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Mardi, 6 Decembre 2005

P-I Reportage Spécial : Le plus jeune métier du monde
Seattle est le pivot d'un réseau attirant les adolescentes dans la prostitution

ParCLAUDIA ROWE
REPORTER au SEATTLE POST-INTELLIGENCER

Le Seattle qu’Alisha connaît n’est pas la ville du libéralisme social ni un magnifique paysage lumineux. Pour elle, cette ville est seulement une série d’autoroutes cabossées où les hommes paient gaiement une fille de 15 ans pour coucher avec elle.

  MULTIMEDIA
 
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Regardez une présentation multimedia du travail du photographe du P-I Joshua Trujillo et de l'article de Claudia Rowe.

Frêle, une mauvaise peau et de grosses lunettes, Alisha a passé la majeure partie de l’année à parcourir Aurora Avenue de haut en bas, montant dans des voitures, toutes les nuits, pour en ressortir 20 minutes plus tard avec 60 dollars en main.

Tout l’argent revenait à son souteneur, Marquis Smith, un jeune homme de 19 ans qui décidait quand et où elle « travaillerait », qui gardait trace de ses clients, surveillait ses gains, la battait souvent, collectait son argent et en utilisait une partie pour les loger tous les deux dans des motels.

Les clients étaient parfois surpris en apprenant le jeune âge d’Alisha, mais pas assez pour ne pas coucher avec elle.

"Un gars pensait que j’avais 16 ans, mais je lui ai dit que j’en avais 15. Il a fait 'Wow !'. Un peu choqué. Mais il ne m’a pas dis "Tu devrais rentrer à la maison". Généralement, je ne leur disais rien parce qu’ils s’en moquent de toute façon".

 Alisha
 ZoomJoshua Trujillo / P-I
  Alisha, 16 ans, s'est prostituée durant presque toute cette année. Elle a été frappée par son souteneur et agressés par des clients. "Ce n'est pas que je sois courageuse," dit-elle. "C'est la vie, c'est tout."

En tant que mineure et, légalement, la victime de nombreux crimes sexuels, Alisha ne nous donnera pas son nom de famille. Elle est l’une des très nombreuses jeunes prostituées, parfois âgées d’à peine 11 ans, qui ont récemment été remarquées par la police de Seattle et les travailleurs sociaux. Certaines proviennent des familles presque normales. D’autres sont des pupilles de l’état, qui ont quitté leur famille d’accueil.

Presque toutes ont été séduites par leur « recruteur », souvent une connaissance, qui leur a promis l’amour et l’argent, la liberté et l’indépendance…

A une époque où le nombre de crimes violents baisse aux Etats-Unis, les sociologues débattent du fait que la prostitution des adolescentes augmente drastiquement. Selon eux, les « deals » ‘sexe pour de l’argent’ initiés sur internent camouflent généralement des activités qui avaient lieu, auparavant, à visage découvert.

Le centre de détention juvénile du comté de King enferme deux fois plus de jeunes filles pour prostitution qu’il y a 5 ans, et les experts nationaux affirment que Seattle est devenu un pivot majeur du trafic d’enfants.

"Nous nous sommes persuadés que nous n’avions pas ce problème, mais nous l’avons. Il est là," dit Cheryl Jackson-Williams, qui dirige le Centre de crise pour la sécurité de Spruce Street, sur Capitol Hill, et qui a recensé 78 filles qui vendaient leurs corps pour de l’argent depuis le printemps. "Il y a des gamines de 13 ans dehors qui travaillent dans l’industrie du sexe. Des hommes adultes les entraînent avec eux. Ils les trouvent dans les supermarchés, devant les écoles. C’est bien plus vaste que les « quartiers chauds » habituels."

Le refuge de Jackson Williams a ouvert il y a 4 ans un centre pour les fugueurs et fugueuses. Les jeunes filles qui arrivent depuis quelques mois sont différentes de leurs prédécesseurs. Elles arrivent avec des menottes, escortées par la police, et parlent de leur "petit ami" qui les protège dans la rue, leur achète des vêtements coûteux, leur paie une manucure… Elles portent le sweat de Spruce Street en attendant que les autorités les emmènent, mais laissent derrière elles des talons aiguilles et de petites robes moulantes.

