Comment naissent les tueurs en série ?

D’où vient cette envie et pourquoi est-elle si forte ? Si nous ressentions cette envie, serions-nous capables d’y résister ?
Est-ce génétique, hormonal, biologique ou cela est-il le fruit d’un conditionnement culturel ? Les tueurs en série peuvent-ils contrôler leurs désirs ? Nous ressentons tous de la rage et des instincts sexuels « inappropriés », et pourtant nous possédons une sorte de cage interne, qui enferme nos monstres à l’intérieur de nous. Que ce soit la morale ou une programmation sociale, ces blocages internes sont piétinés par les tueurs psychopathes. Non seulement ils laissent les monstres en liberté, mais ils sont virtuellement les esclaves de leurs appétits brutaux. Pourquoi sont-ils différents ?

« C’était une envie très forte… Une envie vraiment très forte, et plus je la laissais aller plus elle s’intensifiait, jusqu’au point où je prenais des risques pour aller tuer des gens, des risques que, normalement, selon mes règles d’opération, je n’aurais pas pris parce qu’ils auraient pu mener à mon arrestation ». Ed Kemper.

Monstres ou victimes ?

Ted Bundy

Ted Bundy

Les tueurs en série ont proposé bien des excuses à leur comportement. Henry Lee Lucas a critiqué son éducation. D’autres, comme Jeffrey Dahmer, ont dit qu’ils étaient nés avec « une partie d’eux manquante ». Ted Bundy a affirmé que la pornographie l’avait poussé à violer et à tuer. Herbert Mullin a accusé les voix dans sa tête qui lui disaient qu’il était temps de « chanter la chanson de la mort ». Carl Panzram a affirmé que la prison avait fait de lui un monstre, alors que Bobby Joe Long a dit qu’un accident de moto l’avait rendu « hyper-sexuel » et l’avait transformé en « lust killer« . John Wayne Gacy, lui, a renversé les rôles et s’est vanté du fait que ses victimes méritaient de mourir.
Ils doivent être fous. Comment une personne normale pourrait-elle massacrer un autre être humain, simplement par plaisir ?

Et pourtant, le fait le plus terrifiant vis-à-vis des tueurs en série est que, dans leur l’immense majorité, ils sont rationnels, sains d’esprit… et calculateurs. Comme le tueur en série Britannique Dennis Nilsen l’a dit lui-même : «Un esprit peut-être mauvais sans être anormal».

 

Ce qu’ils sont
Avant de voir qui ils sont, décrivons d’abord ce qu’ils sont. Dans son livre « The Killers Among Us« , Steven Egger définit le meurtre en série :

  • Un minimum de trois ou quatre victimes, avec une période de calme, de « refroidissement », entre chaque meurtre.
  • Le tueur est généralement étranger à la victime et les meurtres paraissent dus au hasard. (Mais il est arrivé que des tueurs masculins connaissent leurs victimes et toutes les veuves noires connaissent les leurs. Cf Définir le meurtre en série)
  • Les meurtres reflètent très souvent un besoin de dominer la victime.
  • Le meurtre est rarement accompli pour le profit, le mobile est psychologique et non matériel. (Toutefois, le mobile principal de nombreuses femmes tueuses en série est l’argent. Certains tueurs assassinent autant par désir de pouvoir que pour le profit)
  • La victime peut avoir une valeur « symbolique » pour le tueur, et la manière dont celui-ci la tue peut révéler ce propos.
  • Le tueur choisit souvent des victimes vulnérables (enfants, prostituées, fugueurs, personnes âgées, femmes seules…)
  • « Statistiquement, le tueur en série « classique » est un homme blanc provenant d’une famille de classe moyenne, qui a entre 20 et 40 ans »
    C’est une statistique souvent rabâchée, et qui est simplement… statistique : elle provient d’études faites aux États-Unis, sur des tueurs américains. La population des USA est blanche à 80%. La majorité des tueurs américains sont donc logiquement blancs. En Afrique du Sud, la majorité des tueurs en série sont noirs, puisque 90% de la population est noire… Quant à l’âge, on découvre de plus en plus souvent de très jeunes tueurs, à peine majeurs ou, au contraire, des tueurs dont on pourrait croire qu’ils sont « de gentils papys ».
    Par contre, il est vrai que la grande majorité des tueurs en série sont des hommes.
  • « Beaucoup ont été abusés, physiquement ou psychologiquement, par leurs parents. Certain(e)s ont été adoptés. Enfants, les futurs tueurs en série allumaient souvent des incendies, torturaient les animaux et urinaient au lit (ces comportements sont connus comme « la triade des symptômes »). Les blessures à la tête sont communes. Certains sont très intelligents et auraient pu mener une belle carrière professionnelle. Ils sont souvent fascinés par la police et l’autorité en général. Ils ont pu essayer de devenir policier, mais ont échoué, ou travaillent comme agent de sécurité ou sont/ont été dans l’armée. Beaucoup se déguisent en policier pour approcher leurs victimes ».
berkowitz

David Berkowitz

Qui tuent-ils ?

Les tueurs en série choisissent des victimes plus faibles qu’eux. Ils veulent des victimes qu’ils pourront facilement maîtriser, afin de ne pas « saboter » leur fantasme de « tueur tout puissant qui domine sa proie ».
Souvent, ses victimes correspondent à un certain stéréotype qui à une signification symbolique pour le tueur.
– Bundy a brutalement assassiné des étudiantes brunes aux longs cheveux. Il tuait sans doute, encore et encore, Stéphanie Brooks, sa fiancée du lycée qui l’avait laissé tomber alors qu’il était fou amoureux d’elle.
– David Berkowitz, « le Fils de Sam », haïssait simplement les femmes en général : « Je leur reproche tout. Tout le mal qui se passe dans le monde, ça leur revient« .
– Gacy a sauvagement étranglé des adolescents et des jeunes hommes, dont certains étaient ses propres employés, en les appelant des «petits voyous et pédés sans valeur». Certains croient que la rage homicide de Gacy se projetait sur les garçons qui représentaient sa propre inadéquation aux yeux de son père dominateur.

La plupart du temps, les tueurs en série humilient et « chosifient » (au sens de « considérer comme une chose, un objet ») leurs victimes. Ted Bundy parlait très peu à ses victimes, délibérément. S’il connaissait trop la jeune femme qu’il agressait et voyait en elle une véritable personne, il détruisait son fantasme (c’est essentiellement égoïste : ce n’est pas qu’il ne pouvait plus la tuer parce qu’il voyait en elle une personne. C’est juste que c’était « franchement moins amusant » de la tuer).
Les tueurs en série sont souvent des sadiques, qui éprouvent un plaisir pervers à torturer leurs victimes, les réanimant au bord du gouffre pour pouvoir les torturer encore un peu. «Qu’est-ce que tu ressens, alors que tu sais que tu vas mourir ?» a demandé John Wayne Gacy à l’une de ses victimes alors qu’il l’étranglait, récitant même le 23ème Psaume, le poussant à être « brave face à la mort ».
Ils ont besoin de dominer, de contrôler, et de « posséder » la personne. Et lorsque la victime meurt, ils sont de nouveau abandonnés, seuls avec leur insondable rage et leur haine envers eux-mêmes. Ce cercle vicieux continue jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés ou tués.

Pourquoi sont-ils si difficiles à trouver ?
Nous pensons qu’il est facile de reconnaître la démence ou qu’un maniaque possédant d’incontrôlables désirs de meurtre va être incapable de se retenir. Dans la rue, ce sont les malades mentaux que nous évitons, nous éloignant des hommes échevelés et barbus qui vocifèrent pour eux-mêmes. Mais si vous voulez éviter de croiser le chemin d’un tueur psychopathe, la meilleure stratégie serait de vous éloigner de la personne charmante, polie et impeccablement vêtue qui s’approche de vous en souriant.
Les tueurs en série passent inaperçus, camouflés dans l’anonymat. Ils épient dans les campus et les allées, rôdent sur les autoroutes et dans les rues. «Habillez-le avec un costume et il ressemblera à dix autres hommes», a dit un avocat en décrivant Dahmer. Comme tous les prédateurs évolués, ils savent comment approcher leur victime en gagnant sa confiance. Les tueurs en série cachent leur esprit torturé derrière une façade de normalité construite avec soin.

Le « masque de la santé mentale »
À cause de leur nature « sociopathique », les tueurs en série ne savent pas comment ressentir de la sympathie pour les autres ou même comment avoir une véritable relation avec quelqu’un. Mais ils apprennent à simuler en observant les autres. C’est un acte totalement manipulateur, conçu pour attirer les gens dans leur piège. Les tueurs en série sont de bons acteurs avec un penchant naturel pour le mensonge.

Henry Lee Lucas

Henry Lee Lucas

Henry Lee Lucas a décrit le fait d’être un tueur en série comme « être comme une star de cinéma… vous jouez un rôle ». L’abominable Gacy aimait s’habiller en clown pour rendre visite aux enfants des hôpitaux, et le Zodiac a revêtu un costume bizarre d’exécuteur qui semblait tout droit sorti de « Alice aux pays des Merveilles ». Lors de son procès, Bundy, qui se défendait lui-même, a dit au juge : «Je suis déguisé en avocat aujourd’hui». Bundy s’était déguisé, auparavant, en conseiller téléphonique compatissant dans un centre « SOS détresse »…
Le rôle préféré des psychopathes est celui où ils sont dans une position d’autorité.
Gacy était une figure célèbre et active dans le commerce à Chicago, et devint un membre des « Jaycees » (United States Junior Chamber). Beaucoup de tueurs en série se sont engagés dans l’Armée, dont David Berkowitz qui était un vrai patriote. Beaucoup jouent aussi les policiers. Porter un badge de police et conduire une voiture ressemblant à celles des policiers ne nourrit pas seulement leur besoin de se sentir important; cela leur permet aussi d’approcher des victimes qui ne parleraient pas, sinon, à un « étranger ».
Toutefois, lorsqu’ils sont appréhendés, les tueurs en série présentent soudain un « masque de folie » et prétendent qu’ils ont de multiples personnalités, qu’ils sont schizophrènes, qu’ils entendent des voix ou qu’ils avaient des « flashs » durant lesquels ils ont commis des actes dont ils ne se souviennent pas… Tout y passe pour échapper à leur responsabilité. Même lorsqu’ils prétendent se révéler véritablement, ils ne peuvent s’empêcher de continuer à jouer un rôle et à mentir.

