William Bonin

Ortega Highway

Ortega Highway

Ronald Gatlin, 19 ans, disparut de North Hollywood le 14 mars 1980. Il fut frappé, violé et étranglé. Son corps fut découvert le lendemain, à Duarte, à la jonction des autoroutes 210 et 605.

Harry Todd Turner, 14 ans, disparut de Hollywood le 20 mars. Il fut violé et étranglé, et son corps fut découvert 5 jours plus tard, près de l’autoroute de Santa Monica.

Glen Norman Barker, 14 ans, disparut de Huntington Beach. Il fut violé et étranglé, et son corps fut découvert le 22 mars, au bord de l’Ortega Highway.

Russell Duane Rugh, 15 ans, disparut alors qu’il attendait le bus qui le conduisait au fast-food où il travaillait. Il fut violé et étranglé, et son corps fut découvert le 22 mars, au bord de l’Ortega Highway, près de celui de Glen Barker.

Le journaliste J. J. Maloney publia un article sur les meurtres le 24 mars 1980, surnommant le tueur le “Freeway Killer”, étant donné que la majorité des corps avaient été découverts près d’autoroutes.

Steven Wood, 16 ans, fut aperçu pour la dernière fois le 10 avril 1980, alors qu’il se rendait au lycée. Il fut violé et étranglé, et son corps fut découvert le lendemain près de la Pacific Coast Highway.

Lawrence Eugene Sharp, 17 ans, fut aperçu pour la dernière fois le 10 avril. Il fut violé et étranglé, et son corps fut découvert le 18 mai dans une benne à ordure, près d’une station service de Westminster.

Peu après, le Capitaine Walt Ownbey, du Bureau du Shérif du Comté de Los Angeles déclara aux médias que le “Freeway Killer” était « le fruit de l’imagination de l’esprit des journalistes. Je pense que c’est le journal ‘The Orange County Register’ qui a commencé avec ça. Ça a provoqué beaucoup de peur concernant un tueur ou un groupe de tueurs, et il n’existe aucune preuve corroborant quoi que ce soit ».
Le ‘Register’ continua pourtant de publier des articles sur les meurtres, jour après jour, et les télévisions locales lui emboîtèrent finalement le pas.
Les écoles conseillèrent à leurs étudiants de ne plus faire de stop. Une grosse récompense fut proposée à quiconque offrirait des informations pouvant conduire à l’arrestation du tueur. Des citoyens inquiets submergèrent les journaux et la police d’informations.

Darin Lee Kendrick, 19 ans, disparut le 29 avril 1980 du parking du magasin de Stanton où il travaillait. Il fut violé et étranglé, mais Bonin le força également à ingérer de l’hydrate de chloral qui provoqua des brûlures chimiques sur sa bouche, son menton, son torse et dans son estomac.
Lorsque son corps fut découvert, le lendemain, près de l’Artesia Freeway, il avait également un pic à glace planté dans l’oreille droite, qui avait provoqué une blessure fatale au cerveau.

Finalement, les meurtres se succédèrent avec une telle fréquence que la police dut admettre l’existence du “Freeway Killer” et commença enfin à coordonner les activités des nombreux départements de police impliqués.

Randy Kraft

Randy Kraft

Le journaliste J. J. Maloney affirme qu’il obtint à ce moment une liste « secrète » des victimes du Freeway Killer, avec une description précise des crimes. Cette liste, nommée « Le(s) Étrangleur (s) de la Californie du Sud », révélait que la police savait depuis le début de l’année 1978 qu’un tueur en série œuvrait dans la région et, après l’arrestation de Bonin, dissimula le fait qu’un autre tueur en série de jeunes gens était encore en liberté. (Ce tueur, Randy Kraft, encore plus sadique que Bonin, allait être arrêté en mai 1983).

Une arrestation de routine allait mener Bonin et ses complices à leur perte.

En mai 1980, la police appréhenda un jeune voleur de voiture de 17 ans dénommé William Pugh. Il était toutefois plus qu’un simple voleur. Il avait accompagné Bonin lorsque celui-ci avait assassiné Harry Turner.
Apeuré et voulant sauver sa peau, Pugh expliqua aux policiers qu’il avait « fait un bout de chemin » avec un certain William Bonin, qui s’était vanté d’être le « Freeway Killer ». Il lui avait présenté un article qu’il avait découpé dans ‘The Orange County Register’ du mois de mars, où la liste des victimes était publiée, et lui avait expliqué comment il les avait tués et avec qui. La boite à gants de son van était bourré d’autres articles sur le « Freeway Killer ».

