Le Zodiac

MOTIVATIONS

On sait que Zodiac savait utiliser une arme à feu et qu’il était même plutôt bon tireur. Il est possible qu’il ait été familier des armes dès son jeune âge et qu’en grandissant, il ait développé cette habilité. C’était peut-être l’un des rares « talents » pour lesquels on l’ait reconnu et félicité dans sa jeunesse. Cette maîtrise des armes a pu devenir pour lui, une fois adulte, une source de fierté d’une grande importance. Il se vantait d’ailleurs, dans ses lettres, de sa facilité à utiliser son arme.

En observant les crimes du Zodiac et le contenu de ses lettres, il apparaît qu’il portait sans doute une haine profonde envers les femmes. Son enfance a peut-être été marquée par la violence, des parents séparés, peut-être même des années de maltraitance physique et/ou sexuelle.
Adolescent, il devait être solitaire et agressif, incapable d’avoir une relation suivie avec une fille de son âge. Ce comportement, ajouté à un physique quelconque, voir ingrat, a sans doute renforcé son isolation et sa colère.

Ses lettres démontrent une certaine connaissance de l’électronique ainsi qu’une compréhension des concepts mécaniques. Il devait avoir un emploi ou des passe-temps à travers lesquels il ressentait un certain degré de satisfaction et d’accomplissement : utilisation des armes et travail manuel. Il n’a pas du faire d’études et a sans doute préféré travailler, mettant en valeur ses talents mécaniques et voyageant à travers le Californie du Sud, qu’il semblait très bien connaître.

En décembre 1968, le Zodiac devait vivre dans la partie est de la Bay Area, et travailler à plein temps. Il n’a tué que durant les week-ends.
Tout comme Ed Kemper, il a du conduire le long des routes de la région proches de Vallejo, durant des heures, fantasmant sur ses futurs victimes, imaginant ses meurtres à venir… avant de finalement passer à l’acte.
Il a passé beaucoup de temps à préparer ses meurtres, à concevoir son équipement et son arme, puis à s’entraîner (la lampe torche fixée sur le canon de son arme), à répéter dans sa tête la manière dont il allait agir.

Il semble que le Zodiac se soit attaqué à des couples parce qu’ils représentaient ce qu’il désirait désespérément et ne pouvait pas obtenir (comme David Berkowitz, qui a lui aussi envoyé des lettres aux médias).

Lorsque le Zodiac a attaqué Betty Lou Jensen et David Faraday, tout s’est passé en moins de 3 minutes. Sans émotion apparente, il a abattu ses victimes rapidement, puis est remonté dans sa voiture sans revenir vers elles, sans les toucher ou s’assurer qu’elles étaient mortes. Les deux adolescents n’étaient pas pour lui des personnes mais des cibles, les cibles de sa rage et de sa frustration.
Il a du ressentir un immense sentiment de domination sur les deux jeunes gens, qu’il a pris complètement par surprise et qui ont été incapables de se défendre.
Après ce crime, le Zodiac a du lire tous les articles qu’il a trouvé dans les journaux sur ses meurtres, écouter la radio et regarder la télévision pour être sûr de ne rien rater, afin de prolonger la satisfaction ressentie lors de la nuit des meurtres. Durant des semaines, il a du revivre cette instant en pensées.

Cependant, au bout de quelques jours ou quelques semaines, les sensations ont du s’émousser, jusqu’à disparaître.
Entre sa première et sa seconde attaque, son envie de tuer a du devenir irrésistible. Il a du recommencer à errer le long de routes, fantasmant sur son prochain meurtre, créant différents scenarii, encore et encore. L’excitation de sa première attaque à présent disparue, il a sûrement développé des fantasmes plus complexes et plus violents afin de surpasser son premier crime. C’est à ce moment que l’idée de provoquer les autorités et de contacter les médias a dû germer dans son esprit.
Après l’attaque de Darlene Ferrin et Michael Mageau, le 4 juillet 1969, le tueur a appelé la police de Vallejo pour se vanter de son crime. Cet acte était lui aussi planifié. Il n’était pas nécessaire à son crime, mais il était fondamental pour que le Zodiac ressente l’excitation, la satisfaction complète que lui apportait son fantasme réalisé. Lorsqu’il a eu le policier au bout du fil, il a lu un texte qu’il avait écrit, il n’a pas improvisé. Il l’a lu calmement, sans se laisser interrompre, puis a raccroché sans laisser au policier le temps de répondre.
Cet appel téléphonique était pour lui le point culminant de cette nuit de violence. Il ajoutait ainsi une troisième victime à ses crimes : la police, et à travers elle, la société.

