Albert Fish

« L’HOMME GRIS »

Albert Fish et William King

Albert Fish et William King

Au départ, le lieutenant King se demanda si Fish, qui ne pesait pas plus de 60 kilos et mesurait 1m65, était vraiment le kidnappeur. Il semblait si fragile et âgé, incapable de faire du mal à une mouche.
Il demanda alors à Albert Fish s’il avait bien envoyé l’horrible lettre au Budd, et Fish répondit par l’affirmative. Il reconnut être également l’auteur du télégramme envoyé aux Budd en 1928. Mais il nia pourtant avoir enlevé Gracie.
Toutefois, lorsque King lui annonça qu’il allait le présenter à tous les témoins de l’affaire, à la famille Budd, aux vendeurs de crème fraiche et de fraise, au télégraphiste, Fish lui demanda de « ne pas les déranger ».
Et il admit avoir enlevé puis tué Grace Budd.

Albert Fish expliqua d’une voix monocorde et sans émotion que, durant l’été 1928, il avait été submergé par ce qu’il appelait une « soif de sang », un besoin de tuer. Lorsqu’il avait répondu à l’annonce d’Edward Budd, c’était le jeune homme et non sa petite sœur qu’il avait l’intention de tuer. Il voulait l’emmener dans la maison abandonnée, lui couper le sexe et le laisser agoniser alors qu’il perdrait son sang…
Après avoir quitté la maison des Budd, Fish avait acheté les outils dont il pensait avoir besoin pour mutiler Edward Budd et son ami Willie : un hachoir, une scie et un couteau de boucher. Il avait emballé ses instruments dans un paquet qu’il avait caché dans un kiosque à journaux avant de revenir chez les Budd pour la seconde et dernière fois.
Lorsque Fish avait vu le jeune Edward, qui avait pourtant la taille et la force d’un adulte, et son ami, il s’était convaincu qu’il pourrait les maitriser. Il avait une grande expérience en la matière…
C’est seulement en voyant la ravissante petite Grace qu’il avait changé d’avis, et de plan. Emmenant la petite fille avec lui, il avait récupéré son paquet au kiosque à journaux avant de prendre un train vers le Bronx puis le village de Worthington, dans le comté de Westchester, à 30km au nord de New York. Pour Gracie, il n’avait acheté qu’un «aller simple».
Grace avait été captivée par les 42mn de traversée de la campagne. Elle n’était sortie de New York que 2 fois dans sa courte vie. Ce fut un plaisir merveilleux pour elle.
A la gare de Worthington, Fish était tellement absorbé par son plan qu’il avait laissé son paquet d’outils dans le train. Grace le lui avait fait remarquer et était allé le chercher.

Le Wisteria cottage

Le Wisteria cottage

Ils avaient marché sur une route isolée jusqu’à ce qu’ils parviennent à une maison abandonnée à deux étages surnommée « Wisteria Cottage », au beau milieu d’un bois, isolée des rares maisons alentours. Alors que Grace cueillait joyeusement des fleurs, Fish était monté au second étage de la maison, avait ouvert son paquet puis s’était déshabillé.
Il avait appelé Gracie, qui était monté avec son joli bouquet. Lorsqu’elle avait vu le vieil homme nu, elle avait crié, appelé sa mère et avait tenté de s’enfuir. Mais Fish l’avait saisie à la gorge et l’avait étranglée.
Il avait décapité la fillette, en prenant soin de récupérer le sang dans un pot de peinture vide, qu’il avait par la suite vidé dans le bois. Il avait caché les chaussures blanches de Grace dans le « trou d’aisance » de la maison et abandonné sa tête dans les bois, recouverte de papiers journaux.
Il avait ensuite coupé le petit corps en deux, au niveau de la taille, avec son hachoir et son couteau et l’avait caché dans une armoire.
Il s’était nettoyé les mains en les frottant dans l’herbe puis avait repris le train pour rentrer chez lui, comme si de rien n’était.
Il était revenu quatre jours plus tard et avait porté le corps de Grace jusqu’à un mur situé derrière la maison. Il avait récupéré la tête dans les bois pour la déposer au-dessus du corps, « juste comme ça aurait du être dans la vie, la tête, le torse, les jambes ». Il ne l’avait pas enterrée mais s’était débarrassé de ses outils.

