donald harvey

Donald Harvey

Nom : Donald Harvey
Surnom : « l’ange de la mort ».
Né le : 15 avril 1952 à Booneville, Kentucky
Mort le : 30 mars 2017, battu à mort dans sa cellule du pénitencier de Toledo (Ohio).


Jeune homme intelligent, discret et maniéré, Donald Harvey a assassiné plusieurs dizaines de patients alors qu’il travaillait dans différents hôpitaux du Kentucky et de l’Ohio en tant qu’aide-soignant. Il a juré qu’il n’avait fait que mettre fin aux souffrances de patients en fin de vie… avant d’admettre qu’il avait voulu « jouer à Dieu ».

Informations personnelles

Donald Harvey, à 2 ans
Donald Harvey, à 2 ans

Donald Harvey est né dans le comté de Butler, dans l’Ohio, en 1952. Peu après sa naissance, ses parents déménagèrent à Booneville, dans le Kentucky, une petite ville nichée sur le versant Est des montagnes des Appalaches.
Ses parents ne s’entendaient pas et se disputaient souvent, ils se séparèrent même durant quelques mois avant de s’installer à nouveau ensemble. Ils étaient très pauvres et la vie était difficile. Les grands-parents et les voisins de Donald Harvey s’occupèrent fréquemment de lui.

En août 1987, lors d’un entretien avec la journaliste du Cincinnati Post Nadine Louthan, la mère de Donald Harvey, Goldie, expliqua que son fils avait été élevé dans un environnement familial aimant. « Mon fils a toujours été un bon garçon », selon elle.

Martha D. Turner, qui était directrice de l’école élémentaire où Harvey a étudié pendant huit ans, a tenu le même discours au Cincinnati Post : « Donnie était un enfant très spécial pour moi. Il était toujours propre et bien habillé, les cheveux coupés. C’était un enfant heureux, très sociable et aimé des autres enfants. C’était un beau garçon aux grands yeux bruns et aux sombres cheveux bouclés… Il avait toujours un sourire pour moi. Il n’y a jamais eu la moindre indication d’une quelconque anomalie ».

Les anciens camarades de classe de Donald Harvey le décrivent quant à eux comme un solitaire et “le chouchou des profs”. Il participait rarement aux activités parascolaires, optant plutôt pour la lecture.

Selon ce que Donald Harvey a révélé après son arrestation, son oncle Wayne Bird (le demi-frère de sa mère) a abusé de lui sexuellement lorsqu’il se rendait dans la maison de sa grand-mère, à partir de 1956 (Harvey avait 3 ans et demi, Wayne avait 11 ans). Au départ, l’oncle demanda à Donald Harvey de le masturber, puis ils passèrent à la fellation.

Harvey, à l'âge de 9 ans
Harvey, à l’âge de 9 ans

Peu après, en 1957, un voisin plus âgé, Dan Thomas, abusa également du jeune Donald, qui avait alors 5 ans.
Ces abus durèrent jusqu’à ce que Donald Harvey atteigne l’âge de 20 ans et provoquèrent chez lui un mélange de dégoût, de peur et d’incompréhension : Donald Harvey allait plus tard avouer qu’il appréciait que Dan Thomas lui donne de l’argent en échange des relations sexuelles.

Harvey entra au lycée Booneville High School en 1968. Obtenant de bonnes notes dans la plupart des matières en produisant peu d’effort, il s’ennuya rapidement de la routine quotidienne et quitta le lycée. N’ayant pas d’objectifs réels, Harvey n’était pas sûr de ce qu’il voulait faire de sa liberté. Pour des raisons inconnues, il décida finalement de déménager à Cincinnati, dans l’Ohio, où il obtint un emploi dans une usine locale.

En 1968, il obtint son GED (General Educational Development) par correspondance de l’école de Chicago.
La même année, il eut son premier rapport sexuel consenti avec un autre jeune homme. L’année suivante, à l’âge de 17 ans, il commença une relation occasionnelle et épisodique avec James Peluso, qui allait durer presque 15 ans.

En 1970, le travail se fit plus rare à l’usine et Harvey fut finalement licencié. Sa mère l’appela quelques jours plus tard et lui demanda de se rendre dans le Kentucky pour rendre visite à son grand-père malade, qui avait récemment été admis à l’hôpital. Harvey accepta et partis pour l’hôpital Marymount de London, dans le Kentucky.
Personne ne le savait à l’époque, mais ce voyage allait se révéler être le début de son errance meurtrière.

Crimes et châtiment

Le Marymount Hospital
Le Marymount Hospital

Dans le Kentucky, Harvey passa beaucoup de temps à l’hôpital Marymount et fut bientôt connu et très apprécié des religieuses qui y travaillaient. Au cours d’une conversation, l’une des religieuses demanda à Harvey s’il serait intéressé par un travail d’aide-soignant. Comme il était sans emploi et ne voulait pas retravailler dans une usine, Harvey accepta. Il commença dès le lendemain. Bien qu’il n’ait aucune formation médicale ni sociale, les nouvelles fonctions de Donald Harvey lui permirent de passer des heures seul avec les patients. Certaines de ses fonctions incluaient de changer les bassins des patients, mais aussi l’insertion de cathéters et la distribution de médicaments.

Les premières semaines d’Harvey à l’hôpital se déroulèrent sans incident, mais quelque chose finit par changer. Selon les aveux qu’il donna des années plus tard, il se considérait comme un « ange de la mort » : il assassinait des patients en souffrance, soi-disant par pitié envers eux.
Mais les détails qu’il révéla à propos de son tout premier meurtre démentent cette description altruiste.

Il tua pour la toute première fois le 30 mai 1970, alors qu’il n’avait pas encore 18 ans. Il s’approcha d’un patient qui avait eu une crise cardiaque, Logan Evans. Harvey allait affirmer par la suite qu’Evans l’avait frappé au visage. Il étouffa son patient avec un morceau de plastique et un oreiller (Il mit un sac en plastique entre son visage et un oreiller afin d’éviter que des fibres ne se retrouvent dans les voies respiratoires de Logan Evans et qu’on l’on soupçonne un meurtre lors d’une éventuelle autopsie). Il écouta son cœur avec un stéthoscope jusqu’à ce qu’il cesse de battre. Il se débarrassa du plastique puis nettoya Logan Evans et le vêtit d’une tenue d’hôpital propre. Il prévint ensuite l’infirmière de garde que le patient ne réagissait plus. On pensa que Logan Evans avait simplement fait une seconde crise cardiaque.

Le lendemain, Harvey tua James Tyree, un patient atteint d’un cancer, « par accident ». Il se trompa en utilisant la mauvaise taille de cathéter pour une sonde urinaire. Tyree le laisser faire, mais lorsque la douleur le saisit, il lui cria d’enlever le canule. Harvey le maintenu avec ses mains jusqu’à ce qu’il vomisse du sang et meurt d’une hémorragie interne.

À peine trois semaines après avoir commis ses premiers meurtres, Donald Harvey tua de nouveau, le 22 juin 1970. Il débrancha le réservoir d’oxygène d’une dame âgée, Elizabeth Wyatt. Il allait affirmer par la suite que c’était son premier « meurtre par pitié » : il savait que cette dame était en train de prier pour mourir. Il baissa son approvisionnement en oxygène au minimum. Quatre heures plus tard, une infirmière trouva Elizabeth Wyatt morte.

Le 10 juillet 1970, il assassina Eugene McQueen en le tournant sur le ventre alors qu’il savait qu’il ne devait pas le faire. Le vieil homme se noya dans ses propres secrétions. Harvey informa l’infirmière de garde que « McQueen avait l’air mal », mais elle lui répondit de s’occuper de lui malgré tout. Harvey lui fit donc prendre un bain après sa mort, afin d’éviter les soupçons. L’hôpital couvrit cette erreur en la mettant sur le compte de sa jeunesse et de « sa naïveté », et tant qu’il travailla au Marymount, les médecins et les infirmières le taquinèrent pour avoir donné un bain à un mort…

Le 12 juillet, il tua Harvey Williams par accident en utilisant un réservoir à oxygène défectueux. Williams fit un arrêt cardiaque et mourut.