Après cette agression du 4 juillet, le Zodiac transféra une partie de sa rage et de son désir de dominer dans ses lettres aux médias. Quelques semaines après l’agression de Darlene Ferrin et Michael Mageau, et alors que l’excitation de son second crime s’émoussait tout comme pour le premier, le Zodiac écrivit non pas à un, ni deux, mais à trois journaux en même temps ! Par cet acte, il projetait ses sentiments de solitude, de rejet et de haine directement dans les gros titres, en menaçant la population toute entière de la Bay Area.
La publication de ses lettres a du nourrir son besoin de dominer et de violenter les autres, particulièrement les femmes. La colère et la haine qu’il avait du réprimer durant tant d’années pouvaient à présent s’exprimer librement à travers des menaces envers une population dans sa totalité.

Toutefois, comme pour nombre de tueurs en série, ces crimes, bien qu’excitants sur le moment, ne lui apportaient pas une satisfaction durable.
Le suivant devait être – lui aussi – plus brutal et plus affreux que le précédent.
Moins de 3 mois après l’attaque de Darlene Ferrin et Michael Mageau, le Zodiac frappa encore. Comme pour ces deux précédents crimes, il frappa un jeune couple au hasard. A nouveau, il tua la femme mais pas l’homme. Mais l’agression de Cecelia Shepherd et de Bryan Hartnell fut encore plus étrange que les crimes de Vallejo.
Lorsque le Zodiac apparu sur les rives du lac Berryessa le 27 septembre 1969, il était déguisé et portait ce que l’on pourrait appeler un masque de bourreau.
Durant les semaines qui ont précédé cette agression, le tueur avait sûrement erré dans la région de Napa et autour du lac Berryessa à la recherche de l’endroit adéquat pour son prochain crime, mené par ses fantasmes.
Cette fois, le Zodiac prit soin de revêtir une apparence qui provoquerait à coup sûr la terreur chez ses victimes. Lorsqu’il agressa le couple, il ne le fit pas avec sa rapidité habituelle. Il discuta avec eux un moment, prit son temps, savourant sans doute le fait que les deux jeunes gens se détendaient et pensaient qu’il allait partir. L’excitation de ce qui allait venir devait être immense. C’est sans doute la raison pour laquelle il tremblait.
A la fin, lorsqu’il a poignardé ses victimes, il a du ressentir une grande satisfaction, qui a pu être sexuelle.

Après cette terrible agression, il a sans doute lu les journaux, écouté la radio et regardé la télévision, pour savoir ce que l’on disait de lui.
Malheureusement pour son égo boursouflé, il avait à nouveau laissé en vie le jeune homme et tué la jeune femme. Les journaux ne manquèrent pas de pointer du doigt ce fait et publièrent même quelques articles spéculant sur l’apparente impossibilité pour le Zodiac de tuer des hommes…
Cela dut plonger le Zodiac dans une terrible colère, car cette révélation mettait à jour une « vérité qui fâche ». Mis à nu par la presse, le Zodiac a du décider de prouver qu’il était capable de tuer un homme. Il allait tuer un « mâle », de manière à ce que plus personne ne puisse douter de sa « virilité », que plus personne ne puisse spéculer sur ses « dysfonctionnements sexuels ».

A peine deux semaines après le meurtre du lac Berryessa, le Zodiac exécuta un jeune chauffeur de taxi, en lui tirant dans la tête, par derrière. C’était un acte d’une totale lâcheté, mais le tueur l’a sûrement vu comme une preuve de sa force et de sa détermination.
Quelques minutes après ce meurtre, le tueur s’est retrouvé nez à nez avec des policiers appelés sur les lieux. Il était soudainement confronté à l’autorité de deux « mâles », qu’il redoutait sans vouloir l’avouer. Cela du être un moment clé dans la « carrière criminelle » du Zodiac. Grâce à son intelligence et à une description erronée des témoins, il put « embobiner » les policiers alors même qu’il tenait un morceau de la chemise ensanglantée de Paul Stine dans sa poche ! Face à une situation extrêmement dangereuse, il ne fut pas arrêté. Il se vanta par la suite de sa supériorité alors qu’il avait simplement profité d’une chance inouïe.
Toutefois, le Zodiac connu la terreur cette nuit-là. Une peur profonde qu’il n’avait jamais ressentie auparavant.

