roberto succo

Roberto Succo

Crimes et châtiments (suite)

Le 3 juillet 1987, les enquêteurs de Digne, Annecy, Chambéry et Grenoble se réunirent pour comparer les similitudes entre les affaires. Ils pensaient avoir affaire à un fou. On songea que l’agresseur avait également pu agir à Crolles, où il aurait enlevé puis relâché Cécile, puis aurait agressé Danielle et Georges : tout le monde le décrivait comme un jeune homme d’allure sportive, aux yeux clairs, à l’accent étranger, vêtu d’un treillis, âpre, énervé et injurieux, menaçant constamment de tuer.

carte des crimes de Roberto SuccoLes enquêteurs établirent qu’il avait volé des voitures, agressé et enlevé plusieurs personnes entre le 5 septembre 1986 et le 27 juin 1987, dans plusieurs départements limitrophes, faisant des aller-retour entre la Savoie (73), les Alpes de Haute Provence (04), la Haute-Savoie (74), les Bouches-du-Rhône (13), la Drôme (26) et l’Isère (38).
Il revenait parfois dans les villes où il avait déjà commis des crimes. Il avait toujours agi durant les week-ends, comme s’il parvenait à “se contenir” durant la semaine.

Selon Cécile, qui avait longuement parlé avec lui, c’était un déséquilibré qui avait quelques notions de médecine. Il avait pu être interné en hôpital psychiatrique.
On l’avait vu vêtu d’un treillis et il aimait les armes : peut-être était-ce un ancien militaire, peut-être un chasseur alpin de Gap ou un marin de Toulon…
On explora ces différentes pistes durant des semaines, sans résultats. On se pencha sur les hôpitaux psychiatriques Suisses, en vain.
Les enquêteurs, déjà débordés, décidèrent qu’ils chercheraient en Italie à partir de la fin octobre.

Le dimanche 18 octobre 1987, un employé des thermes d’Aix qui avait conservé une petite exploitation viticole allait cherchait de nuit des tonneaux dans sa vieille remise. Il ne s’y était pas rendu depuis un bon moment et fut surpris, lorsqu’il ouvrit la porte, de sentir une abominable odeur. Entre les fûts et le mur, dans un minuscule espace, il découvrit un cadavre. Il appela immédiatement la gendarmerie.
Le corps était en état de décomposition avancée et le crâne était enfoncé. La victime avait tenté de s’abriter dans un tout petit espace et était restée figée dans une position de défense, le bras levé. Le corps, celui d’un homme brun, était vêtu d’un pantalon de jogging de grande taille et on trouva un anti-douleur dans ses poches : les gendarmes pensèrent immédiatement au Dr Michel Astoul. Mais, par manque de preuves plus probantes, le parquet ne se prononça pas. Un légiste découvrit une balle dans la mâchoire de la victime, du 38 spécial ou du 357 magnum, comme pour le policier André Castillo.
Le groupe sanguin du corps était bien celui du Dr Astoul. Son frère reconnut ses chaussures. Le 12 décembre 1987, le corps fut formellement identifié.

Le samedi 24 octobre 1987, Claudine Duchosal, 40 ans, fut assassinée chez elle, à Menthon-Saint-Bernard, près de Sévrier. Son mari la découvrit dans les toilettes, nue, en chaussettes, abattue d’une balle dans la tête. Elle avait été violemment frappée au visage.
Son assassin lui avait volé sa montre, ses bagues et les clés de sa Fiat Panda noire, toujours garée dehors.
Un gendarme retrouva la balle dans le siphon des toilettes, du 357 magnum. Le légiste estima que la mort remontait à 16h30 et conclut que Claudine Duchosal avait été violée par son meurtrier.

On apprit que des cambriolages avaient eu lieu dans les environs les jours précédents, au cours desquels le voleur avait, par exemple, volé un objet aussi saugrenu qu’un Rubik-cube.

Carqueiranne

Carqueiranne

Le 1er décembre 1987, une jeune femme de 23 ans, Brigitte, fut agressée chez elle, à Carqueiranne, dans le Var, à l’est de Toulon, vers 3h20 du matin. Un homme au visage masqué d’un bas noir la menaça de son revolver. Il se jeta sur elle pour l’étrangler et elle se débattit. Il sortit un canif et lui coupa légèrement le cou. Le sang sembla soudain l’embêter et Brigitte eut la présence d’esprit de lui parler. Il se calma et discuta un peu avec elle, sans l’insulter ni la menacer. Il lui attacha les mains dans le dos avec un fil de nylon blanc, sur le ventre, et la viola avec ses doigts.
Ensuite, il la poussa dans le jardin mais le verrou de la porte lui resta entre les mains. Le laissant à sa surprise, Brigitte courut s’enfermer chez elle pour prévenir ses parents.

