Herbert Mullin

Nom : Herbert William Mullin
Surnom : Aucun
Né le : 18 avril 1947, à Salinas (Californie) – USA
Mort le : Toujours vivant, incarcéré à la prison d’état de Mule Creek (Californie).

Mullin était ce que l’on appelle un tueur psychotique ou un aliéné mental violent. Il était schizophrène paranoïde. Il entendait des voix et pensait que son père lui ordonnait « télépathiquement » de tuer. Il pensait qu’il avait une mission : protéger la Californie des tremblements de terre. Il avait de graves problèmes de comportement et pouvait se montrer très violent. Et pourtant, nombre de psychiatres s’accordent pour dire que les schizophrènes obéissent rarement aux voix qu’ils entendent. De plus, Mullin a admis avoir tué sans que les voix le lui ordonnent et, d’un autre côté, avoir résisté aux voix lorsqu’il le voulait…

Informations personnelles

Herbert Mullin est né un 18 avril, une date qui allait avoir une immense signification pour lui, plus tard. Le 18 avril était l’anniversaire du grand tremblement de terre de San Francisco, qui avait eu lieu en 1906.
Enfant, Herbert Mullin était décrit comme un garçon intelligent et gentil. À cinq ans, les Mullins déménagèrent d’une petite communauté campagnarde pour aller à San Francisco, où le père de Mullin, William Mullin, travailla comme vendeur de meubles. La mère d’Herb était une catholique fervente et Herb et sa sœur allèrent à l’école paroissiale.
Les Mullins étaient une famille honnête et cultivée. Bill Mullin avait été un héros durant la 2nde Guerre Mondiale et il était considéré comme quelqu’un de sévère mais pas abusif. Il était fier de ce qu’il avait fait durant la Guerre et racontait souvent ses batailles à son fils. Il lui apprit même à se servir d’un pistolet. Parfois, il boxait un peu avec Herbert dans la cuisine, pour s’amuser avant de manger. Mais Herb allait plus tard interpréter ces petits matchs comme des « challenges » mortels venant d’un père sadique.

mullin_adolescent01Selon Mullin, toute son enfance fut ruinée par une conspiration dirigée par ses parents. Il voyait ses parents comme des « réincarnationalistes tueurs de joie », qui « croyaient qu’en corrompant le bonheur des autres, ils allaient améliorer leur rang de naissance dans leur prochaine vie ». Mullin témoigna qu’il croyait que son père menaçait de tuer quiconque jouait avec lui, et alla même chez tous les voisins pour demander à tout le monde d’ignorer son fils.
Même les cérémonies religieuses étaient diaboliques : « Lorsque j’étais en primaire, ils m’ont dit que Jésus Christ, la personne, vivait véritablement dans la Sainte Eucharistie… C’est un mensonge, créé pour provoquer la naïveté et la crédulité chez les jeunes enfants. De cette façon, on les rend susceptibles de recevoir et d’obéir à des ordres télépathiques subconscients de suicide ».

Pourtant, à l’époque, Herb Mullin semblait heureux. Alors qu’il était encore au lycée, les Mullins déménagèrent à nouveau, cette fois à Felton, une petite ville située dans les forêts de magnifiques séquoias du comté de Santa Cruz. Bien qu’ayant été déraciné de nouveau, Herb se fit de nombreux nouveaux amis et il était envié au lycée parce qu’il était « populaire ». Il jouait au football, avait une petite amie et fut désigné comme le garçon « le plus susceptible de réussir dans la vie ».
Après avoir obtenu son bac en 1965, Herb s’inscrivit à l’Université de Cabrillo et commença des études d’ingénieur. Il voulait s’engager dans l’armée. Tout allait bien pour lui.