Le 27 juillet, durant l’une de ses gardes du soir, il commit son premier assassinat prémédité. Des années plus tard, dans une interview en 1997 avec un journaliste, Harvey expliqua que, lorsqu’il était entré dans une chambre privée pour vérifier comment se portait la victime d’un AVC, Ben Gilbert, ce dernier avait frotté des excréments sur son visage. Harvey s’était mis en colère et avait perdu tout contrôle. « Tout ce dont je me souviens, c’est que je l’ai étouffé. C’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. J’ai pété un plomb. Je venais aider cet homme et il voulait frotter ça sur mon visage. »
En fait, Ben Gilbert avait quasiment assommé Harvey avec un urinoir en acier et avait renversé son urine sur lui parce que, désorienté par son AVC, il l’avait pris pour un cambrioleur. Donald Harvey attendit la nuit pour se faufiler dans la chambre de Ben Gilbert puis posa sur lui une sonde urinaire de taille 20 (pour les femmes) au lieu d’une taille 18 (pour les hommes). Ensuite, il redressa un cintre en acier, qu’il enfonça à travers le cathéter, perforant la vessie et l’intestin de Ben Gilbert, qui entra dans un état de choc instantané puis tomba dans le coma. Harvey retira le fil de fer, puis remplaça le cathéter de taille 20 par un 18. Il nettoya sa victime puis prit une douche avant de prévenir les infirmières que « le patient semblait aller mal ». Une infection se propagea et Ben Gilbert mourut quelques jours plus tard.

Comme les semaines passaient et que personne ne se posait de questions sur ses premiers meurtres, Harvey continua de tuer.

Il commença une relation avec un employé de pompes funèbres nommé Vernon Midden. Midden lui offrit énormément d’informations sur la façon dont le corps humain réagit lorsque certaines choses lui sont faites. Par exemple, lorsqu’on étouffe, le visage est cyanosé, c’est-à-dire qu’il prend une teinte bleutée. Mais une suffocation par un sac plastique est très difficile à déceler pour un médecin légiste. Donald Harvey apprit donc avec lui comment ne pas être soupçonné de meurtre…
Peu de temps après, Vernon Midden introduit Donald Harvey aux sciences occultes dans un groupe ésotérique, mais ne le laissa pas prendre part aux rituels parce qu’il n’était pas membre de la confrérie.

Le 15 août 1970, Donald Harvey tua intentionnellement Maud Nichols avec une bombonne d’oxygène défectueuse. La pauvre femme avait été envoyée à l’hôpital dans un état épouvantable, avec des escarres si infectées que des asticots grouillaient dans les plaies. Selon Donald Harvey, personne ne voulait lui donner de soins, alors il l’avait tuée.

Le 30 août, Harvey assassina William Bowling en « oubliant » d’ouvrir son oxygène. Bowling avait été amené à l’hôpital en raison de problèmes respiratoires. Harvey allait expliquer par la suite qu’il avait voulu « mettre fin aux terribles difficultés du patient à respirer ». William Bowling mourut d’une crise cardiaque.

Le 4 novembre 1970, Harvey tua Viola Reed en utilisant à nouveau sa bombonne d’oxygène défectueuse. Il affirma qu’elle sentait mauvais… Elle souffrait d’une leucémie et d’un déséquilibre électrolytique. Il décida de « mettre fin à ses souffrances ». Il tenta de la tuer en l’étouffant avec un plastique et un oreiller, comme il l’avait fait pour sa toute première victime, mais quelqu’un entra dans la chambre et il dut arrêter. Il décida donc d’utiliser le réservoir d’oxygène défectueux.

Le 7 décembre 1970, il fit sa dernière victime de l’année en assassinant Margaret Harrison d’une overdose de Demerol, de morphine et de codéine. Il surveilla son pouls jusqu’à ce qu’il s’arrête et qu’elle cesse de respirer.

En janvier 1971, sa relation avec Vernon Midden commença à se dégrader. Harvey sombra dans la déprime et se mit à fantasme sur la possibilité d’embaumer Midden vivant.

Le 9 janvier, il assassina Sam Carroll en utilisant sa bombonne d’oxygène défectueuse. Le patient avait une pneumonie et une obstruction de l’intestin grêle. Donald Harvey décida « qu’il avait assez souffert » et utilisa à nouveau le réservoir d’oxygène défectueux, qu’il échangea avant que les infirmières ne viennent.

Le 15 janvier, il assassina Maggie Rawlins en l’étouffant avec un plastique et son oreiller. Elle était traitée pour une mauvaise -mais simple- brûlure au bras.

Le 23 janvier, il assassina Silas Butner avec sa bombonne d’oxygène défectueuse. Le patient avait des problèmes rénaux. Harvey tenta de le tuer à plusieurs reprises en l’étouffant, mais fut à chaque fois interrompu. Cette fois, il y eut une autopsie, mais la véritable cause de la mort ne fut jamais découverte.

Le 26 janvier 1971, il utilisa à nouveau la bonbonne à oxygène défectueuse pour assassiner un patient, John Combs, qui avait des problèmes cardiaques et respirait mal. Harvey tenta de le tuer avec un sac plastique, sans y parvenir, et préféra donc revenir à sa bonbonne. Il allait affirmer plus tard que ce meurtre avait été commis « par pitié ».

Le 14 mars 1971, Donald Harvey assassina Milton Bryant Sasser en lui injectant une énorme dose de morphine, qu’il avait volée dans l’armoire des infirmières. M. Sasser était à l’hôpital pour une insuffisance cardiaque. Harvey commit l’erreur de jeter l’aiguille dans les toilettes, mais elle resta dans la cuvette. Bien que l’homme de ménage la trouva, personne ne fit jamais la connexion entre cette aiguille et le décès de Milton Sasser.

Donald Harvey, à l’âge de 18 ans, avait déjà fait 15 victimes.

Le 31 mars 1971, Donald Harvey, complétement ivre, fut arrêté pour le cambriolage d’un immeuble. Alors que les policiers l’interrogeaient, Harvey commença à parler de manière incohérente des meurtres qu’il avait commis. Les policiers, surpris, l’interrogèrent longuement sur ses crimes, mais ils furent malheureusement incapables de trouver la moindre preuve substantielle qu’il avait bien commis ces meurtres. Ils ne purent l’inculper d’aucun crime et crurent qu’il divaguait.
Quelques semaines plus tard, il fut simplement jugé pour le cambriolage et plaida coupable afin d’obtenir une peine réduite : une simple amende. Le juge, soupçonneux, le condamna toutefois à quitter le comté et l’y interdit de séjour.
Harvey fut donc obligé de quitter l’hôpital Marymount et se mit à la recherche d’un nouveau travail.

Peu de temps après, il eut son premier rapport hétérosexuel avec Ruth Anne Hodges, la fille de la famille chez qui il séjournait à Frankfort, Kentucky, alors qu’il postulait pour un emploi. Ils étaient saouls et Harvey expliqua par la suite qu’il ne se souvenait pas de ce qui s’était passé, si ce n’est qu’ils étaient nus. Neuf mois plus tard, Ruth Anne Hodges eut un fils, qu’elle appela Donald.

Début juin, Donald Harvey mit le feu à la salle de bain d’un appartement vide dans l’immeuble où il vivait « parce qu’il était déprimé ». Il avait en fait tenté de se suicider par asphyxie. Il fut arrêté et, de nouveau, simplement condamné à payer une amende de 50 $.

Harvey décida toutefois qu’il était temps pour lui de quitter le Kentucky et, le 16 juin 1971, il s’engagea dans l’US Air Force.