Elle le décrivit aux gendarmes comme un jeune homme aux yeux clairs et à l’accent méditerranéen. Le revolver devait être un 22 long rifle ou un 357 magnum.
Au début de l’année, le père de Brigitte avait déclaré le vol d’un dictaphone dans sa voiture. On allait le retrouver des mois plus tard…

Le 11 décembre 1987, à 18h30, un employé d’une grande surface roulait sur une petite route du Lubéron, non loin de Manosque, lorsqu’il aperçut un gros tas de cailloux au bout milieu de la route. Il freina de toutes ses forces et un homme en treillis surgit du bas-côté pour lui tirer dessus avec un fusil. Le conducteur fit marche arrière et redescendit la route aussi vite que possible, la peur au ventre. Le pare-brise, une vitre et la carrosserie furent touchés de 6 balles. Il se précipita à la gendarmerie.
Les enquêteurs découvrirent sur la route 6 douilles de 30-30, un calibre de chasse, puis, plus loin dans les bois, une R18 abandonnée. Elle avait été volée 4 jours plus tôt près d’Aix-en-Provence par un homme qui avait tiré sur son propriétaire avec un pistolet à grenaille.

Le soir du 3 janvier 1988, à Giens, un homme masqué et ganté agressa une femme dans sa salle de bains, la menaçant de son arme. Il ligota son mari sur le sol et attacha la femme dans son lit, puis la viola. Il alla ensuite prendre une douche et se servit dans le frigidaire, puis repartit par la fenêtre.

Le 26 janvier 1988, deux jeunes sœurs de 17 et 19 ans, Carole et Béatrice, originaires du Creuzot, rencontrèrent à Toulon un jeune homme aux yeux clairs. Il se présenta sous le nom d’André. Ils sortirent en boîte et André séduisit la jeune Carole. A la fin de la soirée, il l’invita dans son appartement du 42 rue Nicolas Augier. Il y avait un désordre indescriptible. Toutes sortes de vêtements étaient suspendus à des cordes tendues à travers la pièce principale. Des monceaux de linges chiffonnés couvraient le plancher, des sacs plastiques, des blousons, des vestes et des dizaines de paires de tennis. Des cartes de France étaient punaisées sur le mur de la salle d’eau. Des accessoires de beauté pour femme jonchaient la tablette du lavabo.
Mais André était beau garçon, souriant et bronzé, et Carole ne lui posa pas trop de questions.

le bar l'enferLe lendemain, ils sortirent de nouveau ensemble. Les 2 sœurs avaient répondu à une offre d’emploi à Toulon et avaient découvert qu’elles devraient être “hôtesses” dans un bar, “l’Enfer”, situé dans le quartier chaud de la ville… Carole, Béatrice, André et Valérie (une fille qui travaillait également à “l’Enfer”) sortirent dans une boîte du même quartier, “l’Or Bleu”.
Vers 4h du matin, Carole aperçut José Alberti, le patron de “l’Enfer” et engagea la conversation avec lui. Valérie se joignit à eux ainsi qu’un ami de José, Jacky. Ils invitèrent les deux jeunes femmes à boire un verre, mais André intervint en expliquant qu’il était tard et qu’il voulait partir.
Alberti et Jacky, passablement éméchés, ordonnèrent à André de “se tirer” et Jacky lui écrasa sa cigarette allumée sur le menton. André, fou de rage, se mit à hurler “Je vous tue tous !” et à bousculer les deux hommes. Lorsque le patron et le portier de la boîte intervinrent, il en profita pour tirer les 2 jeunes femmes vers la sortie.

Ils se dirigèrent vers la voiture d’André mais José, Jacky et leurs amis les suivirent, décidés à ne pas en rester là. L’un des amis donna de grands coups de pieds dans la voiture d’André. Ce dernier envoya José Alberti au tapis, plusieurs mètres plus loin, d’un énorme coup de poing au visage. Alberti s’écroula, le nez en sang.
Jacky s’approcha avec un couteau. André se pencha alors à l’intérieur de sa voiture et plongea la main sous le siège conducteur. Il en sortit un pistolet et, avant que qui que ce soit n’ait le temps de réagir, il tira sur Jacky à deux reprises. Jacky s’effondra.

Sans demander son reste, André monta dans sa voiture et démarra en trombe, manquant d’écraser Jacky. Ce dernier avait reçu une balle dans le ventre, l’autre lui avait effleuré le bras gauche. Il allait survivre, mais resterait paraplégique.

