Le cannibalisme

Le cannibalisme est envisagé avec dégoût et indignation dans de nombreuses cultures et est même considéré comme criminel par de nombreuses sociétés, qui le punissent par une incarcération ou une institutionnalisation dans un établissement psychiatrique.
Le cannibalisme est considéré par beaucoup comme un comportement sauvage, digne des « tribus anciennes des mers du sud ».
Bien que les maladies (notamment celle de « Creutzfeld Jacob ») et la religion aient permis de diminuer cette pratique (naguère rituelle, guerrière et traditionnelle), elle est encore accomplie dans le monde entier.
Le cannibalisme criminel a, lui, augmenté depuis le siècle dernier, notamment en Occident, au point que de nouvelles lois ont dû être créées.

Depuis les débuts de l’humanité

Dans de nombreuses cultures, le cannibalisme est considéré comme un acte atroce et sacrilège, alors que dans d’autres cultures, c’est une coutume sacrée.
Le cannibalisme semble avoir toujours existé et avoir persisté jusqu’à notre époque moderne. Son origine exacte est un mystère. Des anthropologues pensent qu’il est apparu au début de l’histoire des hommes et, par la suite, a proliféré avec le besoin grandissant des hommes d’apaiser leurs dieux, de survivre aux famines ou d’obtenir une vengeance ou un contrôle sur leurs ennemis.
Des études archéologiques montrent que le cannibalisme était pratiqué durant la période néolithique et l’âge de bronze, à travers l’Europe et l’Amérique, mais également en Afrique, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Moyen-Orient et en Asie.
Les motivations variaient selon les cultures et les situations, mais il semble que certaines formes de cannibalisme prévalaient dans certaines régions du monde et certaines périodes.

cannibalisme aztequeLes Aztèques du Mexique sont renommés pour avoir sacrifié et dévoré des centaines d’êtres humains par an. Ils s’en prenaient surtout aux autres peuples, mais il leur arrivait aussi de se manger entre eux et d’avoir recours au cannibalisme pour survivre lors des grandes famines. Les sacrifices humains et les cérémonies cannibales qui s’en suivaient étaient destinées à créer un équilibre universel entre le monde et le cosmos. Les Aztèques pensaient que sacrifier des humains apaisait leurs dieux et, ne pas le faire provoquerait la destruction de l’humanité. Le cannibalisme était donc pour eux un acte sacré, qui leur permettait également d’obtenir une sorte de pouvoir divin à travers une communication avec leurs dieux.
Les Iroquois, quant à eux, sacrifiaient et consommaient les corps de leurs ennemis afin de satisfaire leur dieu de la guerre, mais aussi pour absorber l’esprit de leurs ennemis dans leurs propres corps, obtenant ainsi les qualités et la force des guerriers adverses. Selon Moira Martingale, auteur de « Cannibal Killers« , les Iroquois ont pratiqué ce cannibalisme rituel au moins jusqu’à la fin des années 1830.
Les Papous de Nouvelle-Guinée ont pratiqué le cannibalisme jusqu’aux années 1960, de façon rituelle. Certaines tribus le pratiquaient également parce qu’elles appréciaient le goût de la chair humaine. Mais la majorité des tribus papoues consommaient surtout les tissus et les cerveaux de leurs morts, lors d’un cérémonial traditionnel, en signe de respect. Cette pratique eut des conséquences dévastatrices : des chercheurs découvrirent que des membres des différentes tribus souffraient d’une maladie mortelle, que les femmes transmettaient à leurs enfants et qui se révéla être la maladie de Kreutzfel Jacob (variant humain de la « maladie de la vache folle »).
Cette maladie a causé la disparition de bien des formes de cannibalismes rituels. Mais la propagation du Christianisme par les missionnaires a aussi permis une diminution significative de cette pratique.

La seule forme tolérée de cannibalisme est celle qui permet la survie dans une situation désespérée. Le cannibalisme « de survie » est rare et peut s’expliquer par des conditions très particulières, mais reste malgré tout un acte punissable par la loi. Plusieurs cas de cannibalisme de survie célèbres ont eu lieu durant les deux derniers siècles, notamment l’expédition Donner de 1846 (la « Donner Party« , des immigrants américains perdus dans les montagnes de la Sierra Nevada) et l’équipe de rugbymen uruguayens dont l’avion s’était écrasé dans la cordillère des Andes en 1972.