À la fin de l’année 1971, Donald Harvey, très déprimé, tenta de se suicider d’une overdose de NyQuil (un remède contre le rhume qui contient un sédatif et un antidouleur). Une enquête fut menée sur son geste et il dut quitter l’armée le 9 mars 1972. Son dossier ne spécifie aucun motif précis pour sa décharge autre que « raison médicale »… mais l’enquête menée sur sa tentative de suicide avait permis à ses supérieurs hiérarchiques d’apprendre qu’il avait été arrêté et soupçonné de meurtres par la police du comté de Laurel, dans le Kentucky.

Après avoir quitté l’armée, Harvey fut traité pour une grave dépression. En juillet 1972, il demanda à être volontairement interné au Centre médical des anciens combattants de Lexington, dans le Kentucky. Harvey resta dans le service psychiatrique jusqu’au 25 août, mais fut de nouveau admis volontairement quelques semaines plus tard. Après une tentative de suicide ratée à l’hôpital, suite à une grave dispute avec sa famille, Harvey fut placé sous entraves et, durant les semaines qui suivirent, il reçut de nombreux traitements par électrochocs. Le 17 octobre 1972, Donald Harvey sortit à nouveau de l’hôpital. Par la suite, Goldie Harvey allait accuser l’hôpital d’avoir libéré son fils trop brusquement : il n’avait montré aucun signe d’amélioration depuis son admission.

Harvey, qui n’avait alors que 19 ans, passa les mois qui suivirent à tenter de reprendre sa vie en main et trouva finalement un emploi comme aide-soignant à temps partiel au Cardinal Hill Hospital de Lexington.
En juin 1973, il obtint un deuxième poste d’aide-soignant au Good Samaritan Hospital de Lexington. Harvey garda ses deux emplois jusqu’en août 1974, où il obtint un poste d’opérateur téléphonique, puis il changea à nouveau lorsqu’il fut embauché comme employé de bureau à l’hôpital St. Luke de Fort Thomas, dans le Kentucky.

Harvey expliqua par la suite qu’il avait été capable de contrôler son envie de tuer pendant ce laps de temps. La vérité est surtout qu’il n’avait pas accès aux patients avec la même facilité qu’à l’hôpital Marymount, ce qui pourrait également expliquer pourquoi il a si souvent changé d’emploi durant cette période. Trop peu d’occasions se présentaient à lui. Il n’avait pas encore assez confiance en lui pour tuer dans un autre endroit que celui où il se sentait en sécurité pour commettre ses crimes (les chambres faiblement éclairées des patients). Pour assassiner ses victimes, Harvey devait d’abord trouver le bon environnement.

Durant la même période, il eut une relation avec Russell Addison. Ils vécurent ensemble pendant 10 mois.

Peu de temps après, Donald Harvey entama une relation intermittente de 5 ans avec Ken Estes. Ils vécurent ensemble durant quelque temps et Harvey s’intéressa de plus en plus à l’occulte.

En septembre 1975, Harvey retourna à Cincinnati, dans l’Ohio.

Le VA.A. Medical Center
Le V.A.A. Medical Center

Quelques semaines plus tard, il trouva un travail de nuit dans l’hôpital des anciens combattants de Cincinnati (Veterans Affair Medical Center). Les fonctions d’Harvey furent variées et il effectuait plusieurs tâches différentes, selon l’endroit où l’on avait besoin de lui. Il travailla comme assistant de soins infirmiers, homme d’entretien, technicien en charge des cathéters cardiaques et assistant d’autopsie.
Harvey, alors âgé de 23 ans, avait trouvé son sanctuaire et attendit peu de temps avant de recommencer à tuer. Comme il travaillait de nuit, il était souvent seul et avait un accès illimité à presque tous les secteurs de l’hôpital.

En septembre 1975, Donald Harvey réduisit le débit d’oxygène de Joseph Harris, ce qui conduisit à son décès (il ne fut toutefois jamais été inculpé pour ce meurtre).

Entre septembre et décembre 1975, James Twitty, James Ritter, Harry Rhodes, et Sterling Moore moururent dans le service de Donald Harvey.

Au cours des 10 années qui suivirent, Harvey assassina au moins 15 patients. Il tint un journal précis de ses crimes et prit des notes sur chacune de ses victimes, détaillant comment il les avait tuées : en appuyant un sac en plastique et une serviette humide sur leur bouche et leur nez ; en saupoudrant de la mort au rat dans le dessert ; en ajoutant de l’arsenic et du cyanure dans le jus d’orange ; en injectant du cyanure dans une intraveineuse ou dans les fesses d’un patient…
Pendant toutes ses années, Harvey affina ses techniques de meurtres en étudiant les revues médicales à la recherche de conseils sur la façon de dissimuler ses crimes.

Au fil des ans, il amassa 13 kilos de cyanure (!!!) qu’il avait patiemment volé en petite quantité à l’hôpital et qu’il gardait chez lui. En général, Donald Harvey préparait un flacon de cyanure ou d’arsenic chez lui pour l’amener à l’hôpital avec l’intention d’assassiner un patient. Quand il était seul, il glissait le mélange dans la nourriture de sa victime ou le versait directement dans sa sonde gastrique.

En juin 1977, il joignit un groupe occulte et jusqu’au début des années 1980, il participa à des cérémonies et des messes noires. Mais il préféra finalement organiser ses propres cérémonies et se créa un autel, avec des poignards, de l’encens et des bougies.

Au début des années 1980, Harvey modifia ses méthodes de meurtre et prit confiance en lui.

Il commença à sortir avec Doug Hill. Ils se disputaient souvent et, après l’une de leurs querelles, Harvey riposta en mettant de l’arsenic dans la crème glacée de Doug. Heureusement, Doug Hill eut seulement des crampes d’estomac, mais cette tentative de meurtre fut importante parce que Doug était la première personne qu’Harvey tentait d’assassiner en dehors d’un hôpital.
Ils se séparèrent peu après.

Le 1er août 1980, il commença une relation avec Carl Hoeweler. Ils s’installèrent ensemble et Harvey commença bientôt à l’empoisonner, car il pensait que son compagnon « le trompait lorsqu’il allait se promener au parc le lundi ». Harvey glissa de petites doses d’arsenic dans la nourriture de Hoeweler le dimanche afin qu’il soit trop malade pour quitter leur appartement le lendemain.

Par la suite, persuadé que leur voisine Diane, amie de Carl Hoeweler, tentait de les séparer, il versa dans ses boissons un sérum contaminé avec l’hépatite B. Elle manqua de mourir avant que l’infection ne soit diagnostiquée et qu’elle soit traitée. Harvey tenta alors de l’infecter avec le virus du HIV, mais n’y parvint pas.

Une autre voisine, Helen Metzger, ne fut pas aussi chanceuse. Début 1983, parce qu’il pensait qu’elle menaçait, elle aussi, sa relation avec Carl, Donald Harvey empoisonna une tarte et un pot de mayonnaise avec de l’arsenic. Elle développa une paralysie et fut conduite à l’hôpital. Suite à une trachéotomie, elle fit une hémorragie et ne reprit jamais conscience. Elle mourut quelques jours plus tard, le 10 avril 1983. Son décès fut attribué à un syndrome de Guillain-Barre.
Après son enterrement, sa famille se réunit chez elle et plusieurs personnes furent empoisonnées par la mayonnaise à l’arsenic. Personne ne mourut et on pensa à un simple empoisonnement alimentaire.

Quelques jours plus tard, Harvey se disputa avec les parents de Carl Hoeweler et commença à empoisonner leur nourriture avec de l’arsenic. Le 1er mai 1983, le père de Hoeweler, Henry, fut victime d’un accident vasculaire cérébral et admit à l’hôpital Providence. Harvey lui rendit visite et empoisonna son pouding avec de l’arsenic. Henry Hoeweler mourut le soir même. Harvey continua d’empoisonner la mère de Carl, Margaret, par petites doses durant plusieurs mois, mais ne parvint pas à la faire mourir.

