John Wayne Gacy

Nom : John Wayne Gacy Jr.
Surnom : « The Clown Killer  » (« le clown tueur « )
Né le : 17 mars 1942 à Chicago (Illinois) – États Unis
Mort le : 10 mai 1994, exécuté au pénitencier de Stateville, près de Joliet (Illinois)


John Wayne Gacy était un homme d’affaires respecté et affable. De nombreuses personnes le considéraient comme un homme gentil et généreux, un fêtard accueillant, un démocrate convaincu, qui se déguisait en clown pour amuser les enfants des hôpitaux et permettait à des jeunes gens de se faire un peu d’argent.
Presque personne n’aurait pu imaginer qu’il aimait torturer et violer des adolescents, et encore moins qu’il en assassinerait trente-trois entre 1972 et 1978, et dormirait tranquillement au-dessus de leurs cadavres.

Informations personnelles

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John Wayne Gacy Junior, le premier fils de Marian Elaine Robinson (d’origine danoise) et John Gacy Senior (d’origine polonaise), des ouvriers, est né en 1942, le jour de la Saint-Patrick, à Chicago. Gacy avait une grande sœur, Joanne, et allait avoir une petite sœur, Karen.
Les enfants furent élevés dans la foi catholique et suivirent leur scolarité dans des écoles privées au nord de Chicago.

John Wayne Gacy Jr grandit dans un quartier de classe moyenne, dans le nord de Chicago. Il fut membre des Boy Scout et occupa de « petits boulots » après l’école : distribuer les journaux et mettre les courses des clients dans les sachets du supermarché local…
Bien que n’étant pas particulièrement « populaire » à l’école, il était apprécié de ses enseignants, bien qu’ils le trouvaient un peu trop rêveur et souvent têtu. Il s’était fait de bons amis chez les Scouts : il adorait les uniformes et les activités extérieures du week-end.

Il eut une enfance normale… jusqu’à un certain point.

À onze ans, il jouait à côté d’une balançoire lorsque celle-ci, poussée par un autre enfant, le frappa à la tête, ce qui provoqua un caillot sanguin dans son cerveau. Ce dernier ne fut découvert que 5 ans plus tard, lorsque l’on voulut comprendre pourquoi John Gacy souffrait de fréquents évanouissements. Ils cessèrent lorsqu’on lui prescrivit des médicaments qui dissolurent le caillot.

La mère de Gacy
La mère de Gacy

En plus de ses problèmes de santé, Gacy dut subir le caractère de son père, notamment à partir de l’adolescence. Si sa mère l’adorait, son père était un alcoolique violent et autoritaire, un perfectionniste particulièrement sévère, qui battait son épouse et humiliait ses enfants. Il lui arrivait de battre « Junior » mais il passait surtout son temps à l’insulter, le traitant de « d’idiot » et de « crétin » lorsqu’il ne parvenait pas à réussir quelque chose, et de « tapette », de « fils à maman » ou de « pédé » lorsque sa mère voulait le défendre…

Quoi que fasse « Junior », ça n’était jamais assez bien pour son père. Contrairement à ce dernier, Junior n’était pas sportif et son père le trouvait donc efféminé.
John Junior aimait toutefois beaucoup son père et désirait désespérément gagner son attention et son estime.
Malheureusement, il ne fut jamais capable de les obtenir avant que son père ne meure. Gacy lutta toute sa vie pour reconquérir la confiance en lui que son père lui avait enlevée à force de mépris et de châtiments.
Pourtant, lorsqu’on l’interrogea des années plus tard, Gacy nia avoir jamais détesté son père.

Gacy eut quelques problèmes au lycée, même s’il obtenait de bonnes notes. Il quitta le lycée à 17 ans et partit à Las Vegas après une terrible dispute avec son père, au sujet de sa voiture. Gacy travailla, à mi-temps, comme concierge dans un salon funéraire et découvrit que les cadavres ne l’effrayaient pas, au contraire.
Il ne parvint pas à trouver un travail plus intéressant et, sa mère étant tombée malade, il tenta désespérément de réunir assez d’argent pour rentrer à Chicago. Mais il existait peu d’emplois bien rémunérés pour quelqu’un qui n’avait pas son bac. Il fallut à Gacy trois longs mois pour gagner assez d’argent afin d’acheter le billet qui allait le ramener chez lui, en 1964.
Cette expérience douloureuse fut pour lui un électrochoc. À son retour, il s’inscrivit à l’école de commerce de l’université de North Western. Il obtint son diplôme sans difficulté et perfectionna son talent naturel pour la vente. John Wayne Gacy était un vendeur né, un beau parleur et un charmeur, qui pouvait convaincre n’importe qui de n’importe quoi.
À sa sortie de l’école, il fut immédiatement embauché dans la compagnie « Nunn-Bush Shoe » et excella en tant que stagiaire en gestion. À 22 ans, on lui demanda de gérer un magasin de vêtements pour hommes à Springfield, dans l’Illinois.

Seul, libéré de l’influence négative de son père, Gacy gravit les échelons avec bonheur. Il prit confiance en lui et développa ses talents de persuasion. En fait, c’était un vantard invétéré et ses nouveaux amis furent rapidement agacés par ses mensonges concernant son prétendu engagement dans l’Armée.
Gacy prit également du poids, mais réalisa que son embonpoint ne constituait pas un obstacle à sa réussite sociale.

Il s’impliqua dans plusieurs organisations :
– le Conseil Catholique Inter-Club, dont il devint membre du conseil
– le Federal Civil Defense for Illinois et le Chicago Civil Defense, où il fut capitaine
– la Holy Name Society (une confraternité masculine encourageant la prière), où il fut nommé officier
– les Jaycees (Jeune Chambre Économique, organisation civique de développement personnel) où il passa énormément de temps.

Gacy prenait très au sérieux son implication dans ces différentes organisations et leur dévouait tout son temps libre. Ceux qui connaissaient Gacy le considéraient comme un homme sympathique, mais très ambitieux, qui cherchait à se faire un nom. Il voulait absolument « être quelqu’un ». Il travaillait tellement qu’il fut hospitalisé pour épuisement nerveux.

En septembre 1964, Gacy rencontra une collègue, Marlynn Myers, dont les parents possédaient des franchises de restaurants Kentucky Fried Chicken à Waterloo, dans l’Iowa. Gacy épousa Marlynn en 1965, et Fred Myers, son nouveau beau-père, lui proposa de diriger l’une de ses franchises. Son beau-père le considérait comme « un vantard et un menteur », mais il voulait que sa fille soit près de lui. Gacy accepta et déménagea dans l’Iowa avec son épouse.
Gacy travaillait facilement 12 heures par jour et parfois même 14 heures. Il était très enthousiaste et avait envie de tout comprendre et de tout connaître de son nouvel emploi. Il espérait un jour récupérer toutes les franchises de son beau-père, lorsque celui-ci prendrait sa retraite.

Il s’impliqua également auprès des Jaycees de Waterloo, auprès desquels il travailla bénévolement et inlassablement. Populaire et enthousiaste, il s’y fit beaucoup d’amis et l’un d’eux allait déclarer plus tard que Gacy « voulait réussir et être reconnu par ses pairs… Il travaillait toujours sur des projets et était totalement dévoué aux Jaycees. Le club était toute sa vie ».
D’autres membres considéraient qu’il en faisait trop, qu’il voulait toujours attirer l’attention. Selon un membre qui battit Gacy à l’élection pour la présidence des Jaycees, « Ce n’était pas un homme qui se préoccupait de la vérité. Cela ne lui faisait vraiment rien lorsqu’il était pris en flagrant délit de mensonge. »

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Gacy, son épouse Marlynn et leur enfant

Gacy trouva malgré tout du temps à consacrer à son épouse. Marlynn donna naissance à un garçon et, peu après, à une fille. Les Gacy étaient une véritable carte postale de famille heureuse. Ils possédaient une jolie maison dans la banlieue de Waterloo et avaient deux beaux enfants. Marlynn adorait s’occuper d’eux et Gacy était heureux dans son travail. Tout semblait trop beau.

Tout était effectivement trop beau.

Une seule chose gênait Marlynn chez son époux : il adorait la police et les uniformes, les véhicules d’urgence, qu’il suivait parfois à grande vitesse avec son gyrophare rouge personnel…
Il aimait que les gens pensent qu’il avait une influence dans la police, alors qu’il lui arrivait seulement de porter du poulet frit gratuitement aux policiers ou aux pompiers de la ville.
Selon certains de ses amis, il se vantait constamment de ses prouesses sexuelles auprès des femmes. Il ne montrait jamais la moindre affection en public envers son épouse.
Gacy allait plus tard admettre avoir vécu sa première expérience homosexuelle après la naissance de son fils. Il s’était saoulé avec un ami et lui avait fait une fellation.

Gacy était membre de la « patrouille des commerçants de Waterloo », une force de sécurité coopérative dont les membres surveillaient leurs propres commerces durant la nuit pour éviter les cambriolages. Les employés des restaurants que dirigeait Gacy participèrent un soir à l’une de ces patrouilles, avec lui, et s’introduirent dans plusieurs bâtiments, volant des pièces de voitures et l’argent de distributeurs automatiques. Gacy avait réglé sa radio sur la fréquence de la police et surveillait leur conversation pour savoir si une patrouille s’approchait.

Gacy abusait souvent de son autorité sur ses jeunes employés. Les gens le considéraient comme un homme gentil et très impliqué dans la communauté. Ses employés connaissaient son côté privé, bien plus sombre.
Il avait créé une sorte de club dans la cave de sa maison, où les adolescents employés dans ses restaurants étaient autorisés à jouer au billard et à boire de l’alcool en échange d’un abonnement mensuel. John Wayne Gacy força plusieurs des garçons à lui faire une fellation lorsqu’ils perdaient au billard. Il les intimidait, les contraignait ou parvenait même à les convaincre qu’il menait des expériences scientifiques pour une commission d’État sur les comportements sexuels !

Durant l’été 1967, Gacy ramena chez lui un adolescent de 16 ans pour regarder des films, jouer au billard et boire de l’alcool. Son épouse était à l’hôpital après avoir donné naissance à leur deuxième enfant. Lorsque le garçon refusa de lui faire une fellation, Gacy l’attaqua avec un couteau et le coupa au bras. Toutefois, il lui présenta rapidement des excuses et insista pour que le garçon reste avec lui. Il usa de tous ses talents de persuasion jusqu’à ce que l’adolescent accepte de visionner des films pornographiques.
Ensuite, Gacy parvint à le convaincre de le laisser lui montrer son « tour de magie avec les menottes », et lorsque le garçon fut menotté, il tenta de le violer. Le garçon résista et Gacy commença à l’étrangler. L’adolescent fit semblant de s’évanouir. Gacy le lâcha, le réveilla et accepta de le ramener chez ses parents.
L’adolescent ne porte pas plainte, peut-être honteux de s’être laissé berner.

Peu de temps après, au restaurant, Gacy attacha l’un de ses jeunes employés, Edward Lynch, et l’étrangla jusqu’à l’inconscience, avant de le violer. Lynch fut licencié peu après et alla porter plainte à la police. Gacy affirma évidemment que Lynch voulait se venger d’avoir été congédié. La police le crut et l’affaire n’alla pas plus loin.

En août 1967, Gacy agressa un autre de ses employés. Donal Vorhees, 15 ans, fut forcé de lui faire une fellation, un soir, après le travail. Gacy le paya pour garder le silence et s’en prit de nouveau à lui par la suite.

En décembre 1967, Gacy devint premier vice-président des Jaycees et fut nommé « Homme de l’année ». Donal Vorhees, totalement déprimé, continuait de subir les viols de son patron sans oser réagir.

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Mais des rumeurs commencèrent à se répandre en ville et parmi les membres des Jaycees, concernant les préférences sexuelles de Gacy. Il était souvent vu en présence d’adolescents, on disait qu’il était homosexuel et qu’il couchait avec les garçons qui travaillaient dans ses restaurants.
Pourtant, les amis proches de Gacy refusaient de croire ses rumeurs… jusqu’en mai 1968, lorsqu’elles s’avérèrent être fondées.

Durant le printemps 1968, Donal Vorhees, ne pouvant plus supporter les agressions sexuelles de Gacy, s’en était plaint à ses parents. Son père en avait immédiatement parlé auprès de la police de Waterloo, qui avait commencé son enquête.

Le 2 mai, Gacy passa au détecteur de mensonges. L’examinateur indiqua aux policiers qu’il mentait, mais Gacy continua de nier toute culpabilité. Le 10 mai, il fut inculpé de « sodomie ».
En juillet, il passa à nouveau au détecteur de mensonges avec le même résultat négatif, après quoi il admit avoir eu des « relations homosexuelles » avec Donal Vorhees mais affirma que l’adolescent était consentant, et qu’il l’avait payé pour cette relation.
Il expliqua que certains membres des Jaycees cherchaient à lui nuire pour l’empêcher de se présenter à la présidence locale de l’organisation. Beaucoup de ses amis crurent cette explication et le jugement fut mis en délibéré.

