La « signature » du tueur en série

Sur une scène de crime, la signature d’un tueur est parfois évidente. Il a pris un soin méticuleux à positionner le corps dans une pose et à un endroit particulier. Il a attaché sa victime d’une manière précise et compliquée. Il a frénétiquement battu sa victime à mort, même après son décès. Il a poignardé sa victime à répétition sur un seul endroit du corps, etc. Mais, le plus souvent, elle ne l’est pas, ou elle l’est moins.

« Nous craignons ce que nous pourrions faire -le monstre, la bête tapie en nous- bien plus que nous ne redoutons les conséquences judiciaires de nos actes. Mais pour un tueur en série, c’est bien différent : les actes de mutilation et d’overkill lui donnent un sentiment de contrôle et de domination sur ses victimes humiliées. Ces actes sont le cadre de son empreinte psychologique, quelque chose qu’il doit faire, qu’il doit sortir de lui, quelque chose qui le pousse à tuer, encore et encore ».

Robert Keppel, in « Signature Killers ».

Qu’est-ce que la signature ?

Les journaux parlent de « L’étrangleur de Boston », « Le Tueur au sac poubelle » ou « l’Éventreur du Yorkshire » pour personnaliser, étiqueter des tueurs insaisissables, jusqu’à ce que leur véritable identité soit connue. En utilisant ces mots (étrangleur, éventreur, sac poubelle, etc.), les médias, sans le savoir, situent précisément ce qui dirige la psychologie du tueur, ce qu’il recherche de manière obsessive, sa « signature ».

Seuls les enquêteurs réellement expérimentés peuvent reconnaître les dénominateurs communs et les changements prévisibles, d’une scène de crime à une autre, dans une série de meurtres, avant même que l’on sache qui est la victime. Ils peuvent trouver la signature du tueur, qui est présente dans chaque homicide. Cette signature est ancrée dans la nature profonde du tueur et c’est pourquoi il la recrée et la répète à chaque meurtre. Les enquêteurs qui savent comment chercher et trouver la signature d’un tueur, et comprendre ce qu’elle signifie, parviennent bien plus souvent à résoudre les affaires de crimes en série, contrairement à leurs collègues qui suivent des pistes les unes après les autres, sans réfléchir.

La signature d’un tueur est un peu la « carte de visite » qu’il laisse sur chaque scène de crime. Souvent, c’est ce qui est rare ou inhabituel. Ce qui fait que le meurtre est différent de tout ce que l’on a pu voir auparavant. Lorsque l’on découvre ce « quelque chose de rare » dans un meurtre, et qu’on le reconnaît à nouveau dans un autre meurtre, quelques semaines plus tard, c’est que l’on a affaire à un seul et même tueur. Par exemple, lorsque le tueur bat sauvagement la victime plus qu’il ne le faut pour la tuer et la viole avec un cylindre en acier, puis la laisse intentionnellement dans une position vulnérable et dégradante, les jambes écartées, là, vous pouvez considérer que c’est inhabituel. Si vous découvrez un second meurtre où le tueur a agi de la même manière, même si certains détails peuvent changer, les deux meurtres sont plus que certainement reliés et ont le même auteur. Le tueur a laissé sa « signature ».

Lawrence Bittaker

Lawrence Bittaker

Les tueurs en série ont toujours une signature, que ce soit pendant ou après le meurtre : Albert DeSalvo laissait toujours les corps de ses victimes dans une position grotesque et humiliante, la jupe relevée et les jambes repliées. Kenneth Bianchi déposait les corps dans une position dégradante, toujours sur le même versant de coline. Bible John étranglait ses victimes avec une ceinture. Lawrence Bittaker tuait avec un pic à glace. Edmund Kemper décapitait les corps de ses victimes. William Bonin étranglait ses victimes avec le t-shirt qu’elles portaient et abandonnait leur corps sur le bord de l’autoroute… etc.

En fait, on pourrait presque décrire la signature comme « ce que le tueur a fait en trop », les actes qu’il a commis et qui étaient « inutiles » ou « superflus » pour tuer sa victime : torture, mutilation, viol, etc.