Après le meurtre de Paul Stine, le Zodiac – semble-t-il – ne tua plus. Par le biais des journaux, sans prendre de risque, il allait diriger sa violence et sa colère vers une population plus large.
Deux jours après le meurtre de Paul Stine, en octobre 1969, le Zodiac commença une nouvelle phase. Durant plus de 8 ans, il allait écrire (principalement) au San Francisco Chronicle, d’abord de manière régulière, puis moins fréquemment.
Jusqu’en mars 1971, la majorité des lettres du Zodiac était saturées de colère, de menaces, de railleries et de vantardise. Au départ, il voulu prouver ses activités criminelles avec des éléments que seul l’assassin pouvait connaître. Mais à mesure que le temps passait, les revendications du Zodiac se firent moins factuelles, devinrent douteuses, vagues, peu fiables, jusqu’à devenir complètement ridicules. A chaque nouveau courrier, le Zodiac semblait perdre sa crédibilité. Il semblait clair qu’il n’avait qu’un but : maintenir sa présence dans les esprits, rester un assassin terrifiant et énigmatique pour les habitants de la Bay Area.
Il n’y parvint pas réellement, comme il semble qu’il ne parvint pas non plus à garder le contrôle de sa vie et de son cerveau.
Au début de sa période épistolaire « faste », le Zodiac tenta d’enlever Kathleen Johnes mais elle parvint à lui échapper. Durant des heures, il la conduisit sur des routes isolées de la campagne californienne. Jouissait-il du contrôle qu’il avait sur elle ? Ou éprouvait-il des difficultés à décider ce qu’il allait faire d’elle ? La jeune femme réussi à sortir de la voiture avec sa fille. Fou de rage, le tueur exprima sa frustration en carbonisant la voiture de Kathy, ignorant les risques qu’il prenait d’être repéré.
Il semble toutefois qu’il ne tua plus après cet événement.
Durant l’été 1970, il n’avait plus, pour terroriser la population, que des revendications imprécises concernant des victimes anonymes de plus en plus nombreuses.

Dans ces courriers, le tueur n’exprima qu’une seule et unique fois des remords : en décembre 1969, lorsqu’il écrivit au célèbre juriste Melvin Belli. Ce courrier mène à penser qu’il était très déprimé. Peut-être la demande d’aide qu’il formula était-elle même sincère.
Toutefois, ce bref moment de vulnérabilité passa et le Zodiac retourna à ses vieilles habitudes d’intimidation et de manipulation.
Après avoir envoyé une carte postale au Chronicle en mars 1971, le Zodiac ne fit plus parler de lui durant 3 ans. Peut-être déménagea-t-il pour un nouvel emploi. Par contre, il est peu probable qu’il ait été incarcéré, dans la région en tout cas.
Lorsqu’il recommença à écrire, en 1974, il envoya ses courriers depuis tous les coins de la Bay Area, et non plus seulement de San Francisco et sa banlieue. Il est donc difficile de savoir où il vivait exactement.
Peut-être son nouvel emploi l’amenait-il à parcourir la région ?

Ce qui arriva au tueur du Zodiac après qu’il ait envoyé son -supposé- dernier courrier de 1978 ? Nul ne le sait.
Peut-être s’est-il suicidé.
Peut-être a-t-il simplement décidé d’arrêter de communiquer avec la presse, comme il avait cessé de tuer des années auparavant.
Peut-être fait-il parti des très rares tueurs en série qui sont parvenus à contrôler leur violence et à ne plus tuer (ou seulement en de très rares occasion), en trouvant son plaisir « ailleurs ».
Evidemment, il est également possible que le Zodiac soit tout simplement décédé, de mort naturelle…

 

PROFIL DE GREG MCCRARY (ancien profiler au FBI) :
Le tueur a constamment changé de méthode (de MO) et a admit ouvertement que le meurtre était pour lui un sport. Les attaques ont eu lieu le soir ou la nuit, durant les week-ends, souvent près de vacances, avec des armes différentes, sans autre mobile que la violence en elle-même.
Clairement, le tueur voulait que l’on sache qu’il avait commis ses crimes, et orientait sa rage contre les femmes.
Pourquoi ? Il voulait peut-être prouver sa supériorité, attirer l’attention, contrôler l’enquête, créer un climat de terreur et revivre ses crimes à travers les articles des journaux.

S’attaquant à des couples par 3 fois, il était sans doute envieux ou jaloux parce qu’il n’avait pas (ou ne pouvait pas avoir) ce genre de relation. Peut-être était-ce également un moyen de prouver qu’il n’avait pas peur de s’en prendre à un homme, mais le fait qu’il ait agressé des couples plutôt que des femmes seules ou des hommes seuls indique un certain ressentiment face à ces relations de couple.