José Alberti était connu des services de police pour son casier judiciaire chargé, mais surtout pour ses combines minables. Jacques Volpé, alias Jacky, avait fait de la prison plus d’une fois. En fait, il avait passé 1/3 de ses 36 ans en prison pour braquage et proxénétisme. “L’Or Bleu” appartenait en sous-main à deux frères braqueurs et racketteurs, mêlés au milieu du jeu et au trafic de cocaïne. Le propriétaire officiel était le gendre d’un truand fiché au grand banditisme depuis longtemps.
Les policiers pensèrent donc à un règlement de compte entre voyous. Le manque de fiabilité des témoins fit douter les enquêteurs, qui ne crurent pas à la thèse de l’agresseur extérieur. Un rapport les égara un peu plus : vers 6 heures du matin, des gardiens de la paix avaient aperçu 3 personnes à bord d’une Mercedes emboutie, en conversation avec le conducteur d’une voiture grise. Alberti possédait justement une Mercedes.
Mais cette piste ne les mena nulle part.
Ils découvrirent deux douilles de 22 long rifle sur l’esplanade, en face de “l’Or Bleu” et des taches de sang, mais aucun autre indice intéressant.

José ne se rappelait plus du visage du jeune inconnu mais leur parla de Valérie, l’employée de “l’Enfer”. Les policiers la retrouvèrent facilement et elle leur parla des deux sœurs et de leur ami “André”. Elle admit que c’était lui qui avait tiré sur Jacky. Elle accepta de conduire les enquêteurs chez Carole et Béatrice.

En fait, dans la nuit du 27 janvier, Valérie, Béatrice et Carole avaient fait du stop pour rentrer à l’hôtel. Mais la première voiture qui s’était arrêtée avait été celle d’André. Terrifiées, n’osant lui résister, elles étaient montées. Carole lui avait demandé de s’expliquer mais il lui avait donné des réponses incohérentes, parlant d’une dispute à la piscine et de plaques d’immatriculation qu’il avait changées. Il avait sorti un fusil à crosse et canon sciés de sous son siège et dit : “Les flics, je les tuerai. Je roule plus vite qu’eux”.
Il avait déposé Valérie chez elle et ils s’étaient mis d’accord sur un mensonge : elles n’avaient pas revu André. Ce dernier avait alors proposé à Béatrice de partir avec Carole et lui, mais elle avait refusé, malgré les 1 000 francs qu’il lui offrait. Il l’avait déposé à son hôtel et était reparti avec Carole sans lui demander son avis.
Ils avaient dormi dans son appartement et André s’était conduit comme si de rien n’était.

Le lendemain matin, il avait expliqué à Carole qu’il voulait qu’elle parte avec lui, qu’il était jaloux, que les flics n’allaient plus tarder… Peu après 11h, ils étaient allés chercher Béatrice à son hôtel (“l’Hôtel Prémar”), pour la conduire à la gare si elle ne voulait pas partir avec eux. Terrorisée, Béatrice avait accepté de rentrer au Creuzot en train.

hôtel Premar roberto succo

L’hôtel Premar

Pendant qu’elle préparait ses valises, André et Carole partirent récupérer sa voiture. Carole se gara près de l’hôtel et resta dans la voiture alors qu’André montait pour porter les valises de Béatrice.
Les inspecteurs Michel Morandin, Claude Aiazzi et Thouy avaient suivi les indications de Valérie et s’étaient garés non loin de “l’Hôtel Prémar”.
Thouy resta dans la voiture avec Valérie tandis que ses deux collègues entraient dans l’hôtel pour parler aux deux soeurs.

Quelques minutes plus tard, Valérie repéra Carole au volant de sa voiture, garée un peu plus loin. Thouy se précipita sur elle et lui demanda où était “le garçon”. Mais la jeune femme joua les idiotes et affirma ne pas comprendre.

Le gérant indiqua la chambre de Béatrice à Michel Morandin et Claude Aiazzi, qui montèrent au 2ème étage. Une jeune femme furieuse, Jeannine, la compagne de José Alberti, sortait justement de la chambre. Les inspecteurs lui demandèrent de se calmer et interrogèrent Béatrice, qui fit l’idiote comme sa sœur. Elle faisait ses valises mais jura ne pas avoir revu “André” et ne pas savoir où il logeait. Les policiers décidèrent de l’emmener au commissariat.

Mais soudain, un jeune homme aux yeux clairs fit irruption sur le palier de la chambre, tout sourire. L’inspecteur Aiazzi lui demanda ce qu’il voulait mais il ne répondit pas, souriant toujours. Claude Aiazzi lui montra alros sa carte de police et exigea alors ses papiers. Le jeune homme plongea immédiatement sa main dans la poche intérieure de son blouson. Le policier comprit soudainement qu’il se trouvait en face du fameux “André” et se jeta sur lui. Il tenta de le ceinturer mais “André” était doué d’une force surprenante. Claude Aiazzi parvint seulement à agripper le canon du revolver mais trébucha sur les valises de Béatrice. Les deux hommes tombèrent à terre. Aiazzi tenta de se relever, tenant toujours le canon du revolver. “André” lui tira dans le ventre. La balle le transperça et vint toucher le fémur droit de Michel Morandin. “André” se releva et tira une deuxième fois sur Claude Aiazzi, le touchant au thorax. Il s’écroula sur le lit et Michel Morandin se précipita sur “André” en hurlant. Les locataires de l’hôtel coururent vers la sortie ou se barricadèrent chez eux, Jeannine dans les toilettes et Béatrice sous la table.