John Douglas, profiler au FBI, décrit la signature comme « la réalisation des fantasmes violents d’un criminel ». Comme cette personne rêve et pense à ses fantasmes à longueur de temps, elle développe un besoin de les exprimer dans la réalité. La plupart des tueurs en série vivent avec leurs fantasmes durant des années avant que ceux-ci ne crèvent la surface et ne soient transformés en actes. Lorsque le tueur réalise ses fantasmes, certains aspects de ses meurtres expriment son moi, ses idées, ses désirs, personnels et uniques, qu’il a joués et rejoués dans ses fantasmes, encore et encore.

 

Mode Opératoire ou signature ?

Les enquêteurs ne sont pas toujours capables d’identifier la signature d’un tueur. Les crimes violents comportent souvent des victimes à haut risque (prostituées, par exemple) ou des corps décomposés et donc presque « inexploitables », ce qui peut empêcher de reconnaître la signature du criminel.

La plupart des gens font la confusion entre le Modus Operandi (Mode Opératoire) et la signature, comme si les deux étaient la même chose. Ce n’est pas le cas.
Le mode opératoire est la manière dont opère un criminel. Certains tueurs n’agissent que pendant la nuit, d’autres attendent dans leur voiture pour trouver une victime particulière, d’autres entrent dans les maisons par la fenêtre, d’autres font croire qu’ils ont un problème ou sont blessés pour « attirer » une future victime, etc.
Le mode opératoire concerne :

  • le type de victime : homme, femme, enfant, personne âgée, étudiante, brune, prostituée, noire…
  • l’endroit et l’heure auxquels le crime est commis : habitation, parking, véhicule, parc public, autoroute, montagne…, de jour ou de nuit.
  • les outils ou le matériel utilisés : corde, arme blanche ou à feu, marteau…
  • la manière dont l’agresseur approche ou attaque sa victime : déguisement, uniforme, béquilles…
  • la présence ou non d’un « associé » : duos ou couples, occasionnel ou habituel.
  • et toutes les marques distinctives qu’il a pu laisser : empoisonner le chien de garde, par exemple.
Arthur Shawcross

Arthur Shawcross

Mais le Mode Opératoire n’est pas le plus important. Dans bien des affaires, les enquêteurs s’en préoccupent tellement que si le M.O. change, même juste un peu, d’un crime à un autre, ils pensent que c’est l’acte d’un autre criminel plutôt que d’un agresseur en série, et cela même s’il existe des similitudes frappantes entre les crimes.
C’est ce qui est arrivé dans l’affaire d’Arthur Shawcross, à Rochester (État de New York) en 1989. Shawcross s’en prenait aussi bien à des prostituées blanches que noires, mais aussi à n’importe quelle femme qui avait le malheur de croiser son chemin. Le fait que les victimes soient de couleurs et de « types » différents avait poussé les enquêteurs dans des directions opposées, et ils cherchaient trois tueurs au lieu d’un seul.

De plus, les criminels ne sont pas toujours aussi stupides qu’on pourrait le penser. Certains d’entre eux passent de longues périodes en prison et fréquentent la bibliothèque, où ils peuvent trouver les mêmes livres que ceux que les policiers lisent à l’école de police. Les escrocs, les violeurs et les assassins finissent par tout connaître des « techniques d’investigation », « comment interroger un suspect », « identifier un objet volé », « le mode opératoire des criminels », etc.
Après avoir lu tous ces livres, et lorsqu’ils sont libérés, ces criminels changent délibérément leur MO de crime en crime. Cela semble trop simple, mais ça suffit pourtant à déconcerter les policiers, entraînés à ne se focaliser que sur le MO.

Voici quelques exemples qui montrent la différence entre le Modus Operandi et la signature.

– Un violeur entre dans une habitation et menace un couple avec une arme. Il ordonne au mari de se coucher face contre terre, puis pose une tasse et une soucoupe sur son dos. Et il lui dit : « Si la tasse bouge ou tombe sur le sol, ta femme meurt« . L’homme emmène ensuite la femme dans une autre pièce et la viole.
– Dans une autre situation, un violeur entre dans une maison, ordonne à la femme de téléphoner à son époux pour lui demander de rentrer au plus vite. Lorsque le mari arrive, l’homme l’attache à une chaise et l’oblige à le regarder alors qu’il viole sa femme.
Le violeur qui utilise la tasse développe un mode opératoire pour contrôler le mari.
L’autre violeur fait plus que commettre un viol. Il satisfait ses fantasmes non seulement en violant l’épouse, mais aussi en humiliant et en dominant le mari. Ses besoins sexuels le contraignent à « signer » son crime.

