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L’enfance des tueurs en série : la cause de leurs crimes ?

Cet article est la traduction d’une étude du Docteur Kenji ABE, de l’Université Toin de Yokohama (“Serial murderers and their early childhood environments”, 2015). Le professeur Abe effectue des recherches sur les effets de la famille et de l’environnement social sur le développement du comportement antisocial. Il est membre du Comité national de conseil des établissements correctionnels du Japon.

L’article de Kenji Abe étant particulièrement pointu, je me suis permise de traduire son texte en français, mais également de le simplifier afin qu’il soit plus compréhensible.

Résumé

Bien qu’il y ait eu des progrès significatifs dans la connaissance et la compréhension du meurtre en série, ses causes et ses facteurs restent inconnus. En particulier, l’effet des influences environnementales n’est pas clair. Alors que certains chercheurs soulignent l’impossibilité de prédire les meurtres en série à partir d’une compréhension des événements de la petite enfance, d’autres signalent l’importance des événements traumatiