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Donald Harvey

drake_memorialSept mois plus tard, le 24 février 1986, Donald Harvey trouva une fois de plus un travail dans un hôpital local. Cette fois, il fut embauché comme aide-soignant à temps partiel au Drake Memorial Hospital de Cincinnati. Ses nouveaux employeurs ignoraient l’incident qui avait eu lieu à l’hôpital des anciens combattants, et son dossier professionnel était impeccable.
Harvey obtint bientôt un poste à temps plein et se réinstalla dans sa routine meurtrière. Au cours des 13 mois qui suivirent, Harvey assassina 23 patients, en débranchant le générateur d’oxygène, en suffoquant ses victimes, en injectant de l’air dans les veines, ou de l’arsenic, du cyanure ou des nettoyants à base de pétrole.

Le 8 avril 1986, Harvey assassina Nathaniel Watson en l’étouffant avec un sac poubelle en plastique et un oreiller qu’il plaça sur son visage, le poussant dans sa bouche et ses narines. Il avait essayé de le tuer de la même manière à plusieurs reprises, mais avait été interrompu à chaque fois. Il pensait que Watson, un homme semi-comateux alimenté par un tube gastrique, ne devait pas continuer à vivre de cette façon. Il avait aussi entendu dire que Watson était un violeur condamné (cela ne fut jamais prouvé). Harvey enleva l’oreiller et jeta le sac plastique dans la poubelle, puis s’occupa simplement de son patient suivant. Nathaniel Watson fut retrouvé mort ¾ d’heure plus tard par une infirmière.

Le 12 avril, il tua Leon Nelson en l’étouffant de la même manière.

Le 19 avril, il tua Virgil Weddle en mettant de la mort au rat dans son pudding. Il mourut d’une apparente crise cardiaque, ce qui ne surpris par le personnel de l’hôpital, vu son état de santé. Donald Harvey prit des cookies de Virgil Weddle et les mangea durant une cérémonie occulte.

Le 20 avril, il tenta d’assassiner Lawrence Berndsen avec de la mort au rat à plusieurs reprises. Berndsen fut transféré dans une maison de repos où il décéda quelques jours plus tard.

Le 2 mai, il assassina Doris Nally en versant du cyanure dans son jus de pommes.

Le 20 juin, Donald Harvey assassina Edward Schreibeis en versant de l’arsenic dans sa soupe. Il n’y eut aucune autopsie.

En juin 1986, il tenta d’empoisonner Willie Johnson quatre fois en mettant de l’arsenic dans sa nourriture.

Le 29 juin, il tua Robert Crockett en injectant du cyanure dans son intraveineuse. Il n’y eut aucune autopsie.

Le 7 juillet, il assassina Donald Barney en injectant du cyanure à travers son tube d’alimentation ainsi qu’une injection de cyanure dans ses fesses.

Le 25 juillet, il assassina James Woods en injectant du cyanure dans son tube gastrique.

Le 16 août, il tua Earnest Frey en injectant du cyanure dans son tube gastrique. Il emmena avec lui une paire de chaussons brodés ayant appartenus à sa victime.

Le 29 août, il tua Milton Canter en injectant une solution au cyanure dans son tube nasal. La famille de la victime n’autorisa pas une autopsie et personne ne soupçonna un meurtre. Donald Harvey prit une petite couverture appartenant à Milton Canter.

Le 17 septembre, il tua Roger Evans en injectant du cyanure dans son tube gastrique. Une autopsie eu lieu mais le médecin ne trouva pas trace de cyanure.

Le 20 septembre, Harvey tua Clayborn Kendrick en injectant du cyanure dans son tube gastrique et ses testicules.

Le 29 octobre, il tua Albert Buehlmann en lui donnant à boire un verre d’eau dans lequel il avait versé du cyanure.

Le 30 octobre, il tua William Collins en lui donnant à boire un verre de jus d’orange dans lequel il avait dissous du cyanure.

Le 4 novembre, il tua Henry Cody en injectant du cyanure dans son tube gastrique. La famille de la victime n’autorisa pas d’autopsie.