Il aimait tendre une embuscade à ses victimes, les prenant par surprise, mais lors d’aucun de ses crimes il n’a prit de grands risques. Et même lorsqu’il se plaçait délibérément dans une situation plus dangereuse, en passant un appel téléphonique par exemple, il s’enfuyait rapidement, sans demander son reste.
Et pourtant, il est possible que le Zodiac ait cru qu’il prenait un risque. Il pouvait donc se croire courageux et se féliciter lorsqu’il n’était pas arrêté. Peut-être voyait-il ses crimes comme la preuve de ses talents d’infiltration. Il a pu se croire plus audacieux qu’il ne l’était réellement.
Le tueur était sans doute un jeune homme immature qui s’imaginait tel un chasseur habile.

L’un des aspects de ses crimes qui devaient lui plaire le plus était d’être capable de railler la police depuis une perspective supérieure et de regarder les enquêteurs tourner en rond. Cela indique souvent une personne qui n’est pas sure de sa propre intelligence et qui, pour se rassurer, joue avec les autres. Le Zodiac avait besoin de penser qu’il était plus intelligent que les meilleurs enquêteurs et il exagérait sans doute les risques qu’il avait pris afin d’affirmer sa supériorité. Les gens qui le connaissaient devaient être familiers de son arrogance, mais aussi de ses lacunes et de son sentiment d’insécurité.

Il utilisait beaucoup de tactiques de diversion, proférant des menaces qui s’avérèrent fausses ou envoyant des messages cryptés. C’est une forme de « plaisir de la tromperie ». Il était excité par le fait de tromper les autres. Les messages codés qu’il envoyait ne signifiaient peut-être rien mais il aimait savoir qu’une ville entière (et plus !), plusieurs forces de polices et des enquêteurs amateurs, tentaient de résoudre le moindre code ou la plus petite indication qu’il envoyait. Cela lui a sans doute procuré un grand plaisir de savoir que personnes ne parviendrait à les résoudre, puisqu’il n’y avait rien à résoudre, et que les gens continueraient toutefois à chercher. Plus ils pensaient être prêts à l’identifier, plus il a du s’amuser.

Il aimait le contrôle qu’il exerçait parce qu’il était alors le responsable, il menait l’enquête, plus ou moins, comme s’il était le superviseur. Il avait pu vouloir entrer dans la police (comme beaucoup de tueurs en série) mais n’avait pu y parvenir. A travers ses menaces et ses messages, il devenait le grand chef de la police et donnait ses ordres. Lorsqu’il a frappé à San Francisco même, son terrain de chasse et de terreur s’est agrandit : il a du se sentir plus puissant encore.
C’était le plus important pour lui. Il exerçait un contrôle sur ses victimes et il faisait de même avec qui que ce soit pouvant éventuellement devenir une victime, au hasard.

Et pourtant, avec le temps, il a pu se lasser de tout cela. Comme le BTK (Dennis Rader), il a glissé dans une période “dormante”, s’est “réveillé”, puis est retombé en sommeil.
Le problème est que certaines lettres sont sujettes à caution et qu’il est difficile de savoir si elles ont ou non été envoyées par des imitateurs, et si le Zodiac a effectivement tué le nombre de personnes dont il se vantait.

Si l’on essaye d’imaginer son passé, s’il avait par exemple reçu un entrainement militaire, non nous heurtons à ses tactiques de diversions. Les messages codés pouvaient n’être qu’un appât, un jeu découlant d’un simple passe temps, ou ils pouvaient provenir d’une véritable qualification acquise à l’armée. Ses courriers présentent de nombreuses pistes dans de nombreuses directions, peut-être sans but et sans signification, mais il nous est impossible de savoir lesquels de ces indices offraient de réels moyens de l’identifier.

Il a pu obtenir un minimum de succès dans d’autres occupations, un peu d’éducation mais un emploi peu valorisant. Dans son esprit, il était supérieur à tout cela, et comme il ne pouvait pas obtenir un sentiment de « grandiosité » à partir de ces éléments, il a décidé de tuer et de se vanter de ses actes. Il s’est probablement senti immortalisé par toute la publicité qui a été faite sur cette affaire et les livres qui ont été écris sur ses crimes. S’il est toujours en vie, il peut toujours ressentir la satisfaction que, après tout ce temps, ses crimes attirent encore l’intérêt d’une très large population. Il est vraiment devenu célèbre, comme Jack l’Eventreur.