 At the Spruce Street Center
 ZoomJoshua Trujillo / P-I
  Spruce Street offre un refuge durant 5 jours pour les fugueuses de 12 à 17 ans. Alisha, qui a passé les 3 derniers mois dans le centre de détention juvénil du comté de King, écoute l'assistante sociale Selena Taylor concernant les règles. Brynn Smith, en noir, et Julie Christiansen, qui travaille au centre, les observent.

"Nous ne savons pas quoi faire de ces gosses, admet Maggie Faust, une superviseur qui voit les mêmes enfants mois après mois. Comment les aider ? Comment sortir un gosse de la prostitution ? Nous devons arrêter ce cycle".

Malgré le réseau étendu de services pour les jeunes à Seattle, des programmes pour les enfants SDF, pour les enfants drogués, pour les enfants gays ou trans, le centre de Spruce Street avec ses 15 lits est le seul endroit, en dehors de la prison, où les enfants coincés dans la prostitution peuvent trouver un répit, même bref. Il n’y a rien dans la ville, ni même dans l’état du Washington, spécifiquement consacré à sortir pour de bon ces jeunes, garçons ou filles, de la prostitution.

'Amoureuse de leur souteneur'

L’année dernière, le département d’état pour la santé et les services sociaux a découvert que 1040 enfants adoptés, 7% de tous les enfants confiés à l’état, ont déjà fugué et sont prêts à recommencer. La majorité sont des adolescentes, et le département d’état reconnaît que leur nombre « est sûrement mésestimé ». Les chercheurs estiment qu’au niveau national, un tiers des fugueuses/fugueurs tombera dans la prostitution.

Souvent, un homme se présente à elles comme un protecteur qui veut prendre soin d’elles. Ils les flattent et se montre amical, leur paye de la nourriture, des vêtements et un endroit pour vivre… jusqu’à ce qu’elles deviennent une proie facile, financièrement endettées et émotionnellement liées.

Pour Alisha, tout a commencé à Phoenix, où elle vivait, malheureuse, dans la maison de son père. Quelques jours après avoir rencontré Smith, il était parvenu à la persuader de se prostituer - c’était pour eux deux, selon lui – et ils sont partis à Seattle en janvier dernier.

Huit mois plus tard, Alisha atterrissait à Spruce Street, ses dents de devant cassées par les coups de Smith, une brûlure de cigarette creusée dans l’une de ses belles mains manucurées.

Elle a décrit sa routine quotidienne sans émotion, comme si elle donnait le prix d’un poulet au supermarché, puis, avec la même candeur, elle a exposé ses rêves d’avenir.

« Des claquettes, c’est ce que je veux faire. Je veux aussi être une rappeuse. Je veux être sénateur. Je veux être plein de choses. Je veux faire du sport. J’adore le sport, même si je ne joue pas très bien »

Les faits avérés de son association avec Smith – comme la fois où il a enlevé une autre fille alors qu’Alisha était dans la voiture, ou qu’il l’a frappée au visage, ou qu’il l’a emmenée en Floride pour travailler plus – sont détaillés dans les documents de la cour. Smith a plaidé coupable de trafic d’enfant (un crime fédéral) en août et l’accusation espère que le juge le condamnera lourdement le mois prochain, à Seattle.

Mais le côté bien plus compliqué de leur relation – le pouvoir qu’il exerçait, le contrôle qu’elle lui a volontairement cédé – est plus difficile à définir.

"Très souvent, ces gamines pensent qu’elles sont amoureuses de leur souteneur", explique le détective Tammy Reynolds, de la police des mœurs de Seattle. "C’est un énorme problème. Elles se font manipuler par ces types. Il n’y a pas beaucoup de gamines de 13 qui se réveillent un matin et se disent 'Tiens, je vais sortir et me prostituer aujourd’hui'."

Depuis le début de l’année, Tammy Reynolds consacre toute son énergie à ce problème, discutant avec les adolescentes des rues, tentant de les pousser à dénoncer leur souteneur. Mais en août, informée que le département d’état détournait son intérêt des jeunes prostituées pour se consacrer à l’alcoolisme dans Pioneer Square, Reynolds – qui travaille aux mœurs depuis 9 ans – a été assignée à un autre travail.

"C’est pour améliorer l’apparence et la réputation du centre de Seattle, pour faire de Seattle un endroit plus attirant à visiter, à voir, à vivre", explique Reynolds avec une frustration non dissimulée. "Mais qu’est-ce qui est plus important qu’une gamine de 13 ans qui se vend dans la rue ?"

