Thierry Paulin

Crimes et châtiment (suite)

Le 31 janvier 1986, Virginie Labrette, 76 ans, fut retrouvée morte dans son appartement, dans le 12ème arrondissement. La police organisa alors une opération « coup de poing » à grande échelle dans la fourmilière du milieu interlope parisien. Les rafles et les contrôles dans les bars de Pigalle se multiplièrent.
De son côté, la mairie de Paris proposa cette fois encore aux retraités des accompagnateurs bénévoles et la pose gratuite de systèmes de sécurité.

Au début du mois de février, la série de crimes s’interrompit à nouveau.

cigarettePendant toute cette période, quand il n’était pas en train de « faire la fête », Thierry Paulin travailla dans une agence multi-service appelée Frulatti. Pour s’être fait connaître comme un garçon ayant des relations, Paulin était chargé de trouver des contrats aux photographes, mannequins et illustrateurs freelance de l’agence. Très vite, il devint l’homme à tout faire que son patron n’hésitait pas à envoyer chez les mauvais payeurs.
Mais l’agence, créée par un étudiant d’une école de commerce inexpérimenté, fit faillite en mai 1986, après une soirée qui engendra d’énormes dettes. Thierry Paulin disparut dans la nature.

Le 14 juin 1986, à nouveau dans le 14ème arrondissement, un huitième meurtre mit les nerfs de la police à rude épreuve. Ludmilla Liberman, une veuve de nationalité américaine, avait été surprise et tuée par son agresseur, alors qu’elle rentrait chez elle.
Ce qui porta à seize le nombre de crime commis suivant le même scénario depuis l’hiver 1984.

Deux mois passèrent sans qu’aucun nouveau crime ne soit commis. La Brigade Criminelle était alors loin de se douter que celui qu’elle traquait depuis deux ans était déjà sous les verrous. En effet, en ce mois d’août 1986, mécontent parce qu’un sachet de cocaïne ne contenait pas la dose annoncée, Paulin s’était rendu à Alfortville chez le trafiquant qui la lui avait fournie. Il l’avait menacé à l’aide d’un pistolet d’alarme et l’avait battu avec une batte de base-ball. Le revendeur avait été si durement malmené qu’il avait porté plainte auprès de la police.
Paulin avait été arrêté et condamné à 16 mois de prison pour « vol avec violence » et « infraction sur les stupéfiants ». Avant d’être incarcéré à Fresnes, il fut fiché et ses empreintes digitales furent relevées.

Certaines circonstances expliquent que les policiers n’aient pas fait le lien entre Thierry Paulin, arrêté comme un petit braqueur de banlieue, et l’assassin parisien des vieilles dames. Les moyens informatiques à disposition de la police étant à ce moment-là encore limités, la comparaison des empreintes se faisait fiche par fiche. Un travail excessivement long et méticuleux fut accompli sur 150 000 fiches, mais ce travail portait exclusivement sur des suspects fichés à Paris. Le recoupement n’était donc pas évident.

Pendant plus d’un an, aucun autre meurtre portant la signature du tueur ne fut commis. Pourtant, Paulin n’eut pas à purger la totalité de sa peine : il quitta la prison de Fresnes au bout de 12 mois.
Vers la fin de l’été 1987, fraîchement libéré, Thierry Paulin renoua avec ses anciennes connaissances et reprit sa vie de noctambule.

thierry paulin boit de nuitToujours décidé à organiser des soirées, il entreprit de mettre à jour son carnet d’adresses. Il se remit à fréquenter les discothèques et les bars homosexuels du quartier des Halles, apparaissant ici et là, plus exubérant que jamais. Paulin fréquenta assidûment « Le Palace », une boîte de nuit célèbre, située rue du Faubourg Montmartre, à Paris. Toujours charmant et poli, Paulin dépensa sans compter pendant ces soirées : il payait comptant et laissait de très gros pourboires. Parfois, il venait tous les soirs pendant une semaine, puis disparaissait pendant un mois pour resurgir plusieurs soirs de suite.
Toujours soucieux d’attirer les sympathies, et poursuivant ses rêves ambitieux, il claironnait à qui voulait l’entendre qu’il était en train de monter une agence de mannequins. Le portier de l’hôtel du Cygne, où Thierry Paulin résida à cette époque, déclara par la suite que ce dernier se faisait aussi passer pour un disc-jockey gagnant beaucoup d’argent.