Malheureusement, la schizophrénie paranoïde changea tout cela.

mullin_adolescent02L’incident qui semble avoir été le « déclencheur » de la détérioration mentale de Mullin fut la mort tragique de son meilleur ami, Dean Richardson, qui décéda dans un accident de la route. Herb fut anéanti et tomba dans un état de désespoir macabre, construisant un « autel » pour Dean dans sa chambre, devant lequel il passa des heures, seul. Il se demanda si la mort de Dean n’était pas une sorte de sacrifice cosmique, et devint obsédé par l’idée de la réincarnation.
Bien qu’ayant été élevé dans la foi catholique, Herb commença à étudier les religions orientales avec ferveur, cherchant des réponses. Des réponses à la tragique perte d’un ami, et des réponses aux voix qui hantaient depuis peu ses pensées. Il changea d’orientation, abandonnant l’ingénierie pour la philosophie, mais laissa tomber après quelques semaines.
Durant le printemps 1966, il rencontra un ami de Dean, à la plage, un certain Jim Gianera. Celui-ci lui offrit un joint et lui parla du mouvement contre la guerre du Vietnam. Mullin expliqua plus tard que « Gianera était le chef d’un mouvement destiné à me tromper et m’embrouiller », et que le joint que Gianera lui donna endommagea son cerveau. « Si Gianera m’avait donné de la benzédrine (une amphétamine), plutôt, je serais devenu un artiste ».
Il éloigna de lui sa petite amie par son implication soudaine dans les drogues hallucinogènes. Il parlait sans cesse d’un tremblement de terre imminent en Californie, et voulait aller au Canada pour y échapper. Ses regards étranges et ses discours bizarres effrayèrent sa petite amie. Il devint violent.
En 1968, lorsqu’il lui dit qu’il pensait être homosexuel, elle le quitta.

À la surface, l’attitude « rebelle  » d’Herbert Mullin était tout simplement typique de l’époque. Il expérimentait toutes sortes de drogues et horrifiait son militaire de père en se déclarant objecteur de conscience, contre la guerre du Vietnam. Il annonça qu’il partait en Inde pour étudier le yoga.
Mais son comportement s’aggrava, passant de « bizarre » à « alarmant ». Un jour, en 1969, alors qu’il était chez sa sœur, il imita tous les gestes et répéta les mots de son beau-frère durant toute l’après-midi (ces symptômes sont appelés échopraxie et écholalie, et sont caractéristiques de la schizophrénie). Sa sœur se souvint plus tard : « Lorsque mon mari mangeait, Herb mangeait. Tout ce que mon mari faisait, Herb le faisait. Et ça a duré pendant quatre heures. Ensuite, il s’est assis et nous a fixé, sans bouger ». Le lendemain, la famille d’Herb le conduisit dans un institut psychiatrique, où il entra volontairement. Mais on le laissa sortir rapidement, seul. Herb demanda à sa sœur de coucher avec lui et, lorsqu’elle refusa, il demanda si son beau-frère accepterait de coucher avec lui…
Toute la famille commença à s’inquiéter pour sa sécurité, et pour celle d’Herb.
Mais parce qu’il avait été un enfant tout à fait normal, les Mullin pensèrent que la soudaine attitude terrifiante d’Herb avait été provoquée par les drogues. Après tout, ils vivaient à Santa Cruz dans les années 60, les fermes de marijuana et les laboratoires de LSD fleurissaient dans les caches des montagnes Loma Prieta. La contre-culture s’épanouissait dans les villes portuaires et sur les plages, où les hippies vivaient, les femmes faisaient de l’auto-stop et les drogues étaient facilement accessibles.
Il n’était pas étonnant que l’on pensa qu’Herb se droguait : « Légalisez le LSD » était tatoué sur son ventre. Mais même s’il lui arrivait de prendre un peu d’acide et de marijuana, il n’en abusait pas. Toutefois, mélanger les drogues avec la maladie mentale provoque immanquablement une psychose.