– A Paris, un braqueur de banque oblige les caissières à se déshabiller durant son holdup.
– A Marseille, un autre cambrioleur force lui aussi les caissières à se déshabiller, mais leur demande également de représenter des positions sexuelles et prend des photos.
Celui de Paris utilise un moyen d’augmenter le temps qu’il va avoir pour s’enfuir, car les caissières vont vouloir se rhabiller avant d’appeler la police. Et lorsqu’elles seront interrogées, elles donneront une description vague du cambrioleur parce qu’elles étaient plus préoccupées par elles-mêmes et que leur embarras leur à fait baisser les yeux.
Celui de Marseille commet des actes « inutiles » à la réalisation de son crime de départ. Il veut que les caissières posent pour qu’il puisse prendre des photos, ce qui n’a rien à voir avec son cambriolage. Il laisse une signature de son crime. Le fait de voler la banque ne satisfait pas ses besoins psychosexuels, il en veut plus.

Wayne Williams

Wayne Williams

Le MO peut changer. Il est donc incorrect d’affirmer que, parce qu’il existe différents MO dans plusieurs affaires pourtant reliées par le moment, l’endroit ou la région, des homicides ne peuvent pas être apparentés. C’est en suivant cette idée que la police d’Atlanta a chassé des fantômes durant si longtemps avant de trouver Wayne Williams. Le MO d’un tueur peut changer (et il le fait souvent) si ce tueur découvre que certaines actions sont plus efficaces.
John Douglas, profiler du FBI, disait que le MO est ce qui est nécessaire pour commettre un meurtre, alors que «la signature est ce qui est inutile pour commettre un meurtre, mais psychologiquement essentiel au tueur».
Au-delà du MO, la majorité des tueurs en série ne sont pas satisfaits par le simple fait de tuer, il leur en faut « plus ». Ils ressentent le besoin de laisser leur empreinte personnelle. C’est une manière de s’exprimer à travers une signature unique, une empreinte que le tueur est psychologiquement (inconsciemment) contraint de laisser sur la scène du crime afin de le satisfaire. Le cœur de cette signature ne change et ne changera jamais. Elle reste toujours la même. Toutefois, elle peut évoluer avec le temps : par exemple, un tueur nécrophile peut accomplir de plus en plus de mutilations post-mortem d’un meurtre à l’autre. Les éléments de la signature du tueur ne changent pas, ils se développent et s’amplifient.

 

Relier les affaires entre elles

Lorsque l’on essaye de relier des crimes entre eux, le mode opératoire joue un rôle important. Toutefois, il ne devrait pas être le seul critère utilisé, surtout avec les criminels en série qui changent de MO avec l’expérience. Généralement, les premiers crimes diffèrent considérablement des crimes suivants. La signature, elle, reste la même, que ce soit le premier crime ou un crime commis dix ans plus tard. Le « rituel » peut évoluer mais le « thème » reste le même.

La signature devrait intéresser les enquêteurs encore plus que les similarités entre les victimes, même si ces points communs ne doivent pas être mis de côté lorsque l’on essaye de lier des affaires à un criminel en série. Les similitudes physiques ne sont souvent pas importantes, surtout lorsque l’on relie des crimes motivés par la colère. Dans ce cas, l’agresseur exprime sa colère et sa haine à travers des « rituels », et non pas en attaquant une victime qui possède une caractéristique particulière.

