Le Zodiac

Nom : Inconnu.
Surnom : Le Zodiac, le tueur du Zodiac
Né le : Sans doute à la fin des années 1930, quelque part en Californie.
Mort le : Inconnu.

Inspirateur de nombreux livres et films, le tueur du Zodiac a assassiné 5 jeunes gens et en a grièvement blessé 2 autres entre 1968 et 1969. Lâche et brutal, il a abattu ses victimes avec une arme à feu ou les a poignardé lors d’attaques éclair. Digne émule de Jack l’Eventreur, il a envoyé de nombreux courriers moqueurs et provocateurs aux journaux de la région de San Francisco. Plusieurs suspects ont été nommés, voir accusés, par les policiers et des enquêteurs amateurs, mais personne n’a jamais pu découvrir sa véritable identité.

CRIMES

Les villes de Vallejo et de Benicia se situent sur la rive de la baie San Pablo et du détroit de Carquinez, à 30km au nord-est de San Francisco. A la fin des années 1960, la région entourant les deux cités ouvrières était pratiquement inhabitée. Encore de nos jours, seules quelques routes bitumées parcourent les étendues stériles du comté de Solano au-dessus de l’autoroute Vallejo-Benicia. L’une de ses routes se nomme Lake Herman Road.

Herman Road

Lake Herman Road

Vers 21h00, le vendredi 20 décembre 1968, une voiture de couleur claire, sans doute une Chevrolet Impala, fut remarquée près de l’entrée de la station service située au bord de Lake Herman Road. Le même véhicule fut aperçu une heure plus tard par différents témoins.
Entre ces deux moments, un jeune homme et sa petite amie étaient garés dans un petit parking gravillonné, non loin de là, lorsqu’une voiture claire roulant en direction de Vallejo ralentit pour se garer à quelques mètres d’eux. La voiture commença ensuite à faire doucement marche arrière pour se mettre derrière eux. Les deux jeunes gens, peu rassurés par ces manœuvres, démarrèrent immédiatement et partirent vers Benicia. La voiture les suivit jusqu’à la sortie suivante, qu’ils prirent, puis continua seule vers l’est sur Lake Herman Road.

Plus tard, deux adolescents, David Faraday et Betty Lou Jensen, 17 et 16 ans, se garèrent au même endroit, sur le parking gravillonné. Bons élèves, jeunes gens sérieux, ils avaient expliqué aux parents de Betty Lou qu’ils se rendaient à un concert de Noël… mais avaient en fait conduis jusqu’à ce parking isolé, connu comme un « coin des amoureux ». Moins d’une heure après qu’ils se soient garés, vers 23h15, une voiture s’arrêta derrière eux.
Le conducteur en sortit et, sans prévenir, il commença à leur tirer dessus avec un pistolet.
Il fit exploser la vitre arrière, puis fit feu dans la vitre droite et le pneu arrière gauche, et fit le tour pour tirer dans le pare-brise, sur la gauche. Terrifiés, les deux adolescents tentèrent de s’enfuir en ouvrant les portières du véhicule.

David Faraday parvint à sortir de sa voiture et fit quelques pas vers la route, mais fut tué d’une balle en pleine tête, à bout portant.
Betty Lou Jensen se mit à courir vers la route. Son corps fut retrouvé à 15 mètres de la voiture. Il semble que le tueur l’a manquée deux fois, puis soit parvenu à la toucher. Alors qu’elle gisait sur le sol, blessée, il lui tira quatre autres balles dans le dos.
Le tueur remonta immédiatement dans sa voiture et partit en trombes.
Une jeune femme remarqua une Chevrolet de couleur claire qui fonçait en direction de Benicia… et découvrit quelques secondes plus tard les corps des deux adolescents.

Malgré les efforts du sergent Les Lundbald, du bureau du shérif du comté de Solano, l’aide d’une dizaine d’enquêteurs locaux et la proposition d’une récompense par les camarades de classes de David et Betty Lou, le tueur ne fut pas identifié.