Après ses aveux, le detective King lui demanda ce qui l’avait mené à commettre un acte aussi horrible.
Fish répondit : « Vous savez… Je n’ai jamais pu l’expliquer »
Le capitaine John Stein, le supérieur de William King, lui demanda alors pourquoi il avait écrit la lettre à Mme Budd et Fish lui répondit qu’il ne savait pas. « J’ai simplement une manie pour l’écriture ».

wisteria2Les enquêteurs horrifiés se rendirent au « Wisteria Cottage » et retrouvèrent le squelette de Grace Budd, enterré derrière un mur de pierres, comme l’avait indiqué Albert Fish. Les policiers et le médecin légiste découvrirent du sang au 2ème étage de la maison, là où Fish disait avoir décapitée la jeune fille. Quelques jours plus tard, ils déterrèrent le collier en fausse perles que Gracie portait le jour de sa disparition.

Durant la nuit, Fish fut à nouveau interrogé, cette fois par l’assistant du procureur Francis Marro. Fish lui parla de la « soif de sang » qui l’avait poussé à tuer Gracie, mais ajouta « J’ai ressenti beaucoup de peine. J’aurai donné ma vie, à peine une demi-heure après ce que j’avais fait, pour la lui rendre ».
Marro voulu savoir si Fish avait violé la fillette et Fish fut catégorique : « Ça ne m’a même pas traversé l’esprit ».

Personne ne demanda à Fish s’il avait vraiment mangé des parties du corps de Grace, comme il l’avait écrit sans sa lettre. Peut-être les policiers considérèrent-ils les allégations de Fish comme les délires malsains d’un sadique. Ou peut-être pensaient-ils que souligner cette abominable pratique permettrait à la défense de plaider la folie et l’irresponsabilité avec succès.

La famille Budd apprit la nouvelle de l’arrestation d’Albert Fish par les journalistes, qui envahirent littéralement leur appartement au beau milieu de la nuit. Après six ans et demi d’attente, ils en restèrent sans voix.
Le detective King vint chercher Albert et Edward Budd à 1 heure du matin pour identifier le « vieux monsieur ».
Arrivé au poste de police, Edward se jeta littéralement sur Fish en lui hurlant « Vieux salopard ! Sale fils de pute ! ». Mais Albert Fish n’eut aucune réaction. « Vous ne me reconnaissez pas ? » demanda Albert Budd. Fish répondit calmement : « Si. Vous êtes Monsieur Budd ». M. Budd fondit en larmes. « Et vous, vous êtes l’homme qui est venu chez moi et qui a pris ma petite fille ».

Les enquêteurs découvrirent avec effroi que Fish avait été arrêté six fois dans la région de New York depuis la disparition de Gracie, pour vol, vagabondage ou envoi de lettres obscènes. Trois de ces arrestations avaient eu lieu sur une période de 3 mois après que Grace Budd ait été enlevée mais, à chaque fois, les charges avaient été abandonnées.
En ce qui concernait les 3 autres arrestations, il avait été libéré après une courte incarcération ou une simple amende. Personne n’avait jamais pu deviner que le vieil homme était un tueur pervers.

Une version très édulcorée des aveux d’Albert Fish fut publiée dans les journaux. C’était une litanie de perversion et de dépravation indescriptibles qui semblaient inventée par un esprit pervers… jusqu’à ce que chaque détail soit corroboré. C’était d’autant plus incroyable quand on songe à quel point Fish paraissait décrépit et inoffensif.
L’une des rares personnes qui ne fut pas surprise par l’arrestation de Fish fut son propre fils, Albert Junior. « Ce vieux salaud… J’ai toujours su qu’il serait arrêté pour quelque chose dans ce genre-là ». Albert Junior concluait avec dégoût : « Je n’ai jamais rien voulu avoir à faire avec lui et je ne tendrai jamais la main pour l’aider ».
Les journaux inventèrent pour Fish des surnoms tous plus terrifiants les uns que les autres : L’ogre de « murder lodge » (le chalet du meurtre), le Vampire, le Barbe Bleue moderne, le Loup garou de Wisteria…

Albert Fish fut inculpé dans le comté de Westchester pour meurtre avec préméditation, et à Manhattan pour enlèvement.

Les journalistes l’interrogèrent alors sur d’autres disparitions d’enfants, notamment celle de Billy Gaffney, mais Fish leur répondit simplement : « Vous pouvez tout autant m’accuser de tous les meurtres. Vous ne pouvez pas me faire plus de mal ».

Les policiers, à leur tour, interrogèrent Fish sur la disparition du petit Billy et sur celle de Francis McDonell. Fish nia toute implication dans leurs meurtres.
Un enquêteur du comté de Nassau vint également l’interroger sur l’enlèvement et le meurtre de Mary O’Connor, 16 ans, dont le corps massacré avait été retrouvé dans un bois en février 1932. Fish nia encore.

Plusieurs personnes contactèrent les journaux ou la police pour leur parler de Fish.