Thierry Paulin ne tuait plus, mais dilapidait toujours de grosses sommes d’argent aux yeux de tous. Il n’avait d’ailleurs jamais volé à ses victimes les sommes nécessaires à un tel train de vie. Cet argent provenait-il du trafic de cocaïne ou de cartes de crédit volées ? Les deux probablement.
La clef de la « réussite » financière de Paulin résidait dans l’aplomb dont il faisait preuve. Le petit voyou toulousain était devenu un hors-la-loi branché qui s’était décoloré les cheveux et portait une boucle d’oreille.

Plusieurs mois passèrent et, brusquement, la série noire reprit. Le 25 novembre 1987, Rachel Cohen, 79 ans, fut assassinée à son domicile, dans le 10ème arrondissement et, le même jour, à une centaine de mètres de là, Mme Finaltéri, 87 ans, fut laissée pour morte par son agresseur, étouffée sous un matelas.
Deux jours plus tard, toujours dans le 10ème, Geneviève Germont, 73 ans, étouffée puis étranglée, succomba au 22 rue Cail.

thierry paulin fete anniversaireLe week-end qui suivit ces violences, Thierry Paulin l’employa à fêter ses 24 ans. Le samedi 28 au soir, il régala fastueusement ses amis au « Tourtour », un établissement du quartier des Halles où il avait travaillé comme serveur en 1985. Les trois salles du restaurant furent réservées pour une cinquantaine de convives auxquels il avait adressé d’élégants cartons d’invitation. Le jeune homme n’avait négligé aucun détail et, grand seigneur, passa la soirée à tenter d’impressionner ses invités. Il avait convié son avocat (sic), maître Page, ainsi que toute la faune nocturne qu’il côtoyait désormais régulièrement. L’addition avait été réglée d’avance et en espèces. Le menu raffiné fut arrosé au champagne. Paulin fut, comme à son habitude, très élégant, en spencer noir, chemise blanche et cravate.

Le lendemain soir, Paulin invita à nouveau une vingtaine de personnes dans un autre restaurant, à Pigalle cette fois, le « Minou Tango ». Le lundi encore, il s’exhiba, dans un long manteau gris, au « New Copa », grande boîte africaine fréquentée par les diplomates noirs en poste à Paris. Il ignorait encore que cette nuit-là était la dernière qu’il passait en liberté.

En effet, l’étrange ressemblance des derniers crimes avec les meurtres précédents n’avait pas échappé aux policiers. Sans attendre de comparer d’éventuelles empreintes digitales, le Quai des Orfèvres réagit en mobilisant tous les commissariats de quartier. La Brigade Criminelle disposait en effet d’un atout de taille : Madame Finaltéri avait survécu. Elle fournit, une fois rétablie, une excellente description de son agresseur : un grand garçon d’un mètre 80, métis, les cheveux décolorés et portant une boucle d’oreille. Ce genre de physique ne courait pas les rues ! Le portrait-robot établi d’après ces renseignements fut immédiatement distribué dans tous les commissariats de Paris.

Le mardi 1er décembre 1987, à une dizaine de mètres du commissariat de la porte Saint-Denis, dans le 10ème arrondissement, le commissaire Jacob discutait avec quelques commerçants du quartier dans la rue, le portrait-robot du tueur en poche. Il était en pleine conversation quand son regard croisa celui d’un passant, un métis à l’allure sportive et aux cheveux décolorés. Se fiant à son instinct autant qu’à son expérience, il alla demander ses papiers d’identité au jeune homme.

C’était Thierry Paulin.