Un autre tueur ?
Certains enquêteurs pensèrent que le couple avait été tué pour une histoire de drogue. David Faraday savait qu’une grosse vente de drogue se préparait dans le coin et en avait parlé naïvement autour de lui. Il aurait été assassiné par l’un des vendeurs…
Certains considèrent également que David Faraday et Betty Lou Jensen n’ont pas été assassinés par le Zodiac parce que ce dernier n’a envoyé aucune lettre juste après leur meurtre. Toutefois lorsqu’il a finalement envoyé un courrier pour s’attribuer leur meurtre, il a fourni des détails exacts et non connus du public.

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Blue Rock Spring

Six mois plus tard, le soir du samedi 4 juillet 1969, Darlene Ferrin, 22 ans, et Michael Mageau, 19 ans, étaient garés dans la voiture de la jeune femme, sur le parking du golf de Blue Rock Spring (non loin de Vallejo), un endroit apprécié des adolescents.
Darlene travaillait comme serveuse dans un restaurant. Elle vivait avec son second époux, Dean, et leur petite fille Dena, mais flirtait souvent avec d’autres garçons, dont Michael Mageau, qui était célibataire et travaillait comme ouvrier.
Darlene étaient venue chercher Michael une demi-heure plus tôt pour aller manger mais elle lui avait indiqué qu’elle voulait en fait lui parler. Darlene avait éteint les phares et avait laissé la radio allumée.
Quelques minutes plus tard, trois voitures conduites pas de jeunes fêtards entrèrent sur le parking. Les jeunes criaient, riaient et firent claquer quelques pétards, mais ne restèrent pas bien longtemps.
Vers minuit, une autre voiture, une Ford ou une Chevrolet beige, provenant vraisemblablement de Vallejo, entra sur le parking. Son occupant, un homme seul, éteignit les phares et se gara près de la voiture de Darlene Ferrin, un peu en arrière. Il laissa tourner le moteur un moment.
Michael demanda à Darlene si elle connaissait le conducteur et elle répondit « Oh, on s’en fiche ». Michael ne put dire si cela signifiait qu’elle le connaissait, ou si elle s’en moquait, tout simplement. Il voulut en savoir plus, mais l’inconnu fit soudain marche arrière, sortit du parking et repartit vers Vallejo.

Cinq minutes plus tard, la voiture beige était de retour sur le parking. Elle se gara derrière Darlene et Michael, un peu sur leur droite. Le conducteur laissa ses phares allumés, cette fois, et sortit du véhicule. Il marcha tranquillement vers la portière passager, une lampe torche à la main, qu’il dirigea dans les yeux des deux jeunes gens. Michael Mageau crut qu’ils avaient affaire à un policier et commença à chercher sa carte d’identité.
Mais l’homme sortit brusquement un pistolet et tira plusieurs balles de calibre 9mm. Plusieurs des balles atteignirent Michael au visage et au torse, traversèrent son corps et touchèrent Darlene.
Terrorisé, Michael parvint, malgré la douleur, à se glisser sur le siège arrière. Il fut de nouveau touché, au genou gauche. Le tireur s’en prit ensuite à Darlene, la touchant aux deux bras et dans le dos alors qu’elle tentait d’ouvrir sa portière pour s’enfuir.
Le tueur repartit tranquillement vers sa voiture lorsqu’il entendit Michael gémir de douleur. Il revint sur ses pas et tira deux balles sur chacun des deux jeunes gens, puis remonta dans son véhicule. Il fit demi-tour et partit en direction de Vallejo.
Souffrant horriblement mais toujours conscient, Michael Mageau parvint à allumer les feux de détresse de la voiture pour appeler à l’aide. Il ouvrit ensuite la portière et se laissa tomber sur le sol du parking.
Un voisin du golf entendit les coups de feu et appela la police.