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 ZoomJoshua Trujillo / P-I
  La plupart des filles disent qu'elles demandent à leurs clients d'utiliser un préservatif, mais ils ignorent leur recommandation. Une prostituée adulte qui a travaillé durant 9 ans dans la rue expliquait qu'un seul client, une seule fois, a amené ses préservatifs avec lui.

Acheter des filles

Seattle n’est plus la seule ville incapable de faire face à l’augmentation de la prostitution des mineurs, bien que certaines grandes villes aient fait des progrès. Une étude financée par le ministère de la Justice en 2001 a démontré qu’au moins 250 000 enfants sont victimes d’exploitation sexuelle aux Etats-Unis.

"A Seattle, c’est un nombre énorme d’enfants," explique Richard Estes, un professeur à l’Université de Pennsylvanie qui a conduit les recherches les plus poussées sur la prostitution et la pornographie infantiles. Certaines de ses découvertes sont controversées, mais la majorité des experts dans le domaine s’accordent avec Estes lorsqu’il affirme que les enfants de toutes les races, de toutes les classes sociales, sont enferrés dans l’industrie du sexe.

"Beaucoup de gosses venant de famille de classe moyenne, intacte, parfois même de familles bourgeoises, sont embarqués dans la prostitution".

L’une des raisons est peut-être culturelle. Là où, auparavant, la honte et la mauvaise réputation empêchaient les discussions, le langage de la prostitution est à présent devenu une sorte de plaisanterie de la "pop culture" aux Etats-Unis. Des émissions de télévision telles que "Pimp my ride" sur MTV font partie des programmes les plus populaires. De nombreuses jeunes filles se prostituant sur Aurora Avenue se souviennent d’amis, à l’école, qui faisaient des fêtes "pimp and ho" (maquereau et pute). Les travailleurs sociaux soupirent en pensant à des gosses sans domicile fixe tellement influencés par une culture matérialiste qu’ils refusent les vêtements qu’on leur offre s’ils ne sont pas " à la mode" ou "de marque".

Mais Richard Estes croit que la principale raison à la vulnérabilité des enfants est un dysfonctionnement psychologique, chez eux, à la maison. Cherchant désespérément un lien émotionnel inexistant chez eux, les enfants qui restent éveillés des nuits entières pour discuter durant des heures dans les chatrooms Internet sont particulièrement sensibles au charme d’un homme amical qui semble vraiment s’intéresser à eux, et rien qu’à eux.

Quelle que soit la raison, Seattle est devenu l’endroit préféré pour recruter de toutes jeunes filles pour les souteneurs en devenir.

"A chaque fois que nous parvenons à parler à l’un de ces hommes, ils répondent 'Bah, je vais juste faire mon marché'. Ils montent dans leur voiture et roulent jusqu’à Seattle pour y trouver des filles. Dans les boîtes de nuit, dans la rue, partout", explique Norma Hotaling, fondatrice du programme anti-prostitution Standing Against Global Exploitation à San Francisco. Elle a passé dix ans à étudier leurs opérations.
"C’est facile de dénigrer ces filles et de dire ‘Ca ne pourrait jamais m’arriver’, mais ces gamines sont les filles de quelqu’un. Elles pourraient être vos filles. Les trafiquants sont là, dehors, à la recherche de ces enfants, et ils savent très bien s’y prendre. Si jamais vous avez une dispute avec votre fille et qu’elle part de chez vous en claquant la porte, elle court déjà un risque".

Hotaling, 54 ans, est elle-même une ancienne prostituée. Elle a témoigné deux fois devant le Congrès pour demander que l’on durcisse les lois concernant le trafic d’enfants, parfois avec succès. Depuis 2000, la loi fédérale indique qu’une personne peut être condamnée à 20 ans de prison pour avoir conduit un enfant dans un autre état que celui où il/elle résidait, dans le but de le/la prostituer. Et en 2003, l’état du Washington est devenu le premier à faire de ce crime un acte punissable d’une peine d’emprisonnement à perpétuité.

'T'es nouvelle, toi, non ?'

Depuis Seattle, des filles sont emmenées à Portland, Vancouver, Las Vegas, Los Angeles, New York, la Nouvelle-Orléans ou la Floride, l’état où Alisha a été arrêtée avec Smith en mai dernier.

