Des femmes fascinées par les tueurs

De nombreuses femmes rêvent de trouver un mari dans le couloir de la mort.
Les chercheurs tentent de comprendre pourquoi les pires criminels reçoivent tant de propositions de mariage.

Article de Peter Fimrite et Michael Taylor, dans le San Francisco Chronicle (27 mars 2005)

ScottPeterson

Scott Peterson

Scott Peterson, l’homme reconnu coupable d’avoir assassiné son épouse enceinte, n’était pas dans le couloir de la mort depuis une heure lorsqu’il a reçu sa première demande en mariage d’une femme qui voulait être la nouvelle Madame Peterson.
Une trentaine d’appels téléphoniques ont dû être repoussés par les surveillants le jour de son arrivée dans la prison de San Quentin : des femmes les suppliaient pour obtenir l’adresse postale de Peterson et une jeune femme de 18 ans voulait l’épouser immédiatement.

Autant que l’on sache, ces femmes ne connaissent pas réellement Peterson. Et contrairement à son épouse décédée, Laci, elles n’ont sûrement jamais passé de temps avec lui, un « prérequis  » logique à un mariage, mais selon plusieurs experts étudiants la vie des condamnés, cela n’a pas d’importance pour elles.
Ce qui importe, c’est l’attrait d’épouser un homme célèbre, sans se soucier du fait qu’il puisse finir ses jours avec une seringue enfoncée dans son bras, lui injectant un produit mortel. Il y a le danger de tout cela et, finalement, une certaine sécurité : si les choses tournent mal, l’épouse peut s’en aller et laisser son « époux » en prison.

«Elles aiment le statut de célébrité», explique Jack Levin, un criminologue renommé, directeur du Centre Brudnick sur la Violence à l’Université Northeastern (Boston). Levin est le co-auteur d’un ouvrage « Extreme Killing: Understanding Serial And Mass Murder« , qui explore – entre autres – le phénomène des « killer groupies ».

«Ce sont le même genre de femmes qui correspondent avec les stars du rock ou les chanteurs de rap», dit Levin.
Lorsque l’une de ces femmes écrit à une star du rock, «le mieux qu’elle puisse espérer, c’est une réponse formatée par ordinateur ou un autographe sur une photo».
Lorsqu’elle écrit à un criminel ou un tueur en série dans le couloir de la mort, «elle peut obtenir une demande en mariage».

D’autres mariées potentielles offrent aux tueurs le bénéfice du doute.
«Beaucoup de ces femmes sont vraiment passionnées par ces affaires criminelles, et elles sont vraiment persuadées que ces hommes sont innocents», affirme Rick Halerpin, professeur d’Histoire à l’Université Méthodiste Southern et président de la Coalition Texane pour l’abolition de la Peine de Mort. «Beaucoup pensent que le criminel ne devrait pas être seul et que même s’il ne sort jamais de prison, il devrait y avoir quelqu’un pour le soutenir».
Les mariages dans les prisons californiennes ne sont pas rares. En général, une vingtaine de détenus se marient lors de cérémonies ayant lieu les premiers vendredi de certains mois à San Quentin.

Les détenus du quartier des condamnés à mort ne manquent pas de prétendantes. En fait, plus le meurtrier est célèbre, moins il doit chercher une compagnie féminine, explique Eric Messick, le porte-parole de la prison de San Quentin. «Prenez nos cinq tueurs les plus connus, ici, et vous savez qui sont les détenus les plus populaires auprès des femmes», dit Messick. «Je pense que c’est simplement la publicité qui attire les gens».

Des lettres d’adoration arrivent quotidiennement dans le quartier des condamnés à mort, provenant du monde entier, certaines comportant plus de 20 pages écrites à la main.
Richard Allen Davis, l’homme qui a enlevée la petite Polly Klaas, 12 ans, de sa maison en 1993 et l’a assassinée, «reçoit probablement plus de courrier que les autres», dit Messick. Les femmes se jettent virtuellement dans les bras de Richard Ramirez, le « Night Stalker » qui a massacré au moins 13 personnes et se déclare sataniste, bien qu’il soit déjà marié (à l’une de ses groupies !). (Ramirez est décédé en 2013).