Mais, début septembre, Gacy fut inculpé pour avoir payé un jeune homme de 18 ans afin de tabasser Donal Vorhees. Gacy avait offert 10 dollars à un certain Russell Schroeder, plus 300 dollars supplémentaires pour louer une voiture. Le 30 août 1968, Schroeder avait persuadé Vorhees de monter dans cette voiture et l’avait conduit dans un bois, où il l’avait aveuglé avec du gaz lacrymogène, puis avait commencé à le frapper. Vorhees s’était défendu et avait cassé le nez de Schroeder, puis était parvenu à s’enfuir. Peu après qu’il ait prévenu la police, Schroeder avait été arrêté. Il avait expliqué que Gacy l’avait engagé pour s’en prendre à Donal Vorhees.

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Un juge ordonna à Gacy de subir une évaluation psychiatrique dans plusieurs établissements différents afin de définir s’il était mentalement compétent pour suivre son procès. Les psychiatres déclarèrent qu’il était totalement sain d’esprit et qu’il pouvait participer à son procès. Ils considéraient toutefois qu’il était un asocial, plus précisément un « sociopathe », qui ne pourrait être « guéri » par aucun traitement médical connu.
« Gacy détourne la vérité de manière à ne pas être présenté comme un homme mauvais, il peut admettre des actions socialement inacceptables uniquement lorsqu’il est confronté directement. C’est un beau parleur et un menteur qui essaie de se blanchir de tout acte répréhensible. Il a un haut degré d’intelligence sociale ou, si l’on veut, la conscience de la manière appropriée de se conduire dans le but d’influencer les gens.
L’aspect le plus frappant des résultats est la négation totale par le patient de la responsabilité qu’il pourrait avoir pour quelque acte qu’il ait commis. Il peut présenter un alibi pour n’importe quoi. Il accuse tour à tour l’environnement en se présentant comme la victime des circonstances ou accuse les autres personnes en se présentant comme la victime des jaloux qui lui en veulent. Bien que cela puisse être le comportement d’un paranoïaque, je ne considère pas que cela soit le cas. Le patient tente d’avoir l’air sympathique en se présentant comme étant à la merci d’un environnement hostile. Il fait les choses sans jamais penser aux conséquences, il n’a que peu de jugement. »

Peu après, Gacy décida de plaider coupable pour les agressions sexuelles sur Donal Vorhees.

Le 7 novembre 1968, il fut condamné à 10 ans d’emprisonnement à la prison d’État de l’Iowa, la peine maximum pour ce genre de crime. Il avait 26 ans et le joli petit monde qu’il avait patiemment construit s’écroulait autour de lui.
Son épouse, abasourdie, demanda et obtint rapidement le divorce.

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En prison, Gacy accepta toutes les règles, obéit aux gardiens et ne chercha pas les ennuis. Il fut un prisonnier modèle, travailleur et respectueux du personnel, car il avait bien compris que s’il se montrait non violent et qu’il obéissait, il avait plus de chance d’être libéré pour bonne conduite. Gacy expliqua à ses codétenus qu’il avait été condamné pour avoir montré des films pornographiques à des adolescents.
Il exprimait si souvent son mépris pour les homosexuels que ses codétenus furent convaincus que son incarcération résultait d’une simple beuverie s’étant mal terminée.
Gacy fut employé aux cuisines et se mit à la tâche avec enthousiasme. Il y fut apprécié pour sa propreté frisant l’obsession et ses qualités de cuisinier. Il fut également aumônier et se déguisa en père Noël lors des fêtes de fin d’année. Il suivit même des cours de niveau universitaire.

En mars 1970, il subit une nouvelle évaluation psychiatrique.
L’un des psychiatres de la prison affirma qu’il avait une « personnalité passive agressive » et recommanda qu’il soit libéré sur parole, ajoutant : « la probabilité qu’il soit de nouveau accusé et reconnu coupable de conduite antisociale semble mince. » L’autre psychiatre, bien au contraire, affirma que Gacy était un « prédateur » qui présentait un « possible risque à venir ». La commission de libération préféra écouter l’avis du premier psychiatre.

Après seulement 21 mois de prison, les espoirs de Gacy devinrent réalité et il fut mis en liberté conditionnelle. Il n’avait même pas fait un quart de sa peine.

Le 18 octobre 1970, Gacy quitta la prison et, contrairement à ce qu’il avait assuré à ses amis de Waterloo, il repartit à Chicago… pour soigner sa mère malade.

Crimes et châtiment

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Gacy décida de commencer une nouvelle vie en ne laissant personne connaître quoi que ce soit de sa condamnation passée. Il avait l’intention de reprendre une place de choix dans la communauté.
Mais ses ambitions furent d’abord freinées par une période de dépression due au décès de son père. Gacy regrettait de ne pas avoir pu le revoir une dernière fois, car il était mort le Noël qui avait précédé sa sortie de prison. Il avait l’impression qu’on lui avait enlevé sa dernière chance d’améliorer ses relations avec un homme qu’il aimait énormément malgré son comportement violent et abusif.

John Wayne Gacy s’installa chez sa mère et obtint grâce à un ami de la famille un emploi de cuisinier dans un restaurant de Chicago, un travail qu’il appréciait beaucoup. Ce restaurant était fréquenté par de nombreux policiers et politiciens.
Il tenta d’obtenir un droit de visite pour voir ses enfants, mais son ex-épouse ne répondit jamais à ses lettres. Fou de rage, Gacy lui annonça qu’il ne voulait plus jamais les voir et qu’il les considérait tous les trois comme morts.

Gacy sortit brièvement avec une serveuse du restaurant où il travaillait, mais cela ne dura pas longtemps et il préféra rapidement les rencontres homosexuelles. En novembre 1970, il amena même l’un de ses amants, un jeune homme de 20 ans, dans l’appartement de sa mère, sans qu’elle le sache.

Après 4 mois, comme tout se passait bien au restaurant, Gacy put acheter une maison dans la banlieue de Chicago, avec l’aide de sa mère, impressionnée par les efforts accomplis par son fils pour retrouver une vie « normale ». Gacy possédait la moitié de sa maison, située au 8213 West Summerdale Avenue, à Northwood Park, et sa mère – qui déménagea avec lui – possédait l’autre moitié. La maison, un pavillon style années 1950, était située dans un quartier calme où vivaient de nombreuses familles.
Gacy se lia rapidement d’amitié avec ses voisins, Edward et Lillie Grexa, qui vivait dans le quartier depuis sa construction.
Sept mois plus tard, il passait Noël avec les Grexa, qu’il avait conviés à dîner avec sa mère. Ils s’invitaient souvent pour boire un verre ou jouer au poker, et les Grexa n’avaient pas la moindre idée du passé criminel de Gacy.
Ses voisins le considéraient comme un homme bon, amical et généreux. Certains, toutefois, avaient l’impression qu’il en faisait trop et cherchait à obtenir un statut social qu’il n’atteindrait jamais.

À Chicago, Gacy était soumis à la tentation et laissa le champ libre à ses pulsions violentes. Des bars homosexuels avaient pignon sur rue et des prostitués mâles acceptaient de partir avec un inconnu pour quelques dollars. Des adolescents fugueurs ou sans abris arrivaient quotidiennement à la gare routière, toute proche, ne sachant où aller, et appréciaient qu’un « gentil monsieur » leur propose de l’aide…

Le 12 février 1971, Gacy fut inculpé pour agression. Il avait ramené chez lui un adolescent, qu’il avait trouvé à la gare routière, et avait tenté de le forcer à lui faire une fellation.
Toutefois, il ne fut pas condamné et toutes les charges contre lui furent abandonnées, car le garçon ne se montra pas lors de l’audience préliminaire. Personne ne vérifia le casier judiciaire de Gacy. Personne ne prévint donc les autorités de l’Iowa de l’arrestation de Gacy, qui termina tranquillement sa liberté conditionnelle.

Carol Hoff et ses filles avec Gacy
Carol Hoff et ses filles avec Gacy

En mai 1971, Gacy rencontra Carole Hoff, une divorcée mère de deux filles qu’il connaissait depuis l’adolescence. Ils étaient sortis ensemble au collège et recommencèrent à se fréquenter.

Gacy tua pour la première fois trois mois après la fin de sa liberté conditionnelle, le 1er janvier 1972. Il voulait ramener sa mère chez lui, vers minuit, après la soirée de Nouvel An. Mais elle refusa, préférant rester un peu et être raccompagnée par quelqu’un d’autre.
Vexé, Gacy s’en alla seul et conduisit dans Chicago à la recherche de compagnie. Il rencontra un jeune homme de 18 ans à la gare routière et l’emmena chez lui. Prostitué, sans abris ou fugueur, Gacy ne s’en souvint pas. Ils burent de l’alcool et eurent des relations sexuelles. Il allait par la suite expliquer que le garçon avait tenté de le poignarder et qu’en se défendant, Gacy lui avait pris le couteau et l’avait tué. Il allait d’ailleurs toujours trouver une « bonne raison » d’avoir assassiné ses victimes…
Gacy enterra le corps du jeune homme sous sa maison.

Il ne tua plus durant plusieurs années, mais fut arrêté le 22 juin 1972 pour « inconduite sexuelle ».
Un jeune homme de 24 ans expliqua à la police que Gacy l’avait fait monter dans sa voiture. Il s’était présenté comme un officier de police du comté et lui avait montré un insigne en lui expliquant qu’il était en état d’arrêt. Il lui avait ensuite expliqué que s’il lui faisait une fellation, il le laisserait partir. Il l’avait conduit jusqu’à un bâtiment à Northbrook mais le jeune homme avait refusé. Gacy l’avait alors frappé et s’était jeté sur lui, mais le jeune homme était parvenu à s’échapper et à courir jusqu’à une station essence.
Gacy expliqua aux policiers que le jeune homme l’avait menacé et qu’il essayait seulement de lui extorquer de l’argent. Après avoir trouvé sur le jeune homme de l’argent donné par Gacy, la police abandonna les charges.

Gacy et Carol Hoff
Gacy et Carol Hoff

En juillet 1972, Gacy épousa Carole Hoff, après que sa mère ait déménagé dans une autre maison. Il avait séduit cette femme émotionnellement vulnérable, divorcée depuis peu, et elle était immédiatement tombée amoureuse de lui. Elle était attirée par son charme, sa chaleur et sa générosité, et pensait qu’il s’occuperait bien d’elle et de ses filles. Elle savait qu’il avait passé plusieurs mois en prison – il ne lui avait pas avoué le véritable motif – mais était persuadée qu’il avait totalement changé de vie.
Elle emménagea rapidement avec ses filles dans la maison de Gacy.
Évidemment, John Wayne Gacy n’attira des adolescents chez lui que lorsque son épouse fut absente.

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Gacy lors d’une barbecue party

Le couple maintint une relation amicale avec les voisins et les Grexa furent encore invités à des fêtes et des barbecues. Ils étaient toujours heureux d’accepter les invitations de leurs jeunes voisins, mais ne pouvaient faire abstraction de l’odeur nauséabonde qui régnait dans leur maison.
Lillie Grexa pensait qu’un rat avait dû mourir sous les planches de la maison et encouragea Gacy à les soulever pour le trouver. Mais Gacy affirma que l’odeur provenait de moisissures dues à l’humidité régnant dans le vide sanitaire situé sous la maison. Il connaissait la véritable raison mais, évidemment, il ne la révéla pas.
Bien que de nombreux amis, membres de la famille et voisins se plaignirent de l’étrange odeur venant de la maison, ils continuèrent de se rendre chez Gacy. Il organisa deux grandes « barbecues party » durant lesquelles il invita tous les gens qu’il connaissait. L’une d’elles réunit plus de 300 invités ! Gacy aimait organiser des soirées à thèmes, où les gens venaient déguisés en cowboys ou en Hawaïens…
Il aimait se sentir important et appréciait d’entendre les gens parler des fêtes qu’il organisait.

En 1974, Gacy décida qu’il voulait être son propre patron.

Il ouvrit une entreprise dénommée « Painting, Decorating and Maintenance » et engagea des adolescents. Il expliqua à des amis qu’il préférait travailler avec ces jeunes gens, car il les payait moins que des adultes et pouvait donc augmenter sa marge. Gacy était notoirement avare. Il ne payait pas à ses employés le temps passé en déplacement et ils devaient parfois lui réclamer leur salaire. Il passait également beaucoup de temps à surveiller leur travail et il était tellement perfectionniste que beaucoup finissaient par démissionner, ne supportant plus son côté pointilleux.
Il avait par ailleurs la réputation, auprès de ses employés, mais aussi envers ses amis et ses clients, de ne pas toujours dire la vérité. Un employé affirma : « John est un drôle de gars. Il est plutôt vantard et il vit dans un monde de fantasmes. Maintenant, chacun décide que ce qui est un fait ou une fiction, mais il affirme par exemple qu’il travaille parfois pour la mafia. »

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Gacy continuait à penser qu’il allait réaliser ses rêves de gloire. Avide d’attention et de reconnaissance, il décida « d’entrer en politique ». Il espérait se faire un nom et possédait de grandes aspirations.
Il comprit qu’il devait se faire connaître en participant à des activités communautaires et à des projets bénévoles. Il devait également séduire les gens, ce que son talent naturel pour persuader les autres allait lui permettre.
Il attira rapidement l’attention de Robert Matwick, le dirigeant du comité démocrate de la ville. Gacy et ses jeunes employés se portèrent volontaires pour nettoyer gratuitement le quartier général du comité. Quelque temps plus tard, Gacy impressionna d’autant plus Matwick qu’il se déguisa en « Pogo le Clown » pour amuser les enfants dans les hôpitaux locaux, toujours bénévolement.
Ne connaissant pas le casier judiciaire de Gacy et impressionné par son apparente générosité envers la communauté, Matwick nomma Gacy à la commission de l’éclairage publique.
En 1975, John Wayne Gacy gravit encore un échelon et devint trésorier du secrétaire du comité.