A la fin de l’année 1983, il tua accidentellement Howard Vetter, le beau-frère de Carl Hoeweler. Donald Harvey avait utilisé de l’alcool à bois pour enlever des étiquettes adhésives et avait laissé la solution dans une bouteille de vodka.
Carl utilisa la mauvaise bouteille et servi à Howard quelques verres. Howard tomba malade et, au bout d’une semaine, il eut une crise cardiaque. Sa mort fut attribuée à une insuffisance cardiaque.

En janvier 1984, Carl Hoeweler rompu avec Harvey et lui demanda de quitter son appartement. Harvey ne supporta pas d’être rejeté et passa les deux années suivantes à essayer de tuer Hoeweler avec ses concoctions toxiques. Il essaya même de tuer une amie de Hoeweler pour se venger. Il ne tua ni Carl Hoeweler ni son amie, mais Carl se retrouva à l’hôpital à cause des poisons qu’il avait ingérés sans le savoir.

Le 19 septembre 1984, Donald Harvey tua accidentellement un patient, Hiram Proffit, en se trompant dans sa dose d’héparine. Il n’en dit rien à personne et son erreur ne fut pas relevée.

Le 9 novembre 1984, il tua son ex petit ami, James Peluso, parce qu’il lui avait demandé de “l’aider à partir” si jamais il devenait incapable de s’occuper de lui-même. Harvey lui donna du pudding empoisonné à l’arsenic. Peluso tomba malade et fut envoyé à l’hôpital des vétérans, où il décéda quelque temps plus tard. Aucune autopsie n’eut lieu, car James Peluso avait de graves problèmes cardiaques.

Le 18 mars 1985, il assassina Edward Wilson, un voisin, « parce qu’il voulait protéger Carl Hoeweler ». Edward Wilson pensait que Carl ne payait pas toutes ses charges de copropriété et avait l’intention de le dénoncer. Harvey mit de l’arsenic dans le Pepto-bismol (un médicament contre les problèmes intestinaux) d’Edward Wilson, qui mourut 5 jours plus tard.

Harvey en 1985
Harvey en 1985

Quelques jours plus tard, Donald Harvey fut promu au grade de superviseur de la morgue.

Durant le printemps 1985, il joignit le parti national socialiste américain (un parti néonazi). Il allait affirmer plus tard qu’il n’était pas un sympathisant, mais qu’il collectait des informations pour des amis qui voulaient détruire ce parti…

Alors qu’il quittait le travail le 18 juillet 1985, des agents de sécurité remarquèrent qu’Harvey agissait de façon suspecte et décidèrent de fouiller le sac de sport qu’il transportait. À l’intérieur du sac, les agents découvrirent un pistolet de calibre .38, des aiguilles hypodermiques, des ciseaux chirurgicaux et des gants, une cuillère à cocaïne, divers documents médicaux, deux livres occultes et une biographie de tueur en série Charles Sobhraj.
Donald Harvey reçu une amende de 50 $ pour « port d’une arme à feu sur une propriété fédérale », puis on lui proposa de choisir entre deux options : démissionner tranquillement ou être licencié pour faute grave.
Harvey choisit la démission. Cet « incident » ne fut cependant pas mentionné sur son dossier professionnel et les autorités de l’hôpital n’ouvrirent aucune enquête pour déterminer si Harvey avait commis d’autres crimes lorsqu’il travaillait à l’hôpital des anciens combattants.

drake_memorial

Sept mois plus tard, le 24 février 1986, Donald Harvey trouva une fois de plus un travail dans un hôpital local. Cette fois, il fut embauché comme aide-soignant à temps partiel au Drake Memorial Hospital de Cincinnati. Ses nouveaux employeurs ignoraient l’incident qui avait eu lieu à l’hôpital des anciens combattants et son dossier professionnel était impeccable.
Harvey obtint bientôt un poste à temps plein et se réinstalla dans sa routine meurtrière. Au cours des 13 mois qui suivirent, Harvey assassina 23 patients, en débranchant le générateur d’oxygène, en suffoquant ses victimes, en injectant de l’air dans les veines, ou de l’arsenic, du cyanure ou des nettoyants à base de pétrole.

Le 8 avril 1986, Harvey assassina Nathaniel Watson en l’étouffant avec un sac-poubelle en plastique et un oreiller qu’il plaça sur son visage, le poussant dans sa bouche et ses narines. Il avait essayé de le tuer de la même manière à plusieurs reprises, mais avait été interrompu à chaque fois. Il pensait que Watson, un homme semi-comateux alimenté par un tube gastrique, ne devait pas continuer à vivre de cette façon. Il avait aussi entendu dire que Watson était un violeur condamné (cela ne fut jamais prouvé). Harvey enleva l’oreiller et jeta le sac plastique dans la poubelle, puis s’occupa simplement de son patient suivant. Nathaniel Watson fut retrouvé mort ¾ d’heure plus tard par une infirmière.

Le 12 avril, il tua Leon Nelson en l’étouffant de la même manière.

Le 19 avril, il tua Virgil Weddle en mettant de la mort au rat dans son pudding. Il mourut d’une apparente crise cardiaque, ce qui ne surprit par le personnel de l’hôpital, vu son état de santé. Donald Harvey prit des cookies de Virgil Weddle et les mangea durant une cérémonie occulte.

Le 20 avril, il tenta d’assassiner Lawrence Berndsen avec de la mort au rat à plusieurs reprises. Berndsen fut transféré dans une maison de repos où il décéda quelques jours plus tard.

Le 2 mai, il assassina Doris Nally en versant du cyanure dans son jus de pommes.

Le 20 juin, Donald Harvey assassina Edward Schreibeis en versant de l’arsenic dans sa soupe. Il n’y eut aucune autopsie.

En juin 1986, il tenta d’empoisonner Willie Johnson quatre fois en mettant de l’arsenic dans sa nourriture.

Le 29 juin, il tua Robert Crockett en injectant du cyanure dans son intraveineuse. Il n’y eut aucune autopsie.

Le 7 juillet, il assassina Donald Barney en injectant du cyanure à travers son tube d’alimentation ainsi qu’une injection de cyanure dans ses fesses.

Le 25 juillet, il assassina James Woods en injectant du cyanure dans son tube gastrique.

Le 16 août, il tua Earnest Frey en injectant du cyanure dans son tube gastrique. Il emmena avec lui une paire de chaussons brodés ayant appartenu à sa victime.

Le 29 août, il tua Milton Canter en injectant une solution au cyanure dans son tube nasal. La famille de la victime n’autorisa pas une autopsie et personne ne soupçonna un meurtre. Donald Harvey prit une petite couverture appartenant à Milton Canter.

Le 17 septembre, il tua Roger Evans en injectant du cyanure dans son tube gastrique. Une autopsie eu lieu, mais le médecin ne trouva pas trace de cyanure.

Le 20 septembre, Harvey tua Clayborn Kendrick en injectant du cyanure dans son tube gastrique et ses testicules.

Le 29 octobre, il tua Albert Buehlmann en lui donnant à boire un verre d’eau dans lequel il avait versé du cyanure.

Le 30 octobre, il tua William Collins en lui donnant à boire un verre de jus d’orange dans lequel il avait dissous du cyanure.

Le 4 novembre, il tua Henry Cody en injectant du cyanure dans son tube gastrique. La famille de la victime n’autorisa pas d’autopsie.

À partir de novembre 1986, il commença à voir un psychologue pour traiter sa dépression suite à sa rupture avec Carl.
Peu de temps après, il fit une tentative de suicide en sortant volontairement de la route en voiture. Il fut blessé à la tête, mais survécu.
Les rituels occultes devinrent plus réguliers et il commença à amener fréquemment du cyanure à l’hôpital.

Le 22 novembre, il tua Mose Thompson en injectant du cyanure dissous dans de l’eau dans son tube gastrique.

Le 9 décembre, il tua Odas Day en lui donnant une solution au cyanure.

Le lendemain, il tua Cleo Fish en lui donnant à boire un jus de fruit dans lequel il avait dissous du cyanure. Il coupa ensuite une mèche de cheveux de sa victime et la brûla durant l’une de ses cérémonies occultes.