Le but ultime de ses crimes était d’obtenir la notoriété. Le fait d’appeler la police, d’écrire les lettres, de se vanter, de lire des articles sur lui dans la presse… lui apportait autant de satisfaction que les meurtres eux-mêmes. Lorsqu’il a cessé de tuer, il a envoyé des lettres qui lui permettaient de maintenir son emprise, de répandre la peur dans la région, et donc de provoquer son excitation et son plaisir : il obtenait le même effet qu’en tuant, mais sans avoir besoin de prendre de risque. La célébrité et un sentiment de supériorité sont devenus plus excitant pour lui que la violence elle-même.
Il voulait être connu en tant que tueur en série. C’est probablement la seule chose qu’il ait jamais accompli dans son existence.

 

L’HYPOTHESE DES PERSONNALITES MULTIPLES :

zodiackillerbook3Selon le Dr. David Van Nuys, directeur du département de psychologie à l’université d’état de Sonoma et co-auteur avec Michael Kelleher de « This is the Zodiac speaking », le tueur du Zodiac était un psychopathe souffrant du syndrome de personnalités multiples.
A partir des lettres du tueur, il a établi un profil certes intéressant, mais qu’il avoue lui-même être le résultat de suppositions et de théories.
Zodiac aurait été un enfant maltraité, abandonné, puis un adolescent solitaire et rejeté. « Le rejet a sûrement été une question significatif pour le Zodiac et a dû être le cœur de son envie de tuer. »
Le Zodiac vivait sûrement dans la Bay Area, peut-être à San Francisco même. Il vivait sûrement seul, isolé, à l’écart. D’après ces lettres, le Zodiac se rendait souvent au cinéma et regardait beaucoup la télévision.

Sur quoi se base l’hypothèse du Docteur Van Nuys ? Principalement sur l’étude des crimes et –surtout – des lettres du Zodiac.
Lorsque le Zodiac refit surface en janvier 1974, en envoyant une nouvelle lettre au SF Chronicle, il sembla d’abord être le même. Son courrier était empli de moqueries et de menaces, et il affirmait avoir fait de nouvelles victimes. Il semblait vouloir reprendre exactement à l’endroit où il s’était arrêté 3 ans auparavant.
Toutefois, les 3 lettres suivantes, écrites en février, mai et juillet 1974, se révélèrent totalement différentes de tout ce qu’il avait pu envoyer précédemment. Plus de fautes de grammaire, plus de menaces ni d’intimidation. Soudainement, le Zodiac abandonnait son surnom et modifiait son style de communication. Seule son écriture restait identifiable.
Le tueur avait sans doute vécu un événement qui l’avait transformé.
Les 3 dernières lettres de 1974 montraient un homme qui oscillait entre deux états de conscience radicalement différents.
Selon le docteur Van Nuys, ces lettres confirmeraient son hypothèse : le tueur se battait contre un « désordre dissociatif sévère ».
Après sa dernière lettre de juillet 1974, le Zodiac disparu à nouveau, cette fois pour 4 années. En avril 1978, il écrivit à nouveau au SF Chronicle, sa toute dernière lettre. Elle était remplie de menaces et de fanfaronnades, mais suggérait également un état d’esprit très fragile, prêt à sombrer.

Le Docteur Van Nuys est persuadé que le Zodiac n’a pas assassiné Cheri Jo Bates. Le langage de l’assassin de Bates, lisible dans la lettre qu’il a envoyée, était très différent de celui utilisé par le Zodiac. De plus, le tueur du Zodiac a lui-même commencé à « compter » ses victimes à partir de David Faraday et Betty Lou Jensen, à Vallejo, pas avant.
Toutefois, le Zodiac était sans doute à Riverside ou dans les environs au moment où Cheri Jo Bates a été assassinée. Ce meurtre l’a « stimulé » et l’a inspiré, il a fusionné sa colère et sa frustration, les transformant en une détermination sans faille à obtenir l’attention et la notoriété, à travers des meurtres similaires.

Le Zodiac était un homme très narcissique, absorbé par sa petite existence, qui cherchait désespérément à ce que l’on s’intéresse à lui. Il n’était capable d’aucune empathie envers les autres. Il était sans doute un psychopathe, un asocial qui ne ressentait aucun remords, centré sur lui-même, traitant les autres comme des objets, manipulateur, menteur, impulsif…
Comme la majorité des psychopathes, le Zodiac a du souffrir d’abus ou d’une perte durant son enfance.
La recherche d’attention exprimée par le Zodiac dans ses lettres a quelque chose de puérile, d’infantile. Il réclamait rageusement que l’on s’occupe de lui, que l’on réalise qu’il existait. Cette faim vorace d’attention est mise en évidence dans la répétition de sa détermination à « collecter des victimes qui serait (ses) esclaves durant (sa) vie après la mort ». D’où qu’il ait été chercher cette idée, elle souligne sont besoin d’être servi, obéi, ce qui révélerait en retour une privation durant sa jeunesse. Le Zodiac avait un immense besoin de contrôle et de supériorité, et donc un grand manque.