«Qu’est-ce qu’une personne de moins sur la surface de la terre, de toute façon ?» a demandé innocemment Ted Bundy, sans réaliser l’horreur de ses paroles.
Voilà comment pensent les tueurs en série. Un enquêteur du FBI a expliqué : «Bundy n’a jamais pu comprendre pourquoi les gens n’acceptaient pas le fait qu’il ait tué parce qu’il voulait tuer».

Qu’est-ce qui fait marcher le tueur en série ?
De la même manière que des tueurs en série éventrent leurs victimes «pour voir comment ça fonctionne à l’intérieur» (comme l’a dit Ed Kemper), les psychiatres et les agents du FBI essayent de pénétrer dans l’esprit du tueur.
L’explication traditionnelle inclut les abus durant l’enfance, la génétique, des déséquilibres chimiques, des blessures à la tête entraînant des dommages au cerveau, l’exposition à des événements traumatisants et des faits ressentis comme des injustices sociales.
L’implication terrifiante de tout cela est qu’une grande partie de la population a été exposée à au moins l’un de ces traumatismes dans son enfance ! Existe-t-il une sorte de concoction mortelle qui sépare les tueurs en série du reste de la population ?
Peu importe à quel point on est en colère, il existe quelque chose qui nous retient de tuer les autres. Manque-t-il aux tueurs en série une « barrière de sécurité morale » ? Ou sont-ils contrôlés par quelque chose d’insondable ? «J’aurais aimé pouvoir m’arrêter, mais je ne pouvais pas. Je n’avais pas d’autre excitation ou joie dans ma vie» a dit Denis Nilsen, qui se demandait s’il était vraiment mauvais.

 

Les abus durant l’enfance

Certains enfants naissent-ils simplement « mauvais » ?
Certains tueurs en série sont fascinés par la violence sadique dès l’enfance. Enfant, Ed Kemper décapitait déjà les poupées de sa sœur, jouait à reproduire des exécutions et dit une fois à sa sœur qu’il voulait embrasser son institutrice, mais «si je l’embrasse, il va falloir que je la tue d’abord».
Notre société cherche d’abord des explications dans l’éducation des tueurs en série. «Nous voulons croire que quelque chose a traumatisé Jeffrey Dahmer quand il était petit, ou alors nous devrions croire que certaines personnes donnent simplement naissance à des monstres», a écrit Ann Schwartz.

Albert DeSalvo

Albert DeSalvo

Dans certains cas, les enfants sont horriblement abusés par leurs parents et il semble que rien d’autre qu’un tueur en série ne puisse être créé par une jeunesse aussi terrible. Enfant, Albert DeSalvo, « l’Étrangleur de Boston », a été vendu comme esclave par son propre père, un alcoolique. Bien des assassins sadiques décrivent leur enfance comme une chaîne sans fin d’abus sexuels horribles, de tortures et de folie.
Certaines histoires sont sans doute exagérées pour provoquer la sympathie (c’est toujours un avantage pour le tueur de se créer des parents sadiques comme excuse), mais plusieurs de ces histoires ont été corroborées par des témoins.
Même les familles qui semblent « saines » à l’extérieur peuvent cacher d’affreux secrets. Les enfants peuvent apprendre la routine du « Jekyll et Hyde » grâce à des parents sociables et sympathiques avec leurs voisins et leurs collègues, mais qui ne supportent pas les inaptitudes de leurs enfants lorsqu’ils reviennent à la maison.
Nous pouvons penser que les abus durant l’enfance sont une des clés du comportement des tueurs en série, mais nous ne devons pas oublier que beaucoup d’enfants ont souffert d’abus par leurs parents et ne sont pas devenus des assassins. Les abus durant l’enfance ne créent pas obligatoirement un avenir dédié au crime. Bien des fillettes sont abusées, mais très peu deviennent des femmes violentes et sadiques. Les frères et soeurs des tueurs en série, qui ont subi les mêmes sévices, ne deviennent pas des tueurs ou tueuses en série eux-mêmes.
Les abus durant l’enfance ne sont pas la seule explication au comportement des tueurs en série, mais ils sont un facteur indéniable dans le passé de la plupart d’entre eux (même si plusieurs tueurs en série ont eu une enfance « normale » et n’ont pas été abusés).

Dans son livre « Serial Killers« , Joel Norris décrit les cycles de violence comme étant générationnels : «Les parents qui abusent de leurs enfants, physiquement ou/et psychologiquement, instillent en eux une dépendance presque instinctive en la violence comme premier recours face aux défis de la vie».
Les abus durant l’enfance n’engendrent pas seulement des réactions violentes, explique Norris, mais affectent aussi la santé de l’enfant (blessures à la tête, malnutrition et autres problèmes de développement).
Certains parents croient qu’en étant durs et stricts, ils vont « endurcir » leur enfant. Au contraire, ils créent un manque d’amour entre l’enfant et ses parents qui peut avoir des résultats désastreux. Si l’enfant ne se lie pas avec ses propres tuteurs, il ne créé pas les fondations qui lui permettront de faire confiance aux autres une fois adulte. Cela peut mener à l’isolation, où d’intenses fantasmes violents deviennent la première source de satisfaction.
«Au lieu de développer des traits positifs comme la confiance, la sécurité et l’autonomie, le développement de l’enfant devient dépendant de sa vie fantasmatique et de ses thèmes dominants, plutôt que des interactions sociales», écrivent Robert Ressler, Ann Burgess et John Douglas dans « Sexual Homicide: Patterns and Motives« . Lorsque cet enfant grandit, selon ces auteurs, tout ce qu’il connaît sont ses fantasmes de domination et de contrôle. (L’enfant veut d’abord être « superman » pour se défendre contre ses parents. Puis, à l’adolescence, sa sexualité se forme. Alors, ses fantasmes de puissance se tournent vers une autre cible, nettement plus sexuelle, homme ou femme, selon son orientation). Cet enfant ne développe pas de compassion envers les autres. Au contraire, les êtres humains deviennent pour lui des symboles sur lesquels il pourra mettre en pratique ses fantasmes violents.

En considérant que les parents soient des explications au comportement des futurs tueurs en série, nous voyons alors des mères et des pères horribles. On critique très souvent la mère, qui est décrite comme étant trop dominante ou trop distante, trop active sexuellement ou trop répressive.
Peut-être la mère est-elle plus critiquée parce que le père a souvent disparu ou est, du moins, absent. Lorsque le père est impliqué, c’est généralement pour des tactiques de discipline sadiques, des rages alcooliques et de la colère manifeste envers les femmes.

Mères monstrueuses
Tout semble commencer ou finir avec la mère. Henry Lee Lucas et Roberto Succo ont commencé leur « carrière criminelle » en tuant leur propre mère. Ed Kemper a terminé la sienne en tuant sa mère. «Les tueurs en série ont souvent une relation inhabituelle, voir « non naturelle » avec leur mère », note Steven Egger dans son livre The Killers Among Us. Dans notre culture, l’image imposante de La Mère apparaît dans notre psyché collective, et certains auteurs expliquent que les tueurs se libèrent de la tyrannie maternelle.
Si ces tueurs sont toujours dominés par « maman », il est alors facile de les traiter de « fils à maman » qui ne sont jamais devenus matures. Peut-être trouvons-nous ce cliché rassurant (la mère est une excuse facile et toute prête, particulièrement dans notre époque d’éducation obsessive). Mais il est vrai que lorsque nous observons certaines des techniques éducatives des mères de tueurs en série, nous avons tendance à voir un lien entre elles et les meurtres de leurs enfants.

Mères strictes
Pour que leurs enfants restent chastes, certaines mères lient la sexualité avec la mort. La mère fanatiquement religieuse d’Ed Gein le convainquit que les femmes étaient «les récipients du pêché » et causaient des maladies. Dans une sorte d’interprétation erronée et tordue, Gein a littéralement fait des femmes des récipients, utilisant leurs crânes comme bols et d’autres objets du même genre. Le corps d’Ed Gein a échappé aux maladies sexuelles, mais son esprit a clairement été contaminé.

Joseph Kallinger

Joseph Kallinger

Joseph Kallinger a été adopté par des parents catholiques fanatiques et sadiques. Après une opération d’une hernie à l’âge de 6 ans, sa mère adoptive lui affirma que l’opération avait été effectuée pour empêcher son pénis de grandir. Kallinger ne lui a jamais posé de question et, parvenu à l’âge adulte, il a cru que son sexe avait été estropié. Très stricte en matière de discipline, la mère de Kallinger le forçait à tenir sa main ouverte au-dessus d’une flamme, et le battait s’il pleurait. En grandissant, Kallinger commença à prendre plaisir à torturer les autres et devint lui-même un père sadique. Après avoir souscrit une assurance vie sur son fils de 13 ans, Joey, Kallinger l’a lentement noyé, sourd à ses supplications et ses pleurs.

«Je voulais pour ma mère une mort douce et rapide, comme tout le monde le veut », a dit Ed Kemper. Son idée d’une mort douce et rapide est plutôt inhabituelle : après avoir décapité sa mère, il a enfoncé sa trachée dans le broyeur de la cuisine, a violé son cadavre, puis a placé sa tête sur la cheminée du salon pour jouer aux fléchettes.
De l’avis de tous, la mère de Kemper était une femme tyrannique à la voix perçante qui harcelait son fils continuellement. Enfant, elle l’avait enfermé dans la cave parce qu’en grandissant, il devenait gigantesque et effrayait ses sœurs. A l’âge adulte, Kemper et sa mère se disputaient continuellement, et pourtant il avait choisi de vivre avec elle. Pourquoi ne pas simplement s’installer seul et ne pas répondre à ses appels téléphoniques ?

La mère adoptive du « tueur des coteaux » ( » Hillside Strangler « ) Kenneth Bianchi était pathologiquement protectrice, à l’excès. Lorsque le petit Kenneth Bianchi mouilla son pantalon, elle l’emmena chez le médecin pour qu’il examine son sexe. Une agence de protection de l’enfance écrivit un rapport sur la mère de Bianchi, expliquant qu’elle était : «profondément dérangée, socialement ambitieuse, jamais satisfaite, arrêtée dans ses opinions et beaucoup trop protectrice… Elle a étouffé son fils adoptif dans l’attention médicale et le souci maternel depuis le moment de son adoption». Enfant, Bianchi était très dépendant de sa mère, mais ressentait envers elle une hostilité mortelle sous la surface.