Gacy tentait également de séduire ses employés… ou d’abuser d’eux.
Johnny Butkovich, 16 ans, aimait beaucoup les voitures et bichonnait particulièrement sa Dodge 1968, dont il était très fier. Il aimait participer à des courses et passait du temps à « gonfler son moteur », un passe-temps particulièrement coûteux pour un jeune homme de son âge. Il devait trouver un emploi.
Il fut engagé par Gacy, principalement pour repeindre des maisons. Leur relation fut excellente… jusqu’à ce que Gacy refuse de lui payer deux semaines de travail. Gacy agissait souvent de la sorte et gardait l’argent pour lui-même.
Au début de l’année 1976, irrité par la malhonnêteté de son employeur, Johnny se rendit chez Gacy avec deux de ses amis afin d’obtenir l’argent qui lui était dû. Gacy refusa de le payer et une altercation eut lieu. Johnny menaça Gacy de raconter aux autorités locales qu’il ne payait pas les taxes sur ses bénéfices. Gacy affirma alors à John que c’était lui qui lui devait 300$ pour la décoration de l’appartement de son père. Johnny et ses amis réalisèrent finalement qu’ils ne pourraient rien obtenir de Gacy et s’en allèrent. Johnny reconduisit ses amis chez eux puis repartit.
La nuit, Gacy décida de sortir pour trouver un partenaire sexuel. Il aperçut Johnny Butkovich et s’approcha pour s’excuser de s’être emporté. Il l’invita chez lui pour qu’ils discutent calmement de leur différend. Une fois chez lui, il lui proposa à boire et lui montra le « truc des menottes » de « Pogo le Clown », qu’il parvenait toujours à enlever. Il convainquit Johnny de se laisser menotter pour lui montrer comment fonctionnait ce « tour de magie ». Mais l’adolescent ne put se détacher. Gacy se mit à hurler qu’il ne les lui ôterait que s’il s’agenouillait pour lui demander pardon et qu’il ne lui réclamait plus jamais d’argent. Terrifié, en larmes, Johnny promit.
Mais Gacy le viola et le força à lui faire une fellation. Puis, il l’étrangla à l’aide d’un garrot.
Il dormit quelques heures et, le lendemain, il creusa un trou dans son garage, y traîna le corps de l’adolescent et l’y enterra. Puis, il recouvrit le sol de ciment.
La police de Chicago fut prévenue de la disparition de l’adolescent par ses parents et ils interrogèrent Gacy, sans rien trouver à lui reprocher. Ils finirent par conclure que Johnny Butkovich avait fait une fugue, comme de nombreux jeunes gens à l’époque.

L’attirance de John Wayne Gacy pour les jeunes hommes et, surtout, son désir de faire souffrir devenaient peu à peu plus évidents aux gens qui le connaissaient, et particulièrement son épouse Carole.
Leur union, qui s’était rapidement détériorée, commença sérieusement à dériver. Ils n’avaient plus de relations sexuelles et l’humeur de Gacy était devenue imprévisible. Il pouvait se montrer charmant puis, brusquement, entrer dans une terrible colère et jeter des objets à terre. Il était insomniaque et le manque de sommeil ne faisait qu’exacerber ses problèmes.
Gacy était rarement chez lui le soir et, lorsqu’il l’était, il passait son temps dans le garage, avec des adolescents.
Carole commençait à trouver des magazines représentant des hommes et des garçons nus. Elle savait qu’ils appartenaient à son époux et qu’il ne cherchait pas à lui cacher son nouveau choix de vie. Il finit par expliquer à Carole qu’il préférait les garçons aux femmes.
Lorsqu’elle lui demanda d’où provenaient les vêtements d’adolescents qu’elle avait trouvés dans la maison, Gacy lui cria de ne pas s’en mêler.

Ils divorcèrent le 2 mars 1976.

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De nouveau seul, Gacy se sentit soulagé : il allait pouvoir amener chez lui des jeunes gens, quand cela lui plairait. Plusieurs adolescents témoignèrent plus tard du fait que Gacy parcourait les rues en voiture à la recherche de prostitués ou de fugueurs, ou pour proposer aux adolescents de travailler dans sa société. Plusieurs d’entre eux acceptèrent de venir chez lui pour « passer un entretien d’embauche » durant lequel Gacy leur proposa de leur montrer comment fonctionnait son « tour de magie avec les menottes »…

Le 6 avril 1976, Gacy fit sa troisième victime. Il ramena chez lui un jeune homme nommé Darrel Samson, 16 ans, à qui il avait promis un emploi. On ne le revit plus jamais. Gacy le viola, l’étrangla, puis l’enterra dans le vide sanitaire sous sa maison.

Peu après, il ramena chez lui un prostitué qu’il viola brutalement après l’avoir frappé au visage. Mais il le laissa partir, vivant.

Prenant confiance en lui, il tua ensuite deux adolescents le même jour. Le 14 mai 1976, Randall Reffet et Samuel Stapleton, 14 ans, disparurent à leur tour.
Randall accepta de suivre Gacy chez lui, croyant ses mensonges, comme tous les autres. Il y fut violé et torturé durant des heures avant d’être étranglé.
Comme si cela ne suffisait pas, Gacy repartit en ville, le soir, à la recherche d’une autre victime. Samuel Stapleton revenait de chez sa grande sœur, vers 23h, quand il accepta de monter dans la voiture du « gentil monsieur » qui lui proposait de le ramener chez ses parents « à une heure si tardive »… Samuel subit le même sort que Randall.
Les deux garçons furent enterrés dans la même fosse, sous la maison de Gacy.

Mike Rossi, 16 ans, survécut à son agression et eut par la suite une relation étrange et malsaine avec Gacy.
Le 22 mai 1976, Gacy l’invita chez lui… pour boire de l’alcool et fumer de la marijuana. Il se montra très sympathique avec l’adolescent. Mais, le lendemain matin, Gacy lui montra le « truc des menottes » et Mike se retrouva les mains coincées dans le dos. Gacy le força à lui faire une fellation.
Mike ne porta pas plainte et revint même chez Gacy par la suite. Gacy lui offrit un emploi et menaça de le licencier s’il parlait de l’agression. Non seulement Mike n’en dit mot à personne, mais il vint s’installer chez Gacy.
Il fut même suspecté d’avoir été le complice de Gacy pour certains meurtres, mais on ne trouva aucune preuve pour étayer cette accusation.

Michael Bonnin, 17 ans, aimait travailler de ses mains. Il appréciait particulièrement la menuiserie et le travail du bois, et il lui arrivait de travailler sur plusieurs projets en même temps. En juin 1976, il avait presque terminé de rénover un vieux juke-box, mais, alors qu’il se rendait en ville « pour aider un ami pour un boulot », il disparut.
Cet « ami » était Gacy, qui l’avait invité à venir chez lui pour y boire quelques verres.

William « Billy » Carroll Jr., avait toujours eu des problèmes. À 9 ans, il avait été envoyé dans une maison de correction pour avoir volé un porte-monnaie et, à 11 ans, on l’avait arrêté avec une arme sur lui. Billy était un « mauvais garçon » qui passait la plupart de son temps dans les rues de Chicago. À 16 ans, il arrangeait des rencontres entre des adolescents et des adultes et gagnait de l’argent en touchant une commission.
Mais il lui arrivait aussi de se prostituer, pour survivre. Le 10 juin 1976, il suivit Gacy jusqu’à chez lui. Il y fut violé et torturé avant d’être étranglé.
Il rejoignit les autres victimes du tueur sous sa maison.

Deux mois plus tard, le 6 août 1976, Rick Johnson, 17 ans, disparut alors qu’il rentrait d’un concert. Sa mère l’y avait déposé et il devait rentrer avec des amis. Mais ceux-ci n’étaient pas venus et Rick avait dû revenir chez lui par ses propres moyens. Gacy avait entendu parler du concert et s’y était rendu dans l’unique but de trouver un adolescent à « emmener ». Ce fut Rick, trop heureux de trouver quelqu’un pour le ramener chez ses parents.
Mais c’est chez lui que Gacy l’emmena, pour le violer et l’étrangler. Il l’enterra sous la laverie et non sous la maison.

Peu de temps après, Gacy proposa à l’un de ses employés, David Cram, 19 ans, de venir vivre sous son toit. Comme Mike Rossi logeait déjà chez Gacy, David pensa que son patron voulait simplement « être gentil » en offrant un logement à ses employés les plus « nécessiteux ».
Il ne resta que deux mois.
Il expliqua par la suite qu’il avait dû dormir avec son pantalon, car Gacy entrait souvent dans sa chambre au milieu de la nuit pour lui faire des avances.
Le 11 août, alors qu’ils célébraient son anniversaire, Gacy l’avait convaincu de se laisser menotter pour lui montrer « le tour de magie de Poggo ». Mais, comme le jeune homme ne parvenait pas à se détacher, il lui avait dit avec un sourire mauvais : « Le tour, c’est que tu dois avoir la clef ». Il avait alors commencé à ballotter David dans la pièce en le tenant par la chaîne des menottes.
David était grand et fort, et il avait passé quelques mois à l’armée : il savait se défendre. Les mains menottées dans le dos, il était malgré tout parvenu à frapper Gacy au visage. « Poggo » s’était effondré à terre, KO. David lui avait pris les clés des menottes pour se détacher, puis s’était enfermé dans sa chambre.
Gacy allait par la suite lui expliquer qu’il était saoul et avait seulement voulu plaisanter…

Gregory Godzik, 17 ans, aimait beaucoup son travail chez « Painting, Decorating and Maintenance » et ne refusait jamais une tâche que Gacy pouvait lui donner. L’argent qu’il gagnait lui avait permis de rénover sa Pontiac 1965. Il était fier de sa voiture, malgré le prix qu’elle lui coûtait, car elle l’aidait à « emballer les filles ».
Le 11 décembre 1976, Gregory rendit visite à Gacy après avoir ramené sa petite amie chez elle. Gregory travaillait pour Gacy et avait creusé une longue tranchée dans l’espace sanitaire de la maison de son patron, avec David Cram et Michael Rossi. Gacy leur avait expliqué qu’il voulait y mettre des tuyaux pour « évacuer l’humidité qui provoquait cette odeur horrible ». Étrangement, il leur avait ordonné de ne creuser qu’à un endroit bien particulier, en suivant les fils qu’il avait tendus…
Gregory accepta de boire quelques verres avec Gacy. Ce dernier souhaita lui montrer un nouveau tour de magie, cette fois avec une corde. Greg se laissa attacher les mains dans le dos et Gacy passa l’autre bout de la corde autour de son cou. L’adolescent commença à s’inquiéter lorsque Gacy se mit à rire. Il gifla son employé et le traita d’imbécile. Plus Gregory tentait de détacher ses mains, plus la corde se serrait autour de son cou.
Gacy le viola et l’étrangla durant des heures, relâchant son étreinte lorsque l’adolescent sombrait dans l’inconscience et le réveillant à chaque fois.
Durant la nuit, Gacy l’étrangla et enterra son corps dans la tranchée que l’adolescent avait lui-même creusée.
Puis, il conduisit la Pontiac du garçon jusqu’à une animalerie d’une banlieue voisine. Il laissa la voiture ouverte et revint chez lui à pied.
Lorsque la mère de Gregory prévint la police de la disparition de son fils, son cas fut traité comme celui de la plupart des victimes de Gacy : c’était une fugue. Les adolescents de l’époque ne pensaient qu’à boire, à fumer, à laisser pousser leurs cheveux et à fuguer. C’était bien connu…
Un ami de Greg découvrit sa Pontiac peu après et sa famille indiqua à la police que Gregory n’aurait jamais abandonné sa voiture, son bien le plus cher. Surtout pas avec les portes ouvertes.
La police de Chicago interrogea John Wayne Gacy sur la disparition de l’adolescent, et il nia savoir ce qui lui était arrivé. Il ne fut pas inquiété.