Santa Cruz en Californie

La Californie

Après sa sortie de l’Hôpital d’État de Mendecino en 1969, Herb trouva un emploi de plongeur à South Lake Tahoe, qu’il quitta rapidement. Il retourna à Santa Cruz, où un « ranger » (un garde forestier) le trouva assis en tailleur dans un état de transe, comme s’il méditait. Lorsque le ranger lui demanda de partir, Herb Mullin ne bougea pas, les yeux fixés devant lui, mais tendit doucement la main vers un couteau de chasse posé près de lui. Le ranger le saisit avant qu’il n’ait pu prendre le couteau et le conduisit en prison, mais il fut rapidement libéré.
Mullin s’installa à San Luis Obispo et expliqua à son compagnon de chambre qu’il avait « reçu des messages » qui lui disaient de faire des choses. Après avoir médité, il brûla « rituellement » le bout de son pénis avec une cigarette. Plus tard, il eut des gestes agressifs envers son ami, dont l’oncle était psychiatre. Mullin fut envoyé dans un hôpital psychiatrique. Diagnostic : « A la suite d’un désordre mental, il est établi que cette personne est un danger pour les autres, un danger pour elle-même, et qu’elle est gravement handicapée ». On le laissa pourtant sortir !

En 1970, Mullin rencontra une femme plus âgée que lui et s’envola avec elle à Hawaï. Mais au bout de quelques jours, il était de retour dans un service psychiatrique. Il prêchait la non-violence, le yoga et quitta l’hôpital en peignoir « pour chercher du boulot ».
Ses parents payèrent son voyage de retour en avion et vinrent le chercher à l’aéroport, mais il les effraya tant avec ses divagations qu’ils arrêtèrent la voiture sur le côté pour appeler la police.
Herb fut de nouveau relâché et retourna à Santa Cruz. Sa santé mentale continua de se détériorer et son comportement devint de plus en plus anormal.

Il passa d’une manie à l’autre comme s’il essayait d’acquérir une identité… et la paix de l’esprit. Il se rasa la tête, se nourrit d’aliments macrobiotiques et perdit rapidement du poids. Ensuite, il porta un grand sombrero noir et fit semblant d’avoir un accent mexicain, puis il devint boxeur. Bien qu’il prêcha la non-violence, il jeta une hachette sur un fourneau lorsqu’une jeune Asiatique ignora sa suggestion selon laquelle ils devraient avoir un enfant « bi-racial » ensemble.
Mullin oscilla de la contre-culture à l’ultra conservatisme. Au cours d’un procès (pour « comportement étrange sur la voie publique »), il demanda au juge de légaliser le LSD et la marijuana, mais il méprisa par la suite les hippies. Alors qu’il avait été objecteur de conscience, il tenta de s’engager chez les Marines. Herb Mullin n’était pas seulement bisexuel, comme il le dit durant son procès, ou « bi-racial » comme il prétendait l’être. Il était bi-tout : bi-politique, bi-spirituel, bi-culturel…

Mullin2Mullin savait que quelque chose n’allait pas. Il était tourmenté par sa vie et tentait de comprendre ce qui n’allait pas et qui « sabotait » son esprit. Il accusa son père d’être trop strict sexuellement, et l’accusa ensuite d’être un tueur de masse qui lui ordonnait de tuer par télépathie. Il accusa les drogues qu’il prenait de chambouler son cerveau et prit les dealers pour cible. Il accusa les hippies de lui avoir lavé le cerveau pour qu’il devienne objecteur de conscience.
Il alla dans des centres de cures pour se désintoxiquer, il essaya les cliniques pour les malades mentaux, mais ne resta nulle part. Il essaya même les rassemblements d’études bibliques, mais rendit tout le monde mal à l’aise lorsqu’il déclara : «Satan entre dans les gens et leur fait faire des choses qu’ils ne veulent pas faire».

En mai 1971, Herbert Mullin avait 23 ans et déménagea à San Francisco, loin de l’attention de sa famille. Donald Lunde, le psychiatre qui examina Mullin avant son procès (et écrivit « The Die Song ») pense que cette période a été critique pour sa psychose. Il vécut dans des appartements décrépits parmi des alcooliques et des drogués, sombrant plus profondément dans son étrange système de croyances. Il entra dans un YMCA (une auberge de jeunesse) avec une Bible puis devint un féroce boxeur. Lors de son premier tournoi officiel, il n’arrêta pas d’attaquer son adversaire, même lors de la pause. Les entraîneurs durent le repousser. Il cogna un sac de frappes jusqu’à ce que ses articulations soient en sang.
Si on le laissait seul, il restait debout, immobile, et bavardait bruyamment avec lui-même.
Après avoir perdu son premier match, Mullin abandonna la boxe et voulut devenir prêtre. Après qu’il ait perforé le sol de son appartement et se soit adonné à des « compétitions verbales avec Dieu », le propriétaire l’expulsa.