Mères immorales
Certains tueurs en série pourraient blâmer leur mère aux moeurs délurées. Ces mères ont dépassé les bornes, exposant leurs enfants à des comportements sexuellement inappropriés. Bobby Joe Long a, selon lui, tué des femmes qu’il considérait comme «des putes et des salopes», et qui lui rappelaient sa mère. Lorsqu’il était enfant, sa mère couchait souvent avec des hommes dans la chambre même où Bobby dormait. Selon Bobby Joe Long, elle a partagé son lit avec lui jusqu’à ce qu’il ait 13 ans.

Henry Lee Lucas souffrit d’une « confusion des genres » durant son enfance, à cause du sadisme de sa mère. Elle était alcoolique et contrebandière. Pour une raison inconnue, elle l’habilla en fille jusqu’à ce qu’il ait 7 ans. «Je vivais comme une fille. J’étais habillé en fille. J’avais des cheveux longs comme une fille. Je portais des vêtements de fille». Sa mère le frappa un jour au sang parce qu’il avait fait couper ses cheveux après que son instituteur se soit plaint. À un moment, sa mère le frappa à la tête avec un rondin de bois, lui fracturant le crâne. Comme Long, Lucas a été exposé aux activités sexuelles de sa mère. Il l’a tuée en 1951.

Pères mortels
C’est généralement un père sadique et porté sur la discipline qui surgit dans l’arbre généalogique du tueur en série.
Le père de John Wayne Gacy réprimandait constamment son fils, le traitant de « fillette », de « pédé » et de « raté ». Alcoolique et violent, il frappait également la mère de John Wayne Gacy et tua le chien adoré de ce dernier pour le punir. Lorsque Gacy étranglait ses jeunes victimes, il les encourageait à rester braves devant la mort. «À travers ce rituel, Gacy cherchait à réaffirmer sa propre vision d’une identité masculine qui avait été écrasée par son père», écrit Joel Norris.
Le père d’Albert DeSalvo ramenait des prostituées à la maison et frappait brutalement son épouse. Un jour, il brisa ses doigts les uns après les autres alors que le jeune Albert regardait, impuissant. Le père de DeSalvo le vendit avec ses frères et sœurs, comme esclaves, à un fermier du Maine, et leur mère les chercha frénétiquement durant 6 mois. «Papa était plombier», raconta DeSalvo. «Un jour, il m’a frappé avec un tuyau dans le dos. Je n’ai pas bougé assez vite».

Les événements de l’enfance

L’adoption
L’adoption en tant que contribution potentielle au comportement du tueur en série est intéressante parce qu’elle crée deux questions. La première est que les parents biologiques ont pu transmettre des gènes « déviants » à leurs enfants (nous en parlerons plus tard). Deuxièmement, découvrir qu’il a été adopté peut aussi miner le sens de l’identité d’un jeune fragile et le porter à fantasmer sur l’identité de ses « vrais » parents, qu’ils soient bons ou mauvais. Sa mère était-elle une prostituée ? Une none ? Son père était-il un gangster ? Un héros ? Et pourquoi ont-ils « rejeté » leur enfant ? Ce sentiment de rejet peut avoir des conséquences profondes sur une psyché déjà instable. Si l’enfant rencontre ses parents biologiques et qu’il est de nouveau « rejeté », les dommages sont encore plus graves.

David Berkowitz a été profondément blessé lorsque sa mère biologique, qu’il avait retrouvée, l’a repoussé. Certains ont spéculé sur le fait que le surnom que Berkowitz s’était choisi (« Le Fils de Sam ») était une tentative fantasmatique de revendication d’une identité parent/enfant qui lui avait été refusée dans la vie réelle.
Selon les biographes de Bundy (Michaud et Aynesworth), la croissance émotionnelle de Ted Bundy a été bloquée après qu’il ait appris qu’il était un enfant illégitime, à 13 ans. «C’était comme si j’étais rentré dans un mur de briques», a dit Bundy. Bien sûr, il a présenté toutes les excuses qu’il a pu imaginer, et il est donc difficile de le croire alors que sa vie de famille semblait plutôt heureuse.
Il va sans dire que l’adoption ne créé pas des tueurs en série. Au pire, elle peut altérer l’identité d’un enfant. Mais cela ne signifie pas que devenir un assassin est la seule option disponible pour un enfant adopté.

Être témoin de violences
Certains tueurs en série affirment que l’exposition à des événements violents a enflammé leur soif de sang. Ed Gein, entre autres, a dit que voir des animaux de fermes éventrées lui avait donné «des idées perverses». Heureusement, tous les fils de producteur de boudins ne deviennent pas des tueurs en série…
Albert Fish et Andrei Chikatilo ont affirmé que leur désir de meurtre était dû à d’abominables histoires qu’on leur avait racontées, enfant. Cela signifie-t-il que tous les enfants lecteurs de Stephen King vont devenir des assassins ?

John Haigh

John Haigh

Même des expériences réellement traumatisantes ne créent pas obligatoirement des tueurs en série. John Haigh, « l’Assassin au bain d’acide », a couru dans les rues après un bombardement lors de la Seconde Guerre Mondiale, à Londres. «La bombe vint avec un horrible hurlement, et comme je regardais vers le haut, couvert de bleus et ahuri, une tête roula à mes pieds». Joel Peter Witkin, un artiste photographe connu dont l’œuvre est horrible mais fascinante, a connu la même expérience après avoir été le témoin d’un accident de la route. Pourquoi une personne devient-elle un tueur en série alors que l’autre devient un artiste célèbre ?

La détention des jeunes
Les « Maisons de Correction » du début du 20ème siècle faisaient tout sauf rendre les enfants meilleurs. Les histoires de gardiens sadiques et de punitions médiévales vont de pair avec le comportement violent des prisonniers qui devinrent des tueurs en série. Heureusement, ce genre de discipline extrême n’est plus tolérée.
Bien que Carl Panzram a été un délinquant juvénile incorrigible, les tortures brutales qu’il subit en maisons de correction n’ont fait que renforcer sa rage violente. «Du traitement que j’ai reçu et des leçons que j’en ai tirées, j’ai décidé, quand je suis sorti, comment j’allais vivre ma vie. J’allais voler, brûler, détruire et tuer partout où j’irais et tous les gens que je pourrais, aussi longtemps que je vivrais. C’est comme ça que j’ai été ‘corrigé’ ».
Henry Lee Lucas a lui aussi affirmé que la prison l’avait transformé en tueur en série.
Charles Manson a dit qu’il avait été violé et tabassé par d’autres prisonniers quand il avait 14 ans, pendant qu’un gardien particulièrement sadique regardait la scène en se masturbant.
Albert Fish a affirmé que ses pulsions sadomasochistes étaient dues à ce qu’il avait vécu dans un orphelinat de Washington : «J’ai vu beaucoup de garçons fouettés, ça a pris racine dans ma tête ».

Rejet par ses pairs
Pour différentes raisons, beaucoup de tueurs en série sont isolés durant leur enfance. Henry Lee Lucas, qui était déjà timide, était ridiculisé à cause de son oeil artificiel (il était borgne). Il expliqua plus tard que ce rejet l’avait poussé à haïr tout le monde.
Kenneth Bianchi était aussi un solitaire et avait de nombreux problèmes. Un rapport clinique indique : «le garçon fait dans son pantalon, ne se fait pas d’amis facilement et a des tics nerveux. Les autres enfants se moquent de lui».
Dahmer était un enfant antisocial qui riait lorsqu’il voyait un autre enfant blessé. Il devint un adolescent alcoolique, ignoré par ses pairs.
Lorsque l’isolation s’aggrave, la dépendance aux fantasmes, surtout les fantasmes destructifs, peut augmenter. Ces fantasmes de violence se révèlent souvent à travers deux des aspects de la « triade » prédisant un futur comportement criminel : la pyromanie et la cruauté envers les animaux.

La « triade » des symptômes

La cruauté envers les animaux :
Ces compulsions secrètes sont considérées comme les germes d’un plus grand tumulte. «Les actes violents sont ou non renforcés si les meurtriers peuvent exprimer leur rage sans conséquence négative pour eux-mêmes, ou s’ils sont imperméables à une quelconque interdiction contre ces actions. Ensuite, les comportements impulsifs et erratiques découragent l’amitié, augmentant l’isolation. De plus, rien ne nie la croyance du futur agresseur selon laquelle il a le droit de faire ce qu’il fait» (Ressler et co, « Sexual Homicide: Patterns and Motives« ). Selon Ressler, «tout apprentissage possède un système de réponses et de réactions.» Torturer des animaux et allumer des feux va conduire à des crimes contre des êtres humains, si le schéma n’est pas brisé, d’une manière ou d’une autre.
La cruauté envers les animaux est un « drapeau rouge ». Tuer et/ou torturer des animaux est souvent considéré comme un « entraînement » au meurtre d’êtres humains. Ed Kemper a enterré vivant le chat de la famille et lui a coupé la tête. Jeffrey Dahmer n’a jamais tué d’animaux vivants, mais il a coupé la tête de chiens écrasés et les a plantés sur des pieux dans le jardin.
Toutefois, tous les tueurs en série n’agressent pas les animaux. Dennis Nilsen adorait les animaux, particulièrement son chien « Bleep », au point qu’il n’a pas osé le regarder lorsqu’on l’a arrêté, de peur de le traumatiser ! Christopher Wilder, violeur et assassin de huit femmes, a fait de nombreux dons à « Sauvons les Baleines » et au « Fond pour le sauvetage des phoques »…

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Peter Kurten

– La pyromanie :
Peter Kurten adorait regarder les maisons brûler, tout comme Otis Toole. Berkowitz, lorsqu’il se lassa de torturer la perruche de sa mère, devint un pyromane très prolifique, et garda le compte des 1411 incendies qu’il avait allumé.
Joseph Kallinger expliqua : «Oh ! Quelle extase allumer des feux provoque dans mon corps ! Quel pouvoir je ressens à la pensée d’un feu !… Oh, quel plaisir, quel merveilleux plaisir !»
La pyromanie est souvent une activité sexuellement stimulante pour ces tueurs. La destruction dramatique de bâtiments nourrit le même besoin pervers de détruire un autre être humain. Parce que les tueurs en série ne voient pas les êtres humains autrement que comme des objets, le saut entre la pyromanie et le meurtre est facile à faire.