 Where They Go

Repérer cette activité est toutefois difficile. Le détective Harvey Sloan, dans la police de Seattle depuis 37 ans, se souvient avoir observé le point central de la prostitution de Seattle, sur Beacon Hill, n’y connaissant rien. Et avoir appris que les "recruteuses", oui, des femmes, sont la clé du succès de ce réseau.

Shirley, une lycéenne de 17 au lycée de SeaTac, a passé 5 jours l’automne dernier à parcourir Aurora Avenue sous l’influence d’une amie qu’elle avait rencontrée durant un court séjour au centre de Spruce Street. Shirley, une bonne élève membre de l’équipe de gymnastique de son lycée, était au centre à cause de problème avec ses parents. L’autre fille, une prostituée expérimentée, l’a immédiatement remarquée.

A peine une semaine après avoir quitté Spruce Street, Shirley a téléphoné à sa nouvelle amie et confidente. C’était le soir de Halloween et elle s’est encore disputée avec sa mère. Pouvait-elle l’héberger durant quelques jours ?

La fille a évidemment accepté et Shirley s’est imaginé qu’elles allaient s’amuser entre filles, à jouer aux jeux vidéos ou à regarder les séries télé.

Mais deux jours après son arrivé, le « petit ami » de la fille, un homme plus âgé, a insisté pour que Shirley gagne de l’argent si elle voulait être logée. Il l’a convaincue de travailler sur Aurora Avenue.

"Je n’ai eu que deux clients ma première nuit", explique Shirley, dodelinant de la tête. Elle hésitait avec embarras, à chaque transaction, et les clients le voyaient parfaitement.

"T’es nouvelle, toi, non ?" a commenté l’un de ces hommes qui, affirmant être un officier de police, l’a attachée avec des menottes avant de la violer sur le siège arrière de sa voiture.

Des policiers ont finalement trouvé Shirley un mardi matin – elle avait déjà travaillé une heure – et l’ont ramenée au centre de Spruce Street, avec son petit visage rond d’adolescente et son sac à dos rose sur lequel était écrit "Classe de 2006" et "Je suis la prochaine Idole Américaine".

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Trop vieille à 18 ans

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 ZoomJoshua Trujillo / P-I
  Becca, 18, parle de sa vie de prostitution aux travailleurs sociaux de Capitol Hill.

La plupart des jeunes femmes interrogées pour cette histoire ont expliqué qu’il était bien rare qu’un préservatif soit utilisé. Certaines ont essayé, sans succès, de persuader leurs clients de se protéger. D’autres, telles que Becca, 18 ans, s’en moquaient.

Née en Louisiane, Becca a déménagé dans l’Oregon à l’adolescence et a fugué à 15 ans, fuyant un beau-père abusif. Peu après, elle a atterri dans les rues de Seattle et, à 17 ans, a eut son premier client.

"Je me sentais déprimée, lourdaude », explique-t-elle. « Mais j’ai appris comment me déconnecter, émotionnellement, et ensuite, c’était comme un jour normal".

Pour Becca, cela a fini par signifier des allées et venues incessantes entre Capitol Hill, où elle cherchait des hommes plus âgés qui « avaient l’air d’avoir de l’argent », et Westlake Park, près du centre commercial du centre ville, où elle achetait sa drogue. Toutes les 36 heures, elle dormait sous un pont près du Paramount Theatre.

Un premier regard ne trahit rien de tout cela. Avec son short large, son gilet de laine à zip et ses cheveux blonds, Becca a plus le style d’une campagnarde du Northwest que celui d’une tapineuse. Son visage alterne entre la fille dure et la petite fée, selon son humeur et sa prise de drogue. Elle pleure en décrivant sa vie.

"La plus petite somme pour laquelle je me suis vendue, c’était pour 15$. Ça m’a rendu malade de me dire que je ne vaux pas plus de 15$. J’essaye d’obtenir plus maintenant. J’essaye de ne pas aller en dessous de 20$".

Durant un certain temps, Becca est régulièrement venu au centre de Spruce Street où, sporadiquement, elle pouvait trouver de l’aide. Mais cet été, elle a eu 18 ans et les portes du centre se sont fermées pour elle. En tant qu’adulte, Becca était trop vieille pour recevoir l’aide du centre.