En septembre 1972, Mullin revint chez ses parents, déterminé à faire quelque chose de sa vie. Mais il arrêta de prendre son traitement et se laissa ronger par sa colère envers son père (alors qu’ils vivaient sous le même toit).
En plus de tout cela, un grand tremblement de terre devait, en théorie, dévaster la Californie dans les mois à venir. Bien que le soi-disant scientifique (un excentrique) qui avait annoncé la catastrophe ne fut pas pris au sérieux par la majorité des gens, une personne considérait cette annonce comme un appel au combat. Là où la plupart des gens voyaient un cinglé, Mullin vit un prophète.

 

Crimes et châtiment

Le vendredi 13 octobre 1972 au matin, Herbert Mullin trouva une batte de baseball dans le garage de ses parents et décida de faire une promenade en voiture. Au début de la semaine, il avait affirmé que son père lui avait envoyé des messages télépathiques de meurtre : « Si je ne tuais pas, ça apporterait la honte sur ma famille en montrant ma couardise. C’était ‘tue ou va-t-en' ».
Alors qu’il conduisait à travers la forêt de séquoias, Mullin remarqua un vagabond qui marchait seul sur la route. Après l’avoir dépassé, il se rangea sur le côté de la route, ouvrit le capot de sa Chevrolet et fit semblant d’avoir des problèmes. Le vagabond, Lawrence White, s’arrêta à côté de lui pour jeter un oeil au moteur et l’aider. Mais Mullin saisit brusquement la batte de baseball et lui fracassa le crâne. Il poussa ensuite le corps du pauvre homme sur le côté de la route, dans un fossé, et redémarra.
Lawrence White était une proie facile et personne ne signala sa disparition. Ce vagabond de 55 ans, alcoolique, dormait sous les ponts ou dans les forêts, où personne ne venait le chasser. Il eut juste droit à deux lignes dans un journal local lorsque l’on découvrit son corps dans le fossé quelques jours plus tard. Personne ne vint à son enterrement et personne ne se pressa pour trouver son assassin.
Mullin déclara par la suite que White ressemblait au Jonas de la Bible, et lui avait envoyé un message par télépathie : «Hé, toi. Attrape-moi et fais-moi passer par-dessus bord. Tue-moi pour que d’autres soient sauvés».

Quelques jours plus tard, Mullin avait terminé un livre, « L’Agonie et l’Extase », une biographie de Michel-Ange par Irving Stone. Il décida qu’en tant qu’artiste lui-même, il devait faire ce que le célèbre peintre et sculpteur Italien avait fait : disséquer un cadavre. « Michel Ange a passé des heures et des heures à disséquer en secret des corps pour qu’il puisse tout savoir des formes du corps humain, pour ses peintures et ses sculptures et tout ça. C’est pour ça que son travail est bien meilleur que celui des autres. Ça lui a donné un discernement que les autres n’avaient pas ». C’était sa mère qui avait offert ce livre à Mullin, espérant qu’il lui donnerait l’idée d’utiliser l’art pour exprimer ses émotions. En fait, cet ouvrage lui inspira un autre meurtre, peut-être le pire de tous. (Chose rare, Herbert Mullin accusa ensuite sa mère de ce meurtre, croyant qu’elle lui avait donné ce livre pour lui suggérer de disséquer quelqu’un).