 

Les affaires reliées par la signature de l’agresseur :

Ronnie Shelton : Violeur en série

Ronnie Shelton

Ronnie Shelton

Ronnie Shelton a commis un minimum de 30 viols entre 1983 et 1988, dans la région de Cleveland. Il pourrait en avoir commis une centaine. Il a été reconnu coupable de 28 d’entre eux et a été condamné à 1000 années de prison. Sa communication verbale et ses agressions sexuelles « manifestaient » sa signature.
Verbalement, Shelton était extrêmement insultant et très vulgaire. De plus, il faisait des commentaires comme : «Je t’ais vu avec ton petit ami», «Je t’ai déjà vu dans le coin» et «Tu sais qui je suis, hein ?». La pensée que Shelton les avait observées auparavant terrorisait ses victimes.
Toutefois, c’était le viol lui-même qui occupait la position centrale dans le « rituel » de Shelton. Il violait des jeunes femmes, se retirait et éjaculait sur leur ventre ou leurs seins. Il leur demandait de le masturber. Puis, il utilisait les vêtements de ses victimes pour essuyer le sperme. Il forçait ses victimes à le stimuler oralement et insistait pour qu’elles avalent son éjaculation. La combinaison de ces actes montrait la signature de Shelton.
Le mode opératoire de Shelton était d’entrer dans l’habitation de sa victime par une fenêtre ou un patio faisant face à un endroit boisé ou des buissons qui le cachaient. Il portait un masque de ski, un bas ou une écharpe. Il persuadait sa victime qu’il ne voulait pas la violer mais la cambrioler. Pourtant, il pouvait la jeter sur le sol ou la menacer avec un couteau. Terrifiée, elle obéissait lorsqu’il lui demandait de se déshabiller.
Shelton disait souvent «Baisse les yeux», «Couvre tes yeux avec ta main» ou «Ne me regarde pas sinon je te tue (ou tes enfants)». Avant de partir, il intimidait sa victime avec des menaces telles que «N’appelle pas la police ou alors je reviendrai et je te tuerai».
(UNFINISHED MURDER, par James Neff, très bon livre sur Shelton)

 

Nathaniel Code : Tueur en série

Nathaniel Code

Nathaniel Code

Nathaniel Code Jr a tué huit personnes en trois fois. La première fois, le 8 août 1984, il tua une jeune femme noire de 25 ans. Il la poignarda neuf fois dans la poitrine et lui coupa la gorge.
Presque une année plus tard, le 19 juillet 1985, il tua quatre personnes : une adolescente de 15 ans et sa mère, ainsi que leurs deux amis. Code sépara la tête de l’adolescente de son corps.
Il étouffa la mère et plaça son corps dans la baignoire. Il tira une balle dans la tête de l’un des amis et le laissa agoniser dans une chambre. Puis il tira deux fois sur l’autre ami, dans l’autre chambre, et lui coupa la gorge.
Il tua pour la dernière fois le 5 août 1987. Ses dernières victimes furent son grand-père et ses deux neveux de 8 et 12 ans. Il étrangla ces derniers, puis poignarda son grand-père cinq fois dans la poitrine et sept fois dans le dos.

Les changements dans le mode opératoire de Code montrent qu’il s’est « affiné ». Ainsi, lors du premier meurtre, Code avait bâillonné sa victime avec un bout de tissu trouvé sur place. La deuxième fois, il apporta un rouleau adhésif avec lui. Code surveillait également ses futures victimes pour obtenir des informations à leur sujet. La deuxième fois qu’il tua, il apporta un pistolet pour se « débarrasser » rapidement des deux hommes, qui représentaient la plus grande menace pour lui. Son grand-père, un vieil homme, et ses deux jeunes neveux n’étaient pas, au contraire, une menace pour lui. Aussi n’apporta-t-il pas d’arme à feu pour les tuer.
Il tua à chaque fois dans l’habitation de ses victimes. A chaque fois, l’air conditionné et la télévision étaient en marche, ce qui couvrait le bruit qu’il faisait en brisant une fenêtre ou en forçant une porte. Code obtenait et maintenait son contrôle sur ses victimes en les séparant dans différentes pièces de la maison.