En échange de son témoignage contre Bonin, on lui proposa de ne passer que six ans derrière les barreaux pour le meurtre de Harry Turner. Pugh accepta sans hésiter.
Se basant sur les allégations de Pugh, les policiers commencèrent à enquêter sur Bonin. Ils prirent connaissance de son casier judiciaire d’agresseur sexuel violent et décidèrent de le faire suivre.

James Munro

James Munro

Le matin du 2 juin 1980, Bonin et un autre complice, un chauffeur mentalement retardé de 19 ans du nom de James Munro, prirent en stop un jeune homme de 18 ans, Steven Jay Wells.
Munro, originaire du Michigan, n’était arrivé en Californie que l’année précédente. Il n’avait pas de domicile fixe et dormait souvent dans la rue. Il avait rencontré William Bonin en mai 1980.
Selon le témoignage de Munro, Steven Wells accepta d’accompagner les deux hommes jusqu’à l’appartement qu’ils partageaient, pour y avoir des relations sexuelles. Bonin et Wells allèrent dans la chambre et le tueur offrit 200$ au jeune homme s’il acceptait d’être attaché. Wells accepta et, toujours selon Munro, peu après qu’il l’ait attaché, Bonin commença à l’insulter et à le frapper. Munro affirme qu’il se rendit dans une autre pièce pour y regarder la télé, alors que Bonin violait Steven Wells dans la chambre.

Puis, Bonin l’appela. « A ce moment-là, je sus que c’était réel. Bonin est allé chercher un verre d’eau et je lui ai dit ‘Hé, tu ne vas pas lui faire de mal, hein ?’ Il a répondu ‘C’est trop tard. Je l’ai déjà attaché. Alors, je vais le tuer. J’ai dit ‘Non, ne fait pas ça’. Mais Bonin a répondu ‘Il est trop tard. Il n’y a rien que toi ou moi puissions faire pour arrêter ça’. »
Bonin affirma que Munro l’avait aidé à tuer Wells mais Munro expliqua avoir été dans une autre pièce lorsque Bonin étrangla le jeune homme. D’une manière ou d’une autre, James Munro n’avait rien fait pour l’en empêcher.
Bonin et Munro mirent le corps de Steven Wells dans le van et le conduisirent jusqu’à la maison de Vernon Butts. Celui-ci parut heureux que Bonin en ait « eu un autre ». Bonin lui demanda s’il voulait venir avec eux ou s’il préférait rester chez lui. Butts répondit qu’il allait regarder les informations et qu’ils devaient « aller jeter ça quelque part ».

Huntington Beach

Huntington Beach

Le lendemain, le corps de Steven Wells fut découvert derrière la benne à ordure d’une station service proche d’Huntington Beach.
Si les deux assassins s’étaient attardés un peu plus dans leur appartement, ils auraient pu être vus par les policiers de Los Angeles qui commençaient à surveiller Bonin. Ceux-ci auraient peut-être même pu sauver Steven Wells.
La nuit du meurtre de Steven Wells, Bonin avait fait comprendre à Munro qu’il avait intérêt à ne parler de rien, sinon il le tuerait. Terrifié, James Munro était reparti dans son Michigan natal.

Durant les jours qui suivirent, les enquêteurs suivirent Bonin nuit et jour. Le reste de la semaine se déroula sans incident. Bonin travaillait normalement comme chauffeur de poids lourd et revenait à l’appartement tard le soir, après avoir rendu visite à ses “amis” à travers la ville.

Neuf jours plus tard, Bonin, qui n’avait pas remarqué la surveillance dont il faisait l’objet, chercha une nouvelle victime. Les policiers qui suivaient son van le virent aborder cinq jeunes hommes différents. Un adolescent de 15 ans, Harold T., monta finalement dans son véhicule. Bonin conduisit jusqu’au parking désert d’une plage. Lorsque les policiers ouvrirent la porte du van, Bonin était en train de sodomiser l’adolescent. Il fut arrêté en flagrant délit.