A partir de novembre 1986, il commença à voir un psychologue pour traiter sa dépression suite à sa rupture avec Carl.
Peu de temps après, il fit une tentative de suicide en sortant volontairement de la route en voiture. Il fut blessé à la tête mais survécu.
Les rituels occultes devinrent plus réguliers et il commença à amener fréquemment du cyanure à l’hôpital.

Le 22 novembre, il tua Mose Thompson en injectant du cyanure dissous dans de l’eau dans son tube gastrique.

Le 9 décembre, il tua Odas Day en lui donnant une solution au cyanure.

Le lendemain, il tua Cleo Fish en lui donnant à boire un jus de fruit dans lequel il avait dissous du cyanure. Il coupa ensuite une mèche de cheveux de sa victime et la brûla durant l’une de ses cérémonies occultes.

A la même époque, il empoisonna Harold White et John Oldendick avec de l’arsenic, mais les doses furent heureusement trop réduites pour être fatales.

Le 10 janvier 1987, Harvey tua Leo Parker en injectant de cyanure dans sa perfusion. Une autopsie ne permit pas de découvrir qu’il avait été empoisonné.

Le 5 février, il tua Margaret Kuckro en lui donnant un jus d’orange empoisonné au cyanure.

Quelques jours plus tard, il tua Stella Lemon de la même manière. Elle mourut plusieurs semaines après.

Le 6 mars, il tua Joe Pike en mélangeant sa nourriture avec du Detachol, un solvant pour adhésif destiné à être utilisé sur les sacs de colostomie.

Le lendemain, il tua Hilda Leitz en mélangeant du Detachol dans son jus d’orange et en le lui injectant à travers son tube gastrique.

Le même jour, Donald Harvey tua John Powell, un patient de 44 ans, en injectant du cyanure dans son tube gastrique. John Powell était dans le coma depuis plusieurs mois suite à un accident de moto ayant provoqué de graves blessures à la tête. Cet homme allait enfin causer sa perte.

On ordonna une autopsie et, dès le lendemain, elle fut menée par le Docteur Lee Lehman, qui avait des connaissances en biochimie. Il connaissait très bien l’odeur du cyanure et, lorsqu’il ouvrit le corps de John Powell, il reconnut les effluves d’amande amère caractéristiques. Il procéda à l’autopsie et envoya des échantillons à plusieurs laboratoires différents afin d’étayer ce qu’il pensait être un empoisonnement. Les trois laboratoires confirmèrent que son intuition était bonne.

La direction de l’hôpital Drake Memorial prévint alors la police de Cincinnati, qui demanda l’aide du bureau local du FBI.

Les enquêteurs ne trouvant aucun mobile de meurtre pouvant provenir des amis ou de la famille de John Powell, ils commencèrent à se concentrer sur les employés de l’hôpital qui avaient eu accès à la chambre de Powell. La liste était courte. En apprenant le surnom de Donald Harvey à l’hôpital, « l’ange de la mort» (qu’on lui avait donné parce qu’il semblait toujours être là quand quelqu’un mourait), la police commença à concentrer toute son attention sur lui.
Il était calme et polit, mais les enquêteurs se demandèrent pourquoi il avait été licencié de l’hôpital des vétérans.

AP Photo

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Les employés de l’hôpital Drake Memorial se portèrent volontaires pour passer au détecteur de mensonge (le polygraphe). Donald Harvey accepta d’être interrogé, après avoir acheté un ouvrage qui expliquait comment « battre le polygraphe ». Mais il se fit porter pâle le jour du rendez-vous et ne passa pas l’examen. Les enquêteurs l’emmenèrent alors au poste pour l’interroger. Les detectives Jim Lawson et Ron Camden l’interrogèrent durant un long moment, jouant au « gentil flic méchant flic » jusqu’à ce que Donald Harvey finisse par craquer. Il avoua avoir empoisonné John Powell, mais il affirma qu’il avait « mit fin à ces jours » parce qu’il se sentait « désolé pour lui et sa famille ». Il nia avoir jamais tué qui que ce soit d’autre.