Plusieurs véhicules de police et une ambulance arrivèrent rapidement, avertis par des adolescents qui avaient découverts les deux jeunes victimes sur le parking. Malheureusement, ils arrivèrent trop tard pour Darlene Ferrin, qui mourut dans l’ambulance l’emmenant à l’hôpital, à 00h38. Michael Mageau fut plus chanceux : il entra immédiatement en chirurgie et, par miracle, il survécut.
Il avait pu apercevoir le profil de son assaillant. Il le décrivit comme un homme blanc, assez jeune, de taille moyenne, environ 1m75, costaud, dans les 90 kilos, avec un large visage et des cheveux bruns.

A 00h40, un homme appela la police de Vallejo depuis une cabine publique. Selon l’officier qui répondit, la voix était celle d’un homme mature qui s’exprimait sans accent. Il parlait de manière mécanique, comme s’il lisait un texte. Le policier tenta de lui demander son identité mais l’homme ne se laissa pas interrompre : «Je veux signaler un double meurtre. Si vous allez à 1km et demi à l’est de Columbus Parkway, vers le parc public, vous trouverez des gosses dans une voiture marron. Ils ont été abattus avec un Luger 9mm. J’ai aussi tué les gosses l’année dernière. Au revoir.»
Il s’avéra que la cabine téléphonique était située à quelques pâtés de maison du bureau du shérif du comté de Vallejo.

Plusieurs des amis de Darlene Ferrin affirmèrent à la police qu’elle avait été suivie par un homme dans les mois précédents sa mort ou, au moins, qu’elle avait reçu des visites non désirées… Le mari de Darlene, Dean Ferrin, expliqua qu’il n’avait pas remarqué de comportement inhabituel ou d’anxiété de la part de son épouse. Le « harceleur » était sans doute George Waters, un homme originaire de Vallejo qui avait été repoussé plusieurs fois par Darlene et qui, selon plusieurs personnes, ne l’avait pas pris « courtoisement »… Mais les policiers établirent que Waters regardait des feux d’artifices avec son épouse au moment des meurtres.
On soupçonna également Dean Ferrin, qui aurait pu être jaloux que sa femme retrouve un autre homme, seule, le soir. Mais il avait un alibi : de nombreuses personnes l’avait vu dans le restaurant où il travaillait à l’heure du meurtre.

Quelques semaines plus tard, le 31 juillet 1969, les journaux San Francisco Examiner, le San Francisco Chronicles et le Vallejo Times-Herald reçurent chacun une lettre revendiquant les meurtres de Vallejo, ainsi que le tiers d’un cryptogramme.
Les affirmations de l’auteur étaient soutenues par une connaissance intime et détaillée des crimes. Pire : il promettait de faire d’autres victimes si son message n’était pas publié en première page le 1er août.
Les trois lettres étaient légèrement différentes mais étaient toutes signées de la même manière : un cercle barré d’une croix, telle une cible, qui allait devenir la signature du « Zodiac ».
Le Vallejo Times Herald publia la lettre reçue dans sa totalité :

« Cher Rédacteur en chef
Je suis l’assassin des deux adolescents Noël dernier à Lake Herman et de la fille le 4 juillet dernier. Pour prouver cela je vais énoncer quelques faits que seul moi + la police savons.
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Noël
1. Nom de la marque des munitions Super X
2. 10 coups tirés
3. Le garçon avait les pieds tournés vers la voiture
4. La fille était allongée sur son côté droit les pieds à l’ouest

4 juillet
1. La fille portait un pantalon à motifs
2. Le garçon a aussi été touché au genou
3. Le nom de la marque des munitions était Western

Voici un message crypté qui est la première partie. Les 2 autres parties de ce message crypté ont été envoyées au SF Examiner + au SF Chronicle.

Je veux que vous imprimiez ce message crypté sur votre première page pour vendredi après-midi 1er août 69, Si vous ne le faites pas je vais faire un carnage vendredi soir qui durera tout le week-end. Je roulerai et je tuerai au hasard les personnes parasites et les couples qui sont seuls puis j’irai en tuer d’autres jusqu’à ce que j’ai tué plus d’une dizaine de personnes. »

La lettre envoyée au Chronicle était similaire, mais donnait une raison supplémentaire de publier le message codé : « Dans le message est mon identité ».

