tueurs en série chinois

Les tueurs en série Chinois

La Chine censure Internet plus que n’importe quel autre pays au monde. Les recherches y sont filtrées, les sites sont bloqués, les nouvelles « indésirable » sont supprimées et les courriels sont surveillés. Cette censure stricte de la presse et d’Internet donnent l’impression qu’il existe peu de tueurs en série chinois, car leurs crimes horribles font rarement les gros titres.

Et pourtant, depuis le début des années 2000, quelques informations ont filtré, qui permettent de comprendre que la Chine est sûrement l’un des pires viviers de tueurs en série au monde. Des informations et des preuves recueillies auprès de spécialistes en médecine légale, de criminologues, de psychologues, d’anciens policiers et d’articles de presse montrent un phénomène inquiétant en Chine : une augmentation à long terme du nombre de tueurs en série, semblable à ce que les États-Unis ont subi dans les années 1960 et 1970. La différence essentielle est qu’en Chine, le public est maintenu dans l’ignorance et est donc incapables de se protéger.

« La Chine a un problème de tueur en série »

Ceci est une affirmation du criminologue chinois Peng Weimin (un pseudonyme).
Selon lui, la population chinoise est mal informée sur le sujet. Lui-même ne possède que des informations partielles sur certaines affaires : des prostituées retrouvées sur les berges d’une rivière à Shenzhen, des dizaines de jeunes enfants disparus dans une ville du nord-est du pays…

L’expert en sciences médico-légales Deng Yajun, une ancienne officière de police, actuellement directrice du Centre des sciences judiciaires de l’Académie des sciences de Pékin, explique qu’elle ne connaît pas les chiffres réels, mais elle estime que la grande majorité des affaires de tueurs en série chinois ne sont pas connues du grand public. « Je pense que nous avons entendu parler de peut-être vingt pour cent des cas. » Deng se souvient de « deux ou trois » affaires de tueur en série dans le Shaanxi, sa province natale, entre 1998 et 1999, quand elle travaillait au poste de police de la ville de Xian.

D’autres affaires ne font surface qu’aux travers de lointains souvenirs de Luo Dahua, professeur de criminologie à la retraite de l’Université des sciences politiques et de droit de Beijing. Luo se souvient de trois tueurs originaires de Qiqihar dans la province de l’Heilongjiang qui ont probablement assassiné plus de 40 personnes dans les années 1990.

Certaines affaires ont été relatées par les médias et les journaux chinois, avec plus ou moins de détails, mais elles ne représentent qu’une petite partie des cas :

Li Shangxi, Yang Mingjin et Li Shangkuan, un trio de la province du Jiangxi (sud-est de la Chine) qui a commis 26 meurtres entre 1981 et 1989.

Long Zhimin
Long Zhimin

Long Zhimin, un agriculteur de la province de Shaanxi, est l’un des pires tueurs en série chinois.
Entre 1983 à 1985, il a tué 48 personnes chez lui et enterré leurs corps dans sa cour.
Il a affirmé les avoir tués pour les voler, mais leurs meurtres ne lui a en fait rapporté que 573 Yuans au total (85 €).
Long et sa femme ont été exécutés en septembre 1985.

Tu Guiwu, un usurier, a poignardé et démembré 8 personnes à Chengdu (dans la province du Sishuan). La plupart de ses victimes étaient des concurrents de son patron, mais sa première victime était un ami qui n’avait pas pu lui rembourser un prêt. Tu Guiwu l’a poignardé, a découpé son corps et fait bouillir la tête et les mains.

Li Zhanguo a violé et assassiné au moins 11 hommes entre 1991 et 1995, ciblant uniquement des villageois ayant des problèmes mentaux. La plupart du temps, la population ne faisait pas attention à ces hommes affaiblis par leur condition mentale.

Wu Jianchen, un violeur en série responsable de 15 meurtres de femmes en 1993 dans la province d’Hebei (nord-est de la Chine).

Bai Baoshan a passé 13 ans dans une prison du Xinjiang pour agression et cambriolage. Après avoir été libéré, Bai a voulu se venger de sa longue incarcération.
Il a tué au moins 15 personnes, dont des policiers et des soldats, en a blessé beaucoup d’autres et a volé 1,4 millions de yuans sur une période de 18 mois entre 1996 et 1997.
Il a été exécuté le 6 mai 1998.

Zhao Zhihong
Zhao Zhihong

Zhao Zhihong, un fermier de Mongolie intérieure, a été surnommé “Le Démon du meurtre” par les médias chinois.
Entre 1996 et 2005, il a violé 23 femmes et en a tué 11 dans les districts d’Hohhot et d’Ulanqab.
Un jeune Mongol a été reconnu coupable et injustement exécuté pour l’un de ses meurtres en 1996, mais a été déclaré innocent en 2005 après les aveux de Zhao.

Peng Maiji a utilisé un couperet de boucher pour tuer 77 personnes dans les provinces de Shanxi, Jiangsu, Anhui et Henan, et a été exécuté en 2000.

Wang Huaiyi, un agent de sécurité de Zhengzhou, dans le Henan, a violé et tué six femmes sur une période de quatre ans, et a été arrêté en 2004.

Wang Qiang, exécuté en 2003 pour les meurtres de 45 personnes et les viols de 10 femmes. Il a commit son premier meurtre en 1995.
Il aurait été nécrophile.
La police n’a remarqué ses crimes qu’après l’éventration d’un homme et d’une femme en mai 2000 dans la ville de Liaoning.

Chen Yongfeng

Chen Yongfeng a été condamné à mort à l’âge de 20 ans pour les meurtres de 10 personnes dont il a jeté des morceaux de corps dans une rivière de la province du Zhejiang, entre février et mai 2003.
Ses victimes étaient des concurrents dans la collecte et la revente des ordures, qu’il avait attiré chez lui pour les assassiner, les voler et les démembrer.
Il a été arrêté par hasard : les policiers ont frappé à sa porte pour lui demander de déplacer un vélo stationné à l’extérieur de sa maison. Lorsque Chen a ouvert la porte, les policiers ont vu que le sol de sa maison était couvert du sang de sa dernière victime, qui était également le propriétaire du vélo.