– L’énurésie :
Le fait d’uriner au lit est le plus intime de ces symptômes et il est moins divulgué que les autres. On estime qu’environ 60% des tueurs en série urinaient au lit même à l’adolescence. Kenneth Bianchi, par exemple.

Conclusion
L’enfance peut jouer un rôle dans le façonnement d’un tueur en série, mais les « traumatismes » vécus ne peuvent pas, à chaque fois, être l’unique raison. Bien des tueurs blâment leur famille pour leur comportement, afin de provoquer la sympathie. D’une manière tout à fait « psychopathique », ils accusent quelqu’un d’autre d’être responsable de leurs actions.
Mais si leur affreuse enfance est la première cause de leurs tendances homicides, alors pourquoi leurs frères et sœurs ne deviennent-ils pas, eux aussi, des tueurs ou tueuses en série ? Et si une enfance malheureuse créait vraiment des tueurs en série, ceux-ci se seraient probablement regroupés en association ou en syndicat, il y en aurait tant.
Nous devons chercher d’autres éléments pour comprendre ce qui pousse un tueur en série à dépasser les limites.

Rationalisations tortueuses

«Je suis le fils de pute le plus froid que vous ayez jamais rencontré», a dit Ted Bundy. «J’aimais tout simplement tuer, je voulais tuer».

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Peter Sutcliffe

La marque de fabrique du psychopathe est son incapacité à concevoir les autres comme des êtres méritant la compassion. Dans l’esprit du meurtrier en série, les victimes sont déshumanisées, aplaties, transformées en objets sans valeur. John Wayne Gacy, qui n’a jamais montré le moindre remord, appelait ses victimes «des petits pédés et voyous sans valeurs», alors que Peter Sutcliffe (l’Éventreur du Yorkshire, qui assassina des prostituées) a déclaré qu’il «nettoyait les rues de ses déchets humains».
Au 19ème siècle, la psychopathie était considérée comme de la « folie morale ». De nos jours, on l’appelle communément « un désordre de personnalité antisociale » ou « sociopathie ». Les experts pensent que les sociopathes sont un mélange de désastres interpersonnels, biologiques et socioculturels.

Les sociopathes sont diagnostiqués grâce à leur comportement irrationnellement antisocial, leur manque de conscience et leur vide émotionnel. Ils recherchent avidement l’excitation (sexuelle ou sensitive ou de pouvoir…) et sont franchement intrépides. La prison ne les « guérit » pas parce qu’ils sont impulsifs par nature et se moquent des conséquences de leurs actes. Incapables de vivre une véritable relation, ils voient les autres comme des fétus de paille n’existant que pour être manipulés et exploités. Selon les études (américaines), 3 à 5% des hommes sont des sociopathes, alors que moins d’1% de la population féminine est sociopathe.
Les sociopathes sont souvent de riches hommes d’affaires ou des dirigeants mondiaux : tous les sociopathes ne sont pas des tueurs. Mais lorsqu’il vous est facile de dévaloriser les autres et que vous avez toujours ressenti les événements de votre vie comme des injustices et des rejets, le meurtre peut sembler être un choix naturel.

Selon les psychiatres, il existe des facteurs environnementaux qui créent un sociopathe :

  • Les études montrent que 60% des psychopathes ont perdu au moins un de leurs parents
  • L’enfant est privé d’amour ou de soins, les parents sont indifférents ou absents
  • Discipline inconsistante : si le père est sévère et que la mère est douce, l’enfant apprend à haïr l’autorité et à manipuler sa mère
  • Des parents hypocrites qui déprécient l’enfant en privé alors qu’ils montrent publiquement l’image d’une « famille heureuse ».

 

La génétique
Des tests montrent que le système nerveux des sociopathes est manifestement différent : ils ressentent moins de peur et d’anxiété que les autres. Une expérimentation a révélé que leur « bas niveau d’excitation » créé une impulsivité et la recherche de stimulations. Elle a également montré à quel point les sociopathes sont résistants lorsqu’ils doivent réellement changer leur comportement (et non pas faire semblant). On a donné une tache à un groupe de sociopathes et à un groupe de gens « normaux » : apprendre quel levier (sur quatre) allumait une lumière verte. L’un des leviers envoyait au sujet un choc électrique. Les deux groupes firent le même nombre d’erreurs, mais le groupe « normal » apprit rapidement à éviter la punition du choc électrique, alors que les sociopathes mirent bien plus de temps à le faire.
Ce besoin d’un plus haut niveau de stimulation fait que le psychopathe recherche les situations dangereuses. Quand Gacy entendait une ambulance, il la suivait pour voir quel genre de catastrophe « excitante » avait eu lieu. L’une des raisons pour lesquelles beaucoup de tueurs en série cherchent à devenir policier est probablement due à l’intensité de ce travail.
Les facteurs génétiques et physiologiques contribuent également à créer un psychopathe. Une étude à Copenhague se concentrait sur un groupe de sociopathes qui avaient été adoptés durant leur enfance. Les parents biologiques des sociopathes avaient 4 à 5 fois plus de « chance » d’être eux-mêmes sociopathes que les personnes « normales ».

Toutefois, la génétique ne résout pas tout. Elle montre seulement qu’il existe sans doute une prédisposition au comportement antisocial. L’environnement peut créer ou briser la personnalité « sociopathique ».
Lorsqu’un sociopathe hérite de « handicaps développementaux » d’origine génétique, c’est généralement d’un développement rachitique des plus hautes fonctions du cerveau. 30 à 38% des sociopathes ont des « ondes d’activité anormales du cerveau ». Les enfants ont une activité cervicale plus lente, qui augmente lorsqu’ils grandissent. Mais pas chez les sociopathes. Le cerveau peu devenir mature, mais seulement lorsque le sociopathe vieillit. C’est peut-être la raison pour laquelle la plupart des tueurs en série ont moins de 50 ans. Les ondes d’activité anormales du cerveau viennent du lobe temporal et du système limbique, les endroits du cerveau qui contrôlent la mémoire et les émotions. Lorsque le développement de ces parties du cerveau est génétiquement détérioré, et que les parents de l’enfant sont abusifs, irresponsables ou manipulateurs, tout est en place pour un désastre.

Les sociopathes peuvent-ils être traités et guéris ?
Selon les psychiatres : Non. Les électrochocs ne fonctionnent pas. Les drogues ne se sont pas révélées efficaces. La psychothérapie, qui suppose une confiance et une relation avec le thérapeute, est hors de question puisque le psychopathe est incapable de s’ouvrir aux autres. Ils ne veulent tout simplement pas changer.
La majorité des psychopathes finissent en prison plutôt que dans des hôpitaux psychiatriques.

 

Dans l’esprit d’un sociopathe

Denis Nilsen

Denis Nilsen

Selon le Dr Reid Meloy, auteur de « The Psychopathic Mind : Origins, Dynamics, and Treatment« , le sociopathe n’est capable d’avoir que des relations sados masochistes basées sur le pouvoir et non sur l’attachement. Les sociopathes s’identifient à un modèle agressif, tel un parent abusif, et s’en prennent à leur « moi » faible et vulnérable en le projetant dans les autres. Comme l’a dit Dennis Nilsen : «Je me tuais toujours moi-même, mais c’était toujours le « spectateur » qui mourrait ».
Le Dr. Meloy écrit que durant le développement de la petite enfance, il se crée une séparation chez l’enfant sociopathe entre le « moi gentil », qui est l’intérieur vulnérable, et le « pas moi dur », qui est l’extérieur intrusif et pénible (les expériences douloureuses ou de négligence). L’enfant en vient à attendre que toutes les expériences extérieures soient douloureuses, et se renferme sur lui-même. Dans une tentative de protection contre un environnement difficile, l’enfant développe une « armure de caractère », se méfiant de tout ce qui est extérieur et refusant de laisser qui que ce soit « entrer ». L’enfant refuse de s’identifier à ses parents et, au contraire, voit ses parents comme des étrangers malveillants. Rapidement, l’enfant n’est plus capable d’empathie pour qui que ce soit. Le mur est construit pour durer.
«La nature humaine toute entière est une nuisance et me remplit de dégoût », disait John Haigh. «De temps en temps, il faut relâcher la vapeur ».
Lors d’un développement normal, l’enfant se lie avec sa mère pour qu’elle l’élève et lui donne de l’amour. Mais pour le psychopathe, la mère est considérée comme «une prédatrice agressive ou une étrangère passive ». Dans le cas des sociopathes violents, et notamment des tueurs en série, l’enfant se lie à travers le sadomasochisme et l’agression.
Selon Meloy, «cet individu, se conduisant comme un prédateur, fait vicieusement et agressivement aux autres ce qu’on pourrait lui faire ».

La victime aux yeux du psychopathe
Lorsqu’ils traquent une victime, les psychopathes ne ressentent pas consciemment de la colère. Bien des tueurs semblent entrer en transe durant leurs phases prédatrice et meurtrière. Le psychopathe recherche des victimes idéalisées dans le but de les humilier et de les détruire. En dégradant sa victime, le psychopathe tente de détruire l’ennemi hostile à l’intérieur de son propre esprit. Durant le procès de Gacy, le psychiatre Richard Rappaport a dit que «Gacy est tellement convaincu que ces attributs existent dans cette autre personne qu’il est complètement en dehors de la réalité… et il doit se débarrasser d’elle et se sauver lui-même. Il doit le tuer ».
La victime est vu comme un objet symbolique. Bundy la décrivait en se désignant à la 3ème personne : «Puisque cette fille en face de lui ne représente pas une personne, mais une image, ou quelque chose de désirable, la dernière chose qu’il voudrait faire serait de personnaliser cette personne… Discuter et la flatter et s’amuser, comme sur un écran de cinéma». Et ensuite, «ce ne serait pas nécessairement des stéréotypes. Mais ce serait des fac-similés de femmes en tant que catégorie. Pas une catégorie de femmes, mais une catégorie qui a presque été créée à travers la mythologie des femmes et la manière dont elles sont utilisées comme objet ».

L’illusion du « Guerrier »
Dans un état maniaque (qui précède le meurtre), le sociopathe est intrépide et pense qu’il est omnipotent, parfois le Mal incarné (c’était par exemple le cas de Richard Ramirez, le « Night Stalker »). Un autre sociopathe, lorsqu’il se préparait à « chasser », s’habillait en Indien et utilisait ses propres excréments comme peintures de guerre. Guy George se prenait pour l’indien « Joe », le « méchant » du roman « Tom Sawyer » de Mark Twain.
Bien des tueurs s’identifient au mythe du guerrier. Leonard Lake était fasciné par les chevaliers médiévaux et beaucoup de tueurs en série admirent John Wayne, l’archétype Américain du guerrier solitaire.