Les parents peuvent ne pas voir de différence de maturité entre une adolescente de 17 ans et une adulte de 18 ans, mais la loi en voit une. Si les services de Seattle sont à peine suffisants pour les mineures prostituées, ils ne proposent presque aucune aide une fois qu’ils deviennent majeurs.

Un couple de Fremont a dû faire face à ce problème lorsqu’il a appris que leur fille de 19 ans sortait tous les soirs de leurs maisons pour se prostituer sur Aurora Avenue.

La jeune femme, dont le souteneur est toujours libre, a demandé à n’être identifiée que sous son second prénom, Marie. Elle espère devenir danseuse de ballet. Ses parents, qui l’ont élevée et l’ont encouragée dans ses projets artistiques, se voyaient plus comme des amis que comme des figures d’autorités. La confiance était leur mot d’ordre, l’ouverture leur philosophie. Au lycée, tant que Marie leur disait où elle allait et avec qui elle serait, il n’y avait pas de « couvre feu ».

"Ils disaient ‘Salut, on se voit bientôt’ ", se souvient Marie.

Un jour d’hiver, en marchant vers l’arrêt de bus, à la fin de son premier semestre d’étude à l’Ecole d’Arts de Cornish, elle a rencontré un homme bien vêtu qu’elle n’avait jamais vu auparavant.

"Où allons nous ?", lui a-t-il demandé.
"Nous ? Je rentre chez moi"

Mais il a continué à lui parler, un baratin superficiel mais séduisant, affirmant à la jeune femme qu’elle était magnifique avec ses yeux verts et ses cheveux blonds, décrivant les beaux vêtements qu’il voulait lui acheter, comment ils allaient se promener en ville dans une limousine.

"Il était vraiment charmant", affirme Marie, qui n’avait jamais eu de relation vraiment sérieuse avec un garçon.

L’homme lui a demandé son numéro de portable et lorsqu’elle a refusé, il a insisté, plaisantant et la taquinant, jusqu’à ce que Marie, flattée par son attention, le lui donne.

Par la suite, il l’a appelée tous les jours, au point qu’elle trouve cela étrange, voir même inquiétant, et n’a plus répondu.

Mais un soir, seul et s’ennuyant, c’est elle qui l’a appelé.

Ils se sont mis d’accord pour se rencontrer dans le centre ville, au Fox Sports Grill, et lorsqu’elle est arrivé, il était assis avec un autre couple. Ils ont bu quelques verres et ont discuté. Puis, les quatre nouveaux amis sont montés dans une voiture.

"On va t’apprendre comment te faire de l’argent", a dit son "ami". Mais Marie n’a pas compris ce qu’il voulait dire.

Jusqu’à ce que, plus tard, lorsqu’ils se sont retrouvés seuls, il a commencé, très doucement, à suggérer que son visage et son corps avaient un gigantesque pouvoir. Il y avait tant d’argent à faire en les utilisant, disait-il, qu’elle ne pourrait jamais l’imaginer.

"Tu es une superstar. Tu vas bien finir par coucher avec un gars, de toute façon. Alors autant te faire payer pour ça".

L’argument a fait son effet, et Marie était "ferrée".

"C’était présenté comme si j’étais une personne très importante et spéciale", dit Marie. "Comme si nous allions prendre avantage de ces hommes en prenant leur argent".

Le genre de fille à aimer les nouvelles expériences, à oser les choses défendues et à rechercher l’excitation, Marie a finalement accepté.
Elle a passé la nuit avec son ‘ami’ et, le lendemain, elle marchait sur Pacific Highway South et la 272 ème Rue, apprentie de la femme qu’elle avait rencontrée au restaurant la veille. Elles ont travaillé ensemble durant tout l’après-midi, jusqu’à ce qu’il fasse noir.

Marie explique qu’elle avait peur dans ce quartier qui lui était inconnu, et surveillée constamment par ses nouveaux amis, à qui elle donnait consciencieusement chaque dollar. Les flatteries constantes de son nouveau ‘petit ami’ – le jeune homme de 29 ans lui proposait bientôt le mariage – mélangé à ses menaces implicites de violence et sa propre honte, tout cela a enfermé Marie plus sûrement que dans une prison. Plusieurs semaines plus tard, elle travaillait seule dans la rue, sans surveillance.

"J’étais l’une des plus belle fille de Seattle à faire ça", dit Marie. "Il me montrait à tout le monde en se vantant, j’étais importante".

