ne fut présentée au procès de Bernardo pour que l’on puisse l’accuser de son meurtre.
Paul Bernardo et Karla Homolka passaient entre les mailles du filet et semblaient avoir une chance insolente.
Mais leur vie n’allait pas bien pour autant. Paul frappait régulièrement Karla. Sa mère, Marylin, voyait un psychiatre et son père, Kenneth, avait été condamné à 9 mois de prison pour "agression sexuelle sur mineur".
Le 6 janvier 1993, lors d’une terrible querelle, Paul Bernardo frappa violemment Karla avec une lampe-torche. Les blessures furent si graves qu’elle fut admise d’urgence à l’hôpital général de St Catherine. Ses parents lui rendirent visite et, la voyant dans cet état, la convainquirent de quitter Bernardo et de porter plainte.
Elle alla s’installer chez son oncle et sa tante afin que Bernardo (qui ne les connaissait pas) ne puisse la localiser.
Le lendemain, Paul Bernardo fut arrêté par la police, inculpé de coups et blessures, et relâché.
Il était fou de rage et, en représailles, il fit changer toutes les serrures de leur maison.
En février 1993, le laboratoire forensique de Toronto analysa enfin l’échantillon de sang de Paul Bernardo. Les tests conclurent qu’il était bien le "violeur de Scarborough".
Les enquêteurs placèrent Bernardo sous surveillance. Ils apprirent rapidement qu’il avait été inculpé de coups et blessures sur son épouse, Karla. La police de Toronto et la Task Force voulurent interroger Karla. Ils voulurent également prendre ses empreintes digitales et l’interroger sur une montre Mickey en sa possession, qui ressemblait étrangement à celle que Kristen French portait lorsqu’elle avait été enlevée.
Des policiers de Toronto interrogèrent Karla durant cinq heures. Ils lui apprirent qu’ils avaient relié les viols de Scarborough aux meurtres de French et Mahaffy. Homolka se montra charmante, voir charmeuse, mais n’admit rien face aux enquêteurs. Elle avoua par contre à son oncle que Paul Bernardo était bien le "violeur de Scarborough" et l’assassin des deux adolescentes. Son oncle lui conseilla de prendre un avocat, ce qu’elle fit.
Elle demanda à George Walker de la défendre et il accepta. Mais à mesure de ses nombreuses entrevues avec Karla, George Walker réalisa qu’elle n’était pas nécessairement l’innocente victime qu’elle voulait dépeindre. Cependant, il ne comprenait pas vraiment, à ce moment-là, quel rôle exact elle avait eu dans ses crimes.
Il tenta de passer un marché afin de protéger sa cliente. Il chercha d’abord à obtenir une immunité totale en échange de la coopération complète de Karla, mais comprit rapidement qu’il n’y parviendrait pas.
Le 17 février 1993, Paul Bernardo fut arrêté puis inculpé de 43 viols et agressions sexuelles.
Il venait de changer de nom, demande qu’il avait fait des mois auparavant, par convenance personnelle. Il s’appelait à présent Paul Teale.
A la mi-février, l’avocat de Karla et Murray Segal, du bureau du procureur, parvinrent à un accord (un "plea bargain", en droit anglo-saxon), qu’ils rendirent public. Karla allait être condamnée à 12 ans de prison pour les meurtres de deux victimes, Leslie Mahaffy et Kristen French. Elle pourrait être libérée sur parole au 1/4 de sa peine si elle se conduisait bien. En échange, Karla s’engageait à dire absolument toute la vérité sur sa participation aux crimes et tout ce qu’elle savait sur eux.
Le 19 février, la police fouilla la maison de Paul et Karla Bernardo. Grâce aux indications de Karla, les enquêteurs saisirent une grande quantité de preuves. Ils emmenèrent tout, des canalisations des toilettes à l’évier de la cuisine.
Ils découvrirent que Bernardo avait gardé le compte, par écrit, de tous ses viols à Scarborough.