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Le 20 janvier 1977, John Szyc, 19 ans, disparut lui aussi. Il pleuvait et John Wayne Gacy était allé faire un tour dans « Bughouse Square » (le surnom que les habitants de Chicago donnaient au Washington Square Park), fréquenté la nuit par les homosexuels et les prostitués. John Szyc fut heureux de se protéger de la pluie.
Ils eurent des relations sexuelles chez Gacy mais ce dernier refusa de payer ses 20$ au jeune homme. Ils commencèrent à se disputer, mais Gacy calma rapidement les choses, offrant de l’alcool à sa future victime. Il parvint à convaincre John Szyc de se laisser attacher pour qu’il lui montre le « truc de la corde »…
Après son arrestation, Gacy allait accuser Mike Rossi du meurtre. Il est possible qu’il ait été son complice plus ou moins consentant, cette nuit-là.
John Szyc fut, lui aussi, enterré sous la maison. Gacy n’en resta pas là. Avec l’aide de Mike Rossi, il alla récupérer la voiture de Szyc, une Plymouth Satellite 1971, dont le jeune homme lui avait parlé. Gacy vola une télévision posée sur le siège arrière et « revendit » la voiture à Mike Rossi pour 300$.

Des mois plus tard, Mike Rossi fut arrêté au volant de la Plymouth alors qu’il essayait de quitter une station essence sans payer. L’adolescent expliqua que l’homme avec qui il vivait « pourrait tout expliquer ». Cet homme était Gacy, qui expliqua à la police que John Szyc lui avait vendu la Plymouth, car il avait urgemment besoin d’argent pour quitter la ville. Gacy allait souvent utiliser cette explication pour convaincre les policiers que ses jeunes employés avaient fugué…
La police ne vérifia pas les papiers du véhicule, qui avaient été grossièrement falsifiés quelques jours après la disparition de John Szyc. Le jeune homme connaissait Gregory Godzik et Johnny Butkovich et, bien qu’il n’ait jamais travaillé pour « Painting, Decorating and Maintenance », il connaissait vaguement Gacy.

Le 15 mars 1977, Jon Prestige, 22 ans, s’ennuyait. Il indiqua à son colocataire qu’il allait faire un tour à Bughouse Square, un quartier où il n’avait jamais été, mais dont il avait entendu parler par des amis. Une fois là-bas, il accepta une invitation de Gacy à le suivre chez lui pour y boire et y fumer de la marijuana.
On ne le revit jamais.

En avril 1977, Mike Rossi quitta la maison de Gacy.

Peu après, ce dernier devint capitaine de sa circonscription démocrate.
La carrière politique à peine naissante de Gacy connaissait pourtant déjà des problèmes. Des rumeurs commencèrent à circuler au sujet de son intérêt pour les garçons.
L’une de ces rumeurs concernait un incident qui avait eu lieu un jour au Gacy avait nettoyé le QG du parti avec ses « employés ». L’un des adolescents se nommait Tony Antonucci, 16 ans. Ce dernier expliqua que Gacy lui avait fait des avances sexuelles, mais avait renoncé lorsque Tony l’avait menacé avec une chaise. Gacy avait tenté de plaisanter et l’avait laissé tranquille.
Un mois plus tard, alors que Tony Antonucci rendait visite à Gacy, chez lui, ce dernier avait réussi à le menotter et, croyant que ses deux mains étaient prises, avait commencé à le déshabiller. Heureusement, Tony avait été assez méfiant pour ne pas glisser entièrement l’une de ses mains et avait pu se libérer. Il était parvenu à attacher Gacy à son tour avec les menottes ! Gacy lui avait alors promis qu’il ne s’en prendrait plus jamais à lui et Tony l’avait détaché. Gacy ne l’avait plus jamais approché et l’adolescent avait continué à travailler pour lui durant un an.

Matthew Bowman, 19 ans, rencontra Gacy le 5 juillet 1977 devant une gare de Chicago, où sa mère venait de le déposer. Il lui proposa de « se promener et de s’amuser ».
Il le ramena chez lui où il le drogua, le viola et l’étrangla. Il enterra le corps de Matthew avec les onze autres.

Robert Gilroy, 18 ans, adorait faire du camping, du cheval et se promener dans la nature. Le 15 septembre 1977, Robert devait prendre un bus avec des amis pour aller faire une balade à cheval, mais ses amis l’attendirent en vain. Il avait accepté que Gacy le prenne en stop, dans l’espoir d’arriver plus vite au ranch, mais Gacy l’avait ramené chez lui pour le violer et le torturer durant des heures.
Le père de Robert, un sergent de police à Chicago, commença immédiatement à le chercher dès que ses amis le prévinrent de sa disparition. Il ne retrouva jamais son fils.

Le 25 septembre 1977, John Mowery, 19 ans, rentrait chez lui, sous la pluie, après avoir rendu visite à sa mère. Il pleuvait à verse et Gacy était justement sorti, avec l’intention de proposer à un jeune homme de le conduire où il le voudrait, bien au sec… John Mowery tentait sans succès de se protéger de la pluie et lorsque Gacy lui proposa de monter, le jeune homme n’hésita pas un instant. Gacy était connu dans le quartier : on le voyait souvent dans les petits chantiers où travaillaient ses jeunes employés et il était un membre actif de la communauté.
Mais, comme à son habitude, Gacy conduisit le jeune homme chez lui sous un faux prétexte. Il l’attacha, le viola et le tortura. Le corps de John se retrouva sous la maison, avec les autres.

Le 17 octobre 1977, Russel Nelson, 21 ans, rentrait chez lui après une nuit passée dans une discothèque. Gacy lui proposa de monter dans sa voiture.
Il le ramena chez lui et lui réserva le sort de toutes ses autres victimes : la mort.
La fiancée et la famille de Russel déclarèrent sa disparition le lendemain. Des posters arborant sa photo furent collés sur les murs, avec ceux des autres victimes disparues. La police considéra qu’il avait simplement quitté la ville, ce que sa famille contesta vigoureusement.

Robert Winch, 16 ans, avait fugué de chez ses parents, à Kalamazoo, dans le Michigan. Il y étouffait. Il voulait vivre dans une grande ville, être libre. Il avait fait du stop et était parvenu jusqu’à Chicago.
Le 11 novembre, il rencontra un « gentil monsieur » qui lui proposa de l’aider. Gacy le ramena chez lui pour l’étrangler et le violer jusqu’à ce qu’il en meurt.
Il fut enterré dans le vide sanitaire, déjà rempli de cadavres et où l’espace commençait à manquer.

À peine une semaine plus tard, le 18 novembre 1977, Tommy Baling, 22 ans, devint la 17ème victime de Gacy. Après avoir bu quelques verres après le travail, Tommy téléphona à sa jeune épouse pour lui indiquer qu’il rentrait. Il faisait froid et, lorsque Gacy arrêta sa voiture à côté de lui pour lui proposer de le ramener, Tommy accepta.
Il se retrouva chez Gacy, où il fut violé et torturé durant des heures avant d’être garrotté.

Le 9 décembre 1977, David Talsma, 19 ans, se rendait à un concert. Lorsqu’il le vit à la sortie de la salle, Gacy l’accosta et lui proposa d’aller boire quelques verres chez lui. Il le viola, le tortura et l’étrangla.
Il enterra son corps dans le vide sanitaire fétide et suintant.

Peu de temps après, Gacy apprit qu’il avait la syphilis. (La syphilis est une infection bactérienne responsable de lésions de la peau et des muqueuses pouvant toucher de nombreux organes. La transmission de l’infection est strictement interhumaine et se fait par voie sexuelle).

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Gacy et Rosalind Carter
En 1978, Gacy rencontra Rosalynn Carter, femme du Président Jimmy Carter, et fut photographié lui serrant la main. Elle dédicaça ensuite l’une des photos et Gacy l’accrocha bien en évidence dans son bureau. Il la garda comme son plus précieux trésor…
La rencontre eut lieu à l’occasion d’un défilé organisé, comme chaque année à Chicago, pour commémorer les débuts du gouvernement démocratique en Pologne (de nombreux émigrés polonais, allemands et hollandais vivent dans l’Illinois). Gacy, dont le père était d’origine polonaise, était responsable du défilé depuis trois ans.

En janvier 1978, Gacy fut arrêté et emmené au commissariat de police de Chicago. Un prostitué de 19 ans nommé Robert Donnell avait déposé une plainte contre lui. Donell s’était rendu chez Gacy après avoir accepté d’être payé pour des rapports sexuels. Mais ce qui était réellement arrivé dépassait l’accord conclu. Gacy l’avait menotté puis avait passé la nuit à l’étrangler au point de lui faire perdre conscience plusieurs fois, à le violer, à le frapper avec des chaînes, à lui uriner dessus et à lui maintenir la tête sous l’eau dans une baignoire jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Il avait même joué à la roulette russe.
L’horreur avait duré 8 longues heures.
Mais, pour une raison inconnue, Gacy avait décidé de ne pas tuer Robert. Il l’avait reconduit dans la rue et l’avait jeté sur le trottoir, sanguinolent, ne tenant plus sur ses jambes.
Gacy expliqua qu’ils avaient simplement eu des rapports « consentis » et que le jeune homme, un prostitué, essayait sûrement de le faire chanter, lui, un homme d’affaires respectable… La police de Chicago le crut et décida de ne pas donner suite à cette affaire.

Billy Kindred, 20 ans, devait se marier quelques semaines plus tard et passa la journée du 16 février avec sa fiancée, à planifier la cérémonie. Le soir, il rencontra Gacy et accepta de monter dans sa voiture. Il fut violé et tabassé par Gacy avant d’être étranglé.

Le 22 mai 1978, Jeffrey Ringall, qui s’était disputé avec sa petite amie, voulait faire un tour à New Town, un quartier populaire de Chicago, pour se changer les idées. Alors qu’il marchait, une Oldsmobile noire s’arrêta devant lui. Un homme enrobé se pencha à la fenêtre et le complimenta sur son bronzage. Il discuta un moment avec lui puis demanda à Ringall s’il voulait partager un joint avec lui en se promenant en ville. Tout heureux de cette rencontre providentielle, Ringall monta dans la voiture et accepta la marijuana que lui tendait son nouvel ami.
Quelques minutes plus tard, alors qu’ils discutaient tranquillement, l’homme se jeta sur Ringall et plaqua un chiffon imbibé de chloroforme sur le visage du jeune homme. Ce dernier perdit rapidement conscience et n’ouvrit les yeux que brièvement, un peu plus tard, alors que la voiture roulait le long des rues. Hagard, Jeffrey ne parvint pas à comprendre où il allait, ni ce qui lui arrivait. L’homme remarqua qu’il était réveillé et l’endormit de nouveau avec le chloroforme.
Lorsque Jeffrey Ringall reprit conscience, il réalisa qu’il était à l’intérieur d’une maison, dans une chambre où était accrochée la photo d’un clown. Sa tête et ses mains étaient attachées à une sorte de pilori. Son agresseur était nu devant lui. Il pointa vers lui l’un des godemichés de tailles différentes étalés sur le sol, et expliqua qu’il allait les utiliser sur lui.
Ce soir-là, Ringall fut brutalement violé, torturé et chloroformé par son kidnappeur, des heures durant.
Le lendemain, en fin de matinée, Jeff Ringall se réveilla, habillé, sous une statue du Lincoln Park, à Chicago. Son corps le faisait souffrir de partout et il était surpris d’être encore en vie. Il se traîna jusqu’à l’appartement de sa petite amie, qui le conduisit à l’hôpital, où il resta six jours entiers. Il était dans un état effroyable : sa peau était lacérée et brûlée en plusieurs endroits, son visage était tuméfié et boursouflé, son anus était déchiré, et son foie était gravement et définitivement endommagé par le chloroforme que son violeur avait massivement utilisé sur lui. Mais cela n’était rien comparé au traumatisme émotionnel subi par le jeune homme.

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Jeffrey Ringall

Il porta plainte auprès de la police, qui le crut. Comment douter en voyant le visage boursouflé de Jeffrey Ringall ? Mais les enquêteurs pensèrent qu’ils ne trouveraient pas son violeur, car Ringall n’avait que très peu d’informations à leur fournir.
Déterminé à trouver son agresseur, Jeffrey passa des jours et des jours près d’une sortie d’autoroute : au moment où il s’était vaguement réveillé, avant que son agresseur ne l’endorme à nouveau avec son chloroforme, il avait reconnu cette sortie. Après des heures d’attente, Ringall reconnut finalement l’Oldsmobile noire et la suivit jusqu’au domicile du conducteur. Lorsqu’il apprit que la maison appartenait à un certain John Wayne Gacy, il porta immédiatement plainte contre lui pour viol.
La police de Chicago décida toutefois qu’il n’y avait pas assez de preuves pour faire condamner Gacy et n’enquêta pas plus loin.
Outré, Jeff Ringall s’adressa alors à un avocat et, en juillet 1978, attaqua Gacy « au civil » selon une procédure privée. Gacy réagit rapidement, affirmant que c’était Ringall qui avait tenté de l’endormir avec de la drogue.

Gacy se croyait intouchable.
Lorsqu’on lui demandait pourquoi ses employés changeaient si souvent, il répondait que les garçons étaient rentrés chez eux, qu’ils étaient partis « vers le sud », ou qu’ils avaient été licenciés. Comme il employait beaucoup d’adolescents sur des contrats de courte durée, peu de gens remarquaient la disparition de ses victimes.
En plus de ses victimes connues, il avait emmené chez lui de jeunes sans-abri, que personne ne chercha jamais.