université cabrillo

L’Université Cabrillo

Mary Guilfoyle était en retard pour un entretien d’embauche, alors elle fit ce que beaucoup de jeunes femmes faisaient à Santa Cruz, malgré les avertissements : elle fit du stop. Elle eut la chance qu’Edmund Kemper (un autre tueur en série de l’époque qui sévissait lui aussi à Santa Cruz) ne faisait pas ses rondes ce jour-là, sur cette grande route près de l’Université de Cabrillo. Mais elle sous-estima le conducteur de la Chevrolet qui s’arrêta près d’elle. Elle avait 24 ans et avait sûrement entendu toutes ces histoires au sujet de ces jeunes femmes faisant de l’auto-stop et qui avaient disparues, ou avaient été violées, ou avaient été découvertes décapitées. Mais le jeune homme mince aux yeux de biche assis derrière le volant n’avait pas du tout l’air d’une brute lubrique. Il était beau garçon, bien qu’un peu trop maigre, et parlait d’une voix douce.
Mary Guilfoyle se détendit. Herbert Mullin conduisit doucement, entra dans une rue calme, saisit un couteau de chasse… et poignarda brusquement la jeune femme dans la poitrine et le dos. Elle mourut presque immédiatement.
Après avoir traîné son corps dans un endroit désert, loin de la rue, sur une petite colline, Mullin éventra la jeune femme et sortit ses organes. Mullin pensait qu’il pouvait voir à l’intérieur de la tête des gens, mais il voulait à présent voir à l’intérieur de leur corps. Quoi qu’il vît, cela ne dut pas lui plaire, car il ne recommença jamais.

eglise sainte marie

L’Eglise Sainte Marie

Le 2 novembre 1972, jour de « All Souls Day » (la Toussaint), Mullin arriva devant une église à Los Gatos, juste au-dessus des collines de Santa Cruz. Il avait bu et avait décidé d’aller à l’Église Catholique de Sainte-Marie « pour me donner la force de ne plus jamais essayer de tuer ».
Mullin pensait que l’église était vide mais lorsqu’il entendit le père Henri Tomei dans l’un des confessionnaux, il se décida : « Bon. Si tu es là, je crois que je vais devoir te tuer ». Il tenta d’ouvrir la porte du confessionnal. Le père Tomei, surpris, ouvrit la porte de l’intérieur, pour voir ce qui se passait. Mullin le poignarda brutalement au coeur avec son couteau de chasse, et le prêtre se débattit, coincé dans le petit confessionnal. (Mullin expliqua ensuite qu’il avait amené le couteau dans l’église pour se « protéger »).
Une paroissienne entra dans l’église, vit la lutte que se livraient les deux hommes et s’enfuit en hurlant. Elle n’eut le temps que de voir « un jeune homme habillé en noir ».
La communauté fut indignée par le meurtre insensé du père Tomei, 65 ans, un héros de la Résistance française durant la Seconde Guerre Mondiale. Certains pensèrent que c’était l’oeuvre d’un culte satanique. Des dirigeants des droits civiques participèrent à ses funérailles, ainsi que la police, qui espérait que « le jeune homme habillé en noir » viendrait pour la cérémonie d’enterrement, à Sainte-Marie. Mais Mullin ne se montra pas. Par contre, il avait laissé ses empreintes digitales dans le confessionnal.

Mullin26Que la troisième victime ait été un prêtre catholique répondait à l’animosité épisodique de Mullin envers les religions officielles. Mullin n’avait rien contre la religion… tant qu’elle provenait de sa propre invention. En 1970, il avait interrompu une messe du dimanche dans une église Catholique en criant aux personnes assemblées que ce qu’elles faisaient était « mal ». Mullin avait ensuite offert sa propre philosophie de la vie comme alternative, mais avait été jeté dehors avant de pouvoir convertir qui que ce soit…
Il avait tenté de persuader les autres patients de l’hôpital psychiatrique de San Luis Obispo de l’aider à changer « la nature spirituelle du monde ». À San Francisco, il s’était « disputé » avec Dieu, hurlant et terrifiant son compagnon de chambre.
Et pourtant, la rébellion de Mullin contre la religion s’était ensuite transformée en une adoption totale du Catholicisme. Il se promenait avec une Bible et parlait de devenir prêtre. Sa mère fut très choquée d’apprendre que son fils avait assassiné un prêtre : « Il a été un enfant très religieux, vous savez, un enfant de choeur dans la religion catholique ».