Beaux parleurs
Les psychopathes connaissent ce qui est bien et mal, et se comportent comme s’ils croyaient sincèrement en ces valeurs. «Il existe des individus qui sont tellement psychopathiquement dérangés que, selon moi, on ne devrait même pas essayer de les guérir », dit Reid Meloy. Beaucoup de psychopathes lisent des ouvrages de psychologies et sont capables d’imiter les maladies mentales plus « sympathiques », comme la schizophrénie. Ils utilisent tous les moyens possibles pour manipuler ceux qui les évaluent.
Est-ce que les sociopathes entendent des voix dans leur tête ? Non. Selon Meloy, même «la plupart des individus psychotiques n’ont pas ce genre d’hallucination et ceux qui les ont leur résistent généralement bien ». John Wayne Gacy était «un beau parleur qui essayait de se « laver » de toute mauvaise action. Il avait un haut degré d’intelligence sociale et il savait très bien se comporter comme il le fallait pour influencer les gens », a dit Eugene Gauron, qui a évalué Gacy AVANT qu’il ne commence à tuer. Gacy a pourtant été libéré.
La tromperie la plus dramatique qu’aient jamais essuyé des psychiatres est l’évaluation d’Ed Kemper. Deux psys l’ont interviewé et ont déclaré qu’il était à présent « sans danger » et ne ferait de mal à personne. Durant cette interview, la tête d’une des victimes de Kemper reposait dans le coffre de sa voiture, garée sur le parking !
Bundy, qui pouvait véritablement être charmant, est parvenu à obtenir les bonnes grâces de ses gardiens, pour s’échapper lorsqu’ils sont devenus plus souples avec lui et l’ont moins surveillé.

Appétits coupables
Le meurtre en série est-il une quête de sexe ou de pouvoir, ou les deux ? Cela dépend de… la personne à qui vous le demandez.
Certains croient que la domination sexuelle est l’expression d’un besoin de pouvoir. «Le sexe n’est qu’un instrument utilisé par le tueur pour obtenir le pouvoir et la domination de sa victime », dit Steven Egger. Selon Ted Bundy, le sexe n’était pas la principale source de gratification. «Je veux diriger la vie et la mort », a-t-il dit. Il voulait contrôler totalement ses victimes : «Les posséder physiquement, comme quelqu’un posséderait une plante en pot, un tableau ou une Porsche. Être le propriétaire de cette personne ».
D’autres pensent qu’une pulsion sexuelle déviante est la cause, et que le pouvoir est l’outil utilisé pour obtenir la satisfaction sexuelle.

Patrick Mackay

Patrick Mackay

Certains tueurs en série vont s’identifier à des sources de pouvoir perçues, en essayant de s’approprier certains des sentiments de contrôle et d’omnipotence pour eux-mêmes. D’autres vont satisfaire des illusions de grandeur religieuse, que ce soit le Christ ou Satan. D’autres encore observent les policiers et vont les imiter, comme si leur autorité volée leur donnait l’autorité de tuer les autres.
L’un des modèles de pouvoir les plus terrifiants est Hitler. L’un des médecins du Britannique Patrick Mackay, alors adolescent, prédit qu’il deviendrait un « tueur psychopathe ». Mackay s’identifiait à Hitler et posait dans un uniforme nazi qu’il avait fabriqué lui-même. Après avoir avoué les meurtres de onze personnes, dont un prêtre catholique assassiné à la hache, il déclara : «Je ne vais pas pleurer. La vie est pleine de chocs en tout genre et on doit y faire face ».

Déviance sexuelle
 » Les démons voulaient mon pénis « , a écrit David Berkowitz. Pour lui, le sexe n’était pas quelque chose qui impliquait une partenaire consentante. Au contraire, ses fantasmes sexuels tordus, entretenus par l’isolation sociale, firent apparaître les forces abstraites du mal. Nous imaginons les démons poursuivant des buts plus élevés, tels la recherche d’âmes égarées, mais pas de pénis… Mais pour les lust murderers, la sexualité, le pouvoir et la domination sont si fermement entrelacés qu’ils débordent l’un dans l’autre. Il est difficile de dire où la soif de sexe disparaît et la soif du sang prend le dessus.

Meurtre sexuel
Selon Ressler, Burgess, et Douglas dans « Sexual Homicide: Patterns and Motives », le nombre de «meurtres classifiés comme ‘mobiles inconnus’ augmente dramatiquement ». Ils pensent qu’il existe deux types d’homicides sexuels : «le tueur du viol ou de la colère déplacée» et le «tueur sadique».
En quoi un tueur en série diffère-t-il d’un violeur qui tue ses victimes pour éviter qu’elles ne parlent et qu’il soit appréhendé ?
Les violeurs qui tuent, selon une étude citée dans « Sexual Homicide », «trouvent rarement une satisfaction sexuelle dans le meurtre et n’exécutent pas d’actes sexuels après la mort. Au contraire, pour les tueurs sadiques, le meurtre est un élément à part entière d’un fantasme sadique ritualisé ».
La mutilation est de « l’overkill« , une façon de frapper obsessivement le corps de la victime bien plus que nécessaire pour la tuer. Les sociopathes ont un niveau d’excitation peu élevé, il en faut bien plus pour les stimuler. Les mutilations macabres excitent le lust killer. Pour lui, tuer déclenche un fantasme sexuel étrange qui s’est développé dans les sombres méandres de son esprit tordu.
Ressler écrit que «puisque son histoire sexuelle est celle du sexe en solitaire, et qu’il trouve les relations trop difficiles, voir impossibles, il retourne l’acte masturbatoire même lorsqu’une vraie partenaire (sa victime) est ‘disponible’. La masturbation a généralement lieu après la mort, lorsque ses fantasmes sont les plus forts ». Parce que les fantasmes n’impliquent pas une personne mais une victime sacrificielle symbolique, la violence peut augmenter après la mort. «Les mutilations ont souvent lieu lorsque la victime est déjà morte, un moment durant lequel le tueur a un contrôle ultime sur sa victime ».

Ed Kemper

Ed Kemper

Bien des tueurs admettent ressentir une pulsion sexuelle anormalement forte. Ed Kemper, qui décapitait souvent ses victimes avant de les violer, a dit qu’il avait «une pulsion sensuelle très forte, une pulsion sexuelle mystérieuse qui a commencé tôt, beaucoup plus tôt que la normale». Pourtant, il ne fantasmait que sur des femmes mortes, jamais les vivantes. «Si je les tuais, vous savez, elles ne pouvaient pas me rejeter comme homme. C’était plus ou moins créer une poupée à partir d’un être humain… et réaliser mes fantasmes avec une poupée, une poupée humaine vivante».
L’excitation la plus étrange que Kemper ressentait en tuant avait lieu lorsqu’il décapitait ses victimes. «Je me souviens qu’il y avait une excitation sexuelle… Vous entendez ce petit ‘pop’ et vous retirez leur tête et vous la soulevez par les cheveux. Enlever la tête de leur corps étendu là. Ça m’envoyait au ciel». Kemper ajoutait : «Avec une fille, il reste encore beaucoup de choses sur son corps même sans la tête. Bien sûr, la personnalité est partie». Ces personnalités, que les tueurs en série trouvent si gênantes et ennuyeuses expliquent pourquoi ils vont si loin pour « dépersonnaliser » le corps de leur victime par d’horribles mutilations.
Albert DeSalvo avait envie d’avoir des rapports sexuels au moins cinq fois par jour. Il en vint même à accuser la froideur de sa femme d’être la cause de ses meurtres. «C’était vraiment une femme que je voulais, n’importe laquelle, juste une femme avec ce que les femmes ont», a-t-il dit. David Berkowitz se masturbait compulsivement et «sa préoccupation pour la sexualité orale», écrivit le Dr. Abrahamsen, «suggère un développement sexuel immature».

Parce que le sexe est lié à la mort et non pas à la vie, le concept de procréation dérange le lust killer. John Haigh déclara : «Le sexe ne devrait pas exister. La propagation devrait être un acte insensible, comme un chêne qui perd ses glands». Pour certains de ces tueurs, la sexualité a été liée au pêché et à la mort par des parents trop zélés qui ne voulaient pas que leur enfant ne devienne « immoral ». Leur besoin libidineux s’est alors reporté sur d’autres comportements « déviants ».
William Heireins, le jeune « tueur au rouge à lèvres », a affirmé que le cambriolage était sa manière primaire de se relâcher sexuellement. Enfant, on l’avait prévenu que les contacts sexuels étaient sales et qu’ils « causaient des maladies ».
Joseph Kallinger, qui fut élevé par des parents sadiques très puritains, était sexuellement excité par les feux.
Pour Ed Gein, à qui sa mère avait appris que le sexe était criminel et avilissant, il semble presque naturel qu’il ait associé sa propre curiosité sexuelle avec la mort.

Tuer la femme à l’intérieur
Henry Lee Lucas, que sa mère forçait à s’habiller en fille quand il était petit, déclara : «J’étais la mort sur les femmes. Je ne sentais pas qu’elles avaient besoin d’exister. Je les haïssais et je voulais détruire toutes celles que je pourrais trouver. Et j’étais bon à ça ».
Beaucoup pensent que Gacy tuait des jeunes hommes qui représentaient symboliquement son propre « moi » homosexuel tant détesté.

Bobby Joe Long

Bobby Joe Long

Bobby Joe Long, qui avait un chromosome féminin en trop et se retrouva avec des seins à la puberté, tua brutalement des prostituées et des femmes qui lui rappelaient sa mère.
Il existe un débat pour savoir si les tueurs en série qui sont peu sûrs de leur masculinité sont les plus vicieux, comme s’ils avaient besoin d’extirper et de détruire la femme à l’intérieur d’eux-mêmes. Joel Norris a écrit que si «le tueur est particulièrement sauvage en ce qui concerne les corps de ses victimes féminines, la police devrait cherchait un suspect possédant des traits physiques féminins. A-t-il par exemple de beaux cheveux ? Ses traits sont-ils disproportionnellement délicats ? »

Comme Richard Tithecott le précise dans son livre « Of Men and Monsters« , «la motivation des tueurs en série peut être expliquée en termes de « besoin d’expulser » : expulser la femme, expulser l’homosexuel… de soi-même. La question (et le problème) n’est plus alors la masculinité, mais la féminité, ou plutôt l’invasion féminine de la masculinité ».
Tithecott explique que d’une certaine manière, le tueur accuse la féminité de provoquer son envie de meurtre, alors que dans l’Histoire, quasiment tous les actes agressifs sont masculins par nature. Cette manière de viser la « femme à l’intérieur » n’est rien d’autre qu’une tentative du tueur en série d’accuser la victime.