  • Mme Helen Karlson, une veuve mère de deux jeunes garçons, avait hébergé Fish et ses fils chez elle en 1927, à Brooklyn. Il s’était montré charmant mais s’occupait un peu trop du plus jeune fils de Mme Karlson, qui avait alors 7 ans. Il lui avait proposé plusieurs fois de l’emmener au cinéma et elle avait toujours refusé. Fish s’était alors mis à glisser des lettres sous la porte de la chambre de Mme Karlson, des lettres au contenu des plus obscènes. Mme Karlson l’avait alors chassé et il avait réagi en l’insultant de la pire manière. La veuve avait par la suite trouvé des excréments dans la chambre et une planche cloutée ensanglantée dans son grenier.
  • M. et Mme LaFurde expliquèrent que Fish avait tenté d’attirer leur fille avec des bonbons et des « images amusantes », à peine deux mois avant son arrestation.
  • Mary Little raconta quant à elle qu’en 1928, alors qu’elle avait 5 ans, Fish l’avait saisi par la main dans un magasin de bonbons. Il l’avait tiré vers lui en lui demandant si elle était seule, et elle était parvenue à se libérer de l’emprise du vieil homme pour courir vers sa mère.
  • Benjamin Eiseman expliqua aux enquêteurs qu’en juillet 1924, alors qu’il n’avait que 16 ans, il avait été accosté par un vieil homme moustachu. Ils avaient engagé la conversation et, apprenant qu’Eiseman avait travaillé comme peintre, le vieil homme lui avait proposé de l’aider sur un chantier de Staten Island. Eiseman avait accepté et l’avait accompagné en train. Arrivé à destination, près d’une cabane, l’homme lui avait demandé « d’attendre là pendant qu’il allait chercher ses outils ». Alors qu’Eiseman attendait, un homme noir s’était approché de lui pour lui conseiller de déguerpir. « Beaucoup de gamins sont venus ici et n’ont jamais été retrouvés ». Apeuré, Eiseman était reparti chez lui immédiatement. Il avait porté plainte – la police retrouva son dossier – et avait reconnu le vieil homme dans les journaux, même après tout ce temps : c’était Albert Fish.

Ainsi, malgré ses dénégations, Fish fut soupçonnés des meurtres d’autres enfants, notamment des fillettes de 5 à 7 ans, Barbara Wiles, Sadie Burroughs, Florence McDonnell et Helen Sterler, ainsi que du meurtre de Yetta Abramowitz, 12 ans, en mai 1927, pour lequel un homme noir, Lloyd Price, avait déjà été exécuté, bien qu’il ait juré de son innocence.

La police soupçonnait Fish d’autres meurtres mais ne savait comment le prouver. Heureusement pour les enquêteurs, des témoins et des preuves allaient bientôt s’accumuler.
Le 19 décembre 1934, la police reçu une information capitale. Le chauffeur d’un tramway de Brooklyn, Joseph Meehan, avait vu la photo de Fish dans les journaux et s’était présenté afin de l’identifier comme « le vieil homme nerveux » qu’il avait vu le 11 février 1927. L’homme tentait de calmer un petit garçon assis à côté de lui dans le tram. Le chauffeur les avait observés attentivement. Le petit garçon n’avait ni veste ni manteau malgré le froid. Il pleurait sans cesse, appelant sa mère, et le vieil homme avait du le tirer hors du tramway pour l’en faire descendre.
Le petit garçon était Billy Gaffney.
Le lieutenant Elmer Joseph, qui avait enquêté sur la disparition de Billy 7 ans plus tôt, conduisit Meehan en prison, où ce dernier identifia formellement Albert Fish.

Quelques jours plus tard, ce fut Hans Kiel, le père de Beatrice, que Fish avait tenté d’enlever en février 1924, qui vint l’identifier à New York. Fish nia avoir jamais rencontré M. Kiel.
Le 23 décembre, Beatrice Kiel et sa mère vinrent identifier Fish. C’était bien le vieil homme qui avait importuné Beatrice 10 ans plus tôt et lui avait demandé de l’accompagner dans un bois… où le corps de Francis McDonnell avait été retrouvé quelques jours plus tard, violenté et étranglé. « L’homme gris » avait enfin une identité. Fish fut inculpé du meurtre de Francis le 27 décembre.

La police découvrit ensuite que, lorsqu’Albert Fish avait été arrêté pour l’envoi de lettres obscènes en 1930, il travaillait comme « plongeur » dans un hôtel de Far Rockaway. La famille O’Connor vivaient près de cet hôtel et Mary O’Connor, assassinée en 1932, s’y était rendue plusieurs fois en 1931 car elle s’était lié d’amitié avec la fille d’un couple séjournant dans l’hôtel. En 1932, au moment de la disparition de Mary, Fish peignait une maison à quelques centaines de mètres du bois où le corps de la jeune adolescente avait été retrouvé.
Fish nia également le meurtre de Mary O’Connor.