Il espéra sans doute s’en sortir une nouvelle fois, mais la photo de la carte d’identité qu’il présenta ne correspondait pas à sa physionomie actuelle et éveilla les soupçons du commissaire. Emmené dans les locaux du commissariat de la porte Saint-Denis pour une vérification de « routine », Thierry Paulin n’opposa pas de résistance. Persuadé qu’il était suspecté de se droguer, il montra ses bras, sur lesquels il n’y avait effectivement pas de traces de piqûres, et exigea de parler à son avocat.
De son côté, le commissaire Jacob découvrit que son suspect avait déjà été arrêté pour infraction sur les stupéfiants. Il téléphona alors au chef de la Brigade de Répression du Banditisme, et au chef de la Brigade Criminelle, chargé du dossier du « tueur de vieilles dames ». Les policiers de la BRB emmenèrent Paulin jusqu’aux locaux de l’Identité Judiciaire pour vérifier ses empreintes digitales et les comparer avec celles du meurtrier des vieilles dames. Rapidement, la responsabilité de Paulin, en ce qui concernait une partie au moins des meurtres, ne sembla plus faire de doute pour la police.

arrrestation_decembre_1987_paneauCommencèrent alors les 48 heures de garde à vue à la Brigade Criminelle, au quai des Orfèvres.

Pendant 43 heures, Paulin fut questionné sans relâche. Il avoua rapidement plus d’une vingtaine de meurtres aux 10 policiers de la BRB et de la Brigade Criminelle auxquels il devait faire face.
Thierry Paulin raconta pèle-mêle les premiers crimes et tous ceux qui suivirent, confondant parfois les dates et les noms des victimes. Aucun remord, aucun trouble ne sembla l’effleurer, il était apparemment incapable de mesurer la terrible gravité des crimes qui lui étaient reprochés, comme s’il considérait qu’une vie humaine ne pesait ni plus ni moins que celle d’un insecte.
Il n’hésita pas à expliquer en détail aux policiers la façon dont il opérait, repérant les vieilles dames au marché ou dans la rue, les suivant jusque chez elles, tentant parfois d’engager la conversation pour endormir leur méfiance.

La soude…
Le commissaire responsable de l’enquête à la Brigade Criminelle avait été profondément choqué par le fait que le tueur avait forcé Alice Benaïm à avaler de la soude caustique. Pour le pousser à mener son enquête sans faiblir, il avait gardé le récipient de soude dans son bureau, près de lui.
Lorsqu’il a interrogé Thierry Paulin après son arrestation, le jeune homme a d’abord tout nié en bloc. Le commissaire a persisté, mais Paulin n’a rien voulu avouer. Il a alors sorti le récipient de soude caustique de sous son bureau et la posé violemment sous le nez de Paulin en criant : « Et ça ?! Tu ne t’en souviens pas non plus ?! ». Affolé, Paulin a répondu instinctivement : « Ah non ! Ca, c’est pas moi ! C’est Jean-Thierry ! »

Très vite, Paulin dénonça Jean-Thierry Maturin comme étant son complice et donna son adresse. Celui-ci fut immédiatement arrêté, dans le 14ème, au domicile d’un travesti rencontré alors qu’il travaillait au « Paradis Latin ». Mathurin avoua sans trop de difficulté avoir participé aux meurtres du 18ème arrondissement. Paulin puis Mathurin, quelques heures plus tard, furent déférés au Parquet, où bientôt commença l’instruction.

C’est le juge Philippe Jeannin qui fut chargé d’instruire l’affaire. Dès le jeudi 3 décembre, il inculpa Thierry Paulin pour « assassinats et vols aggravés ». Bien que le jeune homme ait reconnu avoir perpétré plus d’une vingtaine d’assassinats, le magistrat commença par n’en retenir « que » 18 contre lui, et demanda un complément d’information à propos de trois autres crimes qui demeuraient obscurs. En effet, le mode opératoire de l’assassin différait dans trois cas : des armes blanches avaient été utilisées. Les 18 assassinats retenus contre Paulin furent ceux où les victimes avaient été étouffées ou étranglées.
L’instruction de ce dossier retint toute l’attention de l’opinion publique. Le juge Jeannin étudia dans les moindres détails les vies passées de Paulin et de son acolyte. Confrontés l’un à l’autre, les deux hommes refusèrent de se parler. Pour ne pas avoir à prononcer le nom de Paulin, Mathurin ne se référa à son ancien ami qu’en l’appelant « l’autre ». Thierry Paulin, plutôt calme et souriant, tenta de faire endosser à Mathurin la plus grande part de responsabilité.

portrait thierry paulinPaulin fut incarcéré à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Il dut être isolé au quatrième étage d’un bâtiment récent où étaient enfermés les prisonniers que l’on souhaitait maintenir à l’écart des autres détenus, pour leur propre sécurité.