A notre époque, le meurtre d’une personne et la consommation de son corps par un autre être humain, en dehors des famines, sont considérés comme du cannibalisme criminel ou de l’anthropophagie. Toutefois, les définitions et les lois concernant ce genre de crime varient considérablement d’une culture à une autre.
Dans de nombreux endroits du monde, le cannibalisme n’est pas considéré comme un crime en lui-même et n’est reconnu comme tel qu’en liaison avec un autre crime. Ainsi, en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, le cannibalisme n’est pas considéré comme un crime, bien qu’il soit socialement inacceptable. Les personnes qui commettent cet acte sont généralement inculpées d’un autre crime directement relié au cannibalisme, tel que le meurtre ou la nécrophilie.
En France, le terme de cannibalisme n’apparaît pas en tant que tel dans les textes de loi, mais une personne ayant tué et dévoré un autre être humain peut, en plus de meurtre, être accusé « d’actes de barbarie ».
Dans d’autres cultures, ce que l’on estimerait être du cannibalisme criminel peut-être acceptable, selon les circonstances. Des soldats japonais prisonniers furent dévorés par la tribu Takou Kan de Formose en 1907, ce qui était normal pour les Takou, mais choqua les Occidentaux et les Japonais. Toutefois, en 1944, les Américains débarquèrent sur l’île de Leyte, au Philippines, et prirent par surprise des milliers de soldats japonais. Ces derniers, isolés dans la jungle, incapables de se replier, pris en tenaille entre la guérilla philippine et les troupes américaines, moururent en grand nombre. Certains survécurent pourtant… grâce au cannibalisme.

Gilles GarnierJusqu’à la fin du 18ème siècle, on imputait encore à des « loups-garous » les viols et les meurtres commis par des tueurs en série qui étaient aussi parfois cannibales.
En 1573, alors que les sorcières et les loups-garous provoquaient des hystéries collectives, le Français Gilles Garnier admit avoir assassiné plusieurs enfants, dont les corps avaient été découverts mutilés et à moitié dévorés. On lui demanda pourquoi il avait agi ainsi (en fait, il fut longuement torturé…) et Garnier affirma être un loup-garou, une condition qu’il avait acquise grâce à la sorcellerie. Un démon lui avait appris à se changer en loup en se frottant le corps d’un onguent (une méthode classique selon les légendes de l’époque). Il avait déchiqueté des enfants avec ses griffes et les avait dévorés. Il admit qu’il aimait manger de la chair humaine… et qu’il avait «les mêmes inclinaisons anormales même lorsqu’il était dans son état d’être humain normal plutôt que dans son état de loup» !
Quinze ans plus tard, l’Allemand Peter Stubbe fut torturé avant – et exécuté après – avoir avoué 25 années de meurtres et de cannibalisme. Il expliqua lui aussi que le Diable lui avait enseigné l’art de la métamorphose et lui avait offert une peau de loup, qu’il portait lorsqu’il pourchassait des jeunes femmes et des enfants. Mais, selon lui, quand il attrapait sa victime, il retournait à sa forme humaine pour la violer et la mutiler. Il admit avoir tué et mangé son propre fils, dont la mère était également sa fille, avec laquelle il avait une relation incestueuse.
De nos jours, la lycanthropie est reconnue comme un désordre mental. Ceux qui en souffrent sont persuadés de se transformer en loup et agissent comme, selon eux, cet animal sauvage devrait se conduire : ils hurlent, violent brutalement des victimes sans défense et ne mangent que de la viande crue et sanguinolente.

Beaucoup refusent de croire que le cannibalisme est toujours pratiqué à notre époque « civilisée ». Pourtant, il existe des cas documentés depuis au moins le siècle dernier.

 

Le cannibalisme criminel

Il existe quatre formes principales de cannibalisme criminel :
– le cannibalisme sexuel
– le cannibalisme d’agression
– le cannibalisme spirituel et rituel
– le cannibalisme épicurien / nutritionnel

Ces différents aspects se superposent considérablement. Une personne peut consommer de la chair humaine pour différentes raisons, pour atteindre un sentiment de pouvoir et de contrôle (cannibalisme d’agression), une autre peut trouver son goût agréable (cannibalisme épicurien / nutritionnel), et une autre peut s’adonner au cannibalisme pour atteindre une affinité spirituelle plus élevée avec la personne qu’elle mange, tout en éprouvant un plaisir sexuel intense.