Il y avait aussi l’argent. La jubilation de se faire 500$ en portant un jean et des sneakers a tout d’abord aveuglé Marie. Mais durant les 8 mois qu’elle et son souteneur ont passé ensemble, il lui a volé des milliers de dollars avec sa carte de crédit, en s’achetant des vêtements et des bijoux. Il a siphonné 4000$ de son compte en banque et a volé 7000$ de chèques que ses parents lui avaient donnés pour payer son second semestre à l’Ecole d’Arts de Cornish.

"J’étais trop embarrassée pour en parler à mes parents", explique Marie. "J’essayais de les appeler et je raccrochais le téléphone. Je ne savais pas quoi dire".

'Il faut que tu rentres chez toi'

La mère de Marie, bien qu’inquiète et déconcertée par les distances que prenait peu à peu sa fille avec elle, explique qu’elle n’avait pas la moindre idée de ce qui se passait. Puis, un client a téléphoné.

"Votre fille travaille comme prostituée", a dit l’homme de manière embarrassée. "Je l’ai ramassée sur Aurora la nuit dernière".

C’était le mois de janvier et Marie attendait sur le strip lorsque deux hommes dans un van Volkswagen se sont garés devant elle. Ils semblaient nerveux, dit elle, pas des habitués. Ils voulaient savoir combien cela leur coûterait pour "se promener et parler".

"Il faut que tu rentres chez tes parents", lui ont-ils dit. Mais Marie les a persuadés de la laisser dans le centre ville et a emprunté leur portable pour appeler une amie.

Dès qu’elle est parti, les deux hommes ont rappelé l’amie et, grâce à elle, sont parvenu à contacter la mère de Marie, une infirmière dans une école, qui a répondu au téléphone dans son joli salon ensoleillé, complètement abasourdie.

"Vous vous asseyez et parlez à vos enfants de la drogue, mais vous ne leur parlez jamais de la possibilité de la prostitution", dit-elle. "Ça ne fait tout simplement pas partie de notre monde".

Les parents de Marie ont accepté d’être interviewé car ils ont été profondément choqués d’apprendre que Seattle ne possède pas de services coordonnés pour aider les jeunes femmes comme leur fille – aucun endroit où séjourner qui soit sécurisé pour échapper aux souteneurs, aucune équipe de conseillers spécialement formés. Après l’appel de l’étranger, ils ont supplié la police de déclarer leur fille disparue afin qu’elle puisse être recherchée. A ce moment-là, Marie faisait tout le circuit de la prostitution du pays, voyageant de Seattle à Portland, en passant par Anaheim (Californie) et Las Vegas. Mais la police n’a jamais rien voulu faire car Marie était considérée comme majeure et libre de ses mouvements.

Où sont-elles à présent ?

Marie est retourné chez ses parents, ayant finalement fui son souteneur lorsqu’il l’a frappée au visage pour avoir fumé une cigarette. Elle passe ses journées à travailler dans un magasin de vêtements, tentant de gagner assez d’argent pour rembourser ses parents. L’école d’Arts n’est plus qu’un souvenir. L’accusation fédérale s’interroge sur la possibilité d’accuser son souteneur de crime fédéral vu qu’il l’a plusieurs fois emmenée dans d’autres états pour la prostituer.

"Je ne sais toujours pas pourquoi je n’ai pas eu les tripes de dire simplement 'Je ne veux pas faire ça’", explique Marie. "Je crois que j’étais effrayée à l’idée de sa réaction. Il m’aurait sans doute insultée et humiliée et m’aurait fait me sentir comme une moins que rien".

 Alisha at Spruce Street
 ZoomJoshua Trujillo / P-I
  Alisha, qui écrit des chansons et de la poésie, dans sa chambre du centre de Spruce Street. "Je suis une enfant et j'ai grandit trop vite, mais je me soucie de tous les gens que je croise" dit-elle. "Je prie pour tout le monde, la nuit. Je m'assoie ici et je dis leurs noms"

Alisha, qui a témoigné contre Smith lors de son procès cet automne, a déménagé dans une maison pour les anciennes prostituées dans le Midwest, où elle passe la plupart de son temps à lire.

Shirley, du lycée de SeaTac, a été envoyée en Californie pour y vivre avec sa grand-mère.

Becca se prostitue toujours dans la rue.

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P-I reporter Claudia Rowe can be reached at 206-448-8320 or claudiarowe@seattlepi.com.


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