Le 14 juin 1978, un adolescent nommé Timothy O’Rourke suivit John Wayne Gacy chez lui pour y fumer de la marijuana. Il y fut violé et frappé, puis étranglé.
Mais Gacy n’avait plus de place dans son vide sanitaire, dont l’odeur de putréfaction devenait proprement insoutenable. Gacy mit le corps du jeune homme dans un drap, puis le transporta jusqu’à un pont enjambant la rivière Des Plaines, où il le jeta.

Le 4 novembre, Frank Wayne « Dale » Landingin, un jeune homme de 19 ans, disparut à son tour. Prostitué occasionnel, il s’était disputé toute la nuit avec sa petite amie et était sorti de chez lui en trombes, fou de rage. Il avait rencontré Gacy et avait accepté de le suivre chez lui.
Gacy jeta également son corps dans la rivière Des Plaines.

Fin novembre 1978, James Mazzara, 20 ans, cherchait un nouveau logement à louer. Il avait entendu dire que Gacy logeait parfois les adolescents qui travaillaient pour lui. Gacy le fit entrer et lui montra la « chambre d’ami » à l’étage. Détendu, James accepta le verre que lui proposa aimablement Gacy. Mais très rapidement, il se retrouva attaché et incapable de se défendre. Gacy le viola et le tortura durant des heures. Puis, il lui enfonça son caleçon dans la gorge et le jeune homme suffoqua.
Gacy conduisit à nouveau, de nuit, jusqu’à un pont enjambant la rivière Des Plaines.

La police de Chicago était incapable d’arrêter un tueur qui avait déjà fait plus de 30 victimes. Mais les policiers d’une petite ville voisine allaient enfin mettre un terme à ses agissements monstrueux.

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Le 11 décembre 1978, Robert Piest, 15 ans, disparut à son tour devant la pharmacie où il travaillait, à Des Plaines. Il était le cadet d’une famille de 3 enfants. Fils modèle, gymnaste d’exception et très bon lycéen, il travaillait dans une pharmacie après les cours pour gagner de quoi s’acheter une voiture.
Sa mère, qui était venue le chercher pour fêter son anniversaire en famille, attendait à l’intérieur de la pharmacie, car son fils lui avait dit qu’il reviendrait dès qu’il aurait fini de discuter avec un homme qui allait lui offrir un autre travail, mieux rémunéré. Mais il ne revint pas et sa mère commença à s’inquiéter. Avec son époux et ses deux autres enfants, Mme Piest chercha son fils dans le quartier, mais ne le trouva pas. Trois heures plus tard, elle appela la police de Des Plaines. Le lieutenant Joseph Kozenczak, qui comprit rapidement que Robert Piest n’avait pas fait une fugue, commença son enquête.
Il apprit que l’homme à qui Robert Piest devait parler s’appelait John Wayne Gacy, entrepreneur à Chicago, 36 ans. Kozenczak décida de vérifier son casier judiciaire, par simple routine, et fut effaré lorsqu’il découvrit les raisons pour lesquelles Gacy avait été incarcéré dans l’Iowa en 1968… et de nombreuses fois soupçonné depuis. Il semblait incroyable que Gacy soit en liberté, sans aucune surveillance.

Kozenczak se rendit chez Gacy, mais ce dernier lui expliqua qu’il ne savait rien de la disparition de Robert Piest, qu’il ne le connaissait pas et ne l’avait jamais vu. Kozenczak fut surpris par le fait que Gacy niait connaître le garçon alors que plusieurs personnes savaient qu’ils avaient rendez-vous. Lorsqu’il demanda à Gacy de le suivre au commissariat pour y être interrogé, Gacy répondit qu’il ne pouvait quitter sa maison : il y avait récemment eu un décès dans sa famille et il attendait plusieurs coups de téléphone importants. Gacy ne se présenta au commissariat qu’à 3h30 du matin, couvert de boue. Il s’excusa en affirmant que sa voiture s’était embourbée… et fut surpris (sic) lorsqu’on lui annonça que Kozenczak ne lui avait pas fait la grâce de l’attendre.

Gacy revint le lendemain, 13 décembre 1978, et nia de nouveau connaître Robert Piest. Lorsque les policiers lui expliquèrent que des témoins l’avaient vu avait l’adolescent, il répondit simplement « Ah… Oui… Ce Robert-là… ».
Il se montra chaleureux et discuta un bon moment avec les enquêteurs présents. Il se vanta d’être un homme d’affaires prospère, un bénévole du parti démocrate qui se déguisait en clown pour les enfants des hôpitaux… et qui avait « des amis haut placés ».
Pendant qu’il badinait, Kozenczak obtint un mandat de perquisition qui lui permettait de fouiller la maison de Gacy. Il pensait qu’il y trouverait le jeune Robert.
Seul.

Le pavillon, très propre et ordonné, était rempli de plantes vertes. Des images de clowns, peintes par Gacy, étaient accrochées aux murs. Les enquêteurs pensèrent immédiatement qu’ils tenaient leur coupable : un tapis, dans le salon, était maculé par ce qui semblait être du sang.
Un inspecteur fit l’inventaire de tous les éléments incriminants découverts dans la maison :

  • une boîte à bijoux contenant deux permis de conduire appartenant à des hommes jeunes, et plusieurs anneaux, dont une chevalière du Maine West High School, classe 1975, sur laquelle étaient gravées les initiales J.A.S.
  • une petite boîte contenant de la marijuana et du papier à rouler
  • plusieurs films érotiques hétéro et homosexuels
  • des médicaments, dont du Valium et du nitrite d’amyle (ou « poppers », un médicament contre les angines de poitrine qui peut être utilisé comme aphrodisiaque sous forme intraveineuse).
  • un couteau à cran d’arrêt
  • un morceau de couverture taché (de sang ?)
  • un carnet d’adresses bien rempli
  • des livres aux noms évocateurs (« Les garçons à moto », « Adolescents étroits », « La pédérastie : le sexe entre hommes et garçons », « 21 affaires sexuelles anormales »…)
  • une paire de menottes et ses clés
  • une longue planche présentant deux trous aux extrémités (un genre de pilori)
  • un pistolet italien de calibre 6mm
  • des badges de policiers
  • un grand godemiché en caoutchouc (qui était caché dans le grenier)
  • une seringue hypodermique et une petite bouteille de chloroforme
  • des vêtements bien trop petits pour Gacy
  • une corde en nylon

Les enquêteurs trouvèrent également un reçu pour le développement d’une pellicule photo. La petite amie de Robert Piest expliqua que ce reçu lui appartenait et qu’elle l’avait donné à Robert le jour de sa disparition. L’adolescent s’était donc bien rendu chez Gacy.
Trois véhicules appartenant à Gacy furent par ailleurs saisis, dont un pickup Chevrolet 1978 présentant le nom de son entreprise sur les portières, une Oldsmobile noire de 1979 et un van présentant aussi le nom de son entreprise.
Les enquêteurs ne trouvèrent rien d’autre et retournèrent au commissariat pour demander que des analyses soient menées sur les preuves.

Les enquêteurs expliquèrent à Gacy qu’ils avaient saisi des objets chez lui. Il entra dans une colère noire et appela immédiatement son avocat. Mais la police n’avait encore rien d’assez sérieux pour le faire inculper de meurtre et dut le relâcher. Les policiers décidèrent toutefois de placer Gacy sous surveillance, jour et nuit. Ils ne le lâchèrent pas d’une semelle.

Certains amis de Gacy furent convoqués et interrogés par les enquêteurs. Gacy leur avait affirmé auparavant que la police voulait l’accuser d’un meurtre qu’il n’avait pas commis. Les policiers n’obtinrent donc que peu de renseignements utiles. Les amis de Gacy ne pouvaient pas croire qu’il fut capable de tuer quelqu’un.

Les enquêteurs surveillèrent Gacy de manière étroite. Au départ, il voulut défier les policiers, en assurant à ceux qui le suivaient que leurs supérieurs étaient des idiots et en les invitant à déjeuner. Il leur indiquait où il se rendait lorsqu’il prenait sa voiture et accrocha les décorations de Noël sur sa maison comme à son habitude. Il invita même les policiers au restaurant et leur affirma « Vous savez, les clowns peuvent s’en tirer avec des meurtres ».
Mais, à mesure que les jours passaient, Gacy commença à perdre son sang-froid. Il se mit à boire énormément, cessa de se raser et hurla sur ses employés. Il embaucha deux avocats et porta plainte contre la police de Des Plaines pour harcèlement.

Une semaine après la disparition de Robert Piest, Gacy était à bout de nerfs. Mal rasé, insomniaque, il épiait les deux policiers qui le suivaient constamment. Et, un jour, il les invita à boire un café chez lui. Peut-être voulait-il encore jouer « au plus fort », les amadouer, les interroger pour en savoir où en était l’enquête, ou les persuader de son innocence…
Mal lui en prit, car l’un des policiers, l’agent Schulz, était un homme d’expérience qui reconnut immédiatement l’odeur nauséabonde qui imprégnait l’atmosphère chauffée du petit pavillon de Gacy : une odeur de cadavre. Lorsque ces collègues avaient perquisitionné une semaine auparavant, il faisait froid et l’odeur ne les avait pas frappés.

Schulz en fit part à l’inspecteur Kozenczak. Celui-ci venait d’apprendre que :

  • L’anneau aux initiales « J.A.S. » découvert chez Gacy appartenait à John Szyc.
  • Trois anciens employés de Gacy avaient mystérieusement disparu après avoir eu rendez-vous avec lui.
  • La télévision de Gacy – les policiers avaient vérifié le numéro de série – appartenait à également à John Szyc.
  • Dans le coffre de l’Oldsmobile avaient été découverts des cheveux et, d’après les analyses, il semblait bien qu’ils appartenaient Robert Piest.

Gacy pouvait avoir fait plus qu’une seule victime.

gacy arrêté

Le 21 décembre, Kozenczak décida d’arrêter Gacy pour possession de marijuana et de Valium : alors que les policiers le suivaient comme à leur habitude, il avait été surpris alors qu’il fournissait de la marijuana à un pompiste dans un garage.

Les voisins de Gacy furent abasourdis en apprenant la nouvelle. Seul l’un des amis de Gacy se doutait qu’il était soupçonné d’un délit bien plus grave que la détention de marijuana. La veille, presque hystérique, Gacy avait avoué à Donald Czarna qu’il avait bien tué un adolescent. Gacy avait ensuite admis à son ami qu’il avait tué une trentaine de garçons, parce qu’ils étaient « mauvais » et qu’ils tentaient de le faire chanter. Puis, il s’était mis à pleurer à gros sanglots.

Les policiers ramenèrent Gacy chez lui et lui annoncèrent qu’ils allaient tout fouiller jusqu’à ce qu’ils trouvent un cadavre, sous le plancher s’il le fallait. Gacy s’effondra et avoua avoir enterré un homme, « un ancien amant », sous le sol de son garage. Il ajouta toutefois qu’il l’avait tué en état de légitime défense.
Les policiers ne le crurent pas. Ils commencèrent à enlever le tapis maculé d’une tache, dans le salon, et remarquèrent une trappe au fond d’un placard. Ils l’ouvrirent et découvrirent, dans le vide sanitaire, une mare d’eau sombre à l’odeur répugnante, qu’ils prirent d’abord pour des relents d’égouts.

Le vide sanitaire
Le vide sanitaire

L’un des policiers discerna une fiche électrique et la brancha dans une prise murale toute proche. Une pompe électrique se mit en marche dans le sous-sol. Un quart d’heure plus tard, la mare avait disparu et un technicien des services de police descendit dans le vide sanitaire rempli de boue. L’odeur de putréfaction y était écœurante. Il plongea une pelle dans la boue et, en voyant des asticots bouger à la surface, il comprit que la substance graisseuse n’était pas de la terre humide, mais de l’adipocire, une matière produite par la décomposition de la chair. Le technicien fouilla un petit moment et découvrit rapidement l’os d’un bras humain, puis celui d’un pied. L’adipocire ne se forme que 12 mois après le décès : ce cadavre ne pouvait pas être celui de Robert Piest.
En état de choc, le technicien des services de police lâcha : « Je crois que cet endroit est rempli de gamins ».

Les voisins et les curieux commencèrent à s’agglutiner devant le domicile de Gacy. Tout le monde le considérait comme un homme sympathique et sans problème. Il avait neigé quelques jours plus tôt et il s’était proposé pour déblayer les allées de ses voisins les plus âgés. Il buvait rarement, ne consommait aucune drogue et détestait les homosexuels…

Les enquêteurs, eux, avaient commencé à creuser dans le vide sanitaire et réalisaient que John Wayne Gacy était l’un des pires tueurs en série de l’histoire américaine.

Les fouilles dans le vide sanitaire
Les fouilles dans le vide sanitaire

Le Docteur Robert Stein, médecin légiste du comté de Cook, fut appelé pour aider les enquêteurs. Il leur demanda de revêtir des combinaisons et des masques, et de prendre des bains désinfectants après leur travail. Il organisa les fouilles en délimitant les parcelles des terres par section, comme un site archéologique. Il savait que l’excavation d’un corps décomposé doit être menée avec de grandes précautions afin d’en préserver l’intégrité. Durant les jours et les nuits qui suivirent, les enquêteurs creusèrent sans s’arrêter.