Le cannibalisme sexuel :

Il est considéré comme un désordre psycho-sexuel, ce qui implique que la personne sexualise la consommation de la chair d’un autre. Cela ne suggère pas nécessairement que le cannibale éprouve un orgasme uniquement en mangeant de la chair humaine, mais que cet acte peut aussi libérer une frustration sexuelle ou une colère rentrée. Le cannibalisme est envisagé comme une forme de sadisme sexuel et est souvent associé à des actes de nécrophilie.

Andrei Chikatilo, Albert Fish, Armin Meiwes et Jeffrey Dahmer sont des cannibales sexuels.

Albert Fish

Albert Fish

– Dans les années 1920, l’américain Albert Fish, malgré son âge avancé, a violé, assassiné et dévoré plusieurs enfants.
Fish était un cannibale sexuel dans le sens propre du terme et affirmait avoir éprouvé un énorme plaisir sexuel lorsqu’il mangeait un enfant, mais aussi quand il s’imaginait en train de le faire.
Il a même écrit une lettre à la mère de l’une de ses victimes pour lui expliquer combien sa fille avait été succulente !

– Andrei Chikatilo, un instituteur ukrainien père de deux enfants, a assassiné des femmes et de nombreux enfants. Il était impuissant et ne pouvait obtenir une satisfaction sexuelle qu’en torturant et en assassinant des enfants. Il les mutilait puis consommait la chair de ses victimes, notamment les seins et les organes sexuels. Il est possible qu’il ait également ressenti un plaisir sexuel en mangeant ses victimes. Chikatilo affirmait être dégoûté par les soi-disant « mœurs relâchées » de ses innocentes victimes…

Armin Meiwes

Armin Meiwes

– Un autre exemple de cannibalisme, plus récent, est celui de l’Allemand Armin Meiwes, de Rotenbourg. En mars 2001, Meiwes a publié une annonce sur internet, indiquant qu’il cherchait un bel homme entre 18 et 30 ans, «désirant être mangé». À sa propre surprise, un ingénieur de 42 ans originaire de Berlin, Bernd Juergen Brandes, a répondu à son offre et s’est rendu à Rotenbourg pour le rencontrer. Ils ont discuté et ont décidé de couper le pénis de Brandes, qu’ils ont flambé et frit dans une poêle. Puis, Meiwes et Brandes l’ont mangé ensemble. Meiwes a ensuite tué l’ingénieur, coupé des morceaux de son corps qu’il a congelé, et a enterré le reste dans son jardin.
Selon l’agence Reuters, la police a expliqué que cet acte avait pour base «des tendances cannibales et homosexuelles partagées par les deux hommes». Meiwes a été inculpé de meurtre « pour obtenir un plaisir sexuel » (et non de cannibalisme), reconnu coupable et condamné à 8 ans et demi de prison. Jugé à nouveau en 2006, il a été condamné à la réclusion à perpétuité.

Jeffrey Dahmer était également un cannibale sexuel. Il a admis les meurtres, mutilations et viols de 17 jeunes hommes, qu’il a parfois mangés. Il dévorait plus particulièrement leur cœur, pensant que ses victimes pourraient ainsi « revivre » en lui.

Certaines personnes affirmant s’être livrées au cannibalisme ont parlé d’un sentiment d’euphorie et/ou de stimulation sexuelle intense alors qu’ils consommaient de la chair humaine. Selon Lesley Hensel, auteur de « Cannibalism as a Sexual Disorder« , manger de la chair humaine peut augmenter le niveau de vitamine A et d’aminoacides dans le corps, ce qui entraîne une réaction chimique dans le sang et le cerveau. Cette réaction pourrait provoquer les états « altérés » que certains cannibales affirment avoir vécu. Cette théorie n’a toutefois pas été prouvée scientifiquement.
Le psychologue Steven Scher a mené l’une des rares études sur le sexe et le cannibalisme, à l’Université de l’Illinois en 2002. Durant cette étude, on demandait à plusieurs groupes de personnes de répondre à des questions concernant le cannibalisme et l’intérêt sexuel. Les résultats de cette étude ont montré que les gens ont plutôt tendance à manger quelqu’un qui les attire sexuellement. Cela suggère qu’il pourrait exister une composante sexuelle significative dans la pratique du cannibalisme.

Parfois, à la motivation sexuelle vient s’ajouter un gain bassement financier.