Michel Morandin parvint à repousser “André” et clopina dans le couloir. Il descendit l’escalier en boitant, la jambe douloureuse. “André” tira du haut de l’escalier et le toucha au bras gauche. Le policier perdit l’équilibre et tomba dans l’escalier, roulant jusqu’au palier. “André” descendit tranquillement jusqu’à lui. L’inspecteur Morandin le supplia de ne pas le tuer. Sourd à ses supplications, “André” se baissa vers l’inspecteur impuissant et saisit le Smith & Wesson 38 qu’il portait dans son étui. Il posa le canon derrière son oreille et tira à bout touchant, froidement.
Il sortit ensuite sur la place, devant l’hôtel.
Claude Aiazzi, malgré sa rate éclatée et son poumon perforé, parvint à se glisser jusqu’à la fenêtre de la chambre. Il tira sur lui à trois reprises mais le manqua, et s’évanouit.

Sur la place, l’inspecteur Thouy, Valérie et Carole entendirent ces trois derniers coups de feu. Valérie reconnut “André” qui courait devant eux en cachant un pistolet sous sa ceinture. Thouy ne comprit pas ce qui se passait, il crut que le jeune homme venait de sortir d’une boîte de nuit toute proche et non de l’hôtel. Il demanda à Valérie d’aller prévenir ses deux collègues dans l’hôtel. Elle revint quelques secondes plus tard, hagarde et terrifiée.
L’inspecteur Thouy découvrit Michel Morandin, 35 ans, recroquevillé sur le sol de l’entrée, respirant très faiblement. Il allait décéder quelques heures plus tard, laissant une veuve et deux enfants. Claude Aiazzi, à un an de la retraite, était grièvement blessé mais allait heureusement survivre.

Le juge Jean-Pierre Bernard se rendit sur place.
Le commissariat tout entier se mobilisa, ainsi que le commissaire divisionnaire, le chef de la Sûreté, le procureur, les substituts et le directeur du cabinet du préfet, le sénateur maire, le directeur du SRPJ de Marseille et ses adjoints… et les journalistes.
Les policiers de la PJ et de la Sûreté bouclèrent le quartier, armes aux poings. Vers 14h, le blouson d’André, taché de sang, fut retrouvé dans l’entrée d’un immeuble à 200m de l’hôtel “Prémar”. Les locataires n’avaient rien vu ni entendu.
Les policiers apprirent qu’une heure plus tôt, un jeune homme avait été agressé par un homme aux yeux clairs qui, en le menaçant de son revolver, lui avait volé son blouson en cuir. Il avait “un drôle d’accent”. “André” avait fui en courant dans le dédale de la vielle ville et avait changé d’apparence : il devait déjà être loin.

Succo 42 rue Nicolas Laugier

Le 42 rue Nicolas Laugier

Carole, mortifiée, donna l’adresse d’André aux policiers, rue Nicolas Laugier. Les hommes de la Sûreté y pénétrèrent l’arme au poing mais le jeune homme n’était plus là. Ils perquisitionnèrent l’appartement et relevèrent les empreintes d’André sur des monceaux de vêtements, des sacs plastiques, un casque de moto, des paires de tennis, du matériel de montagne, des sacs de sport, des valises, des paires de lunettes de soleil, 22 montres, des porte-monnaie et des portefeuilles, un briquet, des bijoux, un sac à main, une ménagère d’argenterie, des trousseaux de clés de voitures et d’habitations, du matériel hi-fi, une bombe de gel liquide de défense, des dictionnaires miniatures français-italiens, une BD, un programme de télé, des K7 vidéos, des horaires de chemins de fer, des photomatons en noir et blanc, des cartes d’identité, des permis de conduire, une perruque, un bas de femme, une ceinture d’enfant, un magnétophone, des cassettes, des livres, une caméra vidéo, une paire de menottes avec ses clés…
Les policiers découvrirent également plusieurs armes : un pistolet 6.35, une carabine, 118 étuis de calibre 38, 5 étuis de 357 Magnum et une vingtaine d’autres de 6.35, des boîtes de cartouches de carabine 280 Remington, de 12 et de 22 long rifle, un fusil à canon scié, un poignard et une machette.

Personne n’avait jamais vu le locataire du 42. Personne, ni dans la rue, ni dans le quartier, ne le connaissait.
Mme Annie, propriétaire de l’appartement, le connaissait sous le nom de “Kurt”. Elle l’avait rencontré en octobre 1986 et il lui avait dit être peintre. Il était calme et poli, et n’avait jamais posé le moindre problème. Il ne fumait ni ne buvait.