Zhou Youping
Zhou Youping

Zhou Youping, un chanteur de club karaoke, a été arrêté en avril 2010 pour les meurtres de six hommes dans la capitale de l’Hunan, à Changsha. Il les avait poussés à se pendre lors de jeux sexuels sadomasochistes entre octobre et novembre 2009. La police, en trouvant les corps nus de ces hommes dans des chambres d’hôtel, avait d’abord pensé à des suicides.
Zhou a été repéré par la police lorsqu’il a réservé une chambre dans deux hôtels à Changsha en utilisant comme pseudonyme les noms de deux de ses victimes. Arrêté, il a rapidement avoué qu’il était responsable des morts des six hommes qu’il avait rencontrés via un site de rencontres gay. Il leur avait proposé de tenter une strangulation auto-érotique. Zhou aimait les regarder se pendre, mais il ne les détachait pas et les laissait lentement étouffer.
Il a été reconnu coupable en 2011 et exécuté en 2014.

D’autres affaires de tueurs en série chinois sont parvenus à passer la barrière de la censure et les médias ont pu fournir plus d’informations.

Yang Xinhai

Yang Xinhai
Yang Xinhai

Yang Xinhai, le “Monstre tueur”, est l’un des tueurs en série chinois les plus connus. En 2006, après une heure de procès, il a été reconnu coupable des meurtres de 67 personnes, hommes, femmes et enfants entre septembre 2000 et août 2003. Yang Xinhai a été un enfant intelligent, mais introverti, né dans une famille très pauvre du Henan. Il a quitté l’école assez jeune et s’est mis à errer dans les provinces de l’Hebei, du Jiangxi et du Shaanxi, pour travailler comme ouvrier.

À l’âge de 20 ans, il a passé quelques mois en prison pour un vol. Huit ans plus tard, il a été condamné à 5 ans d’emprisonnement pour une tentative de viol, mais a été relâché 3 ans après, en 1999.

À sa sortie de prison, il est devenu un meurtrier, parcourant les provinces de Henan, Hebei, Anhui et du Shandong à bicyclette. Tout comme un autre tueur en série, ukrainien celui-là, Anatoly Onoprienko, il pénétrait dans les maisons la nuit et assassinait les occupants, souvent des familles entières. Yang Xinhai utilisait un marteau, une pelle ou une hache pour massacrer ses victimes. Il a parfois violé les cadavres des femmes.

Pour expliquer ses crimes, la presse chinoise a cité les mobiles habituels : la cupidité, la haine irrationnelle des femmes (sa petite amie avait soi-disant rompu avec lui) et son désir de « vengeance contre la société. »

Un gain financier, des problèmes avec une femme ou une sorte de rage contre la société sont systématiquement mis en avant par les médias officiels pour expliquer les crimes commis par les tueurs en série en Chine.
Des mobiles « logiques » et « compréhensibles », bien loin des véritables motivations des tueurs en série.

Yang Xinhai a été arrêté par hasard, grâce à un contrôle de routine dans une discothèque à Cangzhou et à son casier judiciaire.
« Auparavant, la règle du « hukou » (enregistrement des familles) interdisaient aux gens de voyager », explique le professeur Peng Weimin. « Cela ne fonctionne plus comme ça de nos jours : les gens peuvent aller où ils veulent, ce qui signifie que la police ne contrôle plus qui est dans leur district et pour y faire quoi. »
Permettre la libre circulation de la main-d’œuvre pour moderniser l’industrie du pays a également permis aux prédateurs – et aux victimes – de circuler dans les provinces comme ouvriers anonymes et interchangeables…
Yang Xinhai a expliqué :  » Tuer des gens m’a donné l’envie d’en tuer encore plus. Je ne me soucie pas de savoir s’ils méritaient de vivre ou non. Cela ne me concerne pas… Je ne veux pas faire partie de la société. La société n’est pas ma préoccupation. « 

Hu Wanlin

Hu Wanlin
Hu Wanlin

Hu Wanlin est considéré comme l’un des pires tueurs en série au monde. Ce « médecin traditionnel » a été arrêté pour les meurtres de 146 personnes, mais il est soupçonné d’avoir fait encore plus de victimes.

Né dans la province du Sichuan, il a arrêté l’école jeune et a été condamné en 1983 à la prison pour un meurtre, des escroqueries, mais aussi l’enlèvement et la traite de femmes. En prison, bien que n’ayant aucun diplôme et peu de connaissances, il a ouvert un cabinet médical.

Après sa libération en 1997, il a continué à pratiquer illégalement la médecine dans les provinces du Shanxi et du Shaanxi, dans le nord de la Chine, où il a ouvert deux hôpitaux. En février 1998, les autorités locales ont remarqué que de nombreux patients étaient décédés et ses deux hôpitaux ont été fermés. Hu a alors déménagé dans la province du Henan.

Les « traitements » de Hu Wanlin ont provoqué la mort d’au moins 150 personnes. Ces « traitements » étaient des préparations végétales qui contenaient de grandes quantités de sulfate de sodium, toxique à fortes doses. Hu se présentait comme un « médecin miracle » qui diagnostiquait les patients après un examen superficiel de quelques secondes.

Hu a été arrêté en janvier 1999 à Shangqiu. En octobre 2000, il n’a été reconnu coupable que de pratique illégale de la médecine et condamné à 15 ans de prison, la suspension du droit de vote durant cinq ans et une amende de 150.000 yuans.
Cette affaire a contribué à attirer l’attention sur la pratique médicale non autorisée en Chine (médecine « traditionnelle ») et, après le procès de Hu, la Chine a mis en place un système de licence médicale. À présent, seuls les médecins agréés sont autorisés à traiter les patients.

Duan Guocheng

Duan Guocheng
Duan Guocheng

Arrêté en août 2001, Duan Guocheng a tué 13 femmes dans la province de l’Hubei, en Chine centrale. Sa première victime, en avril 1999, était une étudiante de 24 ans qu’il a agressée et tuée pour la voler. Toutes ses victimes étaient des jeunes femmes d’une vingtaine d’années. Il a agressé sexuellement certains d’entre elles. Il s’en est d’abord pris à des femmes qui marchaient seules dans les ruelles sombres, puis il a commencé à agresser les femmes chez elles.

La première femme qu’il a assassinée à son domicile a été poignardée plus de 30 fois. Comme les meurtres continuaient dans la ville de Wuhan, les femmes ont commencé à couper leurs cheveux et ont évité de porter des robes rouges, car des rumeurs clamaient que le tueur ciblait les femmes correspondant à ce profil. Cela a valu à Duan le surnom de « Tueur à la Robe Rouge ».

Duan Guocheng avait été condamné à 5 ans d’emprisonnement pour cambriolage dans les années 1990, et il a passé la plus grande partie de son adolescence dans un foyer pour mineurs.