Fritz Haarmann

Fritz Haarmann

L’allemand Fritz Haarmann (qui n’était pas cannibale, mais était un sadique sexuel) a assassiné une cinquantaine de garçons pauvres et sans logis, entre 1918 et 1924. Il les a attirés chez lui en leur promettant à manger ou à boire, puis les a violés, mordus à la gorge, battus et assassinés. Il les a ensuite découpés en morceaux, qu’il a vendus au marché noir comme étant « du porc » ou « du cheval »…
Georges Grossmann a agi à la même époque, de la même manière, avec des jeunes femmes. Il a été arrêté en 1921.
Entre 1921 et 1924, Karl Denke a assassiné des vagabonds – hommes et femmes – qui passaient par Munsterberg, en Silésie (à présent Ziebice, en Pologne), et qu’il « invitait gentiment  » dans sa pension. Il a découpé leurs corps en morceaux qu’il a salés, puis les a mangés peu à peu… et en a parfois proposé à ses locataires.

Le cannibalisme d’agression :

La majorité des actes de cannibalisme sont, à un certain degré, motivé par le désir d’avoir un pouvoir ou un contrôle sur la victime. Le cannibalisme est l’expression ultime de la domination exercée sur une autre personne.
Le cannibalisme d’agression est motivé par des sentiments d’hostilité et / ou de peur, créant un besoin impérieux d’exercer un pouvoir, une vengeance ou un contrôle sur une victime en l’assassinant et en la consommant.

Le cannibalisme d’agression est l’une des formes les plus communes de cannibalisme et chevauche souvent d’autres types d’anthropophagie, particulièrement le cannibalisme spirituel / rituel et le cannibalisme sexuel. Certaines formes du cannibalisme d’agression ont récemment attiré l’attention des médias, les cas les plus récents étant ceux d’Anna Zimmerman et d’Ed Kemper.

– En 1981, Anna Zimmerman, une jeune allemande de 26 ans, mère de deux enfants, a assassiné son petit ami par colère et désir de vengeance. Elle l’a ensuite démembré, a congelé les morceaux de son corps, puis a décongelé ces morceaux peu à peu, pour les consommer avec ses enfants. Anna Zimmerman représente l’un des rares cas connus de femmes cannibales.

Ed Kemper

Ed Kemper

Edmund Kemper a assassiné ses grands-parents lorsqu’il était adolescent, puis six jeunes femmes qu’il a enlevées, et enfin, sa mère et une amie de celle-ci. Les meurtres et le cannibalisme de Kemper étaient, selon les psychologues qui l’ont interrogé, le résultat de sa haine envers sa mère et de son enfance malheureuse. Enfant, Kemper grandissait très vite et effrayait ses sœurs, aussi sa mère l’avait-elle forcé à dormir à la cave, dans le froid et l’obscurité. Ayant l’impression d’être puni injustement, Kemper avait commencé à éprouver de la colère et de la haine envers sa mère. En grandissant, il s’était mis à fantasmer de meurtres.
Ed Kemper a expliqué qu’il avait mangé des parties de deux de ses victimes pour «les posséder pour toujours». Mais les meurtres de Kemper avaient également une composante sexuelle : il a tué ses victimes, puis a agressé sexuellement leur corps. Toutefois, on pense que ces meurtres étaient principalement motivés par sa colère et son désir de vengeance, directement et indirectement, envers sa mère.

Le cannibalisme n’est pas rare parmi les tueurs en série, particulièrement ceux qui sont menés par des motivations sexuelles ou sadiques. Souvent, c’est tout à la fois un cannibalisme sexuel ET un cannibalisme d’agression.
La peur, les mutilations et la douleur de la victime sont des ingrédients essentiels à la gratification sexuelle du tueur sadique (lust killer). La vue du sang le stimule et l’excite, et il en vient parfois à boire ce sang, puis à mordre… et à avaler.
Ils avancent imperceptiblement vers le cannibalisme. Chez eux, c’est « simplement » un comportement sexuel. Dans leur quête impossible du meurtre parfait (celui qui sera totalement identique à leurs fantasmes), ils recommencent toujours à tuer, en devenant de plus en plus brutaux et en expérimentant de nouvelles formes de tortures ou de possession de leur victime.
Andrei Chikatilo a mutilé ses victimes avec toujours plus de frénésie et de sang, il a infligé toujours plus de tortures, de souffrance et de douleurs pour ressentir une satisfaction sexuelle, jusqu’à s’adonner au cannibalisme.
Dahmer a d’abord démembré ses victimes et a gardé des parties de leurs corps comme souvenirs. Mais ses meurtres n’ont fait eux aussi qu’empirer et il a fini par manger certaines de ses victimes.