Le Docteur Van Nuys souligne que le contrôle et la supériorité sont des thèmes que l’on associe non seulement avec le désordre de personnalité antisociale, mais aussi avec la paranoïa. Comme le paranoïaque craint d’être contrôlé par des forces extérieures, il tente de prendre lui-même le contrôle des autres et se montre très vigilant pour savoir qui est supérieur à qui. Les paranoïaques sont souvent très secrets et la préoccupation du Zodiac pour les codes et les messages secrets proviennent peut-être de là.
Le Zodiac n’était pas pour autant psychotique. Il avait des tendances paranoïaques, mais n’était pas paranoïaque. Il n’était pas non plus schizophrène. Il n’existe aucune preuve d’hallucinations visuelles ou auditives de la part du tueur, que ce soit dans ses lettres ou son comportement.
Cependant, le tueur était dans un état limite, sur le fil du rasoir, oscillant entre la santé mentale et la folie, particulièrement après le meurtre de Paul Stine. Après ce meurtre, le tueur a semblé se désorganiser et s’est montré incapable d’accomplir ses menaces.
Il devait en tout cas souffrir d’un immense stress.
Le Zodiac ne pourrait toutefois pas être déclaré légalement « aliéné » : la planification de ses crimes et la manière dont il s’en est vanté indiquent une conscience complète de ce qu’il faisait.

Selon le docteur Van Nuys, toutes ces caractéristiques mèneraient à penser que le tueur du Zodiac souffrait d’un « Trouble dissociatif de l’identité » (également appelé « Trouble de la personnalité multiple »).
Dans ses lettres, le Zodiac exprime un manque, un besoin impérieux, lié à un traumatisme de son enfance. Les recherches menées sur le (rare) « Trouble dissociatif de l’identité » montrent clairement que ces traumatismes infantiles sont la cause principale de la scission qui créé les multiples personnalités. Les abus sexuels incestueux graves sont la source d’un traumatisme très souvent connecté aux personnalités multiples, ce qui permet d’expliquer que ce trouble soit bien plus fréquent chez les femmes que les hommes. Toutefois, d’autres formes de traumatisme peuvent également provoquer ce trouble dissociatif : avoir subi la torture, physique ou mentale, ou avoir été témoin du meurtre d’un membre de sa famille.
Comment ce trouble se manifeste-t-il ? En des circonstances terribles, une réponse extrême est produite par l’enfant. Certains enfants créent des compagnons imaginaires pour échapper à une réalité horrible. Avec le temps, ce compagnon peut parfois être intégré à la personnalité de l’enfant et finir par acquérir une véritable existence. En réponse à un traumatisme sévère, la tactique de dissociation peut aboutir à un désordre psychologique significatif.

Avec cette hypothèse en tête, le Docteur Van Nuys revisite l’un des crimes du Zodiac. Lors de l’attaque du lac Berryessa, le Zodiac a dit : « Je vais devoir vous attacher » (au lieu de « Je vais vous attacher ») et, plus tard, « Je vais devoir vous poignarder » (au lieu de « Je vais vous attacher »), comme s’il était commandé par une force extérieure et n’était presque qu’un témoin des événements.
Lorsque Bryan Hartnell lui a demandé de le poignarder en premier, le tueur a juste répondu « Ok, je vais faire ça », alors que ses mains tremblaient et qu’il s’apprêtait à poignarder ses victimes à de nombreuses reprises. Le docteur Van Nuys voit cette répétition non pas comme une frénésie mais comme un acte robotique répétitif, comme si une partie de l’esprit du tueur regardait cet acte affreux à distance.