Wang Fang

Wang Fang
Wang Fang

Dans le Henan, Wang Fang a tué huit personnes, dont sept membres de sa famille élargie. Elle a utilisé de la mort aux rats appelée « dushuqiang », interdit en Chine depuis 1991. Les meurtres étaient semble-t-il motivés par la jalousie et la rancœur. Elle aurait pu être arrêtée beaucoup plus tôt, mais les membres de la famille Wang n’ont jamais signalé les meurtres à la police parce qu’ils croyaient que la maison dans laquelle ils vivaient était hantée.

Wang Fang a tué une de ses nièces en 1996 parce qu’elle pensait que sa belle-mère préférait la jeune fille à sa propre fille. Elle a empoisonné une autre nièce deux mois plus tard parce qu’elle n’avait pas apprécié que la mère de la jeune fille les dénigre, elle et son mari. Elle a assassiné un garçon en 1999 parce que son père – un parent éloigné – s’était brouillé avec elle un peu plus tôt. Elle a empoisonné quatre autres membres de sa famille, y compris ses beaux-parents, et a gravement rendu malade 20 autres personnes.

Wang a finalement été arrêtée après avoir empoisonné son amant de 57 ans « parce qu’il ne tenait jamais ses promesses ».

Wu Yandong

Wu Yandong a tué 10 personnes dans les villes de Shenzen et de Naijing entre 1999 et 2003. Ses meurtres étaient a priori motivés par « l’argent et l’indignation ».

Sa première victime était sa maîtresse, qu’il a tuée parce qu’elle lui avait demandé de se séparer de sa femme. Il l’a frappée à la hache avant de l’étrangler. Le lendemain, il a tué la fille de sa maîtresse et a jeté leurs deux corps dans un puits.

Il a ensuite volé et tué trois chauffeurs de camion, un motocycliste et un collègue. Il a également commit un meurtre contre de l’argent.
En octobre 2001, il a tué une autre maîtresse et sa sœur.
Et en 2003, il a assassiné l’époux d’une autre maîtresse, crime pour lequel il a été arrêté et condamné à mort. Ses autres meurtres ont alors été découverts.

Zhou Wen

Surnommé “le démon au taxi” ou “le diable au taxi”, Zhou Wen aurait commencé à tuer après que sa femme a subi un avortement sans sa permission. Entre juillet et novembre 2003, il a assassiné 6 femmes qui étaient montées dans son taxi, en les étranglant avec une corde.
Il abandonnait leurs corps dans un puits ou en dehors de la ville. Il aurait tué l’une de ses victimes parce qu’elle voulait coucher avec lui pour se venger de son mari.

Zhou tenait un journal détaillé de ses meurtres, notant la date de chacun des meurtres et l’endroit où il avait jeté les corps (selon lui, « parce qu’il voulait aider la police à retrouver les corps quand il serait arrêté »…).

Les habitants de la ville d’Anshan, dans la province de Liaoning, où les meurtres avaient provoqué la panique, ont célébré l’arrestation de Zhou avec des feux d’artifices.

Yang Shubin et Ji Hongzhie

Dans les boites de nuit et les bars, Yang Shubin se présentait comme un chef d’entreprise qui dirigeait une centrale électrique. Il achetait des boissons coûteuses et ne cachait pas son argent. Des femmes l’entouraient très souvent, car il proposait le double du tarif habituel pour leur compagnie et amenait même parfois des cadeaux. Lorsque la soirée touchait à sa fin, Yang Shubin n’avait aucun mal à convaincre les demoiselles de le suivre chez lui : devenir la maîtresse d’un riche homme d’affaire est la meilleure évolution de carrière possible pour une « hôtesse de bar » en Chine.

Yang Shubin
Yang Shubin

Mais une fois arrivés à l’appartement, la pauvre jeune femme avait la surprise de se retrouver nez-à-nez avec Ji Hongzhie, 20 ans, la petite amie de Yang Shubin. Avec l’aide de 2 autres comparses, des amis d’enfance originaires de l’Heilongjiang, Wu Hongye et Zhang Yulian, ils attachaient la jeune femme à une chaise, puis la frappait avec des bâtons et des barres de fer, pour qu’elle donne son numéro de carte bancaire. Si elle ne cédait pas, ils la torturaient brutalement. Après avoir retiré de l’argent au distributeur, les 4 criminels forçaient la victime à appeler ses collègues pour les persuader de venir elles-aussi à l’appartement. Elles subissaient le même sort.
Leurs corps étaient ensuite démembrés, bouillis… et passés au travers d’une machine à hacher la viande. Les grands os étaient écrasés avec des pinces et ajoutés au « hachis ». Le tout était jeté dans les égouts ou des poubelles devant des hôtels ou des restaurants. Puis les 4 comparses fuyaient dans un autre quartier ou une autre ville.

Entre 1998 et 2004, ils ont récupéré de cette manière 2 millions de yuans (près de 300 000 €).
En 2001, à Guangzhou (anciennement Canton), deux sœurs ont été torturées durant 13 jours avant de parvenir à s’échapper quand leurs geôliers les ont laissées seules. Elles ont prévenu la police, mais lorsque les enquêteurs se sont rendus à l’appartement, les 4 criminels avaient fui.
En 2002, dans la ville de Jilin, le résident d’un immeuble, tentant de comprendre pourquoi les tuyaux d’évacuation étaient bouchés, a découvert des morceaux de corps coincés à l’intérieur. Des mandats d’arrêt ont été lancés, mais les 4 criminels se sont de nouveaux échappés en septembre 2002, puis ont disparu.
Durant quasiment 10 ans, ils n’ont plus fait parler d’eux et leurs victimes ont cru qu’ils ne seraient jamais jugés. Mais le policier Xu Jianguo, de la ville d’Harbin, a continué à les rechercher. Originaire du même quartier que les deux leaders du groupe, Yang et Wu, Xu Jianguo avait un intérêt personnel à arrêter les meurtriers.

En 2007, le bureau de la sécurité publique d’Harbin a appris que la famille de Yang avait soudainement déménagé et que personne ne savait où ils se trouvaient. Une enquête a finalement conduit Xu Jianguo, à la tête d’une force spéciale, jusqu’à Baotou, en Mongolie intérieure, et à la maison de famille d’un dénommé Wang Xuekai. Cet homme partageait la maison avec 11 autres personnes, dont son soi-disant frère et la petite amie de celui-ci, ainsi qu’un soi-disant cousin. Des fausses identités pour Yang Shubin, Ji Hongzhie, Wu Hongye et Zhang Yulian.
En novembre 2011, une équipe d’intervention a pénétré dans la propriété et a arrêté les 4 criminels. Presque dix ans après avoir tué leurs dernières victimes – deux prostituées dont les corps en morceaux avaient été retrouvés dans un égout – Yang Shubin et son équipe se présentaient comme une famille heureuse et honnête, propriétaire d’un salon de massage et d’une salle de billard.
La police d’Harbin a présenté cette affaire comme « un cas sans précédent dans l’histoire récente ».