D’autres ne sont pas allés jusqu’au cannibalisme, mais c’est peut-être parce qu’ils ont été arrêtés avant de s’y abandonner.

Neville Heath

Neville Heath

Lors des derniers meurtres qu’il a commis, totalement déchaîné, Ted Bundy a mordu certaines de ses victimes à pleines dents.
Neville Heath, un Britannique, a été arrêté en 1946 pour les meurtres sadiques de deux femmes auxquelles il avait infligé de terribles mutilations et avait profondément mordu les seins, les arrachant presque.
William Heirens, un fétichiste qui volait des sous-vêtements féminins et ressentait une excitation sexuelle en pénétrant par effraction chez les gens, a tué une femme et une fillette qu’il a mutilées et mordues.
S’ils avaient pu plonger encore plus profondément dans la violence, ces trois tueurs seraient sans doute devenus cannibales.

Dénigrer, dominer, blesser et humilier la victime offre au tueur un contrôle ultime et c’est ce contrôle qui est sa motivation principale. Plus le dispositif de contrôle est extrême, plus le tueur se sent puissant… et plus il apprécie ce sentiment.
Et le contrôle ultime, c’est de dévorer la victime. La réduire à l’état de viande, la faire disparaître en se l’appropriant totalement, en la dissolvant en soi.
Chikatilo bandait les yeux de ses victimes et coupait leur langue pour les empêcher de le voir et de lui parler.
Dahmer voulait transformer ses victimes en zombies obéissant en leur perçant un trou dans le crâne et en y injectant de l’eau bouillante ou de l’acide.
L’allemand Joachim Kroll s’est mit à tuer des enfants après avoir usé des poupées gonflables durant des années, les considérant eux-aussi comme des objets « jetables ».

 

Le cannibalisme rituel et spirituel :

Les formes modernes de cannibalisme spirituel et rituel sont très similaires à celles des groupes tribaux. Toutefois, la version criminelle moderne est associée à des rituels de cultes sataniques plutôt qu’à des tribus ancestrales.

– Entre 1981 et 1982, les « éventreurs de Chicago » (Robin Gecht, Ed Spreitzer, et Andrew et Thomas Kokoraleis) ont coupé les seins de plusieurs femmes qu’ils avaient enlevées, violées, torturées et assassinées, et les ont dévorés. On a découvert que le meneur du groupe, Gecht, avait créé une sorte de culte sataniste qui impliquait d’humilier et de tuer des jeunes femmes.

Andrew Kokoraleis, Tommy Kokoraleis, Robin Gecht et Edward Spreitzer

Andrew et Thomas Kokoraleis, Robin Gecht et Edward Spreitzer

– En Finlande, à Helsinki, en 1999, deux jeunes hommes, Jarno Elg et Terhi Tervashonka, et une adolescente, Mika Riska, ont été arrêtés pour avoir torturé, assassiné et dévoré un jeune homme de 23 ans. Ils ont affirmé être des satanistes ayant accompli un meurtre rituel.

– La même année, un homme dénommé Dmitry Dyomin et ses deux complices, Valentin Chelyshev et Alexei Andreyev, ont enlevé une adolescente de 15 ans à Kiev, en Ukraine. Ils l’ont assassinée, puis lui ont coupé la langue et Dyomin l’a mangée. Ils ont ensuite décapité l’adolescente et Dyomin a gardé sa tête comme trophée dans sa chambre. Les policiers ont trouvé chez lui des crânes et des livres de magie noire.

– En 2002, la police Ukrainienne a arrêté trois hommes et une femme qui avaient assassiné et mangé six personnes, dont une jeune femme de 18 ans. Les policiers ont découvert « des livres de magie noire » chez l’un des tueurs, un homme de 53 ans, et ont expliqué que les assassins avaient tué la jeune femme, l’avaient scalpée, avaient fait bouillir sa tête décapitée et l’avaient mangé avant de découper ses organes internes.