En tuant le père Tomei, Mullin s’en prit en fait à la source même de sa colère : son propre Père, catholique fervent. Selon le psychiatre Donald Lunde, le meurtre du père Tomei le secoua plus que tous les autres. Mullin voulait à présent apaiser son père, et tenta de suivre ses pas en s’engageant dans l’Armée. Celle-ci semblait être la solution idéale, pensa Mullin, car il pourrait s’y adonner à ses pulsions violentes avec la bénédiction de l’état…
En novembre 1972, il postula chez les Gardes Côtes. Lorsqu’on refusa sa candidature après qu’il ait échoué à l’examen psychologique, il sombra dans la paranoïa, pensant que c’était une conspiration contre lui. Il accusa les hippies et les « jeunes contre la guerre » : ils lui avaient lavé le cerveau en lui donnant des drogues et l’avaient embobiné pour qu’il devienne objecteur de conscience. Il se remit à entendre les voix, et elles demandaient un sacrifice. Cette fois, il allait s’en prendre aux gens qui avait ruiné sa vie. Il expliqua plus tard au Docteur Lunde : « Les avocats de la paix et les hippies avaient joué un mauvais tour à mon esprit, et je devais récolter la vengeance ».
Il prit pour cible un vieil ami et compagnon de drogue, John Hooper, et apporta un couteau de chasse lorsqu’il vint chez lui. Mais neuf autres personnes étaient là. Mullin renonça. Sa folie n’allait pas jusque-là.
Il réalisa qu’il devait changer de méthode et acheta un pistolet. Chez l’armurier, il mentit au sujet de ses antécédents psychiatriques… et personne ne vérifia.
Mais pour une raison inconnue, Mullin décida de ne pas tuer les hippies.
À la place, il postula chez les Marines. Le sergent recruteur était réticent, mais Mullin le harcela tant qu’il finit par le recommander. Il écrivit dans son rapport final : « Herbert William Mullin est un jeune homme intelligent et extrêmement motivé, qui désire ardemment s’engager chez les Marines. Suite à la volonté d’Herb d’améliorer son sort et d’être meilleur que les autres, je suggère que Herbert William Mullin peut, et va sûrement, être un bénéfice pour l’unité à laquelle il sera assigné ». Mullin fut très excité lorsque sa candidature fut acceptée (!!!). Il avait à présent une mission utile. Le 15 janvier 1973, Mullin réussit les examens physiques et psychiatriques (!!!) des Marines, mais lorsqu’il refusa obstinément de signer un document confirmant son casier judiciaire, il fut renvoyé.
Il en fut totalement accablé, et accusa ses parents de l’avoir mal éduqué ! Mais ceux-ci en eurent assez de ses divagations et lui expliquèrent qu’il était temps qu’il s’en aille.

Le 19 janvier, Herbert Mullin trouva un appartement minable près de la plage, où il resta assis durant des heures, seul, se laissant ronger par ses rancoeurs et les voix qui envahissaient son esprit.