En prison, Paulin ne pensa qu’à soigner son image, inconscient de la gravité des actes qui lui étaient reprochés. Comme par le passé, il cultiva savamment sa tenue vestimentaire. On lui avait coupé les cheveux et ôté sa boucle d’oreille, mais il avait pu conserver deux sacs de vêtements contenant plusieurs pantalons, un costume coupé comme un smoking, des chemises blanches et des nœuds papillon. Soucieux de les maintenir en bon état, il demanda même à sa mère de laver son linge pour lui.

Enfin célèbre, Thierry Paulin sembla peu préoccupé par les tristes motifs de cette notoriété et se comporta en authentique vedette. Plongé dans la presse, il collectionna les articles le concernant, allant jusqu’à emprunter de l’argent à sa mère pour pouvoir tout acheter. A aucun moment, il ne pensa à organiser sa défense.
Il commença par reprocher son enfance malheureuse à sa mère, puis retourna cette haine contre ses anciens amis qui, disait-il, l’avaient trahi. Il nia ce que la presse disait de lui, s’offusqua qu’on le traite de monstre, laissa entendre qu’on s’acharnait sur lui parce qu’il savait beaucoup de choses compromettantes sur bien des gens…

C’est en de telles circonstances que Paulin renoua avec sa mère. Le 12 décembre, Monette et deux demi-sœurs de Paulin vinrent lui rendre visite au parloir de Fleury-Mérogis. Ému, il promit à sa mère de prier et de se procurer une bible.

Pendant ce temps, Jean-Thierry Mathurin était incarcéré à la prison de la Santé. Il ne fut pas, lui, isolé, mais partagea sa cellule avec un autre détenu. Il lisait de nombreux contes pour enfants et sembla vouloir préparer son baccalauréat.

Quelques mois plus tard, Thierry Paulin fut atteint de dépression. Ce fut, du moins, le premier diagnostic. En fait, il s’avéra rapidement que Thierry Paulin était atteint du sida et que les premiers effets de la terrible maladie commençaient à se faire sentir.
Son état empira brutalement un an après son arrestation.
Peu après, le 10 mars 1989, Paulin fut amené d’urgence à l’Hôtel Dieu. Bientôt, il tomba dans le coma. Il fut transféré à l’hôpital Claude-Bernard de Paris. Soigné à l’aide d’antibiotiques, il lutta contre une tuberculose et une méningite, conséquences de son affaiblissement immunitaire.
Thierry Paulin mourut des suites du sida dans la nuit du dimanche au lundi 16 avril 1989, à l’hôpital des prisons de Fresnes, où il avait finalement été transporté. Il était âgé de 26 ans.

Paulin n’a jamais pu être jugé. Malgré ses aveux, il ne sera jamais que le « suspect n°1 ».

Jean-Thierry Mathurin, lui, a été jugé en 1991, et a été reconnu coupable de neuf des meurtres de vieilles dames. Il a été condamné à la prison à perpétuité, avec une peine de sûreté de 18 ans.
Il a été libéré en janvier 2009, à la fin de sa peine de sureté.

 

Victimes

Germaine Petitot (91 ans)
Battue et volée le 5 octobre 1984, dans son appartement du 18ème arrondissement.
Elle survécut, mais ne put fournir aucune description de ses agresseurs.

Anna Barbier-Ponthus (83 ans)
Ligotée, bâillonnée, battue et étouffée avec un oreiller dans son appartement du 9ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 5 octobre 1984.