Selon Messick, 99% de la correspondance que reçoivent les condamnés provient de femmes. Il ne semble pas y avoir la même demande de la part des hommes envers des femmes condamnées à mort. Aucune des 15 femmes du couloir de la mort de la Californie ne s’est mariée en prison.
Une large proportion des femmes qui contactent les condamnés à mort de San Quentin vivent au Royaume-Uni ou en Hollande. L’intérêt de l’Europe, selon Messick, est probablement enraciné dans son opposition à la peine de mort et à sa sympathie pour ceux qui sont condamnés à ce châtiment.

Ramirez et Doreen

Ramirez et Doreen Lioy

En 1996, Ramirez a épousé Doreen Lioy, une éditrice de magasine freelance, après qu’elle lui ait fait la cour durant 11 ans et lui ait écrit 75 lettres. L’une de ses amies a expliqué que Ramirez était attiré par Doreen Lioy parce qu’elle lui avait dit qu’elle était vierge.
«Les satanistes ne portent pas d’or», lui aurait-il dit lorsqu’ils ont discutés de la cérémonie. À l’époque, Lioy se déclarait «heureuse à l’extase». Nous n’avons pas pu la contacter pour l’interviewer sur cette histoire, et Messick affirme qu’il ne l’a pas vue à la prison depuis un bon moment…
D’autres femmes continuent de s’intéresser à Ramirez de nos jours, bien que «à ce que je sache, il répond rarement aux courriers», dit Messick. «Il n’aime pas écrire de lettre».

Certains condamnés à mort rencontrent leurs partenaires d’une manière plus ordinaire.

Dans les années 1970, une femme travaillant dans un centre de soin contre les addictions à San Rafael a visité la prison de San Quentin. Elle a été littéralement hypnotisée par un assassin condamné qui lui a parlé d’un programme – initié en prison – qui essayait d’empêcher les jeunes d’avoir des problèmes.
La femme, qui ne veut pas être identifiée pour des raisons privées et professionnelles, a épousé ce détenu en 1977. Il avait été condamné à mort pour avoir enlevé et tué l’employé d’une station service avec des amis, le jour de son 21ème anniversaire. Lorsqu’elle est tombée amoureuse de lui, la Californie avait suspendu les peines capitales et la condamnation du tueur avait été transformée en prison à vie.
Leur mariage a provoqué la publication de nombreux articles dans les journaux et des apparitions dans les talk-shows des chaînes télévisées nationales, soulevant l’éternelle question : pourquoi quelqu’un voudrait-il épouser un assassin en prison ?

«Pourquoi ?» dit-elle. «L’amour. C’était comme s’il était le maire de San Quentin. Il était impliqué dans tout. Et j’ai commencé à m’impliquer dans tout ce qui était relatif à la prison».
Elle et son époux étaient autorisés à avoir des « visites conjugales » puisqu’il n’était plus dans le couloir de la mort. Elle lui a rendu visite 2 ou 3 fois par semaine durant 9 ans, jusqu’en 1985, lorsqu’il a été libéré. Durant tout ce temps, dit-elle, d’autres femmes l’avaient contacté, et une, au moins, avait tenté de devenir plus intime avec lui.
Elle explique qu’ils se sont éloigné l’un de l’autre après sa libération et qu’ils ont fini par divorcer. Il s’est remarié et vit à présent dans un autre état.

«Vous ne savez tout simplement pas comment les choses vont se passer jusqu’à ce que vous viviez avec eux», dit-elle. «Et ça n’a tout simplement pas marché».

Elle le considère toujours comme «un homme inhabituel, intéressant, qui était charismatique. Je n’étais pas désespérée, d’aucune manière. Je l’aimais vraiment et j’étais attirée par lui et je voulais être avec lui de quelque manière que ce soit».
«Il est trop difficile pour moi d’essayer de comprendre pourquoi d’autres femmes feraient ça», dit-elle. Mais elle ajoute qu’elle a rencontré d’autres épouses de détenus, et que plusieurs avaient clairement « pété les plombs ».
«Elles étaient attirées par des hommes qui avait commis des crimes importants, affreux, des viols d’enfants et ce genre de chose».