La première « preuve » la plus évidente d’un désordre dissociatif serait le fait que la « personnalité tueur » s’est donnée un nom bien à elle, « le Zodiac », comme cela arrive souvent dans les cas de trouble dissociatif. Un homme « normal » avait peut-être un alter-ego violent qui se présentait sous le nom de « Zodiac ».

lettre-MelvinBelliLa seconde « preuve » serait la lettre envoyée par le tueur à Melvin Belli, en 1969.
« Cher Melvin, c’est le Zodiac qui vous parle. Je vous souhaite un joyeux Noël. Ce que je vous demande c’est ceci, s’il vous plait aidez-moi. Je ne peux pas m’en sortir parce que cette chose en moi ne me laissera pas. Il est très difficile pour moi de me contrôler J’ai peur de perdre le contrôle à nouveau et de prendre ma neuvième + possible dixième victime. S’il vous plait aidez-moi Je me noie. (…) S’il vous plait aidez-moi Je ne peux pas me contrôler plus longtemps. »
D’abord, c’est la politesse de la salutation et le souhait pour Noël qui surprennent. Cela annonce un Zodiac inconnu jusque là. Ensuite, il y a cet appel presque suppliant, cette demande d’aide désespérée dans laquelle l’auteur de la lettre décrit explicitement une personnalité divisée et qui s’affronte. Bien que l’auteur de la lettre se présente comme étant le Zodiac, c’est clairement une voix différente qu’il nous fait entendre, et qui décrit la difficulté de retenir les terribles pulsions violentes d’une autre personnalité.

Environ 3 mois après que Melvin Belli ait reçu cette lettre, cette personnalité divisée aurait été mise en évidence dans l’agression avortée contre Kathy Johns et sa fille. Durant 2 ou 3 heures, le Zodiac a conduit la jeune femme dans sa voiture, parlant peu. Selon Kathy Johns, il regardait droit devant lui et lui annonça très calmement qu’il allait la tuer. Pour le Docteur Van Nuys, cela démontre à nouveau un comportement quasi « robotique ». La conduite sans but et les menaces prononcées calmement, platement, donnent le sentiment que le Zodiac était « hors de son corps », qu’il fonctionnait « sur pilotage automatique ».
Qu’a-t-il pu se passer dans l’esprit du Zodiac durant ces 2 ou 3 heures ? Auparavant, il avait toujours tué sans la moindre hésitation, presque toujours de manière rapide et brutale. Là, il semblait indécis, comme s’il livrait un combat intérieur entre le Zodiac qui voulait tuer cette jeune mère et son enfant, et une autre partie de lui-même qui refusait de commettre un tel acte.
Une autre personnalité, plus saine, non violente, était peut-être en train d’émerger, une personnalité qui luttait contre la personnalité psychopathe et impitoyable du Zodiac.
Il semble en effet que le Zodiac n’ait plus tué après son agression « ratée » contre Kathy Johns. Le Docteur Van Nuys fait l’hypothèse que la personnalité « saine » du Zodiac commençait alors à prendre le contrôle et que l’aspect extrêmement violent du Zodiac perdait de sa force.

La preuve la plus impérieuse du « Trouble dissociatif de l’identité » serait enfin le changement de personnalité exprimé par le Zodiac lui-même dans ses dernières lettres. Le Zodiac n’envoya rien durant 3 ans, après sa lettre de mars 1971. Puis, en janvier 1974, il écrivit une lettre au SF Chronicle simplement pour annoncer que « L’Exorciste est la meilleure comédie satyrique que j’ai jamais vu ». Dans cette lettre, il se montre comme critique de cinéma et rien d’autre. L’auteur du courrier ne commence pas avec sa phrase habituelle « C’est le Zodiac qui vous parle ». La salutation polie qui clôt la lettre est un rappel de la politesse inhabituelle exprimée dans le courrier envoyé à Melvin Belli.
Il semble que le Zodiac a changé.
Si l’on accepte l’hypothèse selon laquelle une lutte a eu lieu entre deux personnalités antonymes, alors il est possible qu’en 3 ans, la personnalité la plus « saine » soit devenue plus ou moins dominante.

Quelques jours plus tard, le Zodiac envoya une autre lettre concernant l’enlèvement de Patty Hearst par la Symbionese Liberation Army. Bien que ce courrier ait été authentifié, nombreux sont ceux qui ne l’acceptent pas parce qu’il est trop différent, de ton et de style, des précédentes lettres du Zodiac. Si cette lettre est authentique, c’est une preuve supplémentaire d’un changement de personnalité. Cette lettre présentait un court message : « Cher monsieur le rédacteur en chef, saviez-vous que les initiales ‘SLA’ se prononcent ‘sla’, un ancien mot nordique signifiant ‘tuer’ ? ». Cette lettre était signée « Un ami ».
On peut remarquer à nouveau la politesse et l’absence de fautes de grammaire. Cela suggère une personnalité plus érudite que celle présentée par les lettres précédentes.