Ils trouvèrent également une collection de livres et des vidéos sur les déviations sexuelles, la pornographie et les tueurs en série : certains appartenaient à Bernardo, d’autres à Karla Homolka.
Ils mirent également la main sur une courte vidéo montrant Karla en train de coucher avec deux prostituées, sous les encouragements de Bernardo.
En mars 1993, Karla fut admise dans un hôpital psychiatrique pour une évaluation. On lui donna de lourdes doses de calmants. Elle trouva la force d’écrire une lettre à ses parents et à sa soeur, Lori, où elle leur expliqua que Paul et elle étaient « responsables de la mort de Tammy ». « Il m’a menacée physiquement et m’a abusée émotionnellement lorsque j’ai refusé ».
Cette image de femme apeurée et soumise était celle qu’elle allait toujours présenter par la suite.
Le 28 juin 1993, son procès commença. Elle avait pris soin de se vêtir de façon "correcte" : un mois plus tôt, lors de sa première apparition devant le juge, elle était habillée comme une adolescente délurée et non une jeune femme de 23 ans. Elle avait toutefois gardé son maquillage criard.
Le rapport psychiatrique incarna la base du "plea bargain". Le psychologue de Karla, le docteur Malcolm, conclut que Karla « savait ce qui se passait, mais se sentait totalement impuissante et incapable d’agir pour se défendre elle-même ou qui que ce soit d’autre. Elle était, selon moi, paralysée par la peur et, dans cet état, elle est devenue obéissante et s’est occupée d’elle seule ».
Le procureur Murray Segal, lui, lut durant 25 minutes une litanie d’agressions, des viols et de tortures plus choquants les uns que les autres. Selon les journalistes, « c’était un catalogue de dépravation et de mort ».
Les mères de Leslie Mahaffy et de Kristen French vinrent expliquer à la barre ce que la mort de leur fille signifiait pour leur famille. Elles pleurèrent plusieurs fois, et Karla elle-même essuya des larmes, alors qu’elle était restée impassible lors de la lecture du procureur.
Sachant que la population allait protester contre le "plea bargain", le procureur Murray Segal choisit de faire une déclaration. « Pourquoi pas une peine plus lourde à la lumière de ces actes abominables ? Parce que sans elle, la vérité sur ces affaires aurait pu ne jamais être connue. Plaider coupable est le signe d’un remords. Son âge, son casier judiciaire vierge, les abus et l’influence de son époux, et son rôle tout de même secondaire, ont été des facteurs. Elle ne commettra plus de crime ».
En fait, l’accusation ne possédait encore aucune preuve directe contre Bernardo et le témoignage de Karla était la meilleure preuve de la culpabilité du jeune homme. En quelque sorte, l’accusation "ne pouvait pas faire autrement".
Le 6 juillet 1993, Karla Homolka fut reconnu coupable des homicides de Leslie Mahaffy et Kristen French, pour lesquels elle avait plaidé coupable, et fut condamnée à une peine totale de 12 ans de prison. La sentence maximum pour l’homicide est, au Canada, la perpétuité, mais le juge nota qu’elle « est réservée aux pires crimes commis par les pires assassins ».
Malgré tout, bien des gens furent étonnés par l’indulgence de sa peine, car Homolka pouvait être libérée sur parole dès 1997.
En août, elle commença une procédure de divorce.
En avril 1994, on annonça que l’audience préliminaire de Bernardo n’aurait pas lieu et qu’on allait directement passer au procès. Peu après, Karla Homolka et Paul Bernardo furent officiellement divorcés.
Le procès de Bernardo ne commença en fait que 2 ans après son arrestation. L’une des raisons de ce délai était que Bernardo avait placé son premier avocat, Ken Murray, devant un dilemme moral. Il lui avait confié où se trouvaient les vidéos que Karla et lui avaient filmées durant les viols et les meurtres, pensant qu’ainsi les cassettes ne tomberaient jamais entre les mains de l’accusation.