Suzanne Foucault (89 ans)
Ligotée et étouffée avec un sac plastique dans son appartement du 18ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 9 octobre 1984.

Ioana Seicaresco (71 ans)
Battue à mort après avoir été bâillonnée et ligotée avec du fil électrique dans son appartement du 18ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 5 novembre 1984.

Alice Benaïm (84 ans)
Rouée de coups, torturée, ligotée, bâillonnée et étranglée dans son appartement du 18ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 7 novembre 1984.

Marie Choye (80 ans)
Torturée, ligotée, battue, bâillonnée et étranglée dans son appartement du 18ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 8 novembre 1984.

Maria Mico-Diaz (75 ans)
Ligotée, poignardée et étouffée par un torchon dans son appartement du 18ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 9 novembre 1984.

Jeanne Laurent (82 ans)
Ligotée et étranglée dans son appartement du 18ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 12 novembre 1984.

Paule Victor (77 ans)
Ligotée et étouffée par un sac en plastique dans son appartement du 17ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 12 novembre 1984.

Estelle Donjoux (91 ans)
Étranglée dans son appartement du 14ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 20 décembre 1985.

Andrée Ladam (77 ans)
Étranglée dans son appartement du 14ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 4 janvier 1986.

Yvonne Couronne (83 ans)
Étouffée dans son appartement du 14ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 9 janvier 1986.

Marjem Jurblum (81 ans)
Étranglée dans son appartement du 11ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 12 janvier1986.

Françoise Vendôme (83 ans)
Étranglée dans son appartement du 12ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 12 janvier 1986.

Yvonne Schaiblé (77 ans)
Étouffée dans son appartement du 5ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 15 janvier 1986.

Virginie Labrette (76 ans)
Étranglée dans son appartement du 12ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 31 janvier 1986.

Ludmilla Liberman (78 ans)
Étranglée dans son appartement du 14ème arrondissement.
Son corps fut découvert le 14 juin 1986.

Rachel Cohen (79 ans)
Étouffée dans son appartement du 10e arrondissement.
Son corps fut découvert le 25 novembre 1987.

Mme Finaltéri (87 ans)
Agressée et laissée pour morte dans son appartement du 10e arrondissement, le 25 novembre 1987.

Geneviève Germont (73 ans)
Étouffée puis étranglée dans son appartement du 10 e arrondissement.
Son corps fut découvert le 27 novembre 1987.

 

Mode opératoire

Thierry Paulin (et Jean-Thierry Mathurin, pour certains des meurtres) agit souvent dans les arrondissements où il logeait, ou les arrondissements limitrophes. Les victimes étaient toutes des femmes âgées vivant seules. Bon nombre d’entre elles furent repérées par Paulin en fin de matinée, pendant qu’elles faisaient leurs courses sur un marché.

Dans la plupart des cas, elles furent attaquées au moment où elles rentraient chez elles, poussées à l’intérieur de leur appartement à l’instant où elles ouvraient leur porte, ce qui explique l’absence d’effraction.

Presque toutes furent bâillonnées et ligotées. La violence fut toujours extrême et immédiate. Dans les meurtres de 1984, le(s) criminel(s) cherchai(en)t à faire parler par la torture. Elles furent assassinées par étouffement, strangulation ou asphyxie, notamment avec un sac en plastique ou un oreiller.

Paulin vola presque exclusivement des espèces.

 

Motivations

Paulin, lorsqu’il fut arrêté, ne sembla être ni une bête fauve, ni une brute épaisse, ni un dément fébrile.
Police et hommes politiques proclamèrent pourtant, au début de l’enquête, qu’ils avaient certainement affaire à un fou (sans doute pour désamorcer une prévisible campagne sur l’insécurité à Paris), un fou étant, par définition, une exception incontrôlable.
Certains ont également affirmé qu’il pouvait s’agir d’un drogué en état de manque. Si l’auteur des meurtres était un monstre, sa personnalité n’en apparaissait que plus paradoxale et énigmatique.