Le cannibalisme spirituel ou rituel n’est pas obligatoirement le fait de groupes. De nombreux cas de cannibalisme individuel incorporent des aspects spirituels ou rituels dans leur pratique. Dahmer et Kemper ont affirmé que, lorsqu’ils consommaient leurs victimes, ils pensaient qu’elles devenaient spirituellement une partie d’eux-mêmes. Ils pensaient également que leur cannibalisme leur permettait d’absorber leur force ou leur pouvoir…

 

Le cannibalisme épicurien ou nutritionnel :

Le cannibalisme épicurien ou nutritionnel est motivé par un amour du goût de la chair ou pour l’appréciation de sa valeur nutritionnelle. Cette forme de cannibalisme est sans doute la plus rare. Elle est souvent considérée comme une « sous-motivation » d’autres formes de cannibalismes, comme le cannibalisme sexuel ou le cannibalisme de survie. Bien qu’il soit rare, plusieurs affaires célèbres peuvent être incluses dans cette catégorie.

Issei Sagawa

Issei Sagawa

En 1981, l’étudiant Japonais Issei Sagawa a été arrêté en France pour le meurtre d’une amie hollandaise de 25 ans, Renée Hartevelt. Il l’avait invitée chez lui, puis lui avait demandé de sortir avec lui et elle avait refusé. Il l’avait alors abattue d’une balle dans la nuque. Ensuite, il avait coupé des morceaux de son corps et les avait dévorés. Il a affirmé que «rien n’est aussi délicieux».
Il a été considéré mentalement aliéné et institutionnalisé durant une année avant d’être extradé vers le Japon. Une fois chez lui, son riche père lui a permis de recouvrer la liberté. Il a écrit un livre et a atteint un certain statut de célébrité.

Des causes encore inconnues

Andrei Chikatilo

Andrei Chikatilo

Andrei Chikatilo a affirmé que son propre cannibalisme était dû à une histoire que lui avait racontée sa mère lorsqu’il était enfant, selon laquelle son frère avait été tué et mangé lors de la grande famine russe des années 1930.
Lors de son procès, devant son comportement – volontairement – étrange (rires, hurlements…) et ses meurtres abominables, l’avocat de Chikatilo a plaidé la folie. Mais le juge Akubzhanov a affirmé que le remarquable « self-control  » de Chikatilo avant, pendant et après ses crimes prouvait le contraire : il avait minutieusement préparé ses agressions, en emmenant par exemple des vêtements propres au cas où il serait couvert de sang et devrait se changer pour passer inaperçu. «Quelques minutes après avoir commis un meurtre bestial et avoir affreusement mutilé sa victime, il est calmement sorti de la forêt et a commencé à parler champignons avec des gens à un arrêt de bus. À chaque étape de ses crimes, il a été totalement au commande de ses actes. Sa conscience ne le tourmentait pas le moins du monde. Il avait un psychisme et des nerfs d’acier».

Dans le domaine de la psychologie, il existe un débat sur les facteurs qui conduisent une personne à perpétrer le cannibalisme de manière criminelle.
On discerne plusieurs théories, du stress intense et soudain au « sur-nourrissement » du bébé durant les premiers mois de sa vie. Il y a peu de preuves pouvant confirmer la plupart de ses théories. Néanmoins, certaines proposent un cadre à l’intérieur duquel on peut obtenir une meilleure compréhension des facteurs psychologiques envisageables derrière le cannibalisme.

Le Dr Clancy McKenzie, professeur de psychologie à l’Université de Washington D.C., pense que le cannibalisme est le résultat d’un violent choc émotif, vécu plus particulièrement durant la petite enfance. Il affirme que le bébé, après le sevrage, connaît une grande anxiété due à la séparation et fantasme de dévorer sa mère. Un enfant qui a connu ce traumatisme peut régresser à ce stade à l’âge adulte, suite à un stress intense ou à un choc émotionnel, ce qui va le conduire à chercher l’accomplissement du fantasme qui lui avait été refusé en ayant recours au cannibalisme.
Cette théorie surprenante est appuyée par une étude sur le cannibalisme dirigée par Eli Sagan. Il affirme que le cannibalisme est «une réponse psychologique à la colère et la frustration» exprimées à travers une agression orale et un besoin d’absorber littéralement la personne en la consommant. Cette pulsion peut être dirigée vers un ennemi qui paraît menacer l’individu.
Sagan croit que les enfants excessivement dépendants à leurs mères, à cause du « sur-nourrissement » maternel, ont une plus grande tendance à éprouver l’agression orale et la frustration due à la séparation. De plus, il affirme que l’adulte qui porte inconsciemment en lui cette agression orale peut l’exprimer d’une manière ouvertement dominante contre les femmes, par le biais du cannibalisme.
Les témoignages de plusieurs cannibales étayent jusqu’à un certain point l’argument selon lequel l’agression envers la mère peut être l’un des facteurs possibles dans le cannibalisme d’une personne, tel Ed Kemper.
Toutefois, il est difficile de savoir si l’agression conduit directement au cannibalisme. Il existe peu de preuves disponibles qui pourraient confirmer cette théorie dans sa totalité. Et de telles preuves, si elles existent, seraient bien délicates à obtenir. Même si cette théorie est intéressante, il est peu probable que tous les cannibales, et surtout les cannibales criminels s’adaptent à ce contexte.