Le procureur, craignant sans doute un dérapage, retira l’affaire à la PJ de Toulon pour la confier à la Brigade Criminelle du SRPJ de Marseille. Les policiers toulonnais gardèrent l’enquête de “l’Or Bleu”.
Carole et Béatrice furent interrogées ensemble puis séparément. Carole parla du comportement d’André, de ses mensonges, de sa jalousie. Les policiers du SRPJ de Marseille trièrent le fatras ramassé rue Nicolas Augier, interrogèrent les témoins, re-interrogèrent les deux sœurs et Valérie… Elles furent finalement écrouées à la prison de Toulon.
Chacun y allait de son hypothèse et on se concentra finalement sur celle d’un légionnaire déserteur : l’accent étranger, le physique musclé, l’habitude des armes, la manière de tuer de sang froid et l’habitude apparente de la clandestinité…
La voiture d’André, une Alfa Romeo grise, fut signalée à toutes les polices de la Côte d’Azur mais aussi du reste de la France. Toutefois, dans l’affolement et la précipitation, on oublia de prévenir la police de l’air et des frontières, malgré la proximité de l’aéroport de Marignane.

Les policiers sillonnèrent Toulon. Ils reçurent de nombreux rapports concernant des Alfa Roméo grises un peu partout dans la région. Béatrice avait indiqué que la voiture portait des plaques savoyardes (73) mais les policiers pensèrent d’abord qu’elle avait confondu avec les Bouches-du-Rhône (13).
Ils suivirent de nombreuses pistes et crurent plusieurs fois avoir mis la main sur le jeune tueur. Ils enquêtèrent également dans le milieu du banditisme, chez les prostituées, les travestis, les petits voyous… Sans résultat. Personne ne connaissait “André”.
On distribua un agrandissement d’une photo collée sur l’une des nombreuses pièces d’identité falsifiées trouvées chez André : la photo qui, selon les deux sœurs, était la plus ressemblante.

photo roberto succo toulonUne des cartes d’identité falsifiées découverte rue Nicolas Laugier portait le nom d’André Colin. Son propriétaire avait déclaré sa perte le 7 janvier. Il ne ressemblait pas du tout au “André” que la police recherchait. Il avait passé plusieurs années dans l’armée, dont 6 mois chez les paras de la Légion.
Il expliqua qu’en mai 1986, il avait été pris en stop par un jeune homme blond, qui lui avait sans doute volé ses papiers. La voiture était immatriculée dans l’Isère et le jeune homme avait un fort accent étranger.
Colin avait par la suite reçu des relevés bancaires, des crédits et des découverts bancaires pour plusieurs milliers de francs.

Sur tous les documents retrouvés rue Nicolas Laugier, seul deux avaient été déclarés volés :
– Le permis de conduire de Serge B., dont la photo était arrachée, lui avait été volé à Gap, dans les Hautes-Alpes, le 3 novembre 1986.
– Le permis et la carte grise de Gilbert G. lui avaient été volés le 30 juillet 1987 à Manosque, dans les Alpes de Haute Provence.

Ni la police ni la gendarmerie ne trouvèrent rien sur André et la Légion déclara ne pas le connaître. Les policiers pensèrent qu’il n’était qu’un voyou ayant détourné des identités, un voleur devenu assassin qui opérait dans le sud-est de la France.

roberto succo avis de recherche

Le 29 janvier 1988, “André” braqua un pompiste à Rolle, sur les bords du lac Léman, en Suisse. Il fit le plein de son Alfa Romeo puis menaça l’employé, Michel Cornaz, avec son pistolet et dévalisa la caisse. Très excité, il ordonna aux clients de “la fermer” puis s’enfuit avec 2 000 francs. Le pompiste eut juste le temps de relever le numéro de la plaque, immatriculée dans le 73.
La police fit immédiatement dresser des barrages routiers.

Une demi-heure plus tard, à Lutry, à 4km de Lausanne, deux gendarmes remarquèrent un jeune homme en train de changer les plaques de son Alfa Romeo. Lorsqu’ils approchèrent, il sortit une arme et se mit à courir. Ils ne parvinrent pas à le rattraper. Ils fouillèrent sa voiture et y découvrirent un 357 Magnum, un pistolet 22 long rifle, un fusil à pompe à canon scié, des jeux de plaques minéralogiques et des munitions. La carte grise de l’Alfa Romeo avait été délivrée dans le 74. La propriétaire habitait au sud du lac d’Annecy. On lui avait volé sa voiture le 24 décembre 1987, alors qu’elle déchargeait son coffre.
L’immatriculation 73 correspondait à la voiture d’une habitante de Saint Randolph, près de Chambéry, dont on avait volé les plaques plusieurs mois auparavant.