Nathaniel Code avait une « signature » très distinctive : les blessures qu’il infligeait à ses victimes. Code employait une méthode très sanglante d’attaque et de meurtre. Il aurait pu « simplement » assassiner chaque victime avec un coup de feu dans la tête ou dans le cœur. Au lieu de cela, il massacrait ses victimes en coupant leur gorge comme s’il les sciait, en allant et venant, ce qui provoquait des blessures profondes, beaucoup de souffrance et des giclements de sang un peu partout (la carotide était sectionnée). Ses attaques brutales ne satisfaisaient pas entièrement son « rituel ». Toutes ses victimes ont subi d’autres blessures, à l’exception de l’adolescente de 15 ans. L’un des hommes a reçu plusieurs balles dans la poitrine alors que l’autre a été poignardé.
Code a infligé à ses victimes beaucoup plus de blessures (mortelles) qu’il n’était « nécessaire » pour leur ôter la vie. C’est que les spécialistes appellent « to overkill » (tuer avec exagération, avec excès).
La violence physique et le « overkill » satisfaisaient le besoin de domination, de contrôle et de manipulation de Code. Il positionnait chaque victime sur le ventre, le visage sur le sol. Lors du premier massacre, il a même forcé la mère à le regarder tuer sa fille, cela faisait parti de son « rituel ». Des tests ont part la suite permis de trouver du sang de l’adolescente sur la robe de sa mère. Si la réaction de la victime menaçait sa domination, Code réagissait avec colère et une violence excessive qui le menait à « overkill » cette victime.

L’aspect le plus illustratif de la signature de Code était les ligatures. Code utilisait une manière et un matériel particulier. Dans les trois cas, il a attaché les victimes avec le fil d’un appareil électrique ou d’un téléphone sur les lieux du crime. Il aurait pu apporter une corde, mais l’utilisation de ce fil satisfaisait un besoin personnel. Il faisait une boucle autour de chaque poignet, puis de chaque cheville, les reliant entre eux en passant entre les jambes.
Les dissimilitudes entre ces affaires concernent le mode opératoire et non pas la signature. L’utilisation d’un pistolet avec les hommes révèle un agresseur qui sait s’adapter. Lorsqu’il a tué son grand-père, Code était affecté par des problèmes d’argent qui le stressaient énormément. En quittant la scène du crime, pour la première fois, il a volé de l’argent. Ces problèmes ont influencé le mode opératoire de Code, mais pas sa signature.

Les caractéristiques physiques, l’âge et même le sexe des victimes ne changeaient pas le « rituel », qui était de toute façon commandé par sa rage. Le rituel de Code exigeait le contrôle et la domination de ses victimes, aussi la victimologie n’était-elle pas vraiment importante. Tout comme Ronnie Shelton, Code sélectionnait des victimes qu’il allait pouvoir contrôler, manipuler et sur lesquelles il allait pouvoir projeter sa colère.

 

L’importance de la signature des agresseurs

Comprendre et reconnaître la signature des agresseurs est vital pour les arrêter et, plus tard, les poursuivre en justice, surtout dans le cas des criminels en série. Personne ne sait mieux que David Vasquez à quel point c’est important.
En 1984, Vasquez a plaidé coupable du meurtre d’une femme de 34 ans, Carol Hamm, commis à Arlington, en Virginie. Cette femme avait été violée et étranglée avec une corde, chez elle. Son assassin l’avait laissée face contre terre, les mains liées dans le dos. Il avait utilisé de nombreux liens et liages dans ces ligatures, et avait relié les poignets au cou en passant par la gauche. Le corps n’était pas caché pour que sa découverte soit choquante.
Son agresseur avait passé beaucoup de temps sur la scène du crime. Il s’était longuement préparé pour pouvoir contrôler facilement sa victime. Il l’avait « promenée » dans la maison, de pièce en pièce, exerçant une domination totale sur elle. Il l’avait même emmenée dans la salle de bain et lui avait demandé de se brosser les dents.
Rien dans ce comportement n’était nécessaire ou « utile » pour perpétrer son meurtre. L’agresseur s’était senti contraint de suivre ce « rituel ». (Lorsque je dis « contraint », cela ne signifie pas qu’il s’est senti forcé par une pulsion ou que des voix l’y ont forcé. Cela signifie que, même sans qu’il s’en rende compte, son subconscient l’a fait agir de telle ou telle manière, « en plus » de tuer. Son désir inconscient de domination l’a fait agir de la sorte).

Des témoins affirmaient avoir vu David Vasquez près de la scène du crime et il n’avait pas d’alibi. De plus, il avait un QI très moyen, à la limite de la débilité mentale. Croyant que cela allait provoquer des difficultés à prouver son innocence, ses avocats l’ont convaincu qu’il serait probablement condamné à mort. Vasquez a donc préféré plaider coupable et recevoir une peine de prison à vie.