Curiosité morbide et cannibalisme
Avant de commencer à tuer, beaucoup de tueurs en série montrent une fascination pour la mort. Cela, en lui-même, n’est pas inhabituel. Peut-être que si leur personnalité antisociale n’avait pas pris le dessus, ces tueurs en série seraient devenus des médecins, des scientifiques, des entrepreneurs de pompes funèbres ou même des artistes.
– Gacy a travaillé dans une morgue et dormait dans la chambre d’embaumement, seul avec les corps, mais a été licencié après que l’on ait découvert des corps déshabillés.
– Dennis Nilsen faisait semblant d’être un cadavre et se masturbait devant un miroir pour voir sa propre image de mort.
– Adolescent, Berkowitz était fasciné par tout ce qui était morbide : «J’ai toujours adoré le meurtre et la mort, la mort brutale et le carnage me plaisent», a-t-il dit.
– Jeffrey Dahmer, qui aimait la classe de dissection en biologie, expliqua à un camarade de classe qu’il avait ouvert un poisson qu’il avait pêché parce qu’il voulait «voir à quoi ça ressemblait à l’intérieur. Je voulais voir comme ça marche». Il donna plus tard à la police la même excuse : il avait ouvert le torse de ses victimes « pour voir comment ça marche« . Son avocat tenta de rationaliser son cannibalisme en déclarant que «Jeffrey a mangé des morceaux de corps pour que ces pauvres gens qu’il avait tués reviennent à la vie, en lui».

Le cannibalisme est une forme littérale d’intériorisation : au lieu de faire de la place dans son cœur pour celui ou celle qu’il désire, le cannibale fait de la place dans son estomac… La faim métaphorique pour la compagnie d’une autre personne devient une faim littérale. Beaucoup la décrivent comme une manière d’incorporer l’autre en soi. Puisque les sociopathes sont incapables de ressentir de l’empathie et de l’amour, cette forme brute et primitive de liaison en devient un remplacement écœurant.

Isei Sagawa

Isei Sagawa

Un exemple particulièrement horrible de cette notion « d’amour dévorant » est le meurtre commis par le Japonais Issei Sagawa, qui a assassiné et dévoré une étudiante Hollandaise, à Paris. Il a raconté, d’une manière très lucide, comment il avait convoité sa victime : «Ma passion était tellement grande que je voulais la posséder. Je voulais la manger. Si je le faisais, elle serait à moi pour toujours». Sagawa hésita lorsqu’il découvrit son utérus : «Si elle avait vécu, elle aurait eu un bébé dans cet utérus. Cette pensée me déprima durant un moment». Mais Sagawa la mangea malgré tout.
La « décoration » abominable de la maison d’Ed Gein était composée d’abat-jour et de sièges de chaises en peau humaine, ainsi que de crânes humains utilisés comme bols. Il fabriqua également un vêtement et des bijoux avec des morceaux de corps. Les livres d’anatomie ne satisfaisaient pas sa curiosité, il déterra d’abord des cadavres puis se mit à tuer.

Sont-ils fous ?
Les tueurs en série sont-ils fous ? Pas selon les standards légaux.
«L’incidence de la psychose parmi les meurtriers n’est pas plus grande que l’incidence de la psychose dans la population totale» a dit le psychiatre Donald Lunde. La définition légale de la folie est basée sur « les lois de McNaghten », datant du 19ème siècle : «L’agresseur comprend-il la différence entre le bien et le mal ? S’il se sauve ou fait n’importe quelle tentative pour cacher son crime, alors l’agresseur n’est pas aliéné, parce que ses actions prouvent qu’il a compris que ce qu’il faisait était mal».
En France, depuis 1992, l’article 122-1 du Code pénal prévaut : « N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. »
Pourtant quelle personne saine d’esprit dévorerait des enfants et écrirait des lettres aux parents, expliquant quel excellent repas leur enfant a été ? Dans le cas d’Albert Fish, le jury l’a déclaré «aliéné, mais il a mérité de mourir de toute façon» ! Seuls quelques-uns, y compris les « sociologiquement retardés » Ed Gein et Peter Sutcliffe, ont plaidé la folie avec succès.
Cherchant toujours à manipuler, les tueurs en série feraient n’importe quoi pour convaincre les autorités qu’ils sont fous. Être déclaré « légalement fou » signifie échapper à la peine capitale. Et si le criminel parvient à persuader ses gardiens qu’il est guéri, il peut espérer être libéré… comme Ed Kemper l’a été.
John Haigh a bu sa propre urine devant les jurés pour les convaincre de sa folie, mais cela a seulement servi à les dégoûter.
William Hickman a été assez stupide pour écrire son intention de convaincre les jurés qu’il était fou : «J’ai l’intention de rire aux éclats, de hurler et de me jeter par terre avant que l’accusation ne termine sa plaidoirie…» Il termina sa lettre adressée à un codétenu par un : «PS : tu sais et je sais que ne suis pas fou».

Alter Egos
L’une des tentatives les plus prévisibles de « rejeter la faute » est de se créer un côté sombre et mauvais, un « alter ego ». Certaines de ces créations sont désignées comme étant les véritables coupables des meurtres.
– Alors qu’il était emprisonné, H. H. Holmes inventa « Edward Hatch » et déclara qu’il était l’esprit supérieur et sombre derrière les meurtres des jeunes enfants Pietzel.
– William Heirens créa « George Murman » et correspondit avec lui à travers des lettres.
– John Gacy basa son alter ego, « Jack Hanley », sur un policier possédant le même nom. Le « Jack » de Gacy était fort, contrôlait tout et détestait l’homosexualité. Gacy expliqua que, lorsqu’il buvait trop, les mains de Jack prenaient le contrôle.
L’un des alter ego les plus connus est celui de Kenneth Bianchi, « Steve Walker ». Ce dernier apparu, lors d’une séance d’hypnotisme, comme l’opposé agressif du « gentil » Kenneth. Des hypnotiseurs furent capables de piéger Bianchi et de révéler que « Steve » était un canular.
Fabriquer un alter ego est une manière commode de rejeter la culpabilité sur un autre, même si cet « autre » est en soi. C’est une variation psychologique du « le Diable m’a poussé à le faire ». Mais les alter ego diaboliques sont généralement des constructions maladroites qui s’effondrent sous un examen minutieux. Au mieux, une véritable personnalité « double » peut espérer se retrouver dans un hôpital psychiatrique plutôt que dans le quartier des condamnés à mort. Mais les cas authentiques sont exceptionnellement rares.

La schizophrénie
Selon le Dr. Meloy, la majorité des schizophrènes résistent aux ordres agressifs donnés par les hallucinations auditives qu’ils entendent.

Herbert Mullin

Herbert Mullin

La ville de Santa Cruz a connu de nombreux tueurs psychopathes dans les années 1970. Ed Kemper notamment. Son « collègue » schizophrène, Herbert Mullin, est un exemple terrifiant de ce que peut être un tueur en série réellement fou. Mullin entendait la voix de son père lui demander «Pourquoi ne me donnes-tu rien ? Va tuer quelqu’un. Bouge-toi ! ». En tuant des gens, Mullin était convaincu qu’il empêchait un terrible tremblement de terre de ravager la Californie. Contrairement à la majorité des tueurs en série, il ne cherchait pas un certain type de victime en particulier. Ses treize victimes « sacrificielles » comprenaient une famille, un prêtre, une auto-stoppeuse, un SDF, un retraité et de jeunes campeurs.
Lorsqu’il fut arrêté, tout le monde convenu que Mullin était un schizophrène paranoïde… mais il fut déclaré « légalement sain d’esprit ». Contrairement à bien des tueurs qui tentent de convaincre les autorités qu’ils sont fous, Mullin essaya de prouver qu’il était sain d’esprit, déclarant qu’il était la victime d’une immense conspiration. Il expliqua qu’il était «un bon citoyen Américain qui avait été dupé pour commettre ces crimes. Je sais que je mérite ma liberté ».
Le « Fils de Sam » était une tentative bien construite de David Berkowitz pour paraître schizophrène. «Il n’y a aucun doute dans mon esprit : un démon vit en moi depuis ma naissance», prétendit-il. «Je veux qu’on me rende mon âme. J’ai le droit d’être humain». Des années plus tard, il tint une conférence de presse durant laquelle il annonça que son histoire de démons avait été inventée.

Tueurs nés ?

Génétique et mauvaise graine
Les criminels psychopathes sont-ils différents dès la naissance ? Beaucoup de parents disent que leurs enfants, qui sont devenus des criminels, sont nettement différents de leurs frères et sœurs non violents. A 5 ans, Ted Bundy s’est glissé dans la chambre de sa tante Julia, encore adolescente, et a glissé des couteaux sous les couvertures de son lit. «Il est resté là et il a grimacé», expliqua-t-elle.
Carl Panzram écrivit lui-même : «Toute ma famille est dans la moyenne des êtres humains. Ils sont honnêtes et travaillent dur. Tous sauf moi. Je suis un humain-animal depuis ma naissance. Lorsque j’avais 5 ou 6 ans, j’étais un voleur et un menteur et j’étais méprisable. Plus je vieillis, plus je deviens mauvais».
Peter Kurten a noyé deux camarades de jeux à l’âge de neuf ans.

Ces enfants sont-ils tout simplement nés mauvais ?
L’environnement seul ne peut pas expliquer le comportement des tueurs en série : trop d’enfants abusés et/ou négligés sont devenus des adultes responsables et honnêtes. S’il existe une explication génétique, c’est une mutation discrète et délicate. Nous ne rencontrons pas de familles entières de tueurs en série (même les McCrary étaient plus des dégénérés assassins que des serial killers). Il n’existe pas de « gène du tueur », mais des recherches révèlent certaines tendances génétiques aux comportements violents. En d’autres termes, les mauvaises graines fleurissent dans de mauvais environnements.
Une étude menée sur des jumeaux élevés séparément en 1997 a révélé un lien puissant entre l’impulsivité et un comportement de recherche de sensations, «attribué presque entièrement à des facteurs génétiques». La recherche de sensations et l’impulsivité «sont plus élevés chez les drogués, les délinquants et les psychopathes ».