thierry_paulin_fete01En ce qui concerne Paulin, on peut penser qu’il souffrit dès son plus jeune âge de carences affectives et éducatives qui le marquèrent profondément. Jusqu’à son adolescence, il changea trois fois de « tutelle » : sa grand-mère d’abord, puis sa mère, puis son père. Chaque fois, le contexte socio-culturel fut différent.
Thierry Paulin a donc eu le sentiment d’être privé d’amour parental et de modèles stables à imiter, modèles qui lui auraient permis de structurer positivement sa personnalité. Ce mauvais départ fut sans doute une des conditions de sa violence ultérieure.
Il semble d’ailleurs être toujours resté très immature, voire infantile. En particulier, il ne se développa chez lui aucun sens de la mort ni de la souffrance, infligée ou subie, conservant ainsi dans l’âge adulte cette cruauté un peu perverse que présentent souvent les jeunes enfants.

Pendant les premiers interrogatoires, il ne se soucia jamais du destin de ses victimes après son passage. Mépris ou indifférence furent ses seuls sentiments manifestes. Peut-être le manque d’amour dont il a souffert l’a-t-il endurci au point de le rendre inaccessible à la pitié.
Son immaturité perce aussi dans son souci constant, narcissique, d’être le foyer unique de tous les regards, de toutes les attentions, tous les désirs. Loin de se terrer, de se soustraire prudemment à la vigilance de la police, il faisait en sorte que partout où il se produisait, on ne vît que lui et son argent.
Pour être entouré, il savait se montrer généreux; aussi toute une faune de vrais et faux amis le suivait-elle, appâtée par l’alcool, la cocaïne et les fêtes qu’il prodiguait sans compter.
Lorsqu’il fut finalement incarcéré, son activité principale consista à collectionner avec passion tous les articles de presse le concernant. Il continua aussi à porter ses vêtements à la mode !

Pour comprendre Paulin, il faut parvenir à réunir dans un même individu des traits qui, ordinairement, s’opposent. Il apparaît d’une part comme un noceur brillant, « branché » et très entouré, d’autre part comme un assassin méthodique et impitoyable, qui n’hésitait pas à torturer et tuer sans trouble apparent.
Mais c’est encore le travesti qui chante des romances et le petit dealer qui malmène sévèrement ses clients mauvais payeurs. C’est encore l’adolescent immature qui va où le vent le pousse et le calculateur méticuleux qui sait conduire de front ses vies multiples. Peut-être est-ce là toujours un héritage de cette enfance durant laquelle il fut privé d’amour et obligé de trouver en lui-même seulement sa ligne de conduite : infantilisme et calcul brutal, solitude et exhibitionnisme, sentimentalité et égoïsme forcené.

Mais alors, quelle serait la raison des meurtres commis ? Pour imposer son nom à la une des journaux ? Par provocation ? Mais pour provoquer qui ? Pour se défouler ? De quoi ? Par vengeance ? Contre qui ?
Pour l’argent ? Non, les sommes volées étaient toujours modestes, à peine son « argent de poche » pour ce « viveur » habitué à mener grand train, et les objets de valeur et les bijoux furent constamment ignorés.

On sait par contre quand il tuait : quand c’était facile. C’était un tueur au raisonnement animal : «Je ne m’attaquais qu’aux plus faibles», déclara-t-il lors d’un interrogatoire de police. On sait aussi qui il tuait : des femmes âgées, jamais d’hommes. Était-ce par un lâche surcroît de prudence ou pour régler un conflit symbolique avec sa mère ?
Tout commence, en effet, avec le sentiment d’être abandonné par sa mère, négligé par sa grand-mère.

Il semble clair que Thierry Paulin n’a pas tué pour l’argent et qu’il n’était pas un toxicomane dépendant de la drogue. L’hypothèse la plus vraisemblable quant au mobile qui l’a poussé à agir réside dans la personnalité de type pervers du jeune Thierry Paulin, personnalité qui le poussait à agir selon ses seuls instincts.