Le Zodiac attendit 3 mois avant d’envoyer un nouveau courrier, cette fois pour critiquer « le manque de goût et de sympathie pour le public » de la publicité pour le film « Badlands ». Cette lettre était signée « Un citoyen ». La salutation habituelle, les menaces, les moqueries, les fanfaronnades, la signature – cible sont manquantes, tout comme les fautes de grammaire. En fait, sans l’écriture identifiable et le double timbrage, il n’y aurait eu aucun moyen de reconnaître l’auteur de cette lettre comme étant le Zodiac.
L’attitude indignée du Zodiac concernant « Badlands » peut-être vue comme « réaction formation » – la personnalité « saine » du Zodiac poussant la conscience de sa violence dans l’inconscient en assumant sciemment une position diamétralement opposée.

Le 8 juillet 1974, le Zodiac envoya une nouvelle lettre qui semble encore avoir été écrite par son alter-ego. Il critiquait cette fois l’un des journalistes du SF Chronicle et signa « Le Fantôme Rouge (rouge de rage) ». Là non plus, pas d’erreur de grammaire et pas de signature – cible. Et, comme pour la lettre de l’Exorciste et celle de Badlands, l’auteur du courrier se présente comme un critique, un esthète. Nous voyons à nouveau le mécanisme de défense psychologique de « réaction formation » lorsque le Zodiac décrit le journaliste comme quelqu’un qui « a toujours besoin de se sentir supérieur ».

Selon le Docteur Van Nuys, lorsque l’on considère le contenu de ces lettres dans leur ensemble, il montre une certaine constance qui tendrait à valider l’hypothèse d’une personnalité émergente différente.

lettre_derniereQuatre années passèrent encore avant que la dernière lettre du Zodiac ne soit reçue. (Cette lettre est considérée par beaucoup comme un faux.)
Dans celle-ci, le tueur se présenta à nouveau comme il l’avait fait dans ses premiers courriers « C’est le Zodiac qui vous parle ». Et il ajouta « Je suis de retour parmi vous ».
De retour, mais d’où ? On peut interpréter cette affirmation de plusieurs manières différentes. Par exemple, on peut imaginer que le Zodiac est de retour dans la Bay Area alors qu’il était dans une autre région, voir un autre état. Il peut également avoir été libéré de prison ou d’un hôpital psychiatrique. La troisième explication est qu’il a simplement décidé de recommencer à écrire au SF Chronicle. Et enfin, il est possible que la personnalité meurtrière du Zodiac ait refait surface après une période de sommeil.
Lorsque le Zodiac écrit « Je suis là, j’ai toujours été là », peut-être est-ce une déclaration de cette personnalité brutale qui a continué à exister bien que la personnalité « saine » ait prit le contrôle.
La notion que cette lettre a été écrite par une personnalité psychopathe qui fait sa réapparition est renforcée par le retour de l’auteur aux fanfaronnades et aux menaces qui caractérisaient la personnalité « première » du Zodiac. C’est également cette personnalité qui démontre un manque de contrôle sur les mécaniques de l’écriture, avec le retour des fautes de grammaire et de ponctuation.
Finalement, il y a cette conclusion sibylline : « Je suis maintenant en contrôle de toutes choses ». Selon le Docteur Van Nuys, c’est la personnalité meurtrière du Zodiac qui aurait écrit cette phrase, bandant temporairement ses muscles pour prouver qu’elle est toujours présente. Temporairement car le Zodiac n’a plus jamais fait parler de lui par la suite. La personnalité « saine » et non violente a peut-être repris le contrôle, enfermant à nouveau la personnalité brutale dans sa boîte.

Cela est-il possible ? Peut-on voir une autre personnalité émerger, disparaître, revenir puis disparaître à nouveau, cette fois pour de bon ? Selon le DSM-IV, c’est possible : « Le trouble dissociatif de l’identité semble avoir un chemin clinique fluctuant qui tend à être chronique et récurrent… Ce désordre de personnalité peut devenir moins prégnant lorsque les individus atteignent la quarantaine, mais peut réapparaître lors d’épisodes de stress ou de trauma ou lors d’abus de substances ».
Le Zodiac n’a plus fait parler de lui depuis des dizaines d’années. Si l’on se réfère au DSM-IV, avec le passage du temps et l’approche de la quarantaine, une personnalité « saine » et non violente a pu émerger et prendre le dessus. La personnalité connue sous le nom de « Zodiac » a peut-être disparu une fois pour toute et n’a jamais refait surface.

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