Pendant ce temps, John Wayne Gacy était interrogé au quartier général de la police de Des Plaines. Confronté aux preuves, il avoua finalement aux policiers les meurtres d’au moins trente adolescents en sept ans. Il avait enterré la plupart des corps sous sa maison.
Mais il expliqua qu’il n’avait commis lui-même aucun des meurtres. Le véritable coupable était un « alter ego » nommé « Jack Hanley » ou « Bad Jack », qui détestait les homosexuels. (Il s’avéra que Jack Hanley était le nom d’un véritable policier avec qui Gacy avait discuté plusieurs fois dans un bar de Chicago…)
Il ne put expliquer pourquoi il avait tué Robert Piest, qui n’était pas homosexuel. Il raconta qu’il avait emmené Robert chez lui pour discuter d’un éventuel emploi. Il lui avait fait comprendre qu’il pourrait gagner de l’argent en vendant son corps, mais l’adolescent avait refusé tout net. Gacy l’avait alors convaincu de jouer avec ses menottes. Robert s’était laissé convaincre.
(En réalité, Robert Piest avait accepté de monter dans le véhicule de Gacy, près de la pharmacie, mais uniquement pour y discuter un instant, car sa mère l’attendait. Gacy avait prestement plaqué un tissu imbibé de chloroforme sur le visage de l’adolescent).
Selon Gacy, à partir de là, « Jack » avait pris le contrôle de son esprit et de ses actes, et il ne se souvenait que vaguement des événements. Robert Piest avait semblé bouleversé lorsqu’il lui avait annoncé qu’il allait le violer, alors il l’avait laissé partir.
Puis, Gacy avait sombré dans une sorte de torpeur ou d’inconscience. Le téléphone l’avait réveillé. C’était un ami qui lui demandait la raison de son retard à une réunion (cet ami déclara par la suite que Gacy parlait tout à fait normalement et qu’il se dominait parfaitement). Après s’être excusé, Gacy était retourné dans sa chambre. Robert Piest était étendu sur le lit. Il avait été étranglé à l’aide d’un garrot fait d’une corde et d’un marteau.

excavations maison gacy
Le plancher avait été complétement enlevé

Gacy avait transporté le corps dans son grenier. Il y était encore lorsque le lieutenant Kozenczak était passé, le lendemain matin. Comme il n’y avait plus de place dans le vide sanitaire et qu’il s’était fait mal au dos à force de creuser, Gacy s’était décidé à jeter le corps de l’adolescent dans la rivière Des Plaines, comme il l’avait déjà fait pour ses 4 dernières victimes.
À la nuit tombée, il avait emballé le corps dans une couverture et l’avait porté jusqu’à sa voiture. Il l’avait jeté du haut du pont Kankakee mais, en se pressant de regagner Des Plaines pour se rendre à son entretien avec la police, il avait dérapé sur la route verglacée et sa voiture avait fini sa course dans la boue épaisse de la berge.
C’était pour cette raison qu’il ne s’était présenté au commissariat qu’à 3h30 du matin, couvert de boue.

Gacy discuta ensuite avec l’adjoint du procureur de l’Illinois, Larry Finder, et lui décrivit où la plupart des corps avaient été enterrés. Lorsque Finder lui dit qu’il avait du mal à situer les tombes dans son esprit, Gacy prit une feuille et un crayon, dessina un rectangle, puis le remplit avec d’autres petits rectangles qui représentaient « les tranchées », c’est-à-dire les tombes. Il y en avait presque trente.
La carte s’avéra très précise et tout à fait exacte. Certains corps avaient été enterrés parallèlement aux fondations de la maison, d’autres perpendiculairement… Le Docteur Robert Stein réalisa que Gacy, perfectionniste dans tout ce qu’il faisait, avait disposé les corps de manière à utiliser efficacement tout l’espace disponible dans le vide sanitaire…
Gacy avait versé de la chaux ou de l’acide chlorhydrique à plusieurs reprises sur les corps, dans le but de diminuer l’odeur de putréfaction et d’accélérer la décomposition.

vide sanitaire
Les numéros représentent des corps

Le premier jour de fouilles, la police découvrit deux corps. L’un était celui de John Butkovich, enterré dans le garage. L’autre corps, celui de Jon Prestige, était enterré sous la maison et enveloppé dans du plastique. Le lendemain, trois nouveaux corps furent découverts.

Jour après jour, les enquêteurs déterraient de nouveaux cadavres. Certaines des victimes furent découvertes avec leurs sous-vêtements enfoncés dans leur gorge. D’autres corps étaient enterrés si proches les uns des autres et leur état de décomposition était si semblable que les policiers pensèrent qu’ils avaient été tués et enterrés le même jour.

Les médias nationaux campaient devant l’habitation de Gacy, suivant heure par heure les macabres excavations. La maison de Gacy était en permanence cernée de caméras et de journalistes. Cette maison, qui devint aussi célèbre aux yeux des spectateurs que la Maison Blanche, fut peu à peu réduite en morceaux, alors que les policiers creusaient, cherchaient et découvraient d’autres corps.

Les voisins de Gacy étaient harcelés tant par les médias que par une partie de la population, qui ne comprenait pas qu’ils n’aient « rien vu », qu’ils ne se soient doutés de rien, qu’ils n’aient pas su discerner, derrière le sympathique entrepreneur qui se déguisait en clown pour les enfants, un abominable assassin.

corps victime gacy
Des policiers emmènent l’un des corps

Le 28 décembre 1978, la police annonça qu’elle avait retrouvé 26 corps sous la maison de John Wayne Gacy et un dans son garage.

En novembre, le corps nu de Frank « Dale » Landingin avait été repêché dans la rivière Des Plaines. Les enquêteurs découvrirent le permis de conduire du jeune homme dans la maison de Gacy et comprirent qu’il était également responsable de ce meurtre.

Et Gacy avait jeté d’autres victimes dans la rivière : le 28, le corps de James Mazzara fut repêché dans la rivière Des Plaines, ses sous-vêtements enfoncés dans sa gorge.

En février 1979, la police creusait toujours dans la propriété de Gacy. Il leur avait fallu plus de temps que prévu pour terminer les fouilles sous la maison, à cause du froid de l’hiver qui avait gelé le sol en profondeur. Ils pensaient qu’ils pouvaient encore trouver des corps ailleurs que dans le vide sanitaire. Des ouvriers du bâtiment furent appelés pour démolir le béton du patio de Gacy. Ils découvrirent le corps d’un jeune homme, bien préservé dans le ciment. Il portait un short en jeans et une alliance.

La semaine suivante, un 31ème corps fut découvert dans la rivière Illinois. Les enquêteurs identifièrent le jeune homme grâce au tatouage qu’il portait au bras et dont une photo fut reproduite dans la presse. Un ami du père de la victime reconnu le tatouage de « Tim Lee », alias Timothy O’Rourke, fan de Bruce Lee qui l’admirait au point d’avoir prit son nom et de se l’être fait tatouer.
Peu après, le dernier corps fut découvert chez Gacy, sous la salle de jeu.

La maison fut ensuite détruite et réduite en poussière.

Robert Piest ne figurait pas parmi les corps retrouvés chez Gacy et l’on ne savait toujours pas ce qu’il était advenu de lui.
Il fut finalement retrouvé dans la rivière Illinois en avril 1979. Il était resté coincé le long de la rivière, dans un endroit peu accessible ou visible, mais des vents violents avaient pu le déloger et le pousser jusqu’au barrage de Dresden, où on l’avait découvert. L’autopsie détermina qu’il était mort par suffocation : des serviettes en papier avaient été enfoncées dans sa gorge.
Sa famille porta immédiatement plainte contre Gacy pour meurtre, mais aussi contre le conseil de libération sur parole de l’Iowa et le département des prisons, pour avoir libéré Gacy trop tôt, en 1970, et contre la police de Chicago, pour négligence.
La police de Des Plaines, elle, fut louée pour sa rapidité d’action.

Les policiers comparèrent des radios dentaires et d’autres indices afin d’identifier les victimes. Neuf ne furent malheureusement jamais identifiées.

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Gacy fut transféré à la prison du comté de Cook. Puis, des psychiatres l’examinèrent à l’hôpital psychiatrique Cermak, à Chicago, pour déterminer s’il était ou non sain d’esprit.
Dès le début, Gacy affirma être la victime de son alter ego malfaisant nommé « Jack ». C’était « Jack » qui commettait les meurtres. Gacy concéda néanmoins plus tard que lui, John Wayne Gacy, en avait aussi commis quelques-uns… « Jack » s’emparait de l’esprit de Gacy tard dans la nuit, quand celui-ci avait bu, et le forçait à se mettre en quête de victimes.
« Jack » était soi-disant l’une des quatre personnalités qui dominaient tour à tour Gacy. Mais ses récits variaient si souvent qu’il devenait difficile de croire quoi que ce fût. L’un des psychiatres menaça même de ne plus s’occuper de lui s’il ne cessait pas de mentir.
Gacy soutenait également qu’il avait commis la plupart des meurtres en état de légitime défense, y compris le premier, celui du garçon qu’il avait ramassé à la gare routière. Les autres avaient eu lieu à la suite d’altercations : celle qui avait précédé le meurtre de Butkovich concernait le salaire de celui-ci, la dispute avec Godzik portait sur la drogue, celle qui l’avait opposée à Szyc avait éclaté au sujet d’une voiture…

Gacy donna ensuite une autre explication pour certains des décès. Les adolescents avaient accepté les rapports sexuels de leur plein gré, et avaient été d’accord pour qu’une corde les étrangle afin de provoquer érection et orgasme.
Les avocats, considérant que la plupart de ces explications ne serviraient qu’à lui attirer l’antipathie du jury, décidèrent de plaider la folie.

Le 6 février 1980, le procès de John Wayne Gacy commença devant le tribunal du comté de Cook, à Chicago.
Dans sa plaidoirie d’ouverture, le procureur Robert Egan expliqua aux jurés que Gacy avait assassiné 33 jeunes hommes en quelques années. L’enquête avait permis de déterminer que les actions de Gacy étaient préméditées et rationnelles.
L’un des avocats de Gacy, Robert Motta, affirma quant à lui que les actes de Gacy avaient été irrationnels et impulsifs : Gacy était mentalement aliéné et ne pouvait contrôler ses actes.
Si Gacy était déclaré « fou », il pouvait échapper à la peine de mort et être libéré quelques années plus tard. Dans l’Illinois, il n’existe aucune limite à l’incarcération d’une personne déclarée aliénée et, dans de nombreux cas, elle est libérée lorsqu’il est décidé qu’elle était mentalement assez stable pour « revenir dans la société ». Mais la folie est très difficile à prouver au tribunal…

Gacy s’indigna de voir que ses propres avocats étaient incapables d’inventer une histoire qui put le faire acquitter. Comme les examens psychiatriques l’avaient révélé, Gacy n’éprouvait aucun remords vis-à-vis de ses crimes. Pour chacun d’eux, il avait toujours une bonne excuse pour justifier leur meurtre.

L’accusation demanda aux familles et aux amis des victimes de témoigner à la barre. Certains des témoins fondirent en larmes devant Gacy. L’air irrité, il les regardait en ricanant, convaincu que tout cela n’était qu’une comédie.
Ensuite vinrent les témoignages des garçons qui avaient travaillé avec Gacy, avaient été violés, mais avaient survécu. Ils parlèrent de son caractère changeant et de la manière dont il les avait presque tous persuadés de se laisser menotter. D’autres expliquèrent qu’il passait constamment les voir lorsqu’ils travaillaient, pour leur parler ou les surveiller.

gacy proces

Durant les semaines qui suivirent, les amis et les voisins de Gacy furent également appelés à témoigner, ainsi que des policiers impliqués dans l’enquête et des psychologues qui assuraient que Gacy était soit sain d’esprit, soit mentalement aliéné.
Les deux adolescents qui avaient vécu chez Gacy, David Cram et Michael Rossi, expliquèrent comment, sur les instructions de Gacy, ils avaient creusé dans le vide sanitaire – avec Gregory Godzik – des « tranchées » qui devaient soi-disant servir à faire passer des tuyaux.
L’un des policiers qui avaient interrogé Gacy raconta comment le tueur lui avait assuré que l’une de ses victimes était un masochiste et qu’en l’étranglant, il lui avait fait « une faveur ». Gacy avait aussi fait la démonstration de la manière dont il avait tué la plupart des adolescents, avec un garrot, alors qu’il avait expliqué qu’au moment où il tuait, c’était Jack qui agissait et qu’il ne se souvenait de rien !

Le 24 février, la défense appela – à la surprise générale – Jeffrey Ringall. Tout le monde pensait que Ringall témoignerait plutôt pour l’accusation, mais le procureur pensait que son témoignage serait plus utile durant un contre-interrogatoire.
L’autre avocat de Gacy, M. Amirante, demanda à Ringall s’il pensait que Gacy était capable de se contrôler. Ringall pensait que Gacy était un animal sauvage et qu’il ne pouvait pas dominer ses pulsions. Son témoignage ne dura pas bien longtemps, car Jeffrey Ringall s’effondra lorsqu’il raconta à la cour ce que Gacy lui avait fait subir. Il était tellement traumatisé, face à son violeur, qu’il commença à vomir et fondit en larmes. Gacy ne montra pas la moindre émotion lorsqu’on dut soutenir Ringall pour l’aider à sortir du tribunal.