Les enquêteurs obtinrent un mandat pour fouiller l’appartement de Donald Harvey et y découvrirent une montagne de preuves incriminantes : des bocaux de cyanure et d’arsenic, des livres sur l’occultisme et les poisons, et un compte rendu détaillé du meurtre de John Powell, qu’Harvey avait écrit dans son journal intime.
À la suite de cette découverte, Harvey fut inculpé de meurtre avec préméditation, accusation pour laquelle son avocat commis d’office, William Whalen, lui conseilla de plaider « non coupable pour cause d’aliénation mentale ».

Le 26 mai 1987 eu lieu l’audience du Dr Schmidtgoessling et de Roger Fisher, psychologue clinicien, afin de déterminer si Harvey était mentalement aliéné. Roger Fisher conclut que Harvey connaissait la différence entre le bien et le mal et avait toujours été en mesure de comprendre qu’un meurtre est un crime. Il conclut également qu’Harvey ne souffrait d’aucune maladie mentale ou malformation du cerveau. Le Dr. Schmidtgoessling conclut que Donald Harvey avait des antécédents de dépression en raison d’expériences traumatisantes vécues durant son enfance, mais qu’il n’était pas et n’avait jamais été psychotique.

Début juin, Pat Minarcin, un journaliste d’une télévision locale, demanda publiquement si Donald Harvey pouvait être responsable d’autres meurtres au Drake Memorial. Le lendemain, il reçut des appels anonymes d’infirmières expliquant que Donald Harvey avait sûrement causé d’autres décès. Les infirmières, suspicieuses, avaient prévenus leur responsable mais cette dernière leur avait demandé de se taire.
Le journaliste rencontra certains membres du personnel médical du Drake Memorial. Les infirmières lui expliquèrent qu’après l’arrestation de Donald Harvey, le directeur de l’hôpital, Jan Taylor, avait réuni le personnel du service où travaillait Harvey pour leur expliquer que le Drake Memorial avait mené sa propre enquête et que John Powell était la seule victime de Harvey… Il leur avait affirmé que la police n’avait rien trouvé de plus et que personne ne devait parler aux journalistes.
Les infirmières donnèrent des noms de 33 victimes potentielles à Pat Minarcin, en ajoutant que, lorsqu’elles avaient fait part de leurs soupçons à leur superviseur, il les avait rabrouées.

Minarcin nia mener une enquête devant Jan Taylor parce que les infirmières craignaient des répercussions négatives. Taylor comprit toutefois que Pat Minarcin menait son enquête et, épaulé par l’équipe dirigeante du Drake Memorial, il lança une campagne de calomnies pour tenter de discréditer le journaliste.
Taylor ne pouvait toutefois empêcher Pat Minarcin d’accéder aux documents officiels, et notamment aux avis de décès des patients, car le Drake Memorial était un établissement public. Minarcin  découvrit que les jours et les heures des nombreux décès considérés comme « suspicieux » par les infirmières correspondaient parfaitement avec les horaires de travail de Harvey.
Ne pouvant utiliser ces informations sans mettre en péril la carrière des infirmières, il décida de rencontrer William Whalen, l’avocat de Donald Harvey, et l’informa de ses découvertes.
L’avocat ne le crut pas et pensa que Minarcin était simplement un « journaliste à sensations ».
Il décida toutefois, par acquis de conscience, de rencontrer son client pour lui demander s’il avait fait d’autres victimes. Harvey lui répondit sans hésitation : « Oui ».
Whalen tomba des nues et voulu connaître le nombre exact de ses victimes. Donald Harvey lui répondit qu’il pouvait seulement « estimer » le nombre total car il y en avait trop… Selon lui, il avait assassiné près de 70 personnes. William Whalen, ahuri, pensa que Donald Harvey lui mentait ou voulait se moquer de lui.
Puis, il se souvint des allégations de Pat Minarcin.