Etant inculpé de plusieurs meurtres dans différents comtés, il existait peu de chance qu’Albert Fish échappe à la peine capitale. Sa seule chance d’être acquitté était d’être déclaré fou par un « aliéniste » ou un psychiatre médico-légal.
Albert Fish fit des pieds et des mains pour que son avocat commis d’office soit remercié et remplacé par une « pointure » de l’époque : James Dempsey.

Le Dr Wertham

Le Dr Wertham

Lorsque Dempsey contacta le Docteur Fredric Wertham en février 1934, ce dernier était depuis 2 ans senior psychiatrist à l’Hôpital Bellevue (plus précisément “la Clinique d’Hygiène Mentale Bellevue”) et directeur d’un programme clinique révolutionnaire qui offrait une évaluation psychiatrique complète à tous les inculpés de la ville de New York.
Wertham rencontra Albert Fish 3 fois en prison et discuta plus de 12 heures avec lui. Il vérifia les dossiers médicaux et psychiatriques de Fish, interrogea sa famille et compara son cas à d’autres affaires plus anciennes. La Dr Wertham considérait la perversité sans précédent de Fish comme un cas unique dans les annales de la psychiatrie et de la criminologie : « Il n’est pas de perversion qu’il ne connaisse ni ne pratique ».
Le Dr. Wertham décrivit dans son livre « The Show of violence » sa première entrevue avec Fish, dans sa cellule. Il fut surpris que Fish soit « humble, doux, bienveillant et poli ». « Si vous cherchiez quelqu’un en qui vos enfants puissent avoir confiance, il aurait été celui que vous auriez choisi ».
Lorsque le Dr Wertham demanda à Fish s’il pensait être fou, ce dernier répondit : « Pas exactement… Je n’ai jamais pu me comprendre moi-même ».
Fish expliqua entre autre au Docteur Wertham qu’après avoir décapité Grace Budd, il avait récupéré son sang qui coulait dans un pot de peinture vide et avait voulu le boire. Mais il s’était étranglé avec le sang chaud et avait jeté le reste du sang par la fenêtre. Il avait ensuite découpé des morceaux de chair sur la petite fille, qu’il avait ramené chez lui pour les faire cuir. Sur le chemin du retour, il avait posé les morceaux emballés dans du papier journal sur ses genoux, tout excité, et avait eu un orgasme. Une fois dans sa chambre, il avait découpé la chair en petits morceaux et avait cuisiné un ragoût avec des carottes et des oignons. Il avait mangé ce plat durant 9 jours, faisant durer son plaisir aussi longtemps que possible : il était dans un état d’excitation sexuelle constant et s’était masturbé en permanence.

Le 5 mars 1935, l’avocat James Dempsey contacta le procureur du comté de Westchester, Walter Ferris, en lui expliquant que Fish léguerait son corps à la science en tant que « cobaye humain » si on lui évitait la peine de mort. Selon Fish, « L’Humanité retirera un meilleur profit de l’étude de mon cerveau et de mon corps plutôt que de m’envoyer à la chaise électrique ». Le procureur, sachant ou ignorant que Fish éprouverait plus de plaisir que de douleur à être un « cobaye » pour des recherches médicales, refusa la proposition de Dempsey.

La veille de son procès, Fish récupéra un os de poulet de son déjeuner et l’aiguisa sur le sol en béton de sa cellule. Il l’utilisa ensuite pour se lacérer le torse et l’abdomen. L’un des gardes, entendant ce qu’il prenait pour des cris de douleur, se précipita vers la cellule de Fish et parvint à lui ôter l’os aiguisé des mains. Le soir, les journaux affirmèrent qu’Albert Fish avait tenté de se suicider. James Dempsey ou le Dr Wertham étaient sans doute les seuls à savoir qu’il avait simplement voulu se donner du plaisir.

LE PROCES

Le procès d’Albert Fish pour le meurtre de Grace Budd commença le 11 mars 1935 à White Plains (état de New York). L’assistant du procureur Elbert Gallagher était chargé de l’accusation alors que Fish était défendu par l’avocat James Dempsey.

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Ce dernier avait l’intention de s’en prendre à l’aliéniste de l’hôpital Bellevue qui avait observé Fish en 1930 et l’avait déclaré sain d’esprit. Il voulait également établir que Fish souffrait de la « colique du plomb », une pathologie dont souffraient les peintres et qui, selon Dempsey, aurait provoqué la démence de Fish.