Gao Chengyong

Il a violé, poignardé et mutilé 11 femmes qu’il avait suivies jusqu’à chez elles, avant de se jeter sur elles, entre 1988 et 2022. Dix à Baiyin, province de Gansu, et une à Baotou, en Mongolie intérieure. Sa plus jeune victime n’avait que huit ans.

Il était marié et père de deux enfants. L’épouse de Gao a déclaré qu’elle avait remarqué que son mari disparaissait de la maison plusieurs jours d’affilée, mais elle ne l’a jamais soupçonné d’être un tueur en série. Comme il rentrait chez eux avec de l’argent, elle supposait qu’il partait pour faire de « petits boulots ».

Le jour du Nouvel An Chinois 2001, Gao Chengyong s’est jeté sur une jeune femme qui s’est défendue bec et ongles, est parvenu à fermer la porte à clé et a hurlé pour que son mari intervienne. Au lieu de s’enfuir, Gao Chengyong est resté devant sa fenêtre en souriant. Lorsque son mari a rejoint la jeune femme, il était toujours là, toujours en train de rire. Il est parti uniquement lorsque la police a été appelée, se fondant dans l’obscurité, au milieu des fêtards et des pétards.
Durant 14 ans, ce tueur considéré par beaucoup comme un fantôme maléfique (et surnommé le Jack l’Éventreur chinois par les médias) a réussi à terrifier les femmes de Baiyin, une ville de 1,7 million d’habitants.

Il a fallu attendre 2004 pour que la police relie les onze meurtres et propose une belle récompense contre des informations. Mais Gao Chengyong n’a été appréhendé que 12 ans plus tard, à l’âge de 52 ans. Lorsque son cousin a été arrêté pour une affaire de corruption, son ADN a été prélevé et les bases de données ont révélé une relation familiale entre le tueur et lui. Gao a alors été arrêté dans l’épicerie où il travaillait à Baiyin, le 26 août 2016. Il a été condamné à mort, puis exécuté le 3 janvier 2019.

La capitale, Beijing

Beijing, considérée comme l’une des villes les plus sûres au monde, n’a pourtant pas échappé aux tueurs en série.

Selon le professeur Peng Weimin, « dans les années 1990, un homme a assassiné des prostituées dans le district de Shijingshan. Il aurait commencé parce qu’il vivait dans un quartier où de nombreuses prostituées travaillaient et elles le gênait en faisant trop de bruit ».

Li Pingping

Li Pingping
Li Pingping

Li Pingping, un chauffeur de taxi, a assassiné sept personnes : son ancien patron, son épouse et leur fille en 1995, puis 4 prostituées qui avaient requis ses services entre novembre 2002 et avril 2003.
Il a tué son ancien patron et sa famille parce qu’il l’avait licencié. Il s’en serait pris à des prostituées « parce qu’il pensait qu’elles gagnaient de l’argent plus facilement que les chauffeurs de taxi ».
Après les avoir assassinées, il les a démembrées et jeté les morceaux de leurs corps dans des bennes à ordures proches de chez lui.
Il a été arrêté en 2003 et condamné à mort en mars 2004. Son épouse a été condamnée à 15 années de prison pour l’avoir aidé dans ses meurtres.

Hua Ruizhou

Quatorze prostituées qui travaillaient près de l’hôtel Sheraton « Grande Muraille » ont été tuées par Hua Ruizhou entre juillet 1998 et juin 2001.
Hua Ruizhou était chauffeur pour une compagnie de construction. Il attirait les jeunes femmes dans son van, les menottait, les violait, puis les battait à mort avant d’abandonner leur corps près des sites où il travaillait.
Il a été condamné à mort et exécuté en janvier 2002.

Song Jinghua et Yan Jinguang

En mai 2011, Song Jinghua a été exécuté pour les meurtres de neuf femmes. Il les aurait assassinées parce qu’elles ressemblaient à l’ex-petite amie de son frère aîné, qui a été exécuté en 1997 pour avoir volé et tué un chauffeur de taxi.
Song soupçonnait l’ex-petite amie de son frère de l’avoir dénoncé. Emprisonné pendant six ans pour complicité du meurtre, il avait recherché à sa libération l’ex-petite amie de son frère pour se venger, sans la retrouver.
En 2005, il s’était lié d’amitié avec Yan Jinguang et, ensemble, ils ont volé et tué les neuf femmes. Song et Yan ont même loué une maison dans le district de Pinggu afin de pouvoir y démembrer les corps. Song a été arrêté en novembre 2007 après avoir tué une voisine qui l’avait vu enterrer la tête de sa dernière victime. Un mégot de cigarette retrouvé sur la scène du crime a permis de l’identifier.

La province du Henan

Situation du Henan
Situation du Henan

Le Henan, dans l’est du pays, est la province la plus peuplée et la plus mal réputée de Chine. Les Chinois qui ne vivent pas dans cette province la considèrent avec un immense mépris, au point que « Henan » est quasiment synonyme de « criminalité ». Si l’on en croit les mauvaises langues, la province du Henan a créé pratiquement tous les voleurs, les escrocs et les oisifs que la Chine a jamais eus.
Au-delà des rumeurs, le Henan pourrait surtout être la capitale des tueurs en série en Chine.

Selon le professeur Peng, « Le Henan à lui-seul a connu de nombreux cas de tueurs en série. Récemment, un homme a tué six hommes riches. Il conduisait un scooter-taxi, prenait des passagers et en tuait certains. Il les a assassinés pour l’argent. Il y a également eu plusieurs tueurs d’enfants. L’un d’eux avait placé un cheval à bascule en bois dans son jardin pour attirer les enfants chez lui et les tuer. Il a été reconnu coupable de 6 meurtres, mais on a retrouvé 10 cadavres dans son jardin ».