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Jean-Thierry Mathurin

En ce qui concerne Jean Thierry Mathurin, l’opinion de l’avocat général Philippe Berger, qui l’a fait condamner est que : «C’était une personnalité fragile, déséquilibrée, falote… A l’évidence, c’était quelqu’un qui semblait prêt à se soumettre à la domination perverse et violente de quelqu’un qui exerçait une emprise sur lui. Il était pris entre une certaine fébrilité et une très grande violence, qui l’on conduit à ces crimes. (…) Il est indiscutable que Paulin était le personnage dominant dans ce dossier. Je serais même prêt, avec toutes les précautions et tous les risques que cela comporte, à avaliser la thèse selon laquelle sans Paulin, il est probable que Mathurin n’aurait pas pu commettre tous ces crimes».

 

Citations

« En matière de police et de justice, les compétences de la Mairie sont égales à zéro » : Alain Juppé, adjoint au maire du 18ème arrondissement, le 14 novembre 1984.

« J’ai toujours été surpris par son calme… Pourtant, un soir, j’ai appris qu’il était violent, il venait de tabasser le patron d’une boîte de nuit avec une batte de base-ball » : Le co-organisateur de la soirée « Look d’Enfer ».

« Il bouillonnait de projets… Il semblait en avoir fini avec ses bêtises, avoir tourné la page » : Me Hervé Page, avocat de Paulin, dans « le Parisien » du 6 décembre 1987.

« Il a gardé une grande maîtrise de lui jusqu’au bout… Rien d’une bête brute qui fasse peur dans la rue » : Commissaire Jacob.

« Il est revenu vers moi mais je n’avais malheureusement pas de temps à lui consacrer… Je suis sûre qu’il a commis tous ces crimes par manque d’amour » : Monette Paulin, dans « Le Parisien » du 7 décembre 1987.

 

Bibliographie

 

[amazonjs asin= »2851621483″ locale= »FR » title= »L’assassin des vieilles dames »] Résumé : « Paulin, l’assassin des vieilles dames, l’un des tueurs multiples les plus énigmatiques des années quatre-vingt, n’a pas livré son secret. Quel est donc cet être frappeur, cette puissance maléfique, ce monstre, qui, trois années durant, terrorise Paris et défie ses poursuivants ? (…) Problème psychiatrique, et au-delà, mystère de l’âme criminelle, c’est, à travers la double vie de Thierry Paulin, ce que nous avons tenté d’analyser dans ce livre. » Serge Bornstein est neuropsychiatre, il a examiné Thierry Paulin.

 

[amazonjs asin= »2940349088″ locale= »FR » title= »Crimes sur Seine »] Résumé : L’un des chapitres est consacré à Thierry Paulin et Jean-Thierry Mathurin.

 

[amazonjs asin= »2258098424″ locale= »FR » title= »L’enfance des criminels »] Résumé : l’un des chapitres du livres d’Agnès Grossmann est consacré à Thierry Paulin.

 

Filmographie


Films inspirés du cas de Paulin :

[amazonjs asin= »B000KIX6L2″ locale= »FR » title= »J’ai pas sommeil »] « J’ai pas sommeil« , un film de Claire Denis, est sorti en 1994. Il se présente comme « une libre variation sur le parcours meurtrier de Thierry Paulin, avec, en filigrane, une interrogation obsédante : qu’est-ce qui fait, qu’un jour, un être humain devient un monstre au regard des autres ? ».

 

Documentaires sur Thierry Paulin :

« Histoire de… », sur France 2
N° 2, « La psychologie du crime » (première diffusion le 20 juin 2000).
Dans une partie de ce reportage, le commissaire Laitier explique comment il a interrogé Thierry Paulin pour l’amener à avouer.

« Faites entrer l’accusé », sur France2
Thierry Paulin, le tueur de vieilles dames (première diffusion le 1er juillet 2004).


« l’Heure du Crime » de Jacques Pradel, RTL.
Épisode sur Thierry Paulin (écoutable en ligne)

 

Liens

– Site de l’INA : les archives vidéos de la télévision française sur l’affaire Thierry Paulin
– Paris : le site officiel de la ville
– Dessins d’audience : Mathurin, par David Wasserman
– Libération de Mathurin : Le complice de Thierry Paulin en semi-liberté

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