Le samedi 30 janvier 1988, vers 11h, Françoise Wannaz, une institutrice de 30 ans, se gara à Lutry. “André” s’approcha d’elle et la menaça avec son pistolet. Il lui expliqua que “les flics” le cherchaient et qu’elle devait le conduire où il lui dirait. Ils partirent en direction de Vevey par la route du bord du lac Léman.
Les gendarmes et les policiers étaient partout, à sa recherche. Mais André semblait très heureux d’être parvenu à convaincre Françoise Wannaz, au point qu’il l’embrassa sur la joue. Pleine de sang-froid, elle garda son calme et lui parla doucement. Il lui indiqua vouloir se rendre à Yverdon et se crispa à la vue d’une voiture de police. Françoise prit les routes secondaires et réalisa que son ravisseur ne connaissait pas la région. Rassuré, détendu, “André” se comportait comme si de rien n’était. Il lui expliqua qu’il avait tué deux policiers français et se vanta du braquage de la station-service.

Il lui expliqua qu’il ne lui ferait pas de mal, “du moment qu’elle le conduisait jusqu’à Berne”. Après Moudon, une voiture de police les doubla et pila devant eux. Deux policiers en sortirent, armes aux poings. André se jeta sur Françoise et lui colla son pistolet sur la tempe en hurlant. Les policiers s’écartèrent. André ordonna à l’un des policiers de lui donner son automatique et il obéit.
Il restait 5km jusqu’à Berne. Un 2ème barrage se dressa devant eux. André menaça de nouveau sa conductrice et la voiture passa en force. André était très agité et tira sur les policiers. Ils arrivèrent à Berne et des voitures de police se rapprochèrent, toutes sirènes hurlantes.

Un 3ème barrage et André menaça de nouveau Françoise Wannaz. Ils passèrent encore et il tira sur les policiers. Un bus passa brusquement entre eux et les policiers. Françoise ralentit, ouvrit la portière et se laissa tomber hors de la voiture, qui alla s’écraser contre une palissade près de la gare de marchandises.
Elle se releva pour se précipiter dans un immeuble, terrifiée, et une porte s’ouvrit. “André” sortit de la voiture et s’enfuit à pied. Il sema la police dans la gare. Des unités d’élite furent mobilisées, mais la nuit tomba et il se mit à neiger. On perdit sa trace.

La police de Berne quadrilla la ville. André disparut dans la forêt de Bremgarten, à la lisière de la gare de marchandises, puis prit simplement le bus. A la gare de Aarberg, il fut pris en stop jusqu’à Lyss, à 20km au nord-ouest de Berne.

Situation de Lyss, en Suisse Succo

Situation de Lyss, en Suisse

Il entra dans un immeuble vers 19h et sonna à la première porte du rez-de-chaussée. Béatrice, une adolescente de 16 ans, lui ouvrit. Ses parents l’avaient laissée seule pour la première fois et elle attendait des amis. André la menaça de son revolver et entra.
Il lui expliqua qu’il était recherché par la police et lui demanda de le cacher. Il parlait doucement et elle le laissa l’emmener dans sa chambre. Mais il voulut la prendre dans ses bras et elle se débattit. Il lui arracha alors ses vêtements, la griffa et la gifla. Il arracha les fils de la chaîne hi-fi et l’attacha.

Ses amies arrivèrent au même moment. Il les menaça de son revolver, les poussa dans la chambre et les obligea à se déshabiller en criant. Il les attacha à leur tour.

Il voulut violer l’une des amies de Béatrice, mais il avait trop serré les liens de ses pieds. Il enfonça alors son sexe dans sa bouche, en la menaçant de son arme. Il sortit ensuite de la pièce et les jeunes gens se mirent à appeler à l’aide. Il revint et se mit à frapper violemment Béatrice. Il cria en français et en anglais, et affirma aux adolescents qu’il allait les tuer.
Il prit une douche et regarda la télévision. Il vola des vêtements appartenant au père de Béatrice, puis parti vers 23h30.

Les 4 amis n’osèrent pas bouger durant un moment. Vers minuit, ils commencèrent à défaire leurs liens, puis appelèrent la police. Béatrice avait les dents de devant et le nez cassés, l’arcade sourcilière droite fendue et une côte brisée.

Les recherches reprirent à l’aube. Le canton tout entier était sous surveillance, mais personne ne trouva trace d'”André”. La police lança des appels à témoins et reçu des dizaines d’appels de Genève, Bâle ou Zurich.
En fait, “André” parvint, en stop et en taxi, jusqu’à Lucerne. Là, il prit le train vers Brigue. Il continua ensuite à pied et passa la frontière italienne 3 jours plus tard. Il reprit un train pour Milan, puis, finalement, pour Venise.