Shen Changying et Shen Chanping

Les frères Shen

Un duo de tueurs en série du Henan a fui la province en 2003 après que l’un d’eux, Shen Changying, a poignardé un homme à mort. Lui et son frère, Shen Chanping, 22 ans, sont allés vers le nord, dans l’Hubei, où ils ont enlevé une prostituée, Yao Fang, l’ont assassinée et démembrée.
Leur victime suivante, Li Chunling, 23 ans, est parvenue à les persuader de l’épargner. En échange, elle leur a proposé d’attirer d’autres femmes jusqu’à leur appartement. Les deux frères ont accepté, mais ont forcé Li Chunling à tuer la jeune femme qu’elle avait ramenée. Les deux tueurs ont ensuite arraché l’un des reins de leur victime et l’ont mangé, puis ont dissous le corps dans de l’acide sulfurique.
Ils ont fait d’autres victimes dans les provinces de Shanxi, Anhui et en Mongolie intérieure, “recrutant” plus de complices féminines comme appât, jusqu’à ce que l’une d’elles parviennent à s’enfuir et prévienne la police.
Les enquêteurs ont arrêté les deux frères alors qu’ils dissolvaient dans l’acide le corps de leur dernière victime.
En 2005, ils ont été reconnus coupable des meurtres de 11 femmes, alors que leurs 3 « complices » féminines ont été condamnées à 20 ans d’emprisonnement.

Li Hao

Li Hao
Li Hao

En septembre 2011, le journaliste Li Xiang a été assassiné dans la ville de Luoyang, dans le Henan. Sur son compte Weibo (le Twitter chinois), il avait expliqué qu’il suivait la trace de gangs qui vendaient de l’huile frelatée et donc impropre à la consommation. Lorsque l’on a retrouvé son corps poignardé, la police a alors conclut qu’il avait été assassiné par des « bandits » et a arrêté deux criminels locaux. Ji Xuguang, un journaliste du « Southern Metropolis Daily », l’un des journaux les plus progressistes de Chine, a trouvé que les policiers classaient l’affaire un peu trop vite. Il a découvert qu’en fait, la police ne voulait pas que des journalistes « traînent » à Luoyang car ils auraient alors appris qu’une femme prétendait s’être échappé d’un « donjon sexuel » où cinq autres femmes étaient encore captives, torturées et violées quotidiennement. Deux autres étaient mortes. Leur geôlier était Li Hao, 34 ans, un ancien pompier, mais surtout, un fonctionnaire d’état, employé au Bureau de veille technologique de Luoyang. Cet homme avait passé les 2 dernières années dans les bars karaoké de la ville pour y trouver des victimes, alors que sa femme pensait qu’il travaillait comme veilleur de nuit à temps partiel…

Ses victimes, âgées de 16 à 23 ans, étaient enfermées dans une prison souterraine située à quatre mètres sous terre, sous une cave que louait Li Hao (comme l’avait fait Gary Heidnik dans les années 1980 à Philadelphie). Elles étaient à peine nourries, afin qu’elles restent faibles, mais avaient accès à des ordinateurs portables pour « se divertir ». Li Hao a tué l’une d’elles, apparemment avec la complicité de l’une de ses prisonnières (un syndrome de Stockholm avait apparemment saisi les jeunes femmes qui se livraient à une compétition afin d’obtenir l’attention de Li Hao). Une autre des jeunes femmes a été mise à mort pour « désobéissance ».

cave li hao
La cave de Li Hao se situait sous un grand immeuble

Après que Li Hao a pris la fuite, la police a tenté de régler la question discrètement. Lorsque le journaliste Ji Xuguang a eu vent de l’affaire, il a donc été arrêté et longuement interrogé par la police. On l’a prévenu qu’il portait atteinte à de potentiels « secrets d’État », un terme fourre-tout souvent utilisé par les autorités chinoises pour harceler ou persécuter les journalistes qui publient des histoires défavorables à l’image de marque « idéale » du régime.
En réponse, Ji Xuguang a quitté la province du Henan et a publié un article dans le « Southern Metropolis Daily ».
Le violeur en série et meurtrier présumé Li Hao a été arrêté une semaine plus tard. Selon le « Guangzhou Ribao » (le journal local et officiel du parti), il a été « renvoyé de l’inspection du Bureau de la qualité et du contrôle technique de Luoyang, il a été dépouillé de son appartenance au Parti et sera jugé pour ses crimes ». Des officiers de police ont eux-aussi été licenciés.

Provoquant une controverse, les femmes que Li Hao avait détenues ont également été arrêtées et ont même été accusées de complot en vue de commettre des meurtres.

Li Hao a finalement été jugé, reconnu coupable de meurtre, viol, enlèvement et séquestration. Il a été exécuté en janvier 2014.

Comment un homme peut-il enlever et tuer des femmes dans un régime autoritaire durant 2 ans, sans que personne le remarque ? Selon le professeur Peng, « (Ses victimes) étaient des prostituées. Leur statut social est tellement inférieur que personne ne se souciait d’elles ».

Des photos du donjon de Li Hao : http://murderpedia.org/male.H/h/hao-li-photos.htm

Un système inefficace

Cibler les prostituées et les migrants et/ou se déplacer souvent est un comportement que beaucoup de tueurs en série, en Chine ou ailleurs, utilisent avec beaucoup de succès.
Mais le système policier et judiciaire chinois possède deux principaux défauts qui permettent aux serial killers de prospérer dans le pays :

  • une coordination inexistante des forces de police entre provinces
  • la censure de la presse, qui empêche les crimes d’être exposés dans les médias et donc la population d’être prévenue

En fait, le système en lui-même est particulièrement pervers : lorsqu’un crime similaire à un autre est commis dans une autre ville ou une autre province, la police évite de s’impliquer autant que possible. Le slogan « les homicides doivent être résolus »  s’adresse uniquement aux crimes commis dans le quartier ou le district. Un policier va être critiqué pour ne pas avoir résolu un meurtre, mais il ne sera pas félicité d’avoir résolu celui d’une autre ville, bien au contraire. La coopération et l’aide entre services n’est donc pas la priorité des forces de police.

Ce genre de mentalité n’est pas exclusif à la Chine. Mais il est là poussé à son paroxysme : lorsque la police appréhende des criminels provenant d’une autre province ou d’un autre district, ceux-ci ne peuvent pas être envoyés dans la prison locale parce qu’ils ne sont pas des habitants la région. Ils ne peuvent pas non plus être renvoyés dans leurs villes natales en raison des coûts que leur transport entraînerait.
Le résultat ? Les policiers chinois ne se concentrent que sur les criminels locaux et déploient des « tactiques de l’épouvantail » : ils créent l’illusion d’une forte présence policière dans la communauté grâce à des gyrophares et des sirènes ou des caméras de vidéosurveillance, afin de dissuader les criminels nomades de s’installer dans leur district.