La stratégie de Gallagher fut résumée dès le début du procès : « Dans cette affaire, nous présumons que l’accusé est sain d’esprit. La preuve, brièvement, va être que l’accusé est légalement sain d’esprit et qu’il connaît la différence entre le bien et le mal, et la nature et la qualité de ses actes, qu’il n’est pas mentalement déficient, qu’il a une excellente mémoire pour un homme de son âge, qu’il sait très bien s’orienter dans ses environs immédiats, qu’il n’a aucune détérioration mentale, mais qu’il est sexuellement anormal, qu’il est connu médicalement comme un pervers sexuel ou psychopathe sexuel, que ses actes étaient anormaux, mais que lorsqu’il a enlevé cette fillette de sa maison en juin 1928, en se procurant pour cela des outils avec lesquels il l’a tuée, en l’amenant dans le comté de Westchester et dans une maison vide entourée par les bois, il savait qu’il était mal d’agir ainsi, et qu’il est légalement sain d’esprit et devrait répondre de ses actes ».

L’avocat de la défense, James Dempsey, se concentra quant à lui sur la « vie étrange » d’Albert Fish et notamment sur le fait qu’il se flagellait avec une pagaie cloutée et s’enfonçait des aiguilles dans le corps. Puis, il démontra les compétences paternelles de Fish et l’amour qu’il montrait pour ses enfants. « Malgré toutes ces inclinaisons brutales, criminelles et vicieuses, il existe un autre visage de l’accusé. Il a été un très bon père. Il n’ jamais de sa vie levé la main sur l’un de ses enfants. Il récite une prière avant chaque repas dans sa maison. En 1917, alors que le plus jeune de ses six enfants n’avait que 3 ans, son épouse l’a quitté. Et depuis ce jour jusqu’à peu avant le meurtre de Grace Budd en 1928, il a été un père et une mère pour ces enfants ».
James Dempsey clôt son exposé en rappelant aux jurés qu’il restait à l’accusation de prouver qu’un homme qui tue et mange des enfants est sain d’esprit.

albert-fish-proces1Fish apparu complétement indifférent à son sort, durant tout le procès. Une seule fois, il déclara à son avocat qu’il désirait vivre car «Dieu a encore du travail pour moi ».

Les parents de Grace et son frère Albert Junior témoignèrent. Dempsey voulut démontrer que les parents de Grace avaient tous deux donné leur accord pour que la petite se rendre à la soi-disant fête d’anniversaire avec Fish. Lorsque le père de Grace vint témoigner, il fut submergé par l’émotion au point qu’il fondit en larmes.

Le troisième jour du procès, malgré les protestations de la défense, une boîte contenant les ossements de Grace Budd fut amenée au tribunal en tant que preuve, afin que le detective King explique, d’après les aveux de Fish, comment la petite fille avait été assassinée.
Ensuite, le procureur Gallagher plongea la main dans la boite et sorti le petit crâne de la victime. Les jurés en furent épouvantés et James Dempsey réclama l’annulation du procès, sans résultat.

Dempsey se concentra ensuite sur le cannibalisme de Fish, le considérant comme l’argument principal dans sa volonté de prouver la folie de l’assassin. Il tenta d’établir que Fish avait mangé des parties du corps de Grace Budd, quelque chose qu’une personne saine d’esprit ne ferait assurément pas. Mais il ne parvint pas formellement à démontrer ni à prouver que Fish avait réellement dévoré la petite, et n’avait pas simplement divagué dans sa lettre.

James Dempsey appela à la barre plusieurs des enfants de Fish qui témoignèrent de son comportement bizarre : l’auto-flagellation, l’enfoncement d’aiguille dans son aine, ses délires religieux… Ils affirmèrent également qu’il était un bon père qui s’était toujours occupé d’eux et ne les avait jamais frappés.

Dempsey appela ensuite à la barre Mary Nicholas, 17 ans, l’ex-belle-fille de Fish (il avait épousé sa mère pour quelques semaines en 1930). Elle expliqua que Fish lui avait appris, ainsi qu’à ses frères et sœurs, un jeu. « Il allait dans sa chambre et il avait un slip de bain qu’il enfilait. Il le mettait et puis il venait dans la salle à manger, et il se mettait à quatre pattes, et il avait un pinceau et il remuait la peinture avec. Il donnait le pinceau à l’un de nous et nous devions nous asseoir sur son dos, les uns après les autres, et puis nous levions nos doigts et il devait deviner combien de doigts nous levions et s’il devinait bien, ce qu’il ne faisait jamais, alors nous ne devions pas le frapper. Parfois, il proposait même plus de doigts que 10. Et s’il ne devinait pas bien, nous devions le frapper autant de fois que de doigts levés ».
Parfois, il utilisait une brosse à cheveux plutôt que le pinceau. Il avait également enfoncé des épingles sous ses ongles devant les enfants.