Il décida de tuer le « plus important avocat de la paix », Jim Gianera, son ami d’université.
Dans la logique tordue de Mullin, Jim Gianera représentait tout ce qui avait gâché sa vie. Gianera lui avait donné les drogues qui avaient « détraqué » son cerveau. Gianera lui avait parlé du mouvement pour la paix, ce qui l’avait « éloigné de la société », et il l’avait même « trompé en lui proposant d’acheter un terrain ». Mullin, enrageant dans sa déception, décida que Gianera l’avait dupé.
Le 25 janvier 1973, Mullin conduisit jusqu’ à un endroit isolé sur une route boueuse, près du « Mysterious Spot », un ensemble de cabanes à la mode, dans les montagnes de Santa Cruz. Trempé par la pluie, il attendit que Kathy Francis ouvre la porte de la cabane qu’elle partageait avec son époux Bob (qui était à Berkeley) et ses deux fils, David (9 ans) et Daemon (4 ans). Lorsque Mullin demanda à voir Jim, Kathy lui indiqua que Jim Gianera et sa femme Joan avaient déménagé dans West Avenue, en ville. Mullin la remercia et s’en alla.
Gianera laissa entrer Mullin chez lui. Mullin se mit à crier : « Tu essayes de me piéger ! » et tira sur Jim alors qu’il tentait de s’échapper. Blessé, Jim Gianera se traîna à l’étage, où sa femme prenait un bain. Mullin le suivit et leur tira tous les deux dans la tête. Avec son couteau de chasse, il les poignarda des dizaines de fois. Les Gianera allaient être découverts en fin de journée par la mère de Joan, qui gardait leur fille.
La décision de revenir au « Mysterious Spot » pour tuer Kathy Francis et ses deux garçons fut la plus « logique » que Mullin ait prise dans tous ses meurtres. Kathy était un témoin potentiel et Mullin était terrifié par la prison. Il conduisit jusqu’à la cabane, se gara tout près pour ne pas s’enfoncer dans la boue, ouvrit la porte et tira. Il toucha Kathy dans la poitrine et à la tête, et tua les deux garçons qui jouaient aux dames sur leur lit. Dans sa rage, il les poignarda également, bien qu’ils soient tous déjà morts.
Pour les autorités locales, le massacre sembla être un règlement de compte entre dealers. Bob Francis et Jim Gianera vendaient de la marijuana. Après que Bob Francis ait été innocenté, la police lui demanda s’il avait des suspects. Bob présenta une longue liste de dealers, de rivaux et autres paumés, mais il ne parla pas d’Herb Mullin. En fait, la dernière fois que Gianera avait vu Mullin, c’était durant l’été 1971, lorsque Mullin avait pris 10 acides en quelques heures. Quelques mois plus tard, Mullin lui avait envoyé une lettre étrange, lui demandant pour qui il allait voter aux élections de novembre. Bob Francis et Jim Gianera en avaient ri et n’avaient plus pensé à Mullin depuis.

John Frazier

John Frazier

Le Comté de Santa Cruz était terrorisé. En 1970, John Frazier avait terrifié la ville avec l’exécution de la famille Ohta et sa secrétaire. Une note découverte sous l’essuie-glace de la Rolls Royce des Otha avait des relents de Charles Manson : « Aujourd’hui, la troisième guerre mondiale commence, amenée à vous par les gens de l’univers libre ». La note avertissait que quiconque violant l’environnement par matérialisme devrait mourir. Les ventes de pistolets augmentèrent. Certains pensaient que c’était l’oeuvre d’un culte écologique sanguinaire, mais Frazier, qui fut déclaré « schizophrène paranoïde », avait agi seul.
Par contre, il n’était pas le seul tueur du Comté de Santa Cruz.

De jeunes auto-stoppeuses commencèrent à disparaître en avril 1972. Certaines furent découvertes décapitées. Le 5 février 1973, Alice Liu et Rosalind Thorpe disparurent. Le lendemain, une veuve de 79 ans fut trouvée morte dans sa baignoire, violée et étranglée. Avant la fin du mois, six autres victimes furent découvertes. Et bien des auto-stoppeuses furent violées. Était-ce l’oeuvre d’un seul homme ?
Quelques jours après la disparition d’Alice Liu et Rosalind Thorpe, le 11 février, on trouva le squelette de Mary Guilfoyle. Un peu plus tôt, les morceaux du corps de Cynthia Schall avaient été découverts le long de la côte, et la tête de Mary Ann Pesce avait été trouvée dans les montagnes Loma Prieta. Et pourtant, les étudiantes continuaient à faire de l’auto-stop… et à monter dans la voiture du tueur en série Ed Kemper.