La Chine aurait sans doute besoin d’un bureau des enquêtes criminelles autonome et centralisé, semblable au FBI américain. Mais le point de vue officiel en Chine est qu’aux États-Unis, les états sont indépendants les uns des autres, de sorte qu’il est nécessaire de les coordonner. Alors qu’en Chine, la politique du gouvernement central est bien évidement transmise, adoptée et mise en place de façon approfondie dans toutes les provinces et à tous les échelons du système, et il n’y a donc nullement besoin d’un organe de coordination.

Certes, la police chinoise évolue. Des laboratoires médico-légaux ont été créés dans les grandes villes et une base de données nationale des suspects et des fugitifs a été mise en place (c’est d’ailleurs elle qui a permis d’arrêter Yang, le « monstre tueur »). Le Crime Investigation Bureau (CIB) emploie des policiers expérimentés ainsi que du personnel scientifique et universitaire spécialisé.
Mais il sert souvent des buts politiques.

Actuellement, lorsqu’un homicide se produit, une équipe d’enquête est mise en place par le CIB, qui dépend du ministère de la Sécurité publique. Elle se rend sur le lieu du meurtre, où elle organise et supervise toute l’affaire.

Zheng Mingsheng
Zheng Mingsheng

Mais le CIB est surtout amené à traiter les affaires « qui menacent la stabilité publique », avec des objectifs ministériels, tels que l’affaire Zheng Mingsheng (un « spree killer » qui avait poignardé à morts 8 écoliers et en avait blessé 5 autres en mars 2010 à Nanping, et provoqué la panique). Dans le cas de Zheng, le Ministère de l’Education et celui de la Sécurité Publique ont surtout passé leur temps à manœuvrer l’un contre l’autre et à promettre plus de sécurité à l’avenir, contre l’avis d’experts qui affirmaient que les slogans de propagande sont inutiles contre « ce genre de crime imprévisible commis par un inconnu.« 

Cela fut effectivement inefficace, car, entre l’attaque de Zheng et la fin du mois d’avril 2010, quatre autres agressions au couteau ont eu lieu dans des écoles chinoises, provoquant la mort de 10 enfants et des dizaines de blessés. Lors de la dernière attaque, Xu Yuyuan, un chômeur de 47 ans, a poignardé 28 enfants, 2 enseignants et 1 agent de sécurité.

Contrairement à ce qu’affirment les autorités chinoises, dans les campagnes, loin des grandes villes, la politique du gouvernement est souvent ignorée.
En 2003, le ministère de la Sécurité publique a fixé de nouvelles directives aux forces de police, afin de les autoriser à avertir le public de l’existence d’un potentiel tueur en série dans leur région, en cas de meurtres similaires. Ces directives ont été prescrites après l’affaire très médiatisée d’un tueur d’enfants du Henan, pour laquelle l’enquête policière avait été particulièrement inepte :

Huang Yong

Huang Yong
Huang Yong

Huang Yong était un ancien soldat de 27 ans devenu travailleur migrant, qui vivait seul à Dahuang, dans la maison délabrée de ses parents, entourés d’arbres morts et de gravats. Alors que la plupart des jeunes du Henan étaient partis à l’est chercher de travail, Huang était resté au village, tandis que ses parents travaillaient dans la grande ville et lui envoyait de l’argent. Huang le dépensait dans les web cafés de Pingyu, une ville proche, offrant ses conseils aux adolescents qui venaient y jouer aux jeux vidéo. Il se liait d’amitié avec eux, puis les invitait chez lui afin de discuter de leur avenir : il leur proposait de les aider à trouver un emploi ou à financer des études. En septembre 2001, la famille de l’un de ces garçons s’est manifestée après que leur fils a disparu. Mais la police et, plus tard, les écoles des adolescents, ont refusé d’offrir leur aide pour les retrouver.

L'une des victimes de Huang Yong
L’une des victimes de Huang Yong

La police n’a pas rendu publique les disparitions des adolescents « afin d’éviter la panique ». Les parents ne savaient donc pas qu’un prédateur était à l’œuvre et ne pouvaient pas prendre de précautions.  D’autres adolescents ont disparu. L’un d’eux a réussi à échapper à Huang Yong et s’est rendu au poste de police en leur montrant les contusions autour de son cou. Les policiers ont cru à une plaisanterie et l’ont renvoyé chez lui.
Mais une semaine plus tard, Huang Yong a été arrêté. Le nombre de ses victimes est toujours incertain, mais il est élevé. Les villageois affirment qu’il aurait commencé à tuer « parce que sa petite amie s’était fait avorter et l’avait quitté ». Selon les autorités locales, Huang a regardé « trop de films de kungfu violents »… Elles arguent également qu’il a assassiné 17 adolescents (et pas un de plus), choisis parce que « les femmes sont moins héroïques » et les hommes adultes « plus vigilants ».

Un an après qu’Huang Yong a été jugé et exécuté, un groupe de parents en deuil s’est rendu dans la petite maison du tueur et a découvert des ossements humains dans son jardin.
Certaines familles avaient envoyé des pétitions à Beijing afin d’obtenir justice avant l’arrestation d’Huang et n’avaient obtenu en retour que du harcèlement ou de l’argent contre leur silence.

Gong Runbo

Gong Runbo
Gong Runbo

Le nouvel édit ordonnant aux policiers d’avertir la population de la présence de meurtriers dans la communauté aurait dû éviter que le public ne soit tenu dans l’ignorance lors d’enquêtes à venir.

Mais trois ans plus tard, en février 2006, le porte-parole du ministère de la Sécurité publique s’est retrouvé devant les caméras des journalistes à Beijing pour leur raconter la même histoire.

Le lieu des meurtres était différent, mais le mode opératoire du tueur et l’inaction de la police étaient quasiment les mêmes : Gong Runbo, 33 ans, un criminel condamné pour viol, traînant dans les web cafés de la province de l’Heilongjiang à la recherche d’enfants vulnérables, qu’il avait violés et tués les uns après les autres, entre mars 2005 et avril 2006.

Il avait été arrêté parce que sa dernière victime était parvenue à s’échapper et avait alerté la police. Au moins 10 paires de chaussures d’enfants auraient été retrouvés dans la maison de Gong, mais la police a affirmé qu’il n’y avait pas assez de preuves pour l’inculper de plus de 6 meurtres. Il aurait en fait tué entre 20 et 30 enfants.