Les tueurs en série possèdent-ils un chromosome en trop ?
Bobby Joe Long avait un chromosome féminin (« X ») en trop, une anomalie connue sous le nom de « Syndrome de Klinfelter » (comme Francis Heaulme), ce qui signifie qu’une hormone féminine, l’estrogène, était présente à un taux élevé dans son corps. A l’adolescence, ses seins ont poussé, ce qui l’a beaucoup embarrassé. Bobby Joe Long, toutefois, possédait énormément d’autres « prérequis  » de tueur en série. Il avait souffert de blessures répétées à la tête et sa mère avait des « mœurs légères », entre autres.
Réciproquement, un chromosome masculin (« Y ») en trop était autrefois en vogue pour expliquer la violence. L’avocat de Richard Speck a affirmé que son client avait un profil génétique XYY, mais des tests ont prouvé que c’était faux. Alors qu’un chromosome masculin semble être une explication logique à un comportement agressif « mutant », il n’existe pas de preuve qui lie le chromosome X ou Y aux tueurs en série.

La Testostérone
Un taux élevé de testostérone en lui-même n’est pas dangereux, mais lorsqu’il est combiné avec un taux bas de sérotonine, le résultat peut-être mortel. La testostérone est associée au besoin de dominer (bien des athlètes et des hommes d’affaires ont des taux élevés de testostérone).
Mais puisque tout le monde ne peut pas être le meilleur, la sérotonine empêche la tension d’atteindre des niveaux trop élevés, et nous tempère. Mais selon une étude de Paul Bernhardt, lorsque le niveau de sérotonine est anormalement bas, la frustration peut mener à un comportement agressif, voire sadique.

Métaux lourds
Des recherches ont montré que les agresseurs violents ont des niveaux plus élevés de métaux lourds toxiques (manganèse, plomb, cadmium et cuivre) dans leur corps. Un excès de manganèse fait baisser le taux de sérotonine et de dopamine, ce qui contribue à provoquer un comportement agressif. L’alcool augmente ces effets. Le meurtrier de masse James Huberty avait un taux excessif de cadmium dans son sang.

Défectuosités du cerveau
Selon plusieurs chercheurs, des blessures à la tête et des anomalies du cerveau mènent souvent à un comportement violent. Lorsque l’hypothalamus, le lobe temporal et/ou le cerveau limbique sont endommagés, cela peut expliquer une agressivité incontrôlable.
L’hypothalamus régule le système hormonal et les émotions. Le cerveau « supérieur » a un contrôle limité sur l’hypothalamus. À cause de la proximité physique des centres de la sexualité et de l’agressivité dans l’hypothalamus, l’instinct sexuel et la violence deviennent liés pour le  » lust killer « . L’hypothalamus peut être abîmé par la malnutrition ou une blessure à la tête.
– Le cerveau limbique est la partie du cerveau associée aux émotions et à la motivation. Lorsque le cerveau limbique est endommagé, la personne perd le contrôle de ses émotions primaires, tel la peur ou la colère. Selon Meloy, le regard de prédateur du psychopathe manque d’émotion, il est aussi froid que l’œil vide d’un reptile. Les reptiles ne possèdent pas de partie limbique dans leur cerveau, où résident les souvenirs, les émotions, la socialisation et les instincts parentaux. En d’autres mots, les tueurs en série sont correctement décrits comme des tueurs « de sang-froid « , tout comme leurs « frères » reptiliens.
– Le lobe temporal est directement exposé aux blessures, car il est placé à l’endroit où l’os du crâne est le plus fin. Des blessures, tel qu’une chute sur une surface dure, peuvent facilement endommager cette section du cerveau, créant des lésions qui causent une forme d’amnésie et des accès épileptiques. Des dommages au lobe temporal peuvent provoquer des réactions violentes sans raison et augmenter les réponses agressives.
Enfant, Kenneth Bianchi a chuté d’un portique et est tombé sur l’arrière de sa tête. Peu après, il a commencé à avoir des crises d’épilepsie.
Le chercheur Dominique LaPierre pense que le «cortex préfrontal, un endroit du cerveau impliqué dans la planification à long terme et le jugement, ne fonctionne pas correctement chez les sujets psychopathes».

Les paléopsychologues croient également qu’il existe une sorte de mauvais fonctionnement du cerveau chez les tueurs en série, et que, en quelque sorte, leur cerveau « primitif » ignore le cerveau supérieur : la libido, l’agressivité et l’appétit prennent le pas sur la raison et la compassion.
Une étude de Pavlos Hatzitaskos explique qu’une grande proportion des prisonniers des couloirs de la mort a eu d’importantes blessures à la tête et qu’environ 70% des patients souffrant de blessures au cerveau développent des tendances agressives.

Karl Panzram

Karl Panzram

Certaines de ces blessures au cerveau sont accidentelles, mais la plupart d’entre elles ont été infligées lors de mauvais traitements durant l’enfance. Parmi les nombreux tueurs en série qui ont souffert de blessures à la tête, on peut citer Leonard Lake, David Berkowitz, Kenneth Bianchi, John Gacy, Bobby Joe Long et Carl Panzram, qui, enfant, a eu une sorte d’infection au cerveau. Il écrivit : «Finalement, ma tête a gonflé jusqu’à être aussi grosse qu’un ballon… J’ai été opéré à la maison. Sur la table de la cuisine. J’aimerais savoir si cela est la cause de mes étranges actions ».
Ted Bundy, au contraire, a effectué des scanners du cerveau et des rayons X, mais ils n’ont révélés aucun traumatisme au cerveau.

Absence de peur
Le magasine « Crime Times » rapporte les découvertes selon lesquelles les psychopathes ont un « seuil de peur » plus élevé et ont moins tendance à répondre à des stimuli provoquant la peur, comme un bruit violent et soudain.
Il est possible qu’ils soient « immunisés » contre la peur.
Selon le psychologue Shawn Johnston, « le rythme cardiaque du psychopathe et la température de sa peau sont bas, et sa réaction de surprise est bien moindre que chez les personnes « normales ». Le système nerveux autonome des gens extrêmement violents est extrêmement lent… Ils ont besoin d’un niveau plus élevé d’excitation ou de stimulation pour avoir une « expérience » intense ».

Privation sensorielle
Des études montrent que le manque de contact physique peut être nuisible pour le développement de l’enfant. Lors d’une étude sur des chimpanzés, les bébés qui n’étaient pas « pris à bras » se renfermaient sur eux-mêmes et commençaient à attaquer les autres. Certains tueurs en série ont été séparés de leurs parents très jeunes ou leur mère ne leur a pas montré d’amour et ne les touchait pas.

Conclusion
Ces caractéristiques physiologiques, toutefois, ne créent pas obligatoirement un tueur en série. Beaucoup de gens ont des blessures au cerveau et des anomalies biologiques et ne sont pas pour autant violents. Un coup à la tête ne va pas forcément créer un tueur en série.
Le mal peut-il être réduit à une équation chimique ? Peut-être est-ce une combinaison entre l’environnement et des prédispositions chimiques.
Ce que nous savons, c’est qu’il n’existe pas de schéma unique pour tous les tueurs en série. Beaucoup de ces études biologiques sont nouvelles, et peut-être que dans le futur, le profil chimique du tueur en série sera découvert…

 

Fantasmes mortels

Les fantasmes étranges se développent dans l’isolation et la colère. Selon Ressler, pour le tueur en série en devenir, les fantasmes violents mènent à une isolation encore plus grande, ce qui, en retour, crée une dépendance encore plus grande aux fantasmes…

«En grandissant, j’ai réalisé, même incomplètement, que j’étais différent des autres gens, et que la manière de vivre à la maison était différente de la maison des autres», dit John Haigh. «Cela me poussait à l’introspection et à d’étranges questionnements mentaux».
Finalement, pour nourrir leurs fantasmes, les tueurs en série en arrivent à un point où ils ont besoin de les réaliser. Ils vont se préoccuper uniquement de meurtre pendant des années, et dériver dans des états de transe avant le meurtre, totalement emprisonnés par leurs fantasmes. Dans leurs rêveries monstrueuses, leurs victimes sont réduites à de malheureux pions. Beaucoup des mutilations ritualisées accomplies sur les victimes découlent d’un drame intérieur que seul le tueur peut comprendre.

Dennis Nilsen expliquait : «J’avais créé un autre monde, et les hommes réels y entraient et il ne leur était jamais fait de mal dans les lois irréelles de mon rêve. J’ai provoqué des rêves qui ont provoqué la mort. C’est mon crime».
Jeffrey Dahmer avait une idée similaire : «J’ai rendu ma vie imaginaire plus puissante que la vie réelle».

La réalité brutale et dégoûtante du meurtre ne correspond jamais complètement au pouvoir des fantasmes. En fait, c’est généralement une déception, mais le fantasme ne disparaît pas pour autant. Il s’enracine plus profondément dans la psyché du tueur.
Cela explique la nature « sérielle » et répétitive des meurtres : les tueurs veulent recommencer et « s’améliorer » jusqu’à ce que, enfin, ils réalisent le meurtre parfait, totalement semblable à leurs fantasmes.
Ted Bundy observait : «Le fantasme qui accompagne et génère l’anticipation qui précède le crime est toujours plus stimulant que les conséquences immédiates du crime lui-même».

Beaucoup de tueurs en série gardent des souvenirs (des « trophées ») de leur crime, qui attisent plus tard leurs fantasmes. Lorsque l’on a demandé à Bundy pourquoi il prenait des Polaroïds de ses victimes, il a répondu : «Lorsque vous travaillez dur pour faire quelque chose de bien, vous ne voulez pas l’oublier».

 

Le coup de grâce

C’est une chose de fantasmer de tuer quelqu’un, mais c’en est une autre de passer à l’acte. Qu’est-ce qui incite les tueurs en série à traverser cette frontière, encore et encore ?
Les drogues sont souvent impliquées, et surtout l’alcool, comme dans les cas de Gacy (qui utilisait aussi du Valium, des amphétamines et de la marijuana…), Heaulme, Ramirez, Nilsen ou Dahmer.