A la même époque, il empoisonna Harold White et John Oldendick avec de l’arsenic, mais les doses furent heureusement trop réduites pour être fatales.

Le 10 janvier 1987, Harvey tua Leo Parker en injectant de cyanure dans sa perfusion. Une autopsie ne permit pas de découvrir qu’il avait été empoisonné.

Le 5 février, il tua Margaret Kuckro en lui donnant un jus d’orange empoisonné au cyanure.

Quelques jours plus tard, il tua Stella Lemon de la même manière. Elle mourut plusieurs semaines après.

Le 6 mars, il tua Joe Pike en mélangeant sa nourriture avec du Detachol, un solvant pour adhésif destiné à être utilisé sur les sacs de colostomie.

Le lendemain, il tua Hilda Leitz en mélangeant du Detachol dans son jus d’orange et en le lui injectant à travers son tube gastrique.

Le même jour, Donald Harvey tua John Powell, un patient de 44 ans, en injectant du cyanure dans son tube gastrique. John Powell était dans le coma depuis plusieurs mois suite à un accident de moto ayant provoqué de graves blessures à la tête. Cet homme allait enfin causer sa perte.

On ordonna une autopsie et, dès le lendemain, elle fut menée par le Docteur Lee Lehman, qui avait des connaissances en biochimie. Il connaissait très bien l’odeur du cyanure et, lorsqu’il ouvrit le corps de John Powell, il reconnut les effluves d’amande amère caractéristiques. Il procéda à l’autopsie et envoya des échantillons à plusieurs laboratoires différents afin d’étayer ce qu’il pensait être un empoisonnement. Les trois laboratoires confirmèrent que son intuition était bonne.

La direction de l’hôpital Drake Memorial prévint alors la police de Cincinnati, qui demanda l’aide du bureau local du FBI.

Les enquêteurs ne trouvant aucun mobile de meurtre pouvant provenir des amis ou de la famille de John Powell, ils commencèrent à se concentrer sur les employés de l’hôpital qui avaient eu accès à la chambre de Powell. La liste était courte. En apprenant le surnom de Donald Harvey à l’hôpital, « l’ange de la mort » (qu’on lui avait donné parce qu’il semblait toujours être là quand quelqu’un mourait), la police commença à concentrer toute son attention sur lui.
Il était calme et poli, mais les enquêteurs se demandèrent pourquoi il avait été licencié de l’hôpital des vétérans.

AP Photo
AP Photo

Les employés de l’hôpital Drake Memorial se portèrent volontaires pour passer au détecteur de mensonge (le polygraphe). Donald Harvey accepta d’être interrogé, après avoir acheté un ouvrage qui expliquait comment « battre le polygraphe ». Mais il se fit porter pâle le jour du rendez-vous et ne passa pas l’examen. Les enquêteurs l’emmenèrent alors au poste pour l’interroger. Les detectives Jim Lawson et Ron Camden l’interrogèrent durant un long moment, jouant au « gentil flic méchant flic » jusqu’à ce que Donald Harvey finisse par craquer. Il avoua avoir empoisonné John Powell, mais il affirma qu’il avait « mit fin à ces jours » parce qu’il se sentait « désolé pour lui et sa famille ». Il nia avoir jamais tué qui que ce soit d’autre.

Les enquêteurs obtinrent un mandat pour fouiller l’appartement de Donald Harvey et y découvrirent une montagne de preuves incriminantes : des bocaux de cyanure et d’arsenic, des livres sur l’occultisme et les poisons, et un compte rendu détaillé du meurtre de John Powell, qu’Harvey avait écrit dans son journal intime.
À la suite de cette découverte, Harvey fut inculpé de meurtre avec préméditation, accusation pour laquelle son avocat commis d’office, William Whalen, lui conseilla de plaider « non coupable pour cause d’aliénation mentale ».

Le 26 mai 1987 eu lieu l’audience du Dr Schmidtgoessling et de Roger Fisher, psychologue clinicien, afin de déterminer si Harvey était mentalement aliéné. Roger Fisher conclut qu’Harvey connaissait la différence entre le bien et le mal et avait toujours été en mesure de comprendre qu’un meurtre est un crime. Il conclut également qu’Harvey ne souffrait d’aucune maladie mentale ou malformation du cerveau. Le Dr. Schmidtgoessling conclut que Donald Harvey avait des antécédents de dépression en raison d’expériences traumatisantes vécues durant son enfance, mais qu’il n’était pas et n’avait jamais été psychotique.

Début juin, Pat Minarcin, un journaliste d’une télévision locale, demanda publiquement si Donald Harvey pouvait être responsable d’autres meurtres au Drake Memorial. Le lendemain, il reçut des appels anonymes d’infirmières expliquant que Donald Harvey avait sûrement causé d’autres décès. Les infirmières, suspicieuses, avaient prévenus leur responsable, mais cette dernière leur avait demandé de se taire.
Le journaliste rencontra certains membres du personnel médical du Drake Memorial. Les infirmières lui expliquèrent qu’après l’arrestation de Donald Harvey, le directeur de l’hôpital, Jan Taylor, avait réuni le personnel du service où travaillait Harvey pour leur expliquer que le Drake Memorial avait mené sa propre enquête et que John Powell était la seule victime d’Harvey… Il leur avait affirmé que la police n’avait rien trouvé de plus et que personne ne devait parler aux journalistes.
Les infirmières donnèrent des noms de 33 victimes potentielles à Pat Minarcin, en ajoutant que, lorsqu’elles avaient fait part de leurs soupçons à leur superviseur, il les avait rabrouées.

Minarcin nia mener une enquête devant Jan Taylor parce que les infirmières craignaient des répercussions négatives. Taylor comprit toutefois que Pat Minarcin menait son enquête et, épaulé par l’équipe dirigeante du Drake Memorial, il lança une campagne de calomnies pour tenter de discréditer le journaliste.
Taylor ne pouvait toutefois empêcher Pat Minarcin d’accéder aux documents officiels, et notamment aux avis de décès des patients, car le Drake Memorial était un établissement public. Minarcin  découvrit que les jours et les heures des nombreux décès considérés comme « suspicieux » par les infirmières correspondaient parfaitement avec les horaires de travail d’Harvey.
Ne pouvant utiliser ces informations sans mettre en péril la carrière des infirmières, il décida de rencontrer William Whalen, l’avocat de Donald Harvey, et l’informa de ses découvertes.
L’avocat ne le crut pas et pensa que Minarcin était simplement un « journaliste à sensations ».
Il décida néanmoins, par acquit de conscience, de rencontrer son client pour lui demander s’il avait fait d’autres victimes. Harvey lui répondit sans hésitation : « Oui ».
Whalen tomba des nues et voulu connaître le nombre exact de ses victimes. Donald Harvey lui répondit qu’il pouvait seulement « estimer » le nombre total car il y en avait trop… Selon lui, il avait assassiné près de 70 personnes. William Whalen, ahuri, pensa que Donald Harvey lui mentait ou voulait se moquer de lui.
Puis, il se souvint des allégations de Pat Minarcin.

Il pensa d’abord à garder les aveux de Donald Harvey pour lui, puis réalisa que le journaliste allait finir par annoncer publiquement ses soupçons.
Whalen décida qu’il devait obtenir toutes les informations possibles de Donald Harvey. Il ne devait pas plaider « l’aliénation mentale » mais plutôt tenter d’obtenir un « plea bargain » (une négociation). Donald Harvey devait avouer tous les meurtres qu’il avait commis et, en échange, il échapperait à la peine de mort.
William Whalen appela Pat Minarcin et lui laissa entendre que ses soupçons étaient fondés, puis, jour après jour, lui fournit plus d’informations à mesure qu’Harvey lui avouait ses crimes. Son but était que le journaliste présente publiquement Donald Harvey comme un tueur en série qui, seul, connaissait le nombre exact et l’identité de ses victimes. Les familles des victimes avaient le droit de savoir…
Le 27 juin 1987, Pat Minarcin présenta un reportage d’une demi-heure durant le journal de 18 heures, durant lequel il démontra qu’il existait d’énormes soupçons de meurtres supplémentaires.
Le lendemain, de nombreux journaux firent leurs gros titres sur ces accusations et le téléphone de William Whalen sonna jour et nuit.