Pour prouver la folie de Gacy, Amirante et Motta appelèrent à la barre les amis et la famille de l’accusé. Sa mère expliqua que le père de Gacy l’avait maltraité à plusieurs occasions. Un jour, alors qu’il n’était qu’un petit garçon, son père l’avait fouetté avec une courroie en cuir. La sœur de Gacy raconta que leur père passait son temps à insulter et rabaisser son frère.
Les amis témoignèrent du fait que Gacy était un homme bon et généreux, qui aidait les gens dans le besoin et souriait toujours. Lillie Grexa assura qu’il était un voisin merveilleux. Toutefois, elle refusa d’admettre que Gacy était fou, affirmant au contraire que Gacy était « un homme très brillant ». Cette affirmation entrait en conflit avec l’opinion de la défense selon laquelle Gacy ne pouvait contrôler ses actes.

La défense appela ensuite le Dr. Thomas Eliseo, un psychologue qui avait interviewé Gacy avant le procès. Il pensait que Gacy était très intelligent, mais qu’il souffrait d’une schizophrénie paranoïde. Il dut cependant admettre que Gacy n’avait pas pu commettre 33 meurtres sans se rendre compte qu’il faisait quelque chose de mal.
D’autres experts de la défense donnèrent des avis similaires, affirmant que Gacy était schizophrène ou souffrait d’un désordre de personnalités multiples. Ils expliquèrent que le désordre mental de Gacy altérait sa capacité à comprendre la portée de ses actes. Ils le déclarèrent fou au moment des crimes.

Le Dr Freedman souligna l’absence totale de sentiments dont faisait preuve Gacy quand il décrivait ses meurtres. Selon lui, Gacy détestait véritablement les homosexuels et ne se considérait pas lui-même comme un homosexuel, mais plutôt comme un bisexuel. Il avait déclaré aux enquêteurs que ces victimes méritaient de mourir. Gacy projetait sa propre homosexualité sur ses victimes. En les tuant, il se débarrassait symboliquement de son homosexualité.

Arthur Hartman, l’un des psychiatres appelés par l’accusation, soutint que, bien qu’atteint d’un désordre de la personnalité, Gacy n’était absolument pas dément. « Il est très égocentrique et narcissique, et possède une orientation typiquement antisociale. Il a une personnalité psychopathe, avec une déviance sexuelle et une personnalité hystérique, ainsi que des éléments mineurs de personnalités compulsives et paranoïaques. »

Le Dr Robert Reifman déclara que Gacy avait « un type de personnalité particulièrement narcissique ». Il était tellement amoureux de sa propre image qu’à ses yeux, les autres existaient à peine. « Je ne crois pas qu’on puisse avoir 33 accès de folie temporaire », ajouta Reifman. Le fait même d’avoir demandé à David Cram, Gregory Godzik et Mike Rossi de creuser les tombes dans le vide sanitaire indiquait que Gacy avait prémédité ses meurtres. Gacy, argumenta Reifman, simulait la folie.

Le professeur Frank Osanka ajouta : « l’explication des meurtres par des états psychotiques épisodiques ne peut pas expliquer une série de plusieurs meurtres, commis au même endroit, de la même manière méthodique, et le fait d’avoir caché des corps également de manière méthodique, sur une période de sept ans, par un homme que ses voisins considéraient comme sympathique et plein de réussite. Gacy ne souffrait ni d’une maladie mentale, ni même d’un défaut mental qui l’aurait empêché de considérer la criminalité de son comportement ou de conformer sa conduite aux exigences de la loi. »

Enfin, les psychiatres du centre médical saint Luc de Chicago, qui avait examiné Gacy, conclurent : « Durant les 15 dernières années, Gacy a démontré un désordre de la personnalité mixte qui inclut des caractéristiques obsessives compulsives, antisocial, narcissique et maniaque… Ses conquêtes homosexuelles, envers lesquelles il se montrait sadique, étaient bien plus des gratifications pour lui à travers l’exercice du pouvoir, que des expériences érotiques motivées par des besoins sexuels.
Le meurtre est devenu l’expression ultime de ce pouvoir obtenu sur ses victimes impuissantes… Il a fini par justifier ses meurtres comme socialement acceptables à cause de la nature ‘dégradée’ de ses victimes (« des déchets humains », selon lui) et sa conviction de plus en plus égocentrique qu’il ne serait jamais appréhendé grâce à son intelligence, au fait qu’il avait caché les corps, et à sa certitude que son comportement meurtrier était une faveur accordée à la société ».

Dans les plaidoiries de clôture, l’accusation et la défense opposèrent à nouveau leurs opinions : Gacy était un schizophrène irresponsable… ou un manipulateur qui avait violé et torturé ses jeunes victimes facilement manœuvrables, de manière préméditée et planifiée. Les opinions des psychiatres étaient diverses, mais des points négatifs étaient apparus à son encontre.

Si Gacy avait eu 33 « pulsions incontrôlables » qui l’avaient poussée à tuer, alors pourquoi avait-il creusé certaines tombes à l’avance ? Et si les souvenirs de ses actes étaient si dissipés, comment Gacy avait-il pu mimer comment il étranglait ses victimes ou dessiner des cartes aussi détaillées de son sous-sol, se rappelant parfaitement où il avait enterré chaque victime ? Comment avait-il pu répondre calmement à un collègue, alors qu’il venait de tuer Robert Piest ? Pourquoi n’avait-il pas cherché de l’aide pour s’arrêter ?

Après 5 semaines de procès, les jurés se retirèrent pour délibérer. Il ne leur fallut que deux heures pour revenir avec un verdict. John Wayne Gay n’était pas mentalement aliéné. Il était donc coupable sur tous les points.

Le 13 mars 1980, il fut condamné à la peine capitale.

Lors d’une interview téléphonique menée quelques heures avant son exécution, Gacy se vanta au journaliste qui l’interrogeait que plus de 30 livres avaient été écrits sur lui, deux téléfilms avaient été diffusés, un film au cinéma, une pièce de théâtre, cinq chansons et plus de 5000 articles. Il était évident qu’il en était extrêmement fier.

Il adorait l’attention qu’on lui portait et aimait particulièrement correspondre avec des agents du FBI et des étudiants en criminologie.

Il recevait quotidiennement des lettres, en majorité écrites par des femmes. Selon ses propres dires, plus de 40 personnes figuraient sur sa liste de visite, des femmes pour la plupart.

En 1986, Gacy se maria pour la troisième fois, à l’une des nombreuses femmes qui lui avaient écrit et lui avaient rendu visite en prison.

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Durant les 14 années qu’il passa dans le couloir de la mort, Gacy peignit de nombreux tableaux à la peinture à l’huile. Son sujet préféré était… les portraits de clowns.
Après son décès, certaines de ses peintures se vendirent pour 20.000$ lors d’une enchère, provoquant l’indignation des familles des victimes et des autorités.
Mais l’acheteur brûla toutes les œuvres de Gacy peu après les avoir acquises.

Gacy fut exécuté par injection le 10 mai 1994, après des années d’appels.
Répugnant et médiocre jusqu’au bout, ses derniers mots furent : « Kiss my ass ».

Victimes

Edward Lynch (16 ans)
Violé en juin 1967

Donald Vorhees (15 ans)
Violé à plusieurs reprises d’août 1967 à avril 1968

Un jeune homme non identifié (18 ans)
Poignardé le 1 er janvier 1972 puis enterré dans le vide sanitaire

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Johnny Butkovich (16 ans)
Violé et étranglé, début 1976 puis enterré dans le sous-sol du garage

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Darrel Samson (16 ans)
Violé et étranglé le 6 avril 1976 puis enterré dans le vide sanitaire

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Randall Reffet (16 ans)
Violé, torturé et étranglé le 14 mai 1976 puis enterré dans le vide sanitaire

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Samuel Stapleton (14 ans)
Violé, torturé et étranglé le 14 mai 1976 puis enterré dans le vide sanitaire

Mike Rossi (16 ans)
Violé le 22 mai 1976

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Michael Bonnin (17 ans)
Violé et étranglé en juin 1976 puis enterré dans le vide sanitaire

BillyCarroll

William « Billy » Carroll (16 ans)
Violé, torturé et étranglé le 10 juin 1976 puis enterré dans le vide sanitaire

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Rick Johnson (17 ans)
Violé et étranglé le 6 août 1976 puis enterré sous la laverie

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Gregory Godzik (17 ans)
Violé, torturé et étranglé le 11 décembre 1976 puis enterré dans le vide sanitaire

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John Szyc (19 ans)
Violé et étranglé le 20 janvier 1977 puis enterré dans le vide sanitaire

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Jon Prestige (22 ans)
Violé, torturé et étranglé le 15 mars 1977 puis enterré dans le vide sanitaire

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Matthew Bowman (19 ans)
Drogué, violé et étranglé le 5 juillet 1977

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Robert Gilroy (18 ans)
Torturé, violé et étranglé le 15 septembre 1977

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John Mowery (19 ans)
Violé, torturé et étranglé le 25 septembre 1977 puis enterré dans le vide sanitaire

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Russel Nelson (21 ans)
Violé et étranglé le 17 octobre 1977 puis enterré dans le vide sanitaire

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Robert Winch (16 ans)
Violé et étranglé le 11 novembre 1977 puis enterré dans le vide sanitaire

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Tommy Baling (22 ans)
Violé et étranglé le 18 novembre 1977

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David Talsma (19 ans)
Violé, torturé et étranglé le 9 décembre 1977 puis enterré dans le vide sanitaire

Robert Donnell (19 ans)
Violé, tabassé et torturé durant des heures en décembre 1977, avant que Gacy ne le relâche finalement

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William « Billy » Kindred (20 ans)
Violé et étranglé le 16 février 1978

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Jeffrey Ringall (22 ans)
Violé, torturé et frappé durant des heures le 22 mai 1978, avant que Gacy ne le relâche finalement

Timothy O’Rourke (17 ans)
Violé, frappé et étranglé le 14 juin 1978. Son corps fut jeté dans la rivière Des Plaines

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Frank Wayne « Dale » Landingin (19 ans)
Violé, torturé et étranglé le 4 novembre 1978.
Son corps fut jeté dans la rivière Des Plaines

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James Mazzara (20 ans)
Violé, torturé et étouffé fin novembre 1978.
Son corps fut jeté dans la rivière Des Plaines

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Robert Piest (15 ans)
Violé, torturé et étranglé le 11 décembre 1978.
Son corps fut jeté dans la rivière Des Plaines

Mode opératoire

Les victimes de Gacy étaient des adolescents ou de jeunes adultes blancs.
Plusieurs des victimes de Gacy étaient de jeunes prostituées que l’entrepreneur sollicitait dans le quartier de Bughouse Square. Cinq avaient été ses employés à PDM Contracting.

Gacy parvenait souvent à convaincre les garçons qu’il faisait monter dans sa voiture qu’il était un policier ou qu’il allait leur offrir un emploi.

Très souvent, Gacy utilisait le « truc des menottes » en faisant croire à ses jeunes victimes qu’il allait leur montrer un tour de magie. Une fois attachées, il les violait puis les étranglait.

Il a souvent été impossible de déterminer la cause de la mort, mais tous ont dû être étranglés. Des sous-vêtements étaient parfois découverts dans la gorge des victimes, indiquant qu’ils avaient suffoqué. Toutefois, John Wayne Gacy a expliqué qu’il avait appris qu’il fallait enfoncer un chiffon dans la bouche des cadavres pour éviter que les fluides nauséabonds de la putréfaction ne s’en échappent…

Gacy a assuré qu’aucune de ses victimes n’avait été torturée, ce dont on peut douter lorsque l’on connaît les témoignages des jeunes gens qui ont survécu à ses agressions.
La manière dont il étranglait ses victimes, avec un garrot qu’il serrait lentement, est particulièrement sadique en elle-même.

Les meurtres de Gacy ont été planifiés et pensés à l’avance. Il cachait ou se débarrassait des corps de ses victimes de manière méthodique.

Lorsque son épouse était absente, Gacy versait de la chaux ou du ciment sur les corps cachés dans son vide sanitaire dans le but d’en cacher l’odeur.

Motivations

John Wayne Gacy était admiré et apprécié de la plupart des gens qui le connaissaient. C’était un excellent homme d’affaires qui organisait souvent des fêtes pour ses amis et ses voisins, qui amusait les enfants des hôpitaux déguisé en clown, et qui s’immergeait dans des organisations telles que les Jaycees, qui faisait en fait tout ce qu’il pouvait pour que son quartier soit un endroit agréable à vivre.
Les gens qui connaissaient Gacy pensaient qu’il était généreux, amical et travailleur, dévoué à sa famille et à sa communauté.