Le Dr Wertham, qui témoigna pour la défense, pensait que Fish était aliéné et non responsable de ses actes : « Je caractériserais sa personnalité comme introvertie et extrêmement infantile… J’ai souligné son processus mental anormal et sa maladie mentale, que j’ai diagnostiquée comme une psychose paranoïde… Parce que Fish souffrait de délire et, surtout, qu’il était tellement perdu sur les questions de châtiment, de pêché, d’expiation, de religion, de torture, de punition auto-infligée… Il avait une conception pervertie, distordue – si vous voulez « folle » – du bien et du mal. Selon lui, si cela avait été mal, il aurait été arrêté, comme Abraham l’avait été par un ange ».

[Wertham pensait que Fish avait tué au moins quinze enfants et en avait violé et/ou mutilé une centaine d’autres. « Ce chiffre a été vérifié plusieurs fois pour moi par les fonctionnaires de police dans les années suivantes ».]

Deux autres « aliénistes », les docteurs Smith Ely Jelliffe et Henry A. Riley, témoignèrent également pour la défense que Fish était mentalement aliéné.
Selon le Dr Riley, Fish était « visité » par le Christ : il voyait son visage ou son corps, et le Christ lui parlait pour lui donner des messages particuliers. « Il m’a dit qu’il avait reçu l’ordre direct de prendre une vierge et de la sacrifier, afin qu’elle ne devienne pas une prostituée ». C’est la raison pour laquelle il aurait assassiné Grace Budd.
Le Dr Jelliffe confirma que le meurtre de Grace Budd avait pour Fish le caractère d’un rituel religieux. Il ajouta cependant un aveu que Fish lui avait fait, et qui contredisait en partie les précédents. Lors de ses déclarations à la police, Fish avait fermement nié toute dimension sexuelle au meurtre de Gracie. Mais il avait avoué à Jelliffe qu’en s’agenouillant sur la poitrine de la jeune fille et en l’étranglant, « il avait eu deux éjaculations. »

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Les « aliénistes » de l’accusation témoignèrent que Fish était sain d’esprit. L’un de ces aliénistes, le Dr. Menas Gregory, était l’ancien directeur de l’hôpital psychiatrique Bellevue où Fish avait été interné pour observation deux années après le meurtre de Gracie Budd et où il avait été jugé « inoffensif et sain d’esprit ».
James Dempsey décida évidement de l’attaquer. Dempsey lui demanda s’il était habituel d’avoir « des anormalités sexuelles concernant l’urine et les excréments » et le Dr. Gregory lui répondit que cela était « bien plus commun qu’il ne le pensait ». Pour lui, un homme qui buvait de l’urine ou mangeait des excréments n’était pas obligatoirement « malade mentalement », il pouvait être considéré comme « pas très bien », tout en étant « tout à fait correct socialement ». Le Dr. Gregory ajouta que de très nombreuses personnes présentaient cette perversion. « Ce sont des gens qui ont très bien réussis dans la vie, des artistes à succès, d’excellents enseignants, des financiers à succès ».

Le Dr. Perry Lichtenstein, qui avait été médecin résident dans la principale prison de New York durant près de 20 ans, témoigna également pour la défense. Mais Dempsey tenta de le récuser – sans succès – car il ne possédait aucune qualification ni formation en psychiatrie. Il avait acquis ses connaissances « sur le terrain », à travers ses « études personnelles des individus ». Dempsey attaqua le Dr. Lichtenstein avec autant de véhémence que le Dr. Gregory, mais le médecin resta impassible et insista sur le fait que « l’esprit de Fish était parfaitement sain et il savait ce qu’il faisait ».

Le Dr. Charles Lambert expliqua quant à lui que, durant l’entrevue qu’il avait eu avec Fish durant 3 heures, ce dernier s’était montré « franc, amical et avait parlé librement de façon logique ». Fish lui avait avoué avoir violé « jusqu’à 25 ou 30 garçons et filles » chaque année.
Comme le Dr. Wertham, Lambert pensait que Fish avait fait au moins 100 victimes. Il déclara lui aussi que Fish était sain d’esprit, le définissant comme une « personnalité psychopathique sans psychose ».
Dempsey demanda au Dr Lambert : « Admettons que cet homme ait non seulement tué Grace Budd mais ait également emmené sa chair avec lui. Diriez-vous que cet homme pourrait durant 9 jours manger cette chair et ne pas avoir une psychose ? »
Le Dr Lambert répondit : « Tous les goûts sont dans la nature, Mr. Dempsey. »
Dempsey persista : « Dites-moi dans combien de cas, selon votre expérience, avez-vous vu des gens qui mangeaient des excréments humains ? »
« Oh, je connais des personnes importantes dans notre société… l’un en particulier que tout le monde connait, qui les utilisait comme accompagnement dans sa salade », répondit négligemment le Dr Lambert.