Stresseurs

Christopher Wilder

Christopher Wilder

Selon Ressler et ses confrères, il existe des « stresseurs », des événements qui déclenchent la rage meurtrière du tueur. Ils peuvent être «un conflit avec une femme, un conflit parental, un stress financier, des problèmes de couple, un conflit avec un homme, la naissance d’un enfant, une blessure physique, des problèmes légaux et le stress d’un décès».
Alors que le tueur affronte sa frustration, sa colère et son ressentiment, les fantasmes de meurtre peuvent occulter la réalité. Selon Ressler, «bien des facteurs déclencheurs sont centrés autour des différents aspects du contrôle». La mort de la mère de Gein lui a fait « passer la barrière », alors que les combats journaliers de Kemper avec la sienne le rendaient fou de rage. Christopher Wilder a affirmé que son itinéraire meurtrier en 1984 avait commencé après qu’une femme ait rejeté sa demande en mariage.

 

Après le meurtre
Selon Joel Norris, il existe six phases dans le cycle du tueur en série :

  1. La phase d’aura, durant laquelle le tueur commence à perdre prise sur la réalité.
  2. La phase de chasse, durant laquelle le tueur cherche une victime.
  3. La phase de relation, durant laquelle le tueur attire sa victime.
  4. La phase de capture, durant laquelle la victime est prise au piège.
  5. La phase de meurtre ou de Totem, qui est émotionnellement élevée pour le tueur.
  6. La phase de dépression, qui a lieu après le meurtre.

Norris écrit que lorsque la dépression survient, elle provoque le recommencement des phases. Bundy a dit qu’il n’a jamais vraiment obtenu ce qu’il espérait avec ses meurtres, et il a toujours ressenti un vide et un grand désespoir après ceux-ci.
Joel Norris décrit la « dépression post-homicide » que les tueurs en série éprouvent : «Le tueur réalise simplement un fantasme rituel… mais, une fois « sacrifiée », l’identité donnée à la victime dans le fantasme du meurtrier est perdue. La victime ne représente plus ce que le tueur pensait qu’il ou elle représentait. L’image de la fiancée qui le rejetait, l’écho de la voix de la mère haïe, ou les moqueries du père distant. Tout subsiste très clairement dans l’esprit du tueur après le crime. Le meurtre n’a pas effacé ou changé le passé parce que le tueur se déteste lui-même, encore plus qu’avant l’apogée de l’émotion… C’est seulement son propre passé qui est représenté. Il a échoué à nouveau. Au lieu de renverser les rôles de son enfance, le tueur les a renforcés, et en torturant et tuant une victime sans défense, il a répété ses tragédies les plus intimes.»

Mal social

Culture contemporaine violente
Beaucoup de tueurs en série accusent notre culture violente (surtout les Américains…) de nourrir leurs appétits.
Quelques jours avant d’être exécuté, Bundy a déclaré que la pornographie « hardcore » était responsable des meurtres qu’il avait commis. Dans nos divertissements médiatiques, le sexe et la violence semblent aller de pair. Bundy avait-il raison ? Ou s’est-il trouvé une excuse facile ?
Beaucoup de tueurs en série adoptent également des figures violentes comme modèles.
Le doux Peter Kurten, qui était extérieurement un homme poli et policé, idolâtrait Jack l’Éventreur alors qu’il était emprisonné : « J’ai pensé au plaisir que ça m’aurait donné de faire des choses de ce genre, une fois que je serais de nouveau dehors ».
John Wayne Gacy et Edmund Kemper adoraient l’acteur John Wayne (qui a évidement d’autres fans que les tueurs en série), car sa justice vengeresse (« oeil pour oeil ») plait au tueur… qui pense être une victime.
De nos jours, on accuse souvent des films, des jeux vidéos ou des musiques d’être la cause de bien des meurtres. Bien qu’il n’existe aucune preuve directe que la violence et les médias créent des tueurs en série, cela peut activer leur fantasme et peut-être les légitimer pour certains. Comme disait Ed Kemper au sujet de la pornographie violente : « Ça n’est pas ça qui m’a rendu mauvais. Mais… ça a mis de l’huile sur le feu ».
Selon Elliot Leyton, dans son livre « Hunting Humans« , les tueurs en série ne sont pas «des créatures étranges à l’esprit dérangé, mais des hommes qui ne veulent pas continuer la vie morne dans laquelle ils se sentent coincés. (Aux USA), élevés dans une civilisation qui légitime la violence comme réponse à la frustration, fournie par les médias et la pornographie violente, avec le manuel expliquant la procédure à suivre, ils choisissent l’identité virile du pirate et du vengeur» (point de vue tout de même très américain qui, sans vraiment le vouloir, élève le tueur en série au rang de rebelle qui « fait la nique » à la société).

Une société d’étrangers
Il est plus facile pour nous de nous voir uniquement comme des étrangers ou des stéréotypes. Les tueurs en série s’en prennent à des stéréotypes. « Nous créons des étrangers les uns pour les autres», dit Steven Egger. «Et alors que nous devenons des étrangers, nous commençons à voir les autres plus comme des objets et moins comme des êtres humains ».
«C’est le facteur d’anonymat », a dit Bundy au sujet de sa facilité à tuer. Au 20ème siècle, l’angoisse de la grande ville continue de générer les tueurs et les victimes. Les tueurs en série peuvent facilement trouver des victimes parmi les « oubliés » : fugueurs, prostituées, droguées, SDF…
Peut-être l’anonymat lui-même est il un facteur qui créé le tueur en série. Se sentant privé de ses droits, oublié, ignoré dans la foule, le psychopathe ne tue pas seulement celles/ceux qui lui renvoient sa propre identité anonyme et oubliée, mais se fait aussi un nom, il « devient quelqu’un » en tuant. Cerise sur le gâteau, il peut même devenir une célébrité si ses crimes font la une des journaux…

Le meurtre en série comme métier ?
David Berkowtiz n’avait pas d’identité stable : il ne faisait rien de particulier, il n’avait pas d’amis, pas d’attaches. Il était terriblement seul. L’identité du « Fils de Sam » lui a donné une immense notoriété et du pouvoir sur les autres. Il était excité lorsqu’il entendait ses collègues de la poste discuter du « Fils de Sam », sans savoir que le « gentil David » qui travaillait avec eux était le tueur psychopathe dont on parlait dans les journaux.
La possibilité que la notoriété soit une motivation supplémentaire pour le tueur en série est terrifiante. De nombreux tueurs en série, qui sont motivés par un besoin de pouvoir et de domination, adorent l’attention que leurs portent les médias.
John Wayne Gacy collait sur son « petit cahier » tous les articles de presse le concernant.

Jeffrey Dahmer

Jeffrey Dahmer

Le procès de Jeffrey Dahmer avait «un air de grande première d’un film, complétée par des célébrités locales, des groupies qui couraient après un autographe et tous les médias sur le pied de guerre», écrivit la biographe de Dahmer, Anne Schwartz.
Mais le Dr. Meloy nous prévient de ne pas faire des tueurs en série des stars : « Si le meurtre attire l’attention des médias et catalyse à la fois la peur et la fascination du public, cela va renforcer l’opinion du psychopathe selon lequel il est important et tout puissant… Dans un sens, les médias populaires peuvent transformer les prédateurs en figures mythologiques au point qu’ils croient devenir une légende dans leur propre esprit. Cette vérification dans la réalité de ce que jusqu’ici ils n’avaient vécu que dans leurs fantasmes conduit ces psychopathes à considérer le meurtre comme l’unique moyen d’atteindre la notoriété ».

 

Pour conclure…


Quand arrêtent-ils de tuer ?

Lorsqu’ils sont arrêtés ou tués.
Très rares sont les tueurs en série qui se sont arrêté de tuer (avec la venu de l’âge et le « déclin » de leur sexualité) et qui ont trouvé des substituts à leurs fantasmes brutaux.
Très peu se sont rendus d’eux-mêmes à la police. Ed Kemper a appelé la police pour avouer ses crimes et a attendu qu’on vienne le chercher.
Certains tueurs en série réclament d’être appréhendés, mais disparaissent avant que la police n’arrive pour les arrêter. William Hereins écrivit son message mémorable («Pour l’amour de dieu arrêtez-moi avant que j’en tue plus je ne peux pas me contrôler») avec un rouge à lèvres sur un mur, alors que sa victime gisait, morte, égorgée, sur le sol.
Certains affirment que s’ils avaient pu, ils auraient massacré bien plus de gens. Le « Vampire de Dusseldorf », Peter Kurten, a dit : « Plus il y a de gens, mieux c’est. Oui, si j’avais eu le moyen de le faire, j’aurais tué des centaines de personnes, j’aurais créé des catastrophes ».
Lorsque Carl Panzram ne fantasmait pas d’empoisonner des villes entières avec de l’arsenic, il passait son temps à manigancer un plan pour provoquer une guerre entre les Britanniques et les Américains. Devant un jury, avant qu’ils ne délibèrent sur son cas, il expliqua : « Je crois que la race humaine dans sa totalité devrait être exterminée, et je ferai de mon mieux pour le faire à chaque fois que j’en aurais la chance ». (Le jury le condamna à mort en moins d’une minute…)

 

Un tueur en série a-t-il jamais pu être « amendé » ?
Non.
Et heureusement, notre société ne veut pas prendre le risque de les relâcher (une fois que l’on sait qu’ils sont des tueurs en série…)
En fait, l’une des critiques les plus franches concernant le possible « changement de comportement » des tueurs en série vient de Carl Panzram lui-même : « Je n’ai aucune envie de m’améliorer. Mon seul désir est de changer les gens qui essayent de me changer. Et je crois que la seule manière de changer les gens, c’est de les tuer. Ma devise, c’est ‘Vol-les tous, viole-les tous et tue-les tous’ ».

Conclusion

Finalement, tout ce que nous pouvons conclure, c’est que les tueurs en série sont des trous noirs. Ils sont si normaux, si invisibles, qu’ils nous terrifient parce qu’ils nous ressemblent. Beaucoup d’entre eux se décrivent comme ayant une pièce manquante, quelque chose de mort en eux ou, comme le disait Bundy, « vide à l’intérieur « . Non seulement les victimes sont « un blanc » pour le tueur mais les tueurs sont des vides pour eux-mêmes.
Tuer les autres n’est pas une tentative de remplir le vide mais de propager le vide.


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