La prison de San Quentin

La prison de San Quentin

L’une des femmes dont l’époux est actuellement dans le couloir de la mort explique qu’elle a été attirée par cet assassin après avoir fait sa connaissance grâce à l’une des nombreuses organisations « pen pal » (qui permet l’échange de courrier entre des détenus et des inconnu(e)s).
Cette femme ne veut pas être identifiée par crainte pour les appels légaux de son époux, mais aussi par peur de perdre son emploi.
Elle explique qu’au départ, elle ne voulait pas «devenir la petite amie d’un détenu. Il ne cherchait pas une épouse. Je ne cherchais pas un mari». Elle était déjà mariée, mais son mariage ne fonctionnait pas.
Son nouvel époux explique, lors d’une entrevue téléphonique depuis le couloir de la mort : «Lorsqu’elle est venue ici pour la première fois et qu’on s’est rencontré, nous avons immédiatement été attirés l’un par l’autre. Mais je lui ai dit « Non, repars chez toi et fais que ton mariage marche' ». Finalement, elle a divorcé de son premier époux».
«Mon épouse et moi ne serions pas mariés depuis toutes ces années si nous n’étions pas amoureux», ajoute le détenu.
Mais il concède que lorsque l’époux est en prison et que l’épouse est libre, «C’est une circonstance très, très difficile durant laquelle construire un mariage».

Aucune de ces unions ne sera jamais consommée, à moins que le détenu ne sorte du couloir de la mort. Mais ça n’a pas toujours été le cas.

Selon Kay Bandell, une infirmière qui a correspondu avec des prisonniers durant 30 ans, à un moment, le couloir de la mort de San Quentin «{avait un secteur de visite ouvert}». Pour avoir un peu d’intimité, les couples se glissaient dans les toilettes des femmes, ou des gens formaient une sorte de cercle protecteur autour du couple qui voulait avoir un rapport sexuel.
Maintenant, ils ont des contacts, sans plus, dans des cages, avec des gardiens autour d’eux. Les gens ont des rapports sexuels verbaux, au téléphone. Et les lettres procurent une certaine intimité. Mais toutes ces choses sont des formes succédanées d’intimité. Ce n’est pas la même chose que d’avoir une expérience physique aboutit.
Les officiels de San Quentin disent qu’ils ont renforcé les règles de visites il y a 4 ans, après qu’une personne a été poignardée dans un secteur de visite commun.

0595Pour certaines femmes, le « mari du couloir de la mort » est une personne qu’elles ont cherchée toute leur vie, et c’est fréquemment une vie qui a reçu des blessures terrifiantes.
Pour son livre « Women Who Love Men Who Kill« , Shelia Isenberg a interrogé 30 femmes qui ont épousé des détenus condamnés à mort.
«La plupart de ces femmes ont été abusées dans leur jeunesse, par des parents, leur père, leur premier mari ou leur premier petit ami», dit-elle. «Alors pour elles, une relation avec un homme qui est derrière des barreaux est une relation « sécurisée ». Le type ne peut pas leur faire de mal».
«Une autre chose», dit-elle, est que dans l’empressement de se marier, ces femmes tendent à chercher «l’homme le plus macho des alentours. C’est le gars qui a appuyé sur la gâchette. On a tendance à vénérer les hommes les plus violents dans notre société. Parfois, les gentils, les policiers des séries télé, et parfois les méchants».
En épousant un condamné à mort, explique Isenberg, une femme trouve une nouvelle vie qui est «toujours dangereuse et excitante. Lui sera-t-il possible de m’appeler ? Sera-t-il exécuté ? Passera-t-il 30 ans en prison ? Tout ça, ce sont des éléments excitants. Ca n’est jamais banal».
«C’est vraiment un monde étrange, derrière les murs de la prison. C’est un amour courtois, comme les Chevaliers de la Table Ronde. L’homme en prison a beaucoup de temps devant lui et peut courtiser une femme d’une manière dont peu d’hommes sont capables, parce qu’ils n’en ont pas le temps. Un homme en prison peut mettre une femme sur un piédestal et lui porter une grande attention».
«Tout est courtois et formel. Les femmes que j’ai interrogées disaient qu’elles ne couchaient pas avec leur époux emprisonné. Et c’était justement une partie de l’intérêt. Il était plus excitant pour elle de s’asseoir à une table, sous le regard des gardiens, et de se dévisager».

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