Néanmoins, l’accusation savait grâce à Karla Homolka que les vidéos existaient et avait enregistré les conversations entre Murray et Bernardo. La tension monta et Murray finit par craquer. Il fournit à l’accusation le plan qu’avait dessiné Bernardo et se retira de l’affaire. Un autre avocat, plus aguerri, John Rosen, devint le nouvel avocat de Bernardo.
Les policiers trouvèrent les cassettes dans le plafond de la salle de bains de Bernardo.
Le 18 mai 1995, le procès de Paul Bernardo commença. Les cassettes vidéo étaient des preuves à charge extrêmement importantes. Bernardo était accusé de deux meurtres avec préméditation, de deux viols aggravés, de deux enlèvements, de deux "détentions de force" et d’avoir "accompli des indignités sur un corps humain".
Le premier jour, le procureur Ray Houlahan décrivit une avalanche de dégradations sexuelles, de brutalités et de meurtres. Il expliqua en détail que l’accusation pensait que Paul avait tout d’abord dominé Karla Homolka, la réduisant au rôle de victime consentante par des abus physiques et mentaux systématiques. Puis il l’avait utilisée pour réaliser ses fantasmes sexuels dans le viol de Tammy Homolka. Incapable de se libérer du contrôle de Bernardo et terrifiée par la possibilité qu’il révèle à ses parents son rôle dans la mort de sa soeur, elle avait alors pris part aux viols et aux meurtres de Kristen French et Leslie Mahaffy.
Le procureur projeta certaines parties des vidéos de Bernardo et Homolka. Il commença par une cassette où Karla Homolka se masturbait pour exciter Bernardo. Elle lui disait qu’elle allait lui ramener des vierges de 13 ans pour qu’il les viole. Le dialogue était une énonciation de tous les fantasmes sexuels de Bernardo, dans le but de l’amener à l’orgasme. Karla jouait le rôle de l’esclave sexuel et Bernardo était « le roi ». Alors que d’autres vidéos de Jane, de Leslie et de Kristen étaient diffusées, il devint évident que Bernardo était un abominable pervers sexuel.
Karla Homolka fut appelée à la barre afin d’expliquer ce qui s’était passé. Elle décrivit sa relation avec Bernardo comme une suite de dégradations sexuelles empirant de jour en jour. Il lui avait fait porter un collier de chien et l’avait quasiment étranglée pour satisfaire ses fantasmes sadiques. Il lui avait dit qu’elle n’était rien sans lui et la traitait de "pute" et de "traînée".
Homolka décrivit ensuite les enlèvements, les viols, les tortures et les meurtres. Elle révéla que Bernardo avait coupé les tendons de ses victimes, alors qu’elles étaient encore vivantes, afin de les empêcher de s’enfuir.
L’avocat de Bernardo attaqua la crédibilité de Karla Homolka. Il voulut montrer qu’elle n’avait pas été une victime, contrairement à ce qu’elle disait, mais une participante enthousiaste aux viols et aux meurtres.
Toutefois, que Karla soit innocente ou coupable importait peu à présent, et cela ne sauva pas Paul Bernardo.
Le 1er septembre 1995, il fut reconnu coupable de tous les crimes dont il était accusé et condamné à la prison à vie.
Il devait encore être jugé pour le meurtre de Tammy Homolka et les viols de Scarborough. Il pouvait faire appel et être libéré sur parole après 25 ans de prison.
Le 3 novembre 1995, Bernardo fut déclaré coupable de plusieurs des viols de Scarborough et fut déclaré "criminel dangereux" (dangerous offender). Dans le système judiciaire canadien, cela signifie qu’il sera emprisonné indéfiniment.
Il est incarcéré au pénitencier de Kingston, dans une cellule qui l’isole des autres détenus, pour sa propre sécurité, et est filmé 24h sur 24 par une caméra de surveillance.
Paul Bernardo est soupçonné du meurtre d’Elizabeth Bain, une étudiante de 22 ans qui habitait dans le quartier de Scarborough. Elle disparut le 19 juin 1990. Son petit ami de l’époque, Robert Baltovich a été reconnu coupable de ce meurtre le 31 mars 1992.