Une corde et de l’autocollant similaires à ceux utilisés pour attacher ses victimes furent découverts dans le van. Les policiers mirent également la main sur des couteaux et un album dans lequel étaient collés des articles relatifs aux meurtres du « Freeway Killer », agrémentés d’annotations de la main de Bonin. La police scientifique préleva également des fibres qui furent comparées, avec succès, à ceux retrouvés sur certaines des victimes.

Vernon Butts fut arrêté un mois plus tard.

Entre le 26 et le 29 juillet 1980, Bonin fut inculpé de 14 meurtres, de vols et de viols par les Comtés de Los Angeles et d’Orange.

Butts, inculpé de 6 meurtres et de 3 vols par le comté de Los Angeles, commença à livrer les autres complices de Bonin, dans l’espoir de voir sa peine adoucie.

James Munro fut appréhendé par la police du Michigan le 31 juillet 1980 et inculpé du meurtre de Steven Wells.

Trois semaines plus tard, le 22 août, Gregory Miley fut arrêté au Texas et inculpé des meurtres de Charles Miranda et James McCabe, ainsi que de 2 vols et d’un viol.

Le 29 octobre 1980, le Comté d’Orange inculpa à son tour Vernon Butts des meurtres de Mark Shelton, Robert Wirostek et Darin Kendrick ainsi que de conspiration, d’enlèvement, de vol, de sodomie et de perversion sexuelle.
Gregory Miley fut également inculpé de meurtre par le Comté d’Orange, ainsi que de vol et de viol.

Selon la loi californienne, un meurtre commis dans des « circonstances particulières » (accompagnée de vol, de torture ou de viol) peut être puni de mort. En décembre, les anciens complices de Bonin décidèrent donc de plaider coupable et de témoigner contre lui en échange de la certitude d’échapper à la peine capitale.
Ils décrivirent en détail les tortures subies par les victimes du “Freeway Killer” et la jubilation avec laquelle Bonin infligeait la douleur.

Le 11 janvier 1981, après avoir affirmé à la police qu’il ne pouvait résister au contrôle « hypnotique » de Bonin, Vernon Butts se pendit dans sa cellule – après 5 tentatives de suicide depuis son arrestation.

William Bonin Freeway KillerBonin fut inculpé de huit autres meurtres et de 25 vols et viols.
Il n’exprima pas le moindre remord pour ses crimes, il montra uniquement des regrets pour avoir été arrêté.
Lorsque les preuves lui furent présentées, il admit 21 meurtres aux enquêteurs.
Il expliqua en détail, froidement, comment il avait procédé à chaque fois.
Évidemment, il se rétracta peu après.

Le premier procès de Bonin commença le 4 novembre 1981 à Los Angeles. Gregory Miley et James Munro témoignèrent pour l’accusation du fait que Bonin leur avait ordonné, après son arrestation, d’aller « attraper quiconque sur la route et de les tuer » afin de convaincre les autorités que le “Freeway Killer” était toujours en liberté.
L’accusation démonta facilement la thèse de la défense selon laquelle Vernon Butts – qui n’était plus là pour se défendre – était le cerveau du groupe et Bonin un « pauvre fou ».

Le 5 janvier 1981, les jurés le reconnurent coupable de dix meurtres et de dix vols commis dans le Comté de Los Angeles.
En 1983, il fut jugé pour quatre meurtres commis dans le Comté d’Orange et de nouveau déclaré coupable.
Il fut condamné à mort à chaque fois.

bonin procesIl fut accusé mais acquitté par manque de preuves du meurtre d’un adolescent de 14 ans, Thomas Lundgren, enlevé à Reseda le 28 mai 1979, dont le corps fut découvert quelques heures plus tard près de Malibu.

Il fut accusé mais acquitté par manque de preuves du meurtre de Sean King, 14 ans, qui disparut sans laisser de trace à South Gate le 19 mai 1980. Son corps ne fut jamais retrouvé.
Bonin fut également suspecté d’au moins 20 meurtres supplémentaires de jeunes gens, dont les corps furent retrouvés non loin d’autoroutes dans les comtés voisins de Kern, Riverside, San Diego et San Bernardino.
Il est probable qu’il a également assassiné Mark Shelton, 17 ans, disparu de Westminster le 4 août. Son corps fut retrouvé une semaine plus tard à Cajon Pass. Vernon Butts avait été inculpé de son meurtre.