Deux policiers niçois se rendirent en Suisse. On leur apprit qu’en plus des armes, on avait découvert dans l’Alfa grise un uniforme de lieutenant de l’armée de l’air. On ne sut jamais à qui il appartenait.
Françoise Wannaz indiqua qu’elle avait trouvé à son agresseur un accent italien. Des serveuses avaient parlé d’un accent hollandais et d’autres filles d’un accent allemand…

roberto succo avis de rechercheL’inspecteur principal Michel Morandin fut enterré le 2 février et élevé au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur.
Un avis de recherche présentant la description physique et la photo d’André fut diffusé dans tout le pays, dans les commissariats et les gendarmeries, mais aussi dans les métros et les lieux publics.
On y affirmait qu’il avait un “accent germanique”.

Le juge Bernard, en charge de l’affaire, dut mettre les choses au point avec le SRPJ de Marseille qui refusait de collaborer avec la gendarmerie : en Savoie, Haute-Savoie et Alpes-de-Haute-Provence, les gendarmes avaient immédiatement remarqué que “André” ressemblait beaucoup à l’agresseur de Jean-Marie Ribère, le chauffeur de taxi, et de Cécile, l’étudiante en médecine agressée à Crolles.
Mais surtout, sur les papiers falsifiés volés par Karim, le petit voyou qui avait fouillé dans la R20 abandonnée près de chez lui, à Grenoble, en avril 1987, les photos du jeune homme inconnu… représentaient “André”.

Le mercredi 3 février eut lieu une grande réunion entre policiers et gendarmes. Ils relièrent les crimes et les délits commis d’Annecy à Toulon avec le meurtre de Michel Morandin.
Les policiers continuaient d’étudier les pièces à conviction retrouvées rue Nicolas-Laugier. Des chéquiers avaient été volés entre Noël 1986 et avril 1987, alors que les propriétaires, habitants de Cannes-La-Bocca, étaient absents. Quatre des chèques avaient été émis à Toulon, Nice et Hyères fin avril 1987, par Corinne, la fille de madame Annie, propriétaire de l’appartement. Les policiers l’interrogèrent et elle expliqua d’abord avoir été la maîtresse de “Kurt”. Puis, elle se rétracta et admit avoir acheté les chéquiers au jeune homme pour 500 francs…
On découvrit également un fascicule des horaires d’un train qui desservait Annecy et Aix-les-Bains, un matériel de montagne et un guide des circuits savoyards.

Les vols d’André s’étalaient de mai 1986 à avril 1987. Il avait volé d’innombrables papiers d’identité à Gap, Annecy, Manosque, Cannes, etc., ainsi que des factures vierges, des cartes bleues, des bijoux, des traveller’s checks… Les enquêteurs trouvèrent également une note d’un hôtel d’Annecy pour la nuit du vendredi 25 au samedi 26 septembre.
“André” et “Kurt” ne faisaient qu’un. Il fallait à présent analyser les balles et les armes retrouvées afin de les relier aux différents meurtres.
On se mit à quadriller l’axe Toulon-Annecy, que le tueur semblait fréquenter assidûment.
Des témoins des vols ou des braquages avaient parlé d’un jeune homme vêtu d’un treillis. Une jeune femme vint expliquer que “l’homme de l’avis de recherche” avait acheté un blouson et un pantalon de treillis dans son magasin de surplus américain, à Toulon, près de “L’Enfer”, au début de l’année 1986. Selon elle, il était hollandais ou nordique, mais absolument pas italien.

On découvrit également le bas qui recouvrait le visage de l’agresseur de Brigitte, la jeune femme agressée à Carqueiranne le 1er décembre 1987, ainsi que l’autre bout de la cordelette en nylon blanc et le dictaphone  volé au père de Brigitte. “André” s’était enregistré sur la cassette et celle-ci fut confiée à des chercheurs du CNRS pour analyse. Ils déclarèrent qu'”André” avait un accent italien mais les enquêteurs continuèrent à penser qu’il était plutôt allemand ou hollandais.
Sur l’enregistrement, il divaguait durant plusieurs minutes : “Être ou ne pas être… Ça, c’est le problème. Je crois que… il n’y a pas de mots, il n’y a rien à dire… mais… quand on croit en quelque chose, quand on croit plus en quelque chose, il faut se trouver quelque chose d’autre. Quelque chose d’autre en quoi croire, et ça, pour continuer à vivre, pour pouvoir… voir. (…) Tôt ou tard, on doit tous mourir. Tous. Et ça… ça fait chanter les oiseaux, les oiseaux. Ça fait chanter les abeilles. Ça fait rire les oiseaux.”