Il pensa d’abord à garder les aveux de Donald Harvey pour lui, puis réalisa que le journaliste allait finir par annoncer publiquement ses soupçons.
Whalen décida qu’il devait obtenir toutes les informations possibles de Donald Harvey. Il ne devait pas plaider « l’aliénation mentale » mais plutôt tenter d’obtenir un « plea bargain » (une négociation). Donald Harvey devait avouer tous les meurtres qu’il avait commis et, en échange, il échapperait à la peine de mort.
William Whalen appela Pat Minarcin et lui laissa entendre que ses soupçons étaient fondés, puis, jour après jour, lui fournit plus d’informations à mesure que Harvey lui avouait ses crimes. Son but était que le journaliste présente publiquement Donald Harvey comme un tueur en série qui, seul, connaissait le nombre exact et l’identité de ses victimes. Les familles des victimes avaient le droit de savoir…
Le 27 juin 1987, Pat Minarcin présenta un reportage d’une demi-heure durant le journal de 18h, durant lequel il démontra qu’il existait d’énormes soupçons de meurtres supplémentaires.
Le lendemain, de nombreux journaux firent leurs gros titres sur ces accusations et le téléphone de William Whalen sonna jour et nuit.

Quelques semaines plus tard, sachant qu’il ne parviendrait pas à prouver tous les crimes (nombre des victimes avaient été incinérées), le procureur Art Ney accepta le « plea bargain » qui allait permettre à Donald Harvey d’échapper à la peine capitale.

aveuxLe 9 juillet 1987, Harvey, 35 ans, s’assit avec les enquêteurs de la police et du FBI et, devant une caméra, avoua avoir commis 24 meurtres au Drake Memorial Hospital. Au total, il pensait avoir tué près de 70 personnes. Sans le moindre remord et avec désinvolture. Le chiffre était tellement énorme que les enquêteurs étaient sceptiques. Ils voulurent que l’état mental de Donald Harvey soit de nouveau évalué pour savoir s’ils pouvaient le croire. Après plusieurs tests psychiatriques menés par de nombreux experts, un porte-parole du bureau du procureur de Cincinnati expliqua aux médias : « Cet homme est sain d’esprit, mais c’est un tueur compulsif. Il accumule la tension dans son corps, alors il tue les gens. »

Harvey lors de ses aveux filmés

Harvey lors de ses aveux filmés

Donald Harvey fut jugé le 18 août 1987 et plaida coupable de 24 assassinats et 10 tentatives de meurtre. Il fut reconnu coupable et condamné à 60 ans de prison, incompressibles.
Quelques mois plus tard, il fut jugé dans le Kentucky et avoua 12 meurtres supplémentaires. Il fut condamné à la perpétuité.
La Justice le soupçonna de 57 meurtres au total mais fut incapable de trouver des preuves directes de sa culpabilité.

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En avril 1988, Jan Taylor, l’ex directeur du Drake Hospital, admit devant un tribunal qu’il avait falsifié un document public. Taylor avait ajouté des notes manuscrites au dossier de Harvey, indiquant de manière mensongère que deux de ses anciens employeurs avaient affirmé qu’Harvey pouvait tout à fait être embauché.

Les familles de plusieurs victimes portèrent plainte contre les dirigeants et le personnel médical des hôpitaux.

En 1989, le Drake Hospital modifia son équipe dirigeante et son fonctionnement, devenant un hôpital indépendant à but non lucratif, affilié à l’école de médecine de l’Université de Cincinnati.

Harvey en 2005

Harvey en 2005

En 1990, l’enquête sur les décès non élucidés fut close après que les enquêteurs aient déterminé qu’il n’y avait pas assez de preuves pour accuser Harvey…

Pour obtenir son « plea bargain » et échapper à la peine de mort, Donald Harvey avait juré en 1987 avoir avoué l’ensemble de ses crimes. Face à Stéphane Bourgoin, en 2005, il a expliqué « Il n’y a eu que 2 ans et demi durant lesquels je n’ai rien fait, de 1971 à 1974 ». « En tout, j’ai tué 87 personnes ». Sachant qu’il a toujours eu une excellente mémoire de ses crimes, ce chiffre hallucinant est sans doute le bon.

La première audience de libération conditionnelle de Donald Harvey était fixée pour 2047. Il aurait eut 95 ans.

Le 28 mars 2017, Donald Harvey a été très sévèrement battu par un ou des autres détenus dans sa cellule du pénitencier de Toledo. Il a succombé à ses blessures le 30 mars 2017.

 

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