Mais un autre côté de Gacy n’était connu que de lui-même…

Certaines personnes ont affirmé que les actes horribles de Gacy avaient été provoqués par la relation malsaine qu’il avait eue avec son père, et par son coup à la tête et les évanouissements qu’il avait ensuite subis, durant l’enfance.
Après son exécution, le cerveau de Gacy fut prélevé et examiné, notamment par le Dr. Helen Morrison, qui avait interrogé Gacy et d’autres tueurs en série dans le but d’isoler un trait commun de personnalité qui pourrait expliquer leurs actes. Mais l’examen du cerveau de Gacy n’a pas révélé la moindre anormalité.

En fait, il est certain que l’attitude méprisante de son père a fait naître chez Gacy des grands doutes sur sa masculinité et sa valeur personnelle, démolissant son amour-propre.
John Wayne Gacy n’était pas sportif et, pour éviter que son père ne le force à faire de l’exercice, il s’inventait toutes sortes de maladies et d’affections, notamment un imaginaire problème cardiaque. Ce qui, au contraire, provoquait plus de railleries encore de son père.
Toutefois, Gacy n’a jamais admis l’animosité dont son père avait fait preuve à son égard. Il alla régulièrement se recueillir sur sa tombe.

Gacy était convaincu qu’il n’était PAS homosexuel. Reconnaître son homosexualité aurait été admettre que son père avait eu raison de la traiter de « tapette ».
Il se persuadait que tout ce qu’il voulait obtenir des garçons qu’il ramenait chez lui était des rapports sexuels oraux. Il nourrissait à l’égard des gays une haine d’autant plus vive qu’elle était attisée par ses contradictions et ses doutes. Il pensait que les homosexuels méritaient la mort.

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Gacy a affirmé au profiler du FBI Robert Ressler que toutes ces victimes étaient « des petits pédés et des asociaux sans valeur ». Lorsque Ressler lui fit remarquer qu’il était lui-même homosexuel, Gacy répondit que c’était totalement faux et que ses victimes étaient des fugueurs alors que lui était un homme d’affaires qui avait réussi. Il ajouta qu’il n’avait pas eu le temps de séduire les femmes et qu’il avait dû se contenter de rapports sexuels rapides avec des hommes…
Dans un premier temps, Gacy sembla rechercher surtout des rapports sexuels oraux. Il ne se considérait pas comme un homosexuel, car pour lui, les homosexuels « aiment les hommes » et Gacy ne les « aimait » pas : il voulait seulement s’en servir pour satisfaire ses besoins sexuels.

Peut-être disait-il la vérité en affirmant que bon nombre de ces meurtres avaient été commis à la suite de disputes. Gacy était un individu très autoritaire. Son éducation lui avait laissé le besoin d’imposer sa volonté aux autres. Quand il se querellait avec quelqu’un, il était toujours persuadé d’avoir raison, et tuait donc sans aucun remords.

Mais tuer satisfaisait aussi son besoin maladif de domination, de sorte que le sadisme devint une part importante des meurtres.

Pourtant, sur un autre plan, il demeurait effectivement quelqu’un de convenable, et désireux de plaire, d’être admiré et respecté.

Gacy avait un autre point commun avec la majorité des tueurs dans la motivation est d’ordre sexuel : c’était un menteur pathologique, et ils volaient depuis son plus jeune âge. Il mentait, par exemple en s’inventant une carrière dans les Marines, pour impressionner les gens. Gacy était un beau parleur. C’était d’ailleurs un bavard intarissable qui ne cessait jamais de parler. Et ils volaient parce qu’ainsi il se sentait intelligent et supérieur aux autres.

Gacy rationalisait tout ce qu’il faisait. Après les faits, il exagérait toujours ses actes lorsqu’il les décrivait aux autres. Ou, si ses actes pouvaient être considérés de manière négative, il tournait la vérité à son bénéfice afin que l’on ne considère pas qu’il ait commis le moindre acte déplaisant. Il avait une excuse et une explication pour tout. À la suite de son arrestation, il expliqua ainsi à sa famille qu’il était mentalement aliéné.
Il semble qu’il se voyait lui-même tel qu’il se décrivait aux autres : une personne importante et un homme d’affaires à succès. Il décrivait toujours son expérience de la vente et du management dans l’Iowa en termes glorieux. Il exagérait fréquemment son expérience dans le commerce.
Gacy a tout d’abord admis ses meurtres, mais s’est rapidement rétracté. Entre autres mensonges, il affirmait qu’une autre personne avait la clef de sa maison et avait caché les corps dans son vide sanitaire pour le faire accuser ! Il expliqua que son seul crime était d’avoir « possédé un cimetière sans autorisation » !
Il dirigeait sa propre société et le mentionnait très souvent dans les conversations. Des amis et des connaissances le caractérisaient comme une personne qui manipulait les situations et les gens à son avantage et tentait de les dominer.

Il voulait également être considéré comme une célébrité. Dès que cela lui semblait approprié, il affirmait faire partie de la mafia de Chicago. Dans l’Iowa, il parlait beaucoup de son argent et de ses relations. Il était très fier de ses activités politiques.
Chez lui, il affichait ses trophées, dont, évidemment, la photographie de la femme du président Carter.
Même après avoir été arrêté et incarcéré pour meurtre, il continua d’agir comme quelqu’un d’important. Il demanda à l’aumônier de la prison d’expliquer à l’archevêque qu’il devait absolument lui rendre visite. Il mentit en affirmant avoir reçu la visite du shérif du comté de Cook.

Gacy semblait croire à ses propres mensonges.

Après son arrestation, Gacy ne montra pas le moindre remord ni même un intérêt pour ses victimes. Durant son interrogatoire, il ne fit preuve d’aucune émotion alors qu’il décrivait ses actes. Il discutait de ses victimes avec la police d’une manière presque clinique. Il affirma qu’il avait tué ses victimes « parce que les garçons vendaient leur corps pour 20 $. » Gacy pensait qu’il débarrassait le monde de « mauvais garçons ».

Ses victimes étaient coupables, pas lui.

Après son arrestation, John Wayne Gacy découpa tous les articles de presse qui le concernaient. Il se plaignait du fait que ses anciens amis le menaçaient ou que la presse le diffamait. Toutefois, il semblait beaucoup apprécier toute cette attention.

Durant les années qu’il passa dans le couloir de la mort, Gacy maintenu son innocence. Il se considérait comme une victime, de la justice, de ses avocats, de sa famille, de sa santé mentale… Il ne reconnut jamais la moindre responsabilité.

Citations

« Il y a eu 11 livres écrits sur moi, 31 livres de poche, deux scénarios, un film, une comédie musicale à Broadway, cinq chansons et plus de 5000 articles… Que peux-je en dire ? … Mais… Je n’ai pas d’égo pour ces saletés » : John Wayne Gacy ment, comme à son habitude.

« La seule chose dont je sois coupable, c’est d’avoir possédé un cimetière sans autorisation » : John Wayne Gacy, aux policiers qui l’ont arrêté.

« Hey, le couloir de la mort, c’est génial. Le couloir de la mort, c’est une putain de fête. J’ai la télé par câble. Je peux utiliser le téléphone quand je le veux. Je peins, j’ai tout ces privilèges et personne ne m’emmerde. D’un autre côté, la population générale de la prison, c’est des idiots et des animaux. C’est la jungle là-bas, alors tu es susceptible d’être tué à n’importe quel moment pour n’importe quoi. Et certaines personnes ont justement tout le temps de tuer… » : Gacy, dans une lettre adressée à Charles Nemo, auteur.

Bibliographie

Livres en français :

Ma vie avec les serial killers
Critique : Le Docteur Morrison, a discuté (entre autres) avec Gacy, afin d’analyser sa personnalité avant son procès. Elle le décrit comme un homme vantard, éternellement menteur, imbu de lui-même, très fier de l’intérêt qu’on lui porte et jurant de son innocence. Dommage qu’elle parle plus de ses problèmes personnels que de ces discussions avec Gacy…

John Wayne Gacyn le clown tueur
« À quoi ressemblait l’abominable créature qui avait l’impudence de crâner lorsqu on l’arrêta, jurant ses grands dieux que sa seule infraction vis-à-vis de la loi américaine était d’avoir installé un cimetière clandestin sous sa maison ? À quoi ressemblait ce psychopathe qui, tenant devant lui l’ardoise qui indiquait son matricule, continuait à sourire avec morgue et arrogance au photographe de la prison ? »

Livres en anglais :

Buried Dreams: Inside the Mind of a Serial Killer
Critique : Sans doute le meilleur livre écrit sur Gacy. Cahill réussit la gageure de nous faire entrer à l’intérieur même de l’esprit du tueur, écrivant parfois à la première personne, notamment dans un chapitre totalement hallucinant et terrifiant où Gacy s’en prend à une jeune victime.
Bien écrit, cet ouvrage complet décrit en détail non seulement les meurtres et l’enquête de la police, mais également la jeunesse de Gacy et son procès, sa façon de voir le monde, son attitude envers ses victimes, ses réactions moqueuses au tribunal… Certaines descriptions sont évidemment affreuses et à éviter aux âmes sensibles.

Killer Clown
Critique : Les auteurs (Sullivan était procureur général du comté de Cook à l’époque) ont passé des mois et des mois à faire des recherches afin d’obtenir tous les détails sur cette affaire. Le résultat est un livre dense (un peu trop ?), bien écrit et souvent horrible dans ses descriptions des horreurs commises par Gacy (âmes sensibles, s’abstenir).
L’ouvrage suit de près le travail de la police jour après jour, à partir de la disparition de Robert Piest, alors que les enquêteurs découvrent de nouvelles preuves, interrogent Gacy et déterrent de nouveaux cadavres. On suit les derniers instants des victimes de Gacy et les efforts désespérés de leurs familles pour les retrouver. Sullivan décrit évidemment le procès de Gacy, en s’intéressant particulièrement aux expertises psychiatriques. Un excellent livre.

The Last Victim
Résumé : Étudiant de 1ère année à l’Université de Las Vegas, Jason Moss, qui rêvait d’une carrière dans la justice ou la police, a imaginé écrire à des serial killers dans le couloir de la mort, espérant gagner leur confiance et découvrir pourquoi ils tuent. Son contact le plus « intime » se noua avec John Wayne Gacy, qui a violé et tué 33 adolescents. Il a également correspondu avec Charles Manson, Jeffrey Dahmer, Richard Ramirez… Mais dans sa relation avec Gacy, Moss a senti qu’il commençait à perdre le contrôle psychologiquement. Ils se téléphonaient régulièrement, puis Gacy lui proposa de venir le voir en prison…
Critique : L’intention de départ de Moss n’était pas de s’initier à la victimologie contre des prédateurs. Il avait les mêmes opinions sur la SK que la plupart des gens (les SK exercent un pouvoir, ce sont des prédateurs très intelligents, etc). Au début, Moss admirait le pouvoir et l’habilité. Mais finalement, il a réalisé la signification de ce que pouvaient vivre les victimes. Il a compris qu’il est très facile (et rapide) de devenir une victime avant même de vous en rendre compte. Moss tente d’éduquer le lecteur : les tueurs en série sont extrêmement manipulateurs. Il est impossible de prendre une décision sans savoir à qui vous avez à faire. Moss veut que l’on sache que les hommes à qui il a écrit sont manipulateurs, n’ont absolument pas changé en prison et, si on les y encourage, apprennent aux autres leurs méthodes ! Il tient aussi à alerter les gens sur ce qui se passe en prison. Ainsi, les gardiens ont disparu et ont laissé Moss seul avec Gacy, qui était traité comme une célébrité ! Lisez cet ouvrage si vous voulez comprendre comment il est aisé d’être manipulé dans le rôle de victime et avec quelle cruauté un tueur en série vous attaquerait.

Filmographie

Films inspirés par Gacy :

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Réalisé par Eric Till, le téléfilm « To Catch a Killer », diffusé en 1992, présente l’histoire de Gacy, joué par l’excellent Brian Dennehy. Ce dernier joue particulièrement bien le « bon voisin gentil et sympathique »… qui se révèle être un monstre. Les seconds rôles sont corrects et le téléfilm est d’assez bonne facture. L’histoire en elle-même (focalisée sur l’enquête menée par Kozenczack plus que sur la vie de Gacy) est assez proche de la réalité, même si les détails sont laissés de côté. (La version française s’appelle Disparitions Sanglantes).

Gacy
Réalisé par Clive Saunders en 2003, le film « Gacy » est sorti directement en DVD, avec Michael Holton dans le rôle du tueur. La réalisation est assez plate et la plupart des acteurs jouent mal, excepté Michael Holton. Le film ne montre pas Gacy tel qu’il était réellement (tout le monde le considérait comme un homme a-do-rable !) et présente plutôt un « sale type » vulgaire et coléreux, qui tue pour se venger ou parce qu’il a des absences, des « coups de folie ». Il est inspiré des crimes de Gacy mais n’a pas une valeur documentaire. Il n’est pas ni précis, ni juste sur ce point.
Par contre, le film parvient à son but : être troublant, parfois même glauque et horrifiant.

Liens

– Des photographies des fouilles dans la maison de Gacy en décembre 1978
La ville de Chicago sur Wikipedia
Le site officiel de la ville de Waterloo, Iowa (anglais)

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