Le procureur Gallagher interrogea à son tour le Dr. Wertham, le pressant sur la capacité d’Albert Fish à distinguer le bien du mal. Il souligna le fait que Fish avait fait preuve de ruse en planifiant le meurtre de Grace puis dans ses tentatives de cacher son crime.
Le Dr. Wertham répondit que Fish était fou mais qu’il était loin d’être bête. Il était assez intelligent pour comprendre les conséquences de son crime et donc pour vouloir éviter l’arrestation. Mais il manquait à Fish « une certaine sympathie émotionnelle » qui lui aurait permis de comprendre que son crime était « moralement » mal.
« Cet homme est atteint d’une maladie mentale. Il est tellement embrouillé sur les questions de punition, de péché, d’expiation, de religion, de torture qu’il est bien en peine pour faire la différence entre le bien et le mal. En fait, il est encore pire que cela, parce qu’il a une perception pervertie et déformée, si vous voulez « aliénée », du bien et du mal ».

Par la suite, le procureur Gallagher lu les confessions que Fish avait offertes, au Detective King, au capitaine John Stein (directeur du Bureau des Personnes Disparues), au Procureur du comté de New York, Francis Marro, et au procureur de Westchester, Frank Coyne. James Dempsey objecta que ses 4 confessions différentes étaient « de nature préjudiciable » pour son client. Dempsey n’était pas sans savoir que ses aveux seraient du plus mauvais effet sur sa théorie selon laquelle Albert Fish était fou. Il avait exprimé des remords plusieurs fois face au Capitaine Stein, affirmant qu’il aurait « donné sa vie pour la faire revenir », quelques minutes après avoir tué Grace Budd, mais avait également admit qu’il avait fait tout son possible pour éviter la police après le meurtre.
Et, alors que Gallagher décrivait l’horreur du crime avec les mots de Fish, ce dernier s’intéressa enfin à ce qui était dit, hocha la tête en souriant, et laissa même échapper quelques rires.

A la fin du procès, l’avocat et le procureur se livrèrent à un duel oratoire.

James Dempsey accusa la police d’avoir délibérément « amoindri la preuve de la folie de son client » en négligeant de lui parler de son cannibalisme. Selon l’avocat, les enquêteurs et le procureur savaient qu’ils avaient à faire à un fou mais voulait que Fish soit condamné à la peine capitale et avait donc cherché à atténuer les faits les plus horribles.
Dempsey s’en prit également à l’hôpital psychiatrique Bellevue « pour avoir eu un tel homme en ses murs durant 3 ou 4 semaines » puis « l’avoir remis dans nos rues ».
Dempsey s’en prit même aux parents de Grace, les accusant d’avoir “abandonné” leur enfant à un inconnu.
Bien entendu, Dempsey répéta la question sur laquelle il avait bâti toute sa défense : comment un homme qui a passé sa vie à commettre de telles atrocités peut-il être sain d’esprit ?

Le procureur Gallagher, de son côté, reconnu que Fish était « sexuellement anormal », mais aussi qu’il était un « pervers sexuel rusé et calculateur » qui s’était « livré à des pratiques révoltantes sur des femmes et des enfants ». Gallagher réfuta totalement l’idée que Fish puisse souffrir d’une « maladie de l’esprit ». Il affirma que Fish avait menti en affirmant être guidé par un « commandement divin ». « Il n’a eu aucune hallucination divine ou ordre divin quand il acheté ce pot de crème ou ces outils pour mener à bien son abominable plan. Et quand il a envoyé le télégramme, il n’y avait pas de commandement divin. Et quand il est allé chez les Budd ce jour-là, il n’y avait pas commandement divin. Ne croyez en rien, Messieurs, à cette histoire de commandement divin. C’est simplement un écran de fumée ».
Selon Gallagher, chaque étape du crime commis par Fish démontrait « la préméditation et l’intention », dans le seul but de « satisfaire son propre plaisir sexuelle. »

Les jurés se retirèrent et revinrent un peu plus de 4 heures plus tard avec un verdict, la culpabilité sans circonstance atténuante.