La police savait que quelqu’un enlevait et tuait des enfants, mais n’avait rien dit, malgré la directive de 2003.
Et le ministère de la Sécurité Publique, par la voix de son porte-parole, a rapidement décidé sur qui faire retomber la faute : « Malgré l’interdiction du gouvernement faite aux mineurs de fréquenter les web café, Gong a pu se saisir de ces enfants sans être signalé par les propriétaires des cafés ».

L'une des victimes de Gong Runbo
Ma Qianli, l’une des victimes de Gong Runbo

L’année 2003 a vu l’arrestation de plusieurs tueurs en série chinois. La capture de Yang Xinhai (Le Monstre tueur) a coïncidé avec celles de trois autres assassins. Huang Yong, le tueur précité d’au moins 17 adolescents, mais aussi un couple de tueurs, Ma Yong, 43 ans, et sa complice Duan Zhiqun, 20 ans, arrêtés à Buji, près de Shenzhen, pour les meurtres de 12 femmes migrantes enlevées sur des marchés du travail, puis démembrées et dispersées dans une rivière locale.
La raison officielle donnée pour ces meurtres était classique : les 12 victimes « avaient des téléphones portables » et « semblaient faibles« . Les tueurs « étaient motivés par l’argent« . Peu importe si assassiner des pauvres migrantes pour de l’argent n’a pas le moindre sens.

Shenzhen

Shenzhen, une très grande ville située en bordure nord de Hong-Kong, est principalement connue pour sa « zone économique spéciale » et ses politiques préférentielles qui attirent les investissements étrangers. Mais Shenzhen est devenu aussi célèbre que la province du Henan pour sa concentration de tueurs en série. Selon un sociologue, « le trait remarquable de Shenzhen est la grande mobilité de ses habitants et l’anonymat que cela provoque. Ce qui signifie que beaucoup de normes sociales habituellement rencontrées en Chine sont ici inexistantes.« 

Cette dernière phrase fait référence à une série d’enlèvements et de meurtres d’enfants qui ont hanté la ville en 2008 et 2009. Selon le « Global Times », Shenzhen, l’une des villes les plus riches de Chine, est désormais tourmentée par les enlèvements. Le chef de police a même été cité par les médias de Guangdong et de Shanghai lorsqu’il a expliqué que la ville subit en moyenne 44 enlèvements chaque mois. Durant les 20 premiers jours d’avril 2008, 52 cas d’enlèvements avaient été signalés.

Le centre-ville de Shenzhen
Le centre-ville de Shenzhen

Les enlèvements d’enfants sont quasiment une habitude en Chine. 190 enfants disparaissent chaque jour, a priori enlevés par des gangs de trafiquants, mais personne ne sait réellement combien d’entre eux deviennent en fait les proies de tueurs en série. Les familles des victimes sont souvent pauvres, rurales et analphabètes. La disparition de leur enfant ne fait pas l’objet d’une enquête approfondie, s’il y en a une, par des forces de police surchargées ou indifférentes.

Mais dans les cas de Shenzhen, les familles étaient aisées, éduquées et ont publiquement exprimé leur détresse. Malgré leurs protestations, qui furent couvertes par les médias, la police a été aussi négligente et réticente qu’à son habitude, une attitude qui n’a fait qu’aggraver leur douleur. Le père de l’une des victimes s’est plaint au « Southern Metropolis Daily » que la police n’avait pas rendue publiques les disparitions, ce qui l’avait empêché de prévenir l’enlèvement et le meurtre de son propre fils.
Une journaliste du « Global Times » a expliqué par la suite que la police avait obstinément refusé de révéler la moindre information.

La police ne s’est décidée à enquêter qu’à la fin de l’année 2009, lorsque des membres du gouvernement régional ont commencé à exprimer leur mécontentement. Wu Limin, un célèbre député du congrès local, a même affirmé aux journaux que « La police aurait dû informer le public dès le premier cas d’enlèvement d’écolier afin d’accroître la prise de conscience de la société« .
Des policiers en uniformes et des agents de sécurité ont commencé à patrouiller autour des écoles.

La majorité des enfants, semble-t-il, avaient été enlevés par des truands ou des membres de la « famille étendue » des petites victimes, dans le but de rançonner leurs parents. Mais beaucoup de kidnapping se terminaient par la mort des enfants.

Les portraits de certains enfants enlevés à Shenzhen
Les portraits de certains enfants enlevés à Shenzhen

Dans la société chinoise, ceux qui s’en prennent aux enfants sont considérés comme la caste la plus pitoyable, et sont même méprisés par les autres criminels. Les crimes contre les enfants sont d’autant plus insupportables qu’il existe une tradition filiale, selon laquelle les enfants sont censés s’occuper de leurs parents lorsqu’ils vieillissent. La politique de l’enfant unique signifie qu’une seule personne deviendra, une fois adulte, la seule ressource de la famille.

A minima, le gouvernement chinois promet et apporte aux familles des victimes une justice rapide. Avec un taux de conviction de 98%, une arrestation équivaut souvent à une condamnation à mort. La sentence est accomplie presque aussi rapidement qu’elle est prononcée, habituellement dans les trois mois. Huang Yong a été reconnu coupable des 17 meurtres moins d’un mois après avoir été arrêté et exécuté 15 jours plus tard.
Les assassins chinois, et notamment les tueurs en série, sont rapidement mis à mort, et avec eux disparaît toute chance de comprendre les véritables motivations de leurs meurtres. Aucun tueur en série chinois n’a jamais été interrogé en profondeur par des psychiatres ou des criminologues.

Rien ne change

Après l’exécution de Yang Xinhai en 2003, le « People’s Daily » (Quotidien du Peuple) avait offert quelques nouvelles rassurantes : le ministère de la Sécurité publique avait appelé une « réunion spéciale (…) ordonnant aux forces de polices à travers le pays [à] faire plus d’efforts pour faire face aux crimes graves impliquant des meurtres [et] des enlèvements ».

Huit ans plus tard, en septembre 2011, le Ministère de la Propagande était à pied d’œuvre sur l’affaire du « donjon sexuel » de Luoyang, et ordonna à tous les médias du Henan de ne pas diffuser d’informations sur le sujet. Ce fut un mois chargé pour le Ministère : comme le révéla l’organe de presse américain « China Digital Times », plusieurs directives furent transmises afin d’étouffer la moindre information sur  « une série de meurtres vicieux » commis dans la province de l’Hunan et des crimes encore plus horribles dans le Henan.