Quelques semaines plus tard, sachant qu’il ne parviendrait pas à prouver tous les crimes (nombre des victimes avaient été incinérées), le procureur Art Ney accepta le « plea bargain » qui allait permettre à Donald Harvey d’échapper à la peine capitale.

aveux

Le 9 juillet 1987, Harvey, 35 ans, s’assit avec les enquêteurs de la police et du FBI et, devant une caméra, avoua avoir commis 24 meurtres au Drake Memorial Hospital. Au total, il pensait avoir tué près de 70 personnes. Sans le moindre remord et avec désinvolture. Le chiffre était tellement énorme que les enquêteurs étaient sceptiques. Ils voulurent que l’état mental de Donald Harvey soit de nouveau évalué pour savoir s’ils pouvaient le croire. Après plusieurs tests psychiatriques menés par de nombreux experts, un porte-parole du bureau du procureur de Cincinnati expliqua aux médias : « Cet homme est sain d’esprit, mais c’est un tueur compulsif. Il accumule la tension dans son corps, alors il tue les gens. »

Harvey lors de ses aveux filmés
Harvey lors de ses aveux filmés

Donald Harvey fut jugé le 18 août 1987 et plaida coupable de 24 assassinats et 10 tentatives de meurtre. Il fut reconnu coupable et condamné à 60 ans de prison, incompressibles.
Quelques mois plus tard, il fut jugé dans le Kentucky et avoua 12 meurtres supplémentaires. Il fut condamné à la perpétuité.
La Justice le soupçonna de 57 meurtres au total, mais fut incapable de trouver des preuves directes de sa culpabilité.

donald-harveymug

En avril 1988, Jan Taylor, l’ex directeur du Drake Hospital, admit devant un tribunal qu’il avait falsifié un document public. Taylor avait ajouté des notes manuscrites au dossier d’Harvey, indiquant de manière mensongère que deux de ses anciens employeurs avaient affirmé qu’Harvey pouvait tout à fait être embauché.

Les familles de plusieurs victimes portèrent plainte contre les dirigeants et le personnel médical des hôpitaux.

En 1989, le Drake Hospital modifia son équipe dirigeante et son fonctionnement, devenant un hôpital indépendant à but non lucratif, affilié à l’école de médecine de l’Université de Cincinnati.

Harvey en 2005
Harvey en 2005

En 1990, l’enquête sur les décès non élucidés fut close après que les enquêteurs aient déterminé qu’il n’y avait pas assez de preuves pour accuser Harvey.

Pour obtenir son « plea bargain » et échapper à la peine de mort, Donald Harvey avait juré en 1987 avoir avoué l’ensemble de ses crimes. En 2005, il a expliqué « Il n’y a eu que 2 ans et demi durant lesquels je n’ai rien fait, de 1971 à 1974 ». « En tout, j’ai tué 87 personnes ». Sachant qu’il a toujours eu une excellente mémoire de ses crimes, ce chiffre hallucinant est sans doute le bon.

La première audience de libération conditionnelle de Donald Harvey était fixée pour 2047. Il aurait eut 95 ans.

Le 28 mars 2017, Donald Harvey a été très sévèrement battu par un ou des autres détenus dans sa cellule du pénitencier de Toledo. Il a succombé à ses blessures le 30 mars 2017.

Victimes

Donald Harvey a été reconnu coupable des meurtres de 36 personnes, mais il est suspecté du double, voire plus.

Logan Evans (88 ans)

Assassiné le 30 mai 1970, au Marymount Hospital. Suffoqué avec un sac plastique et un oreiller.

James Tyree (69 ans)

Assassiné le 31 mai 1970, au Marymount Hospital. Tué « par accident » à cause d’un mauvais cathéter, qui a provoqué une hémorragie interne.

Elizabeth Wyatt (42 ans)

Assassinée le 22 juin 1970, au Marymount Hospital. Harvey a coupé son oxygène.

Eugene McQueen (43 ans)

Assassiné le 10 juillet 1970, au Marymount Hospital. Harvey l’a retourné sur son estomac et M. McQueen s’est noyé dans ses fluides.

Harvey Williams (82 ans)

Assassiné le 12 juillet 1970, au Marymount Hospital. Harvey a utilisé une bombonne d’oxygène défectueuse.

Ben Gilbert (81 ans)

Assassiné le 28 juillet 1970, au Marymount Hospital. Harvey a utilisé un cathéter trop grand et y a inséré un fil de fer, qui a percé les organes internes de M. Gilbert.

Maude Nichols

Assassinée le 15 août 1970, au Marymount Hospital. Harvey a utilisé une bombonne d’oxygène défectueuse.

William Bowling (58 ans)

Assassiné le 30 août 1970, au Marymount Hospital. Harvey a coupé son oxygène.

Viola Reed Wyan (63 ans)

Assassinée le 4 novembre 1970, au Marymount Hospital. Harvey a utilisé une bombonne d’oxygène défectueuse.

Margaret Harrison (91 ans)

Assassinée le 7 décembre 1970, au Marymount Hospital. Harvey lui a injecté une overdose de  Demerol et de morphine.

Sam Carroll (80 ans)

Assassiné le 9 janvier 1971, au Marymount Hospital.  Harvey a utilisé une bombonne d’oxygène défectueuse.

Maggie Rawlins 

Assassinée le 15 janvier 1971, au Marymount Hospital. Elle a été étouffée.

Silas Butner (62 ans)

Assassiné le 23 janvier 1971, au Marymount Hospital. Harvey a utilisé une bombonne d’oxygène défectueuse.

John V. Combs (68 ans)

Assassiné le 26 janvier 1971, au Marymount Hospital. Harvey a utilisé une bombonne d’oxygène défectueuse.

Milton Bryant Sasser (90 ans)

Assassiné le 14 mars 1971, au Marymount Hospital. Harvey lui a injecté une overdose de morphine.

Joseph Harris

Assassiné en 1975 à l’hôpital des vétérans de Cincinnati. Harvey a coupé son oxygène. (Il n’a jamais été inculpé de ce meurtre).

James Twitty 

Assassiné en 1975 à l’hôpital des vétérans de Cincinnati. Harvey affirme qu’il a pu être impliqué dans son meurtre, mais qu’il ne se souvient pas des détails…

James Ritter

Assassiné en 1975 à l’hôpital des vétérans de Cincinnati. Harvey affirme qu’il a pu être impliqué dans son meurtre mais qu’il ne se souvient pas des détails…

Harry Rhodes

Assassiné en 1975 à l’hôpital des vétérans de Cincinnati. Harvey affirme qu’il a pu être impliqué dans son meurtre mais qu’il ne se souvient pas des détails…

Sterling Moore

Assassiné en 1975 à l’hôpital des vétérans de Cincinnati. Harvey affirme qu’il a pu être impliqué dans son meurtre, mais qu’il ne se souvient pas des détails…

Helen Metzger (63 ans)

Assassinée en avril 1983, chez elle. Empoisonnée à l’arsenic, ce qui a provoqué une hémorragie et une paralysie. Elle est décédée le 10 avril à l’hôpital.

Henry Howeler (82 ans)

Assassiné le 1er mai 1983. Harvey lui a donné une dose mortelle d’arsenic.

Howard Vetter

Tué accidentellement entre fin 1983 et début 1984, dans la maison de Carl Hoeweler. Il avait bu de l’alcool à bois et a eu une crise cardiaque.

Hiram Profitt

Assassiné le 19 septembre 1984 à l’hôpital des vétérans de Cincinnati. Harvey lui a donné une dose trop élevée d’Héparine.