Trois ans plus tard, en 1987, la police a découvert le corps d’une femme de 44 ans, Debby Davis, nue, couchée sur le ventre dans son lit. Une corde liait ses poignets dans son dos. La corde entourait son cou, avec un nœud à l’arrière, et passait sur la gauche, redescendant dans son dos, puis était enroulée trois fois autour de chaque poignet. Elle avait été violée et avait été étranglée avec la corde. L’agresseur avait laissé le corps « en vue ». Il avait passé beaucoup de temps dans la maison. Le meurtre avait eu lieu à quatre pâtés de maisons du meurtre de 1984.

Timothy Spencer

Timothy Spencer

David Vasquez était toujours en prison lorsque le meurtre de 1987 a été découvert. A la demande de la police d’Arlington, le National Center for the Analysis of Violent Crime (NCAVC : Centre National d’Analyse des Crimes Violents) a fait une recherche sur ces deux meurtres, une série d’agressions sexuelles et plusieurs autres assassinats qui avaient eu lieu entre 1984 et 1987.
Finalement, le NCAVC a lié tous ces crimes à un autre suspect, grâce à une « signature » identique, un certain Timothy Spencer (le « Southside Strangler« , qui a fait au moins 5 victimes). Des preuves physiques ont par la suite corroboré cette connexion et ont déterminé que l’assassin de Carol Hamm en 1984 n’était pas à David Vasquez mais bien Timothy Spencer.
Le Commonwealth de Virginie a alors libéré David Vasquez et l’a innocenté de ce crime.

 

La mise en scène

Lorsque des enquêteurs parviennent sur la scène d’un crime, ils devraient chercher les indices « comportementaux » laissés par l’agresseur. Les enquêteurs doivent trouver des réponses à plusieurs questions critiques.

  • Comment l’agresseur et la victime se sont-ils rencontrés ?
  • L’agresseur s’est-il jeté sur sa victime lors d’une embuscade ou lui a-t-il parlé pour « l’embobiner » ?
  • L’agresseur a-t-il utilisé des liens pour contrôler sa victime ?
  • Quel a été l’enchaînement des événements ?
  • La victime a-t-elle été agressée sexuellement avant ou après son décès ?
  • Quand les mutilations ont-elles eu lieu – avant ou après la mort ?
  • L’agresseur a-t-il apporté un objet sur la scène du crime et l’a-t-il laissé, ou a-t-il emporté quelque chose ?

Alors que les enquêteurs analysent la scène du crime, il se peut que des faits particuliers les rendent perplexes. Ces détails peuvent comporter des particularités qui ne servent aucun objectif apparent de l’agresseur dans son crime, et obscurcissent son mobile sous-jacent.
Cette confusion peut être le résultat d’un comportement appelé « mise en scène ». La « mise en scène » survient lorsque que quelqu’un modifie délibérément la scène du crime avant l’arrivée de la police.

 

Les raisons pour lesquelles on « met en scène »

Généralement, la mise en scène a lieu pour deux raisons : éloigner l’enquête du suspect le plus logique, ou protéger la victime et/ou sa famille.

– C’est l’agresseur qui essaye de diriger l’enquête. Dans ce cas-là, cet agresseur connaît presque toujours la victime, il existe une relation entre elle et lui (ils sont amis ou on les a juste vus ensemble…), et il ne veut pas que la police le sache. Cette personne, lorsqu’elle sera en contact avec les policiers, essayera d’orienter l’enquête, de l’éloigner de lui, en étant beaucoup trop coopérative ou en paraissant extrêmement affligée par la mort de la victime. Les enquêteurs ne devraient jamais éliminer de leur liste de suspect une personne qui a un tel comportement.

– La seconde raison, lorsque l’on veut protéger la victime et/ou sa famille, advient le plus souvent lors de crimes où il y a viol et meurtre ou lors d’asphyxie auto-érotique. Ce genre de mise en scène est accompli par les membres de la famille ou une personne proche qui trouve le corps. Les hommes qui violent et tuent laissent souvent leurs victimes dans des positions dégradantes et/ou choquantes : ceux et celles qui trouvent le corps tentent de restaurer la dignité de la victime. Par exemple, un époux peut rhabiller ou couvrir le corps de sa femme. Et dans le cas d’une asphyxie auto-érotique, une épouse peut couper le noeud coulant ou le mécanisme qui suspend le corps de son mari.
Ces personnes essayent de prévenir le choc que pourrait provoquer la position, l’accoutrement ou l’état de la victime. De plus, ils vont souvent « transformer » une asphyxie auto-érotique en suicide, peut-être en écrivant une lettre de suicide. Ils peuvent même aller si loin que cela ressemblera à un meurtre.