Fish n’était pas satisfait du verdict, il avait espéré être interné à Matteawan, un établissement psychiatrique pour les criminels aliénés.
Mais, finalement, la perspective d’être électrocuté lui plût. Un journaliste du Daily News écrivit : « Ses yeux larmoyants brillèrent à la pensé d’être brûlé par une chaleur plus intense que les flammes dans lesquelles il avait souvent desséché sa chair pour assouvir sa concupiscence ».
Par la suite, Fish remercia même le juge de le condamner à la mort par électrocution. Il expliqua que l’électrocution serait « le plaisir suprême de ma vie, le seul que je n’ai pas essayé ».

Quelques jours après sa condamnation, Fish avoua d’autres meurtres d’enfants.
Le 24 mars, il avoua avoir enlevé et assassiné Billy Gaffney en février 1927. Il avait déjà écrit une lettre où il détaillait le meurtre et l’avait confiée à James Dempsey.

« Je l’ai amené à la décharge de Riker Avenue. Il y a là une maison isolée. J’ai amené le garçon là. Je l’ai déshabillé et ai attaché ses mains et ses pieds et l’ai bâillonné avec un morceau de chiffon sale que j’avais pris dans la décharge. Ensuite j’ai brûlé ses vêtements. Jeté ses chaussures dans la décharge. Puis je suis parti et j’ai pris le trolley à 14h et j’ai marché jusque chez moi.
Le lendemain vers 14h, j’ai pris des outils, et un lourd chat à neuf queues (un fouet à 9 lanières). Fais maison. A manche court. J’ai coupé l’une de mes ceintures en deux, fendu ces moitié en 6 bandes. J’ai fouetté ses fesses nues jusqu’à ce que du sang coule sur ses jambes. J’ai coupé ses oreilles, son nez, coupé sa bouche d’une oreille à l’autre. Crevé ses yeux. Il était mort alors. J’ai alors planté le couteau dans son ventre et j’ai posé ma bouche sur son corps et j’ai bu son sang.
J’ai ramassé 4 sacs de pommes de terre vides et des pierres. Puis je l’ai découpé. J’avais un sac de voyage avec moi. J’ai mis son nez, ses oreilles et quelques morceaux de son ventre dans le sac. Puis, je l’ai coupé au milieu de son corps, juste en dessous du nombril. Ensuite à travers ses jambes quelques centimètres en dessous de ses fesses. J’ai mis ça dans mon sac de voyage avec beaucoup de papier journal. J’ai coupé sa tête, ses pieds, ses bras, ses mains et ses jambes en dessous des genoux. J’ai mis ça dans les sacs à pommes de terre alourdis des pierres, je les ai fermé et jetés dans les marres d’eau vaseuse que vous voyez le long de la route qui va à North Beach.
Je suis revenu à la maison avec ma viande. Il y avait le devant de son corps que j’aimais le plus. Son « singe » et ses « noisettes » et un joli cul dodu à rôtir dans le four et à manger. J’ai fait un ragout avec ses oreilles, son nez, des morceaux de son visage et de son ventre. J’ai mis des oignons, des carottes, des navets, du céleri, du sel et du poivre. C’était bon.
Ensuite, j’ai séparé ses fesses en deux, j’ai coupé son « singe » et ses « noisettes » et je les ai lavés. J’ai mis des lamelles de bacon sur chaque fesse et je les ai mis au four. Ensuite j’ai pris 4 oignons et lorsque la viande a été rôtie pendant ¼ d’heure, j’ai versé un demi-verre d’eau pour la sauce et j’ai mis les oignons. A intervalles fréquents, j’ai arrosé de jus son derrière avec une cuillère en bois. Ainsi la viande serait bonne et juteuse.
Au bout d’environ 2h, il était beau et brun, bien cuit. Je n’ai jamais mangé de dinde rôtie qui ait eu meilleur goût que ce doux petit cul dodu. J’en ai mangé durant 4 jours. Son petit « singe » était bon mais je n’ai pas pu mâcher ses « noisettes ». Je les ai jetées dans les toilettes. »

Le même jour, Albert Fish admit également le meurtre de Francis McDonnel en 1924. Il expliqua qu’il avait attiré le jeune garçon dans les bois puis l’avait étranglé avec ses bretelles. Il allait démembrer le corps lorsqu’il avait entendu quelqu’un approcher et il s’était enfui.

James Dempsey fit plusieurs fois appel de la condamnation à mort mais ils furent tous rejetés et, le 16 janvier 1936, Albert Fish fut exécuté sur la chaise électrique du pénitencier de Sing Sing.
La légende dit que le premier choc électrique ne suffit pas à le tuer car les épingles qu’il avait enfoncées dans son corps furent court-circuit. C’est faux. Fish mourut comme tous les autres lorsque les 3000 volts parcoururent son corps.

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