Jeffrey Dahmer

Jeffrey Dahmer

Inversement, le Dr Park Dietz, un expert criminel qui a témoigné au procès de Jeffrey Dahmer, affirme qu’il est impératif que le psychologue ne creuse pas trop profondément dans l’enfance du cannibale pour expliquer ses pratiques. Il pense qu’une personne peut recourir au cannibalisme lorsqu’elle doit faire face à un stress traumatique soudain. On sait que le stress joue un rôle important dans le passage à l’acte des tueurs en série et il est possible qu’il puisse pousser quelqu’un s’abandonner à ses appétits pour sa propre espèce.
Ce n’est toutefois pas la seule explication. Cette théorie peut être correcte jusqu’à un certain point, mais elle ne donne qu’une explication partielle des motivations du cannibalisme et ne peut pas être appliquée à tous les cannibales.
Elle n’explique pas pourquoi Jeffrey Dahmer a nourri des fantasmes cannibales dès l’enfance.
Il est important d’observer tout l’environnement psychologique entourant ce comportement, et pas seulement une période de la vie du cannibale. Il peut être nécessaire d’étudier l’enfance ou l’adolescence tout autant que l’âge adulte, afin de trouver des réponses.

Il existe d’autres théories, non corroborées jusqu’ici, suggérant que le cannibalisme est un désordre sexuel, voire même un désordre de l’appétit.
La caractéristique commune que l’on retrouve chez de nombreux cannibales est qu’ils ont souvent été diagnostiqués comme étant schizophrènes ou ayant une autre forme de désordre de la personnalité. Cette théorie suggère qu’un composant neurochimique sous-jacent pourrait mener au comportement cannibale. De nombreux cannibales, tels Andrei Chikatilo, Albert Fish et Issei Sagawa, ont été désignés comme schizophrènes. La schizophrénie englobe « plusieurs désordres psychotiques ayant des manifestations cognitives, émotionnelles et comportementales reflétant un clivage ou une dissociation entre les fonctions de sensation et d’émotion, ainsi qu’une dissociation entre la pensée et la conscience« .
Les schizophrènes ont souvent des troubles de la pensée, des hallucinations et perdent le contact avec la réalité. Cela pourrait expliquer les expériences que de nombreux cannibales affirment avoir vécu, durant et après leurs activités cannibales, telles que des trous noirs, une sensation intense de soi-même, des hallucinations, etc.
La schizophrénie pourrait également être un composant significatif du cannibalisme tribal. On a découvert que les caractéristiques psychotiques relatives à la schizophrénie ont un composant génétique significatif, et peuvent donc être transmises de génération en génération. Il est donc possible que la schizophrénie soit répandue parmi certaines tribus indigènes fortement consanguines. Mais cette théorie est uniquement spéculative et n’a pas encore été réellement explorée.

Il reste encore de nombreuses recherches à mener dans le domaine particulier qu’est le cannibalisme criminel moderne. Bien qu’il existe de nombreuses théories, peu d’entre elles expliquent totalement pourquoi certaines personnes mangent de la chair humaine.

Bibliographie

 

Livres en français :

 

 

 

 

Livres en anglais :

 

Articles en ligne :

Atlantico : Manger et se faire manger, aux racines de faits divers moins rares qu’on ne le croit

Compilistoire : Cannibalisme. Anthropophagie. Hémophagie. Vampirisme.

Hadzi, Andonov : Cannibalism and Archeology

Jones, Karen : Satanism and Ritual Abuse Archive

Shick, Ellie : Conklin Explores Funeral Cannibalism

 

Documentaire  :

Ce documentaire expose les crimes d’Andrei Chikatilo, le « Monstre de Rostov », tueur en série ukrainien qui s’en est prit à des enfants et des jeunes femmes.

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