Le cryptogramme fut résolu en moins d’une semaine par un professeur de lycée de Salinas et son épouse, M. et Mme Harden. Bien que le tueur ait affirmé le contraire au Chronicle, le message ne révélait pas son identité. La solution fut soumise à la police de Vallejo le 8 août, vérifiée par l’unité cryptographique du Centre de Communication Navale de l’île de Skaggs, puis publié le 9 août par le San Francisco Chronicles et le Vallejo Times-Herald.

« J’AIME TUER DES GENS PARCE QUE C’EST TELLEMENT PLUS AMUSANT QUE DE CHASSER DANS LA FORET PARCE QUE L’HOMME EST L’ANIMAL LE PLUS DANGEREUX DE TOUS TUER QUELQUE CHOSE ME DONNE L’EXPERIENCE LA PLUS EXCITANTE C’EST ENCORE MEILLEUR QUE DE SE FAIRE UNE FILLE LA MEILLEURE PARTIE EST QUE LORSQUE JE MOURRAI JE RENAITRAI AU PARADIS ET TOUT CEUX QUE J’AI TUE DEVIENDRONT MES ESCLAVES JE NE VOUS DONNERAI PAS MON NOM PARCE QUE VOUS ESSAIYEREZ DE ME RALENTIR OU DE M’EMPECHER DE COLLECTER DES ESCLAVES POUR MA VIE APRES LA MORT.
EBEORIETEMETHHPITI »

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Les polices de Vallejo et de San Francisco cherchèrent sans succès des empreintes sur les lettres et les enveloppes.

Le 2 août, les trois morceaux du message crypté avaient été publiés. Le chef de la police de Vallejo, Jack Stiltz, expliqua que la police n’était pas sûre que le cryptogramme ait bien été rédigé par l’assassin… mais que c’était « possible ». Il demanda publiquement au tueur d’envoyer une nouvelle lettre à la police « avec plus de faits avérés afin de prouver » qu’il était bien le coupable.
Le tueur s’exécuta. Il envoya un nouveau courrier au San Francisco Examiner, qui fut reçu le 4 août. La lettre de trois pages était signée « Le Zodiac ».

« C’est la Zodiac qui vous parle.
En réponse à votre demande, concernant le bon temps que j’ai pris à Vallejo, je serais très heureux de vous fournir plus de détails. D’ailleurs, la police prend-elle du bon temps avec le code ? Si ce n’est pas le cas, dites-leur de garder espoir ; lorsqu’ils le craqueront, ils m’auront.
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Le 4 juillet : je n’ai pas ouvert la portière de la voiture. La fenêtre était déjà descendue. Le garçon était assis devant, au départ, lorsque j’ai commencé à tirer. Lorsque j’ai tiré le premier coup vers sa tête, il a sauté vers l’arrière en même temps, et je l’ai manqué. Il s’est retrouvé sur le siège arrière, puis le plancher se débattant violemment avec ses jambes ; c’est pour ça que je lui ai tiré dans le genou. Je n’ai pas quitté la scène du crime en faisant crisser mes pneus + moteur rugissant, comme l’a décrit le journal de Vallejo. Je suis parti plutôt lentement pour ne pas attirer l’attention vers ma voiture. L’homme qui a dit que ma voiture était marron était un nègre de 40-45 ans habillé de vêtements usés. J’étais dans ce téléphone public à m’amuser avec le policier de Vallejo lorsqu’il est arrivé. Lorsque j’ai raccroché le téléphone, cette saleté de truc a commencé à sonner et ça a attiré l’attention vers moi + ma voiture.