Dans le parc naturel Henry Cowell, quatre jeunes amis avaient construit un campement temporaire avec des bâches en plastique et du bois, loin de la route où passaient les gardes forestiers. Ils avaient choisi un endroit appelé « Le Jardin d’Eden » et, le 10 février 1973, les quatre adolescents s’étaient bien installés.
Mullin découvrit le campement illégal alors qu’il errait dans les bois. Les quatre garçons, Brian Scott Card, David Oliker, Rober Spector, et Mark Dreibelbis, l’invitèrent à se joindre à eux, mais Mullin refusa. Il demanda aux adolescents de prendre leurs affaires et de s’en aller, parce qu’ils « défiguraient » une propriété du gouvernement. (Mullin était courroucé par le fait que lui avait été chassé par un ranger parce qu’il faisait la même chose, en 1969, et pensait qu’il n’était pas juste que les garçons puissent s’en tirer comme ça).
Les garçons le dévisagèrent et se moquèrent de lui. Ils discutèrent en riant et, selon Mullin « J’ai décidé de les tuer et je leur ai demandé télépathiquement si je pouvais et ils ont tous répondu oui. Ils étaient tous assis et tout a été terminé en quelques secondes ». Plus tard, Mullin allait expliquer que les garçons « le lui avaient demandé », mais le procureur pensa que c’était au contraire la preuve de sa haine envers les hippies, les campeurs sauvages et les autres membres de la « contre-culture ».
La scène du carnage dans les bois, découverte par le frère de l’une des victimes, révéla qu’une lutte désespérée avait eu lieu, et qu’elle avait duré plus que « quelques secondes ». L’un des adolescents avait été abattu alors qu’il tentait de déchirer l’une des bâches. Ils étaient bloqués et Mullin les avait tués les uns après les autres.
Lorsqu’il eut terminé, il prit leur fusil et leur argent.

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Le 12 février, des braconniers découvrirent le corps de Mary Guilfoyle. La police fit de nouveau publier des avertissements sur les dangers de l’auto-stop et implora les jeunes femmes de ne pas monter dans les voitures d’hommes qu’elles ne connaissaient pas. Malheureusement, si Ed Kemper ne s’en prenait qu’aux auto-stoppeuses, ce n’était pas le cas de Mullin.
Le 13 février, il voulut ramener du bois à ses parents, pour leur cheminée. Mais un message télépathique de son père lui parvint : « Ne rapporte pas un bout de bois avant que tu n’aies tué quelqu’un ». La voix suggéra de tuer l’oncle Enos, mais comme Herbert résistait, elle changea d’avis et lui ordonna de tuer n’importe qui.
Mullin conduisit dans le brouillard du matin. Il trouva un homme, Fred Perez, qui travaillait dans son petit jardin, en face de sa maison. Il lui tira dans le cœur et le retraité mourut immédiatement. Mullin resta assis tranquillement dans sa voiture pendant un moment, tenant entre ses mains le fusil qu’il avait volé aux adolescents dans la forêt quelques jours plus tôt. Puis, il démarra et s’en alla doucement.
Si les jeunes campeurs représentaient pour Mullin sa propre phase « flower power » qu’il voulait détruire en lui et autour de lui, Fred Perez, assez curieusement, représentait quelqu’un que Mullin aurait voulu être. « C’était quelqu’un que je respectais », a dit Mullin, bien qu’il ne le connaissait pas. Il n’a pas pu expliquer pourquoi il avait tiré sur Perez. L’accusation allait plus tard affirmer que c’était une sorte d’appel vers la police, parce qu’il voulait s’arrêter… et être arrêté.
Cette fois, il y eut un témoin. Un voisin entendit le coup de feu et, regardant par sa fenêtre, aperçut le véhicule du tueur. Il appela immédiatement la police. Mullin conduisit vers Felton, le coffre de sa Chevrolet break rempli de bois de chauffage pour ses parents, son fusil sur le siège avant, couvert par un sac en papier. Un policier reconnut la voiture du signalement et le força à se garer sur le côté. Lorsqu’il vit le fusil, il arrêta Mullin immédiatement. Celui-ci ne résista pas et ne dit rien.