Xiao Lansheng

Selon un article du « Southern Metropolitan » (supprimé depuis), les habitants de Fangyuan ont découvert un matin qu’un voisin avait été arrêté et accusé d’être un tueur en série et un cannibale. Xiao Lansheng était accusé d’avoir violé, massacré et transformé en « vin médicinal » les corps « d’au moins 5 écolières de 12 ans ». Des cheveux, un crâne humain et de sous-vêtements féminins avaient été trouvés dans sa propriété, un ancien couvent bouddhiste utilisé comme habitation depuis les années 1970 et accessible uniquement par un chemin de terre. « Il distillait leurs cœurs pour faire du baijiu (une eau de vie) et extrayait de l’huile de leurs mains et de leurs pieds ».  Il avait « invités des amis et sa famille à manger du gibier, en affirmant qu’il avait chassé des animaux exotiques dans la montagne ».
Un black-out médiatique a été rapidement imposé.

Zeng Kaigui

L'avis de recherche contre Zeng Kaigui
L’avis de recherche contre Zeng Kaigui

En janvier 2012, le Chine a ajouté un nouveau tueur en série à sa liste déjà longue. Une chasse à l’homme massive a été mise en place pour retrouver un ancien policier devenu braqueur et tueur en série, Zeng Kaigui : plus de 13 000 policiers, des hélicoptères et une grande campagne d’information pour demander aux citoyens chinois de rester chez eux.

La Chine semblait donc avoir enfin pris la mesure du problème. Sauf que le système n’a pas changé et que les circonstances sont simplement exceptionnelles.
Premièrement, la police a identifié le criminel, c’est l’un des leurs, ce qui est une source d’embarras importante (avec des conséquences potentielles pour les autorités locales).
Deuxièmement, son crime le plus récent était impossible à cacher : il avait braqué une banque en plein jour dans le centre-ville de Nanjing, et le braquage avait pris fin en une fusillade mortelle.
De plus, les premiers crimes de Zeng Kaigui étaient connus depuis 1995 et il avait commencé à tuer en 2004, sans que la police parvienne à l’appréhender.
Cette immense chasse à l’homme était plutôt un dernier recours, souligné par le fait que la récompense pour sa capture avait été sensiblement augmentée.
Et pourtant, jusqu’à aujourd’hui, Zeng Kaigui n’a toujours pas été appréhendé.

Zhang Yongming

Quelques mois plus tard, en mai 2012, un tueur en série cannibale a de nouveau été arrêté en Chine. L’AFP a indiqué que « La police a arrêté un homme soupçonné des meurtres de plus d’une douzaine de garçons et de jeunes hommes, dont il aurait découpé les corps pour vendre la chair à des consommateurs peu méfiants ».
Plusieurs articles avaient été publiés auparavant sur des disparitions d’adolescent dans la province du Yunnan. L’édition anglaise du « Global Times » avait expliqué qu’ « une ville du Yunnan craint un kidnappeur en série », spéculant sur le fait que des jeunes gens étaient sans doute enlevés pour travailler comme esclaves dans des usines illégales, comme le suggéraient les parents de l’une des victimes.

Zhang Yongming
Zhang Yongming

Le « Chongqing Economic Times » avait publié un article intitulé « Dans le comté de Jinning, province du Yunnan, 17 personnes ont disparu – peut-être à cause d’un tueur en série », en désignant un certain Zhang Yongming comme suspect.
Ce fermier de 56 ans qui vivait dans une cabane aurait dû être le suspect n°1 de la police : en 1978, il avait été condamné à la prison à perpétuité après avoir assassiné un jeune homme. Il avait toutefois été relâché en 1997 et vivait à moins de 2 km de toutes les victimes.
Les villageois eux-mêmes suspectaient Zhang car il avait été surpris en train d’étrangler un adolescent avec sa ceinture. La police l’avait interrogé, mais Zhang s’était mis à rire et avait affirmé qu’il voulait seulement faire une plaisanterie au jeune homme. Les policiers avaient conclu qu’il était fou et l’avaient laissé en liberté.

Tout autant que la méconnaissance des policiers chinois envers la maladie mentale, leur indifférence a rendu possible les morts de 17 adolescents.

La réaction officielle était prévisible : la censure et le licenciement de plusieurs policiers. Les recherches sur Weibo pour les termes « Jinning », « disparus du Yunnan » et « Yunnan assassinats » ont été bloquées. Le chef de la police du comté de Jinning a été limogé, ainsi que le chef de la station de police du canton de Jincheng et 10 autres officiers. Le CIB a été envoyé depuis Beijing pour « superviser » l’affaire.

Certaines victimes de Zhang Yongming
Certaines victimes de Zhang Yongming

 

Zhou Kehua

Zhou Kehua
Zhou Kehua

En août 2012, une nouvelle chasse à l’homme a été lancée, cette fois contre Zhou Kehua, responsable comme Zeng Kaigui d’une série de braquages et de meurtres. Si Zeng n’a jamais été retrouvé, Zhou a lui été abattu par la police.
Après une chasse à l’homme de huit ans dans quatre provinces différentes, impliquant des dizaines de milliers d’agents de police, Zhou Kehua est mort à quelques kilomètres de la maison de sa mère.
Zhou était recherché depuis 2004. La valeur combinée de toutes les récompenses placées sur sa tête atteignait 5,4 millions de yuans (770 000 €) et des affiches de son visage avaient été épinglées jusqu’à Shanghai, à plus de 1600 km de chez lui.

Zhou avait tué neuf personnes, dont un policier, lors d’une série de braquages. Il ciblait des clients de banques qui retiraient une grosse somme d’argent liquide, les suivait jusqu’à un endroit tranquille, puis leur tirait dans la tête avant de s’enfuir avec l’argent.
Après plusieurs meurtres en 2004, il a totalement disparu de 2005 à 2009.

Il a tué une femme en août 2012 à Shapingba, dans le district de Chongqing, et les autorités locales ont immédiatement mis en place une énorme chasse à l’homme. Sa mère, veuve depuis peu, vivait dans une ville voisine, toute comme son épouse et leurs fils de 13 ans, à qui il rendait visite de temps à autre. La police les a donc placés sous surveillance. Zhou Kehua a été repéré dans une ruelle du centre-ville de Chongqing et ouvert le feu sur la police, qui a riposté.

Les autorités chinoises affirment que, depuis le milieu des années 2000, les taux de meurtres sont en baisse. Il n’existe malheureusement aucune statistique sur le nombre de tueurs en série ou de leurs victimes, d’autant plus que l’existence de la majorité d’entre eux est ignorée tant par la population que par la police.

Liens

Les différentes provinces chinoises sur le site de l’ambassade de France

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