Noël dernier
Dans cet épisode la police se demandait comment je pouvais tirer + toucher mes victimes dans l’obscurité. Ils ne l’ont pas dis ouvertement mais l’ont insinué en disant que c’était une nuit bien éclairée + Je pouvais voir les silhouettes à l’horizon. Connerie. Cet endroit est entouré de collines élevées + arbres. Ce que j’ai fait c’est scotcher une petite lampe torche sur le canon de mon pistolet. Vous remarquerez, au centre du faisceau de lumière si vous visez sur un mur ou un plafond vous verrez un point noir ou sombre au centre du cercle de lumière d’environ 10cm. Lorsqu’elle est attachée au canon d’un pistolet, la balle va toucher au centre du point noir dans la lumière. Tout ce que j’ai eu à faire a été de les arroser comme si c’était un tuyau d’arrosage ; pas besoin d’utiliser le viseur du pistolet. Je n’ai pas été content de voir que je ne faisais pas la première page.
Pas d’adresse »

La police n’ayant pas réussi à trouver d’empreinte digitale sur les lettres précédentes, ce dernier courrier fut directement confié au laboratoire du FBI, qui détermina que la lettre avait été écrite sur du papier de marque « Cinquième Avenue », vendu par les supermarchés Woolworth. Le laboratoire releva plusieurs empreintes utilisables mais elles ne furent jamais reliées à aucun suspect.

Le lac Berryessa

Le lac Berryessa

Le 27 septembre 1969, sur la rive ouest du lac Berryessa, à 90km au nord-est de San Francisco, dans le comté de Napa, trois jeunes femmes se garèrent sur un parking vers 15h, avec l’intention d’aller se promener. Un homme conduisant une Chevrolet bleu clair à deux portes avec des plaques d’immatriculation Californiennes, démarra juste derrière elles. Il roula sur quelques mètres puis fit demi-tour pour venir se garer juste à côté d’elles. Il resta assis, les yeux tournés vers le bas, comme s’il lisait un livre ou une carte.
Les 3 jeunes femmes sortirent de leur voiture et vinrent s’installer au bord du lac, où elles prirent le soleil durant une demi-heure. Elles remarquèrent alors l’homme de la Chevrolet, en train de les observer. Il était rasé, propre, et avait un physique avenant. Il mesurait environ 1,80m et devait peser plus de 90kg, avec des cheveux bruns séparés par une raie. Il portait un sweat-shirt molletonné noir à manches courtes par dessus un t-shirt et un pantalon sombre.
L’homme les regarda sans un mot durant encore une vingtaine de minutes, en fumant des cigarettes, puis s’en alla. Lorsque les jeunes femmes retournèrent à leur voiture, vers 16h30, la Chevrolet bleu clair n’était plus là.