En 2004, un juge a cassé ce jugement, considérant que l’enquête avait été mal menée et que certains témoignages avaient été négligés. Des témoins ont notamment vu Elizabeth Bain partir avec un jeune homme blond qui aurait pu être Bernardo.
Robert Baltovich attend encore son nouveau jugement.
Les terribles cassettes vidéo furent détruites en décembre 2001, après une longue bataille juridique menée par les familles Mahaffy et French.
Karla Homolka fut d’abord incarcérée à la prison québécoise de Joliette, considérée comme un "club Med" mais où les détenues doivent travailler et pointer si elles veulent manger. En 1997, elle déclina une possibilité de demander sa libération sur parole, déclarant qu’elle craignait pour sa vie si elle était libérée. Elle suivit des cours de psychologie. Elle continuait à se préoccuper de son apparence et faisait de l’exercice.
Puis, les autorités, poussées par l’opinion publique, commencèrent à réaliser qu’elles avaient peut-être, malgré tout, commis une erreur en ne condamnant Karla Homolka qu’à 12 ans de prison.
En avril 2001, Homolka fut transférée dans une prison de haute sécurité, à Sainte-Anne-des-Plaines. Là, elle n’étudiait plus, ne travaillait plus, et passait ses journées à regarder la télé ou à discuter avec ses codétenues, meurtrières comme elle.
Elle fut transférée dans une autre aile lorsque l’on apprit qu’elle avait une relation avec un détenu masculin, un français, assassin et pervers sexuel violent.
Le 17 janvier 2003, le bureau national des libérations sur paroles a ordonné que Karla Homolka reste en prison jusqu’à ce que les 12 années auxquelles elle a été condamnée soient totalement passées.
En juin 2003, Homolka est retourné à la prison de Joliette, dans une nouvelle aile de sécurité maximum.
Karla Homolka a été libérée en juillet 2005, à l’âge de 35 ans, et a exprimé dans une interview télévisée son désir de s’installer à Montréal.
Suite à l’indignation de la population canadienne et aux efforts des procureurs généraux de l’Ontario et du Québec, un juge a décidé que des restrictions devraient être appliquées à Homolka (une première au Québec).
Elle aurait dû :
suivre une thérapie
se présenter une fois par mois à la police
aviser si elle doit quitter la ville pour plus de 48 heures
ne pas fréquenter une personne possédant un casier judiciaire pour crime avec violence
ne pas avoir de drogue en sa possession
ne pas posséder d’arme à feu.
Elle aurait également dû subir un test d’ADN avant sa sortie de prison et ne pas se retrouver en position d’autorité avec des jeunes de moins de 16 ans. Elle n’aurait pas pu communiquer ni avec Paul Bernardo et sa famille, ni avec les familles des victimes.
Karla Homolka aurait été passible d’emprisonnement si elle ne respectait pas les conditions prescrites par la Cour.
Mais, quelques semaines plus tard, un autre juge a cassé ce jugement, indiquant que la loi devait être respectée et que ces restrictions étaient, en quelque sorte, illégales, puisque que Karla Homolka avait accompli l’intégralité de sa peine d’emprisonnement. L’état avait "signé un contrat" avec elle et se devait de le respecter.
Karla Homolka est donc libre comme l’air, bien qu’elle représente toujours un possible danger pour la société, car elle n’a pas modifié son comportement. Elle se considère toujours comme une victime "qui n’a rien fait de mal" et, même en prison, elle a noué une relation avec un pervers sexuel violent (comme l’était Bernardo).
Sa relation avec Bernardo ayant joué un rôle primordial dans son passage à l’acte criminel, il reste à espérer que Homolka ne rencontrera pas un homme du même genre, et que l’on n’entendra plus jamais parler d’elle.
Aux dernières nouvelles, elle a changé de nom. Elle s’était installé au Québec, où elle a accouché d’un garçon en 2007. Elle vivrait à présent dans les Caraïbes avec son enfant et son nouveau conjoint.
Article publié le : 10 juin 2006