Pour ces deux enquêtes, viol et meurtre et asphyxie auto-érotique, les policiers doivent obtenir une description précise de l’état du corps lorsqu’il a été découvert, et déterminer exactement ce que la personne qui a trouvé le corps a fait pour altérer la scène du crime. L’examen des résultats médico-légaux, l’analyse de la scène du crime et la victimologie révéleront probablement les véritables circonstances de la mort.

Finalement, dans certaines scènes de crime, les enquêteurs doivent discerner si la scène est réellement désorganisée ou si l’agresseur l’a mis en scène pour qu’elle apparaisse irréfléchie et chaotique. Cette détermination n’aide pas uniquement à aiguiller l’analyse de la motivation sous-jacente, mais aide également à modeler le profil psychologique de l’agresseur. Toutefois, reconnaître une mise en scène, surtout avec un agresseur rusé, peut être difficile. Les enquêteurs doivent examiner tous les facteurs du crime s’ils ont des soupçons.

 

Les « drapeaux rouges »

Les agresseurs qui mettent en scène la scène du crime font souvent des erreurs parce qu’ils disposent la scène afin qu’elle ressemble à ce qu’ils croient qu’elle devrait être. En faisant cela, juste après le meurtre, ils doivent faire face à un énorme stress et n’ont pas le temps d’arranger toutes les pièces du puzzle. Des inconsistances dans les examens médicaux-légaux (du corps mais aussi des empreintes, des fibres, des résidus physiques…, etc.) et dans « l’image » de la scène du crime vont apparaître. Ces inconsistances peuvent servir comme « drapeaux rouges » de la mise en scène, et empêcher ainsi les enquêteurs de se dévoyer.

Pour s’assurer que cela n’arrive pas, les enquêteurs doivent scruter tous les « indicateurs » de la scène du crime individuellement, puis les examiner dans le contexte. Les « indicateurs » sont tous les indices de l’activité de l’agresseur : sa méthode d’entrée, l’interaction entre l’agresseur et sa victime, et la disposition du corps.
En faisant cela, les enquêteurs doivent considérer plusieurs facteurs différents. Par exemple, s’il semble que le vol soit le mobile, est-ce que l’agresseur a volé un objet étrange de la scène du crime ?
Dans une affaire soumise au NCAVC, un homme qui retournait chez lui après le travail a interrompu des cambrioleurs. Ces cambrioleurs l’ont tué en tentant de s’enfuir. Mais, en inventoriant la scène du crime, les enquêteurs ont déterminé que rien n’avait été volé, bien que les cambrioleurs aient commencé à démonter la télévision. Un examen plus poussé de la scène du crime a révélé qu’ils avaient laissé des objets plus petits et plus facilement transportables (des bijoux, une collection de pièces, etc.). La police est parvenue à déterminer que l’épouse de la victime avait en fait payé les cambrioleurs pour tuer son mari et mettre en scène un vol. L’un des cambrioleurs était son amant.

L’un des autres facteurs à considérer est l’endroit où l’agresseur est entré. Est-ce que cet endroit semble logique ? Par exemple, est-ce que l’agresseur a pénétré dans la maison en passant par une fenêtre du deuxième étage, bien qu’il y ait eu un accès, derrière, qui attirait moins l’attention ? Pourquoi l’agresseur a-t-il augmenté ses « chances » d’être vu par un témoin potentiel qui pouvait alerter la police ?

Les enquêteurs doivent également considérer si l’agresseur a risqué beaucoup en commettant son crime en plein jour, dans un endroit fort peuplé. Si le lieu du crime est une habitation, ils doivent évaluer si elle était occupée : lumières allumées à l’intérieur, véhicules dans l’allée du garage, etc.

Bibliographie

 

 

 

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