Quelques heures plus tard, Cecelia Shepard et Bryan Hartnell, deux étudiants originaires d’Angwin comme les 3 jeunes femmes, vinrent pique-niquer à Twin Oak Ridge, une péninsule déserte à l’ouest du lac Berryessa. En début de soirée, ils furent approchés par un homme d’environ 1,80m, aux cheveux bruns, massif, portant un blouson noir et des vêtements noirs qui semblaient mouillés.
Cecelia, qui l’aperçu la première, remarqua qu’il portait des lunettes. Selon Bryan Hartnell, il était « dans la trentaine et tout à fait banal ». Mais lorsque l’homme s’approcha un peu plus, Bryan remarqua qu’il était plus jeune et plus costaud qu’à première vue.
lbsfsketchL’inconnu se pencha soudainement derrière l’un des arbres alentours, mit une étrange cagoule rectangulaire sur sa tête, puis réapparu plusieurs mètres plus loin. La cagoule était bien cousue, noire, et comportait une sorte de bavoir qui descendait presque jusqu’à la taille de l’homme. Un symbole clair était brodé dessus : la cible que le « Zodiac » avait tracée dans sa lettre au cryptogramme… et qui allait servir de signature au tueur dans les lettres à venir. Il avait découpé des trous dans le tissu pour les yeux et la bouche et portait également des lunettes de soleil.
A la ceinture, l’homme portait un long couteau dans une gaine en bois, ainsi qu’un holster en cuir. Il s’approcha du jeune couple, un gros pistolet semi-automatique à la main, et le pointa vers Cecelia et Bryan.
D’une voix calme et monotone, il affirma : « Je veux votre argent et les clés de votre voiture ». Il ajouta : « Je veux votre voiture pour aller au Mexique ». Bryan Hartnell lui tendit les clés de sa Volkswagen et toute la monnaie qu’il avait dans ses poches.
L’homme prit l’argent mais jeta les clés sur la couverture de pique-nique. Il rangea ensuite son arme dans son holster. Bryan lui proposa de l’aider mais l’homme répondit « Non. On n’a plus le temps ». L’homme expliqua alors qu’il s’était évadé d’une prison dans le nord-ouest du pays, qu’il avait tué un surveillant pénitentiaire et qu’il avait « une voiture volée et rien à perdre. Je n’ai plus un sous ».
L’homme avait une voix tout à fait normale, il ne s’exprimait pas avec un vocabulaire élaboré mais ne semblait pas non plus ignare. Il n’avait aucun accent et parlait juste un peu lentement.
Espérant que l’homme allait simplement partir avec sa voiture, Bryan Hartnell se détendit et tenta de discuter avec l’inconnu pour l’amadouer.
Ils parlèrent durant quelques minutes de sa voiture mais, soudainement, l’homme saisit une corde à linge coincée dans sa ceinture et ordonna à Cecelia d’attacher les mains de Bryan. Les deux jeunes échangèrent un regard hésitant et l’homme se mit à crier « A terre ! Maintenant ! ». Cecelia ligota alors son ami, puis tendit son porte-monnaie à l’inconnu, qui l’ignora totalement. L’homme attacha à son tour la jeune femme, puis resserra les nœuds de Bryan. Le jeune homme remarqua alors que les mains de leur agresseur tremblaient et qu’il semblait particulièrement nerveux.

La portière

La portière

Il se redressa et lâcha « Je vais devoir vous poignarder ». Bryan répondit « Je ne supporterais pas de la voir poignardée. Frappez-moi d’abord ».
Le tueur acquiesça.
Il utilisa un long couteau à double tranchant, peut-être une baïonnette, avec un manche en bois.
L’agresseur poignarda Bryan Hartnell par six fois dans le dos. Il frappa la jeune Cecelia Shepard de dix coups de couteau, 5 fois devant et 5 fois dans son dos.
Il les laissa pour morts et marcha jusqu’à la voiture de Bryan. Utilisant un marqueur noir, il traça sur la portière son symbole (la cible) et les dates de ses meurtres précédents.

Un pêcheur entendu les cris du couple et contacta les gardes forestiers du parc. Il fallut plus d’une heure au secours pour accéder à la scène du crime. Heureusement, Bryan Hartnell survécu à ses blessures. Cecelia n’eut pas cette chance : elle succomba deux jours plus tard.

Après avoir poignardé ses deux victimes, le tueur s’arrêta près d’un téléphone public, qu’il utilisa pour appeler la police, comme il l’avait fait précédemment. La police de Napa répondit à 19h40 et retraça l’appel jusqu’à la cabine, située à côté d’une station service, à Napa.
L’homme parla d’une voix calme. « Je veux signaler un meurtre. Non, un double meurtre. Ils sont à 3km au nord de Park Headquarters. Il était dans une Volskwagen Kharmann Ghia blanche ». Lorsque l’opérateur lui demanda d’où il appelait, l’homme répondit « Je suis celui qui les a tué ». Puis, il lâcha simplement le combiné du téléphone et s’en alla.
Des policiers scientifiques trouvèrent une empreinte de paume claire et bien formée sur le combiné du téléphone. Malheureusement, le technicien qui la releva était tellement nerveux qu’il la brouilla totalement en étalant la poudre. Elle se révéla inutilisable.

Au lac Berryessa, les enquêteurs trouvèrent une série d’empreintes de pas menant à la scène de crime et en partant. Les analyses permirent de déterminer que les chaussures étaient des sortes de rangers, de taille 10 ½ (44). Enfoncées profondément dans le sol, les empreintes suggéraient un homme lourd, corpulent.