James Peluso (65 ans)

Assassiné le 9 novembre 1984, dans la maison de Carl Hoeweler. Harvey lui a donné une dose mortelle d’arsenic.

Edward Wilson

Assassiné le 23 mars 1985, chez lui. Harvey a mis une dose mortelle d’arsenic dans son médicament.

Nathani J. Watson (65 ans)

Assassiné le 8 avril 1986, au Drake Hospital. Harvey l’a étouffé.

Leon Nelson (64 ans)

Assassiné le 12 avril 1986, au Drake Hospital. Harvey l’a étouffé.

Virgil Weddle (81 ans)

Assassiné le 19 avril 1986, au Drake Hospital. Harvey lui a administré de la mort aux rats

Doris Nally (65 ans)

Assassinée le 2 mai 1986, au Drake Hospital. Empoisonnée d’une dose mortelle de cyanure.

Edward Schreibeis (63 ans)

Assassiné le 20 juin 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle d’arsenic.

Robert Crockett (80 ans)

Assassiné le 29 juin 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Donald Barney (61 ans)

Assassiné le 7 juillet 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

James T. Woods (65 ans)

Assassiné le 25 juillet 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Ernst C. Frey (85 ans)

Assassiné le 16 août 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle d’arsenic.

Milton Canter (85 ans)

Assassinée le 29 août 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Roger Evans (74 ans)

Assassiné le 17 septembre 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Clayborn Kendrick

Assassiné le 20 septembre 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Albert Buehimann (69 ans)

Assassiné le 29 octobre 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

William Collins (85 ans)

Assassiné le 30 octobre 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Henry Cody (78 ans)

Assassiné le 4 novembre 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Mose Thompson (65 ans)

Assassiné le 22 novembre 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Odas Day (72 ans)

Assassiné le 9 décembre 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Cleo Fish (67 ans)

Assassiné le 10 décembre 1986, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Leo Parker (47 ans)

Assassiné le 1er janvier 1987, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Margaret Kuckro (80 ans)

Assassinée le 5 février 1987, au Drake Hospital. Empoisonnée d’une dose mortelle de cyanure.

Stella Lemon (76 ans)

Assassinée le 16 mars 1987, au Drake Hospital. Empoisonnée d’une dose mortelle de cyanure.

Joseph M. Pike (68 ans)

Assassiné le 6 mars 1987, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de Detachol.

Hilda Leitz (82 ans)

Assassinée le 7 mars 1987, au Drake Hospital. Empoisonnée d’une dose mortelle de Detachol.

John W. Powell (44 ans)

Assassiné le 7 mars 1987, au Drake Hospital. Empoisonné d’une dose mortelle de cyanure.

Motivation

Issu d’une famille dysfonctionnelle, très pauvre et alcoolique, Donald Harvey a toujours eu un complexe d’infériorité. Les abus sexuels qu’il a subis durant son enfance n’ont fait que renforcer son mal être et, une fois parvenu à l’âge adulte, il a voulu inverser les rôles et devenir celui qui domine, qui maîtrise la situation. En tant qu’aide-soignant, il avait facilement accès à des personnes faibles et a pu aisément « jouer à Dieu » en décidant de la vie et de la mort de ses patients.
Il a expliqué que le fait de tuer lui donnait l’impression de contrôler son existence et de ne plus être une victime. Il devenait le dominateur qui contrôlait la situation.

– « C’était important pour vous, d’avoir le contrôle sur les patients dont vous vous occupiez ?
– Et même si ce n’étaient pas mes patients, pour moi, c’était important d’avoir le contrôle. C’était la seule partie de ma vie que personne ne contrôlait à part moi. (…) Quand je tuais les patients, j’étais quelqu’un de différent. C’était moi le chef. J’étais le seul à décider ».

Dans une interview 1991 avec un journaliste du Columbus Dispatch, Harvey a donné un aperçu de son état d’esprit :

– « Pourquoi avez-vous tué ?

– Eh bien, les gens m’ont contrôlé pendant 18 ans, et ensuite, c’est moi qui contrôlais mon propre destin. Je contrôle la vie des autres, je choisis s’ils vivent ou s’ils meurent. J’ai eu ce pouvoir de contrôle.

– Quel droit aviez-vous de décider cela ?

– Après ne pas avoir été arrêté pour les premiers 15 meurtres, je pensais que c’était mon droit. Je me suis nommé juge, procureur et jury. Je jouais à Dieu ».

Donald Harvey a insisté sur le fait qu’il a tué purement par empathie et par compassion envers les souffrances des malades. Cependant, il a également admis que la plupart des meurtres qu’il a commis étaient motivés par la colère, la haine ou la jalousie.

Ainsi, il s’en prit à une victime sourde et muette qu’il suffoqua à plusieurs reprises avec un sac plastique, mais relâcha son étreinte à chaque fois, afin qu’elle reprenne son souffle. Sa victime ne pouvait pas le dénoncer et Harvey laissa s’exprimer son sadisme et son désir de domination.

Lorsque Donald Harvey s’est engagé dans l’armée en 1971, il a rencontré un jeune homme nommé Jim, avec qui il a eu des relations sexuelles. Donald Harvey a expliqué par la suite qu’il avait eu très envie de tuer Jim, mais s’était abstenu. Il a souligné que c’était par peur de se faire prendre et non par aversion pour le meurtre.

Harvey a expérimenté quotidiennement de petites quantités de poison sur lui-même. Il a noté minutieusement toutes ses réactions, tous ses mélanges, dans les agendas où il notait également les noms de ses victimes… et ses dépenses pour les courses.

Il est devenu un expert en poison et, lorsqu’on l’interroge aujourd’hui, il en retire encore une grande fierté. Il a appris auprès des médecins qu’il côtoyait à l’hôpital. Lorsqu’il était assistant d’autopsie, il lui est arrivé de voler des échantillons de tissus de la morgue, afin de les ramener chez lui « pour les étudier. »

Lors des aveux filmés qu’il a donnés en 1987, il est évident qu’il a pris un grand plaisir à raconter et à revivre ses crimes. Il a ainsi pu, à ses yeux, présenter au monde sa « toute puissance » et partager avec les enquêteurs le contrôle, le pouvoir, qu’il a exercé sur ses victimes. Il se considérait comme l’égal de Dieu et on ressent sa fierté, il est bouffi d’orgueil.
Il a une très haute opinion de lui-même et, même s’il se présente sous un jour affable et maniéré, il ne peut s’en cacher.

« Quand je mettais du cyanure dans du jus d’oranges, cela lui donnait le goût du jus de prunes. Et si j’en mettais dans du vinaigre, le mélange devenait entièrement vert. Alors je devais camoufler la couleur. On pouvait mettre aussi du cyanure dans les poches de perfusion, mais il restait une odeur d’amande amère. Un jour, alors que je venais de tuer un patient, un des médecins a senti cette odeur. Je lui ai dit que c’était un médicament avec des vitamines supplémentaires. Je lui ai fait sentir et il m’a dit « ah oui, c’est ça ». »

Harvey est un psychopathe, un tueur organisé qui élaborait des plans et des stratégies pour commettre ses meurtres, et qui effaçait ses traces après son crime.
Il était méticuleux, organisé, méthodique, pour tout : sa vie, son apparence, ses meurtres.

Il a su se faire apprécier du personnel soignant, qui, longtemps, ne l’a soupçonné de rien. Il passait pour l’employé idéal et se montrait charmant. Il était toujours disponible et a obtenu plusieurs certificats de bonnes conduites dans les hôpitaux où il a travaillé.

Dans le livre « Defending Donald Harvey », il a indiqué que la raison pour laquelle il avait pu tuer durant des années était que les médecins sont surchargés de travail et que, parfois, ils ne voient même pas les patients après leur décès. Dans ce livre, il propose son aide en décrivant ses méthodes et en expliquant aux hôpitaux « ce qu’ils ont fait de mal », ce qui a créé des situations qui lui ont permis de tuer. En d’autres termes, il se complaît dans ses actes, accuse les autres et dévie sa responsabilité sur les équipes médicales.

Harvey tuait surtout lors des services de nuit, lorsque les infirmières étaient beaucoup moins nombreuses et étaient donc bien trop occupées pour se soucier de ses faits et gestes.

Harvey a développé toute une série de subterfuges afin d’éviter de se faire prendre. Il se servait des poubelles ou des caddies pour bloquer les portes. Il remplissait un verre d’eau à ras bord, qu’il posait sur les plateaux au-dessus des lits : les infirmiers ne s’en approchaient pas, de peur de renverser le verre et de devoir changer entièrement le lit et le patient.
Un jour, lorsqu’une infirmière entra dans une chambre, il jeta simplement des capsules de cyanures à la poubelle alors qu’il s’apprêtait à empoisonner un patient.

La liste des noms de ses victimes
La liste des noms de ses victimes

Méthodique, organisé, il a dressé la liste des noms de ses victimes, mois après mois.
Donald Harvey ne confondait pas ses victimes, bien qu’elles aient été très nombreuses. Il avait une excellente mémoire de ses crimes, auxquels il repensait constamment. Il se souvenait de chaque victime dans les moindres détails : nom, âge, couleur de peau, raison de l’hospitalisation, date et heure du crime, moyen du meurtre…
Lorsqu’un policier lui demanda s’il se souvenait dans quel service James Wood avait été admis, Harvey répondit immédiatement : « Unité B-100, chambre 103, lit 3 ». Il répondit avec tout autant de détail pour ses autres victimes.
Il aimait tant tuer qu’il pensait en permanence à ses meurtres, à leur préparation, à leur mise en place, et les revivait chaque jour par la pensée.

Donald Harvey tenait un journal intime dans lequel il a décrit tous les crimes qu’il a commis, en détails, mais également les événements qui l’ont profondément marqué. Notamment le décès de son père.

Son père était souvent absent et sa mère fréquentait d’autres hommes. Elle l’envoyait au cinéma durant des journées entières pour être tranquille avec ses amants. « Lors d’une évaluation psychiatrique, il a traité sa mère de pute », a dit son avocat, « chose qu’il a beaucoup regrettée par la suite. Mais le comportement de sa mère et la perte de son père l’ont beaucoup perturbé ».

Concernant son oncle Wayne, qui l’a violé, il résume lui-même sa confusion : « Il y avait des moments où je l’aimais et il y avait des moments où j’aurais pu le tuer si j’avais eu un flingue. Mes sentiments pour lui étaient ambigus ».

Harvey était passionné pas l’occulte et par la mort. Lors de la perquisition de son appartement, la police découvrit plusieurs livres sur le satanisme et la sorcellerie, mais aussi un manuel d’autopsie de l’armée américaine. Harvey pratiquait l’occultisme et célébrait des messes noires.
Il affirme qu’il entendait des voix et qu’il avait un double qui s’appelait « Duncan », son guide spirituel, « un médecin, joueur de piano durant la seconde guerre mondiale, qui est mort sous les bombes ». À plusieurs reprises, il déchira un morceau de tissus des vêtements ou des draps d’un patient et le brûla durant une cérémonie occulte, pour savoir s’il devait tuer cette personne le jour même ou plus tard. Il portait une grande robe, noire ou blanche, et avait installé un autel sur lequel reposaient des assiettes en cristal. Selon Harvey, « Duncan » lui faisait un signe à travers la flamme de la bougie. « Au 1er vacillement de la flamme, c’était non. Au 2ème, c’était oui ».

– « Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez commis vos meurtres ?
– C’est comme si j’étais libre et enfermé à la fois. Quand je rentrais dans cet état, rien ne pouvais m’arrêter. J’étais en transe. Je le sentais, tous mes sens étaient éveillés… Dans ces moments-là, j’étais une autre personne. Je pourrais faire la comparaison avec un pilote de course. Quand vous y êtes, vous y allez à fond et tout le reste est oublié. Je faisais simplement ce que j’avais à faire ».

Mode opératoire

Donald Harvey a utilisé des manières de tuer diverses et variées. Que ce soit parce qu’il s’ennuyait, parce qu’il en avait la possibilité ou parce qu’il voulait procéder à des expériences, ses méthodes ont souvent varié.

Il a notamment :
– étouffé ses victimes avec un sac plastique et un oreiller
– empoisonné ses victimes avec de l’arsenic, du cyanure, du demerol, de la morphine, de la mort au rat et de la codéine
– suffoqué ses victimes en utilisant une bombonne à oxygène défectueuse

Il s’en prenait principalement à des patients âgés et/ou malades, hommes ou femmes, dans les hôpitaux où il travaillait : le Marymount Hospital à London, Kentucky, puis l’hôpital de vétérans de Cincinnati et le Drake Memorial Hospital de Cincinnati.
Toutefois, il a assassiné plusieurs personnes jeunes et en bonne santé, qu’il connaissait et qu’il détestait ou qu’il considérait comme dangereuse pour sa vie personnelle.

Citations

« Mon fils a toujours été un bon garçon. C’est toujours un bon garçon. Il est juste terriblement malade et il a besoin d’un bon médecin » : Goldie, la mère de Donald Harvey.

« Pour les deux premiers, je me suis senti coupable. Pour ceux que je connaissais personnellement, je me suis senti coupable. Mais pour vous, je n’aurais aucun sentiment de culpabilité. Vous, je pourrais vous tuer aujourd’hui. Vous êtes juste un visage que j’ai rencontré il y a 2 heures. Pour mon avocat, ce serait différent. Bill, je le connais depuis 19 ans » : Donald Harvey.

« Malgré tout, je suis toujours un être humain. J’ai des sentiments. Je sais faire la différence entre le bien et le mal. Le mal, c’est quand je tuais mes malades. Le bien, c’est quand je ne les tuais pas » : Donald Harvey.

« La morphine, c’était bien. Elle était toujours disponible et facile à manier. La strychnine aussi… Mais il fallait l’extraire de la mort aux rats et faire bouillir la poudre. Ensuite, il suffisait d’en mettre dans des desserts, dans des boissons… Voilà quelques une de mes méthodes (sourire) » : Donald Harvey.

« J’étais comme sur des montagnes russes, je ne pouvais pas descendre. A chaque patient, ça devenait de plus en plus facile. Personne ne s’inquiétait… » : Donald Harvey.

Bibliographie

Defending Donald Harvey présente les crimes d’Harvey (avec une liste complète des victimes, reconnues et supposées) mais est surtout l’histoire de William Whalen. Il était l’avocat d’Harvey et on peut remettre en question l’éthique de certaines de ses décisions. En tant qu’avocat, il devait chercher à innocenter son client. Mais après les aveux qu’Harvey lui a faits, il a décidé qu’il était plus important de protéger la société que de tenter de faire libérer son client. C’est professionnellement une faute, mais c’est moralement compréhensible. Il est difficile de savoir, à la fin du livre, ce qu’il pense vraiment de Donald Harvey. Parfois, il le présente comme un monstre, et parfois simplement comme un être humain pathétique.
Il laisse occasionnellement la parole à Harvey lui-même, qui affirme évidement n’avoir commis que des euthanasies sur des patients en fin de vie… Mais rien qu’en décrivant ses crimes, Whalen démontre que Donald Harvey était un tueur de sang-froid, sans le moindre remord, ainsi qu’un narcissique qui adore l’attention qu’on lui portait.

Filmographie

Dans ce coffret de DVD, l’entretien avec Donald Harvey, notamment, est disponible en totalité, en version sous-titrée. La froideur et l’absence totale de remord d’Harvey sont glaçantes.

Liens

Un excellent article du blog « l’école du crime » : « La fonction du crime chez un Serial Killer : le cas Harvey« , de Jonathan Leroy (psychologue dans un service d’aide aux (ex)détenus à Bruxelles.)

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

error: Content is protected !!