Le lac de Santa Croce Succo

Le lac de Santa Croce

“André” remonta vers les lacs de la Vénétie. Il prit encore un train qui l’emmena dans la campagne, dans les Préalpes de Belluno. Il descendit à Sella di Fadalto, près du lac de Santa Croce. Il marcha sur des petits chemins et découvrit un chalet inhabité, puis un autre, plus petit, vide également. Il força une fenêtre à l’étage du plus grand et s’installa.
Le soir, le fils du propriétaire du chalet vint passer le week-end avec un de ses amis.
“André” se montra calme et sûr de lui. Il leur raconta qu’il avait fugué de chez lui. Compréhensifs, les deux amis l’emmenèrent dans un bar puis lui proposèrent de rester “pas trop longtemps”.
Le lendemain, il alla faire du ski avec eux et ils s’amusèrent beaucoup. Le fils du propriétaire confia la clé du petit chalet à “André”.

Le même jour, une jolie adolescente de 16 ans au physique d’adulte, Sabrina, vint trouver les policiers d’Aix-les-Bains. Elle expliqua qu’elle avait vu des photos d'”André” et, suivant les conseils de son psychologue, elle avait décidé de contacter la police.
Elle avait rencontré “André”, qu’elle appelait “Kurt”, à Toulon, vers la fin du mois d’août 1986. Elle avait alors 14 ans et “Kurt”, un jeune homme aux yeux très clairs, qui se disait “représentant en gadgets”, l’avait séduite. Ils étaient sortis ensemble durant un moment et il l’avait emmenée au café, au cinéma, au musée… Il se montrait gentil et timide. Il lui avait dit être anglais et avoir 19 ans.
Il venait la voir tous les samedis après-midi et lui téléphonait deux fois par semaine. Il lui apportait des roses et des gâteaux. Il ne fumait pas, ne buvait pas et ne se droguait pas. Mais ils “s’amusaient beaucoup”. Il l’emmenait se promener dans la nature, au Mont Revard.
Il lui avait expliqué qu’il dormait dans des hôtels ou des granges ou dans des maisons vides. Il avait possédé plusieurs voitures différentes et il était évident qu’il adorait les voitures. Il lui avait dit être un espion et travailler pour le gouvernement italien.
Un jour, il s’était disputé avec un conducteur et l’avait insulté en italien. Sabrina lui avait alors posé des questions. “Kurt” avait fini par lui expliquer, en larmes, qu’il était bien Italien et… qu’il avait tué ses parents. Ils s’étaient disputés à cause de la voiture et il les avait poignardés. Son père était policier et il avait vécu à Mestre, près de Venise. Son vrai nom de famille était “Juce”. Lorsque Sabrina lui avait conseillé de se rendre, il avait expliqué qu’il ne voulait plus jamais se retrouver en “prison psychiatrique”.
Il avait ensuite démenti toute l’histoire et avait affirmé être agent secret, puis gangster, ou trafiquant de voitures volées, tailleur à Toulon ou disc jockey…
À partir du printemps 1987, il s’était mis à porter un revolver constamment sur lui et Sabrina avait pris peur. À la fin de l’année, elle avait commencé à se lasser de ses mensonges. Puis, elle s’était affolée : un soir, il l’avait emmenée dans une grange et l’avait ligotée, mais elle s’était mise à pleurer et il l’avait détachée. Il “jouait” aussi à l’étrangler.
Ils avaient rompu en novembre 1987.

Le parcours de Succo entre Aix les Bains et Toulon

Le parcours de Succo entre Aix les Bains et Toulon

Interrogée par les policiers du SRPJ de Marseille, Sabrina expliqua que “Kurt” avait été plusieurs fois blessé, qu’elle l’avait vu avec une voiture marron à la vitre brisée, une Renault.
Selon “Kurt”, il était en France depuis avril 1986.
Elle donna les noms des voitures qu’elle l’avait vu conduire, les hôtels où ils étaient allés, et décrivit un fusil à lunette avec lequel elle avait fait du tir en montagne avec lui.
Elle reconnut des objets trouvés dans la R21 découverte aux Choseaux, dont la carabine 22 long rifle à lunette, et dans d’autres véhicules.
Le 3 avril 1987, “Kurt” avait emmené Sabrina à l’hôtel, juste après avoir assassiné le policier André Castillo.
Le 27 avril, elle avait revu “Kurt” après les vacances de Pâques, puis il avait enlevé France Vu-Dinh et le Dr Michel Astoul.

En fait, l’existence de Sabrina expliquait les allées et venues d’ “André / Kurt” dans toute la région. Il revenait simplement la voir après ses “escapades”.
Les enquêteurs emmenèrent Sabrina à Annecy pour lui faire reconnaître les hôtels où elle avait séjourné avec “Kurt”.

Le dimanche, les deux amis italiens laissèrent “André” dans le petit chalet, lui faisant promettre de partir bientôt. Évidemment, il n’en avait pas l’intention et se voyait plutôt passer plusieurs mois dans la maisonnette. Le père du garçon vint le trouver et, tout aussi amical que son fils, lui demanda simplement de ne pas rester trop longtemps.

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