Washington Street

Washington Street

Le soir du samedi 11 octobre 1969, un jeune chauffeur de taxi de San Francisco, Paul Stine, prit en charge un client à Union Square, en direction du Presidio, tout au nord de la péninsule de San Francisco. Paul Stine indiqua à son dispatcher qu’il se rendait au coin de Washington et de Maple Street, à Presidio Heights. Vers 21h55, son taxi était arrêté à un pâté de maison plus à l’ouest, lorsque le passager tira dans la tête de Paul Stine, à bout portant.
Des témoins aperçurent l’homme penché à l’avant du taxi, alors qu’il prenait les clés et le portefeuille de Paul Stine. Il coupa ensuite un grand morceau de la chemise du jeune chauffeur, la trempa dans son sang et la prit avec lui, avant de s’éloigner calmement vers le nord.

Trois adolescents vivant dans un appartement de Washington Street, juste en face du taxi, furent attirés par le coup de feu et virent le tueur alors qu’il découpait la chemise de Paul Stine. L’homme prit également le porte feuille de Stine, puis essuya l’intérieur et l’extérieur du taxi, s’appuyant brièvement sur la portière.
Les adolescents appelèrent la police à 21h58 mais, dans leur affolement, ils se firent mal comprendre et le dispatcher de la police indiqua dans le signalement que l’assassin était… noir. Aussi, lorsque les policiers Donald Foukes et Eric Zelms se rendirent sur les lieux et remarquèrent un homme blanc assez corpulent marchant sur Jackson Street, ils ne tentèrent pas de l’arrêter.
Quand les adolescents leur fournirent à nouveau la description du tueur (un homme blanc et massif, dans les 30 ans, environ 1m75, des cheveux bruns en brosse, portant des lunettes épaisses et des vêtements sombres), Foulkes et Zelms firent marche arrière pour retrouver l’homme qu’ils avaient croisé. En vain.
Un mois plus tard, l’agent Foukes allait décrire le suspect comme un homme de 35-40 ans, d’environ 1m70, dans les 85 à 90 kg. Assez corpulent, le torse large, de teint clair, portant des lunettes épaisses. Foukes expliqua que l’homme avait des cheveux clairs, mais admit par la suite que la lumière des lampadaires avait pu l’induire en erreur. Il portait un vêtement sombre avec des bandes bleues et un large pantalon marron. “ Le sujet n’a jamais semblé vouloir se presser mais marchait avec la tête penchée vers l’avant. L’apparence générale du sujet pour le classifier dans un groupe serait qu’il pourrait être d’origine Galloise (sic) ”.
Un agent du Département californien de la Justice, Mel Nicolai, qui enquêta quasiment sur tous les meurtres du Zodiac, affirma par la suite que les agents Foukes et Zelms avaient tout d’abord décrit l’homme comme « mesurant au moins 1m80 et pesant plus de 90kg ».

Les enquêteurs pensèrent que la balle qui avait tuée Paul Stine était de calibre .38 mais les analyses balistiques déterminèrent que c’était du 9mm. Elle n’était pas de la même marque que celles utilisées lors du meurtre de Darlene Ferrin, mais elle avait été tirée avec la même arme.
La police scientifique découvrit 30 empreintes de doigts et 3 de paumes sur la carrosserie et à l’intérieur du taxi. Les empreintes relevées sur la portière du côté passager étaient relativement claires et les techniciens pensèrent qu’elles avaient été laissées par le tueur, mais elles pouvaient appartenir à l’un des policiers, à un pompier ou même à un technicien de la police…
D’autres empreintes, moins précises, ensanglantées, étaient sûrement celles de l’assassin. Ces empreintes ne furent jamais reliées à aucune des millions d’empreintes de la base de données nationale du FBI, peut-être parce qu’elles n’étaient pas assez détaillées.
Les enquêteurs trouvèrent également une paire de gants en cuir de taille XXL, mais on ne su pas si elle appartenait ou non au tueur.

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