Le corps de Robert Wirostek fut découvert sur le bord de l’autoroute inter états I10, entre Banning et Palm Springs, le 27 septembre 1979, mais il fallut 11 mois pour l’identifier. Vernon Butts avait été inculpé de son meurtre.
Un jeune homme jamais identifié fut trouvé dans le Comté de Kern le 30 novembre 1979.
Un autre jeune homme jamais identifié, âgé de 15 à 20 ans, fut découvert le 13 décembre 1979 le long d’une autoroute.
Le 1er janvier 1980, un adolescent de 16 ans, Michael McDonald, fut enlevé à Ontario. Son corps fut découvert deux jours plus tard dans le Comté de San Bernardino.

Gregory Miley fut condamné à la perpétuité, avec une période de sureté de 25 ans, pour sa participation aux meurtres de Charles Miranda et James McCabe. James Munro fut condamné à la perpétuité avec une période de sureté de 15 ans pour sa participation au meurtre de Steven Wells.

william bonin procesBonin fit évidemment appel de sa condamnation à mort, plusieurs fois, par tous les moyens légaux possibles et imaginables.
Il tenta aussi de passer un marché avec la justice, affirmant qu’il pourrait avouer des meurtres irrésolus, mais les autorités judiciaires refusèrent.
Selon les gardiens de la prison de San Quentin, il passa tranquillement ses journées à jouer aux cartes avec d’autres tueurs en série Californiens : Randy Kraft, Lawrence Bittaker et Douglas Clark.

Finalement, 17 ans après avoir été condamné, la Cour Suprême des États-Unis décida que plus aucune suspension ne serait prononcée, excepté par elle-même.
Bonin avait eu le temps de publier un recueil de nouvelles, ses peintures abstraites avaient été exposées dans une galerie de Seattle et il correspondait avec les familles de certaines de ses victimes. La mère d’un adolescent lui avait écrit et il lui avait répondu que son fils avait été « son préféré » parce qu’il « criait si bien ». Il ne s’excusa jamais de quoi que ce soit et ne demanda pas à être pardonné.

Le 23 février 1996, il fut exécuté par injection mortelle à la prison d’État de San Quentin.
Pour sa dernière déclaration, il n’exprima aucun remords, mais affirma que la peine de mort était injuste. Il donna même un avertissement… ou un conseil : « Je suggère que lorsqu’une personne a envie de faire quelque chose de sérieux contre la loi, avant qu’il le fasse, il devrait aller dans un endroit calme et y penser sérieusement ».

Aucun de ses parents ne fut présent lors de son exécution et personne ne réclama son corps. Il fut incinéré et ses cendres furent jetées dans l’Océan Pacifique.

Ce n’est que plusieurs semaines après son décès que l’on apprit que sa famille avait continué à toucher sa pension d’invalidité. La mère de Bonin, Alice Benton, expliqua à un journal qu’elle avait utilisé cet argent (près de 79.000 $) pour payer son loyer et améliorer son habitat. Ces paiements, que William Bonin avait commencé à recevoir en 1972 pour son « invalidité mentale » (notifiée à Atascadero où il était interné pour cinq viols !), auraient dû cesser lorsqu’il avait été emprisonné en 1982 pour meurtres.
Mais l’argent avait continué à être versé, bien que les autorités pénitentiaires aient informé l’administration sociale que Bonin était en prison. Cette dernière ne réalisa son erreur que lorsque le directeur de la maison funéraire l’avisa de la mort du tueur.

Gregory Miley et James Munro sont toujours en prison, en Californie.

James Munro a demandé à être libéré sur parole en 2000, mais les parents de Steven Wells ont alerté les autorités pénitentiaires afin de s’assurer qu’il resterait en prison. Munro les a suppliés de lui pardonner et a exprimé des regrets pour avoir participé au meurtre de leur fils… mais aussi pour avoir plaidé coupable ! « J’étais un jeune gars stupide. Si j’avais su que 15 ans, ça voulait en fait dire que je n’allais jamais sortir de prison, jamais je n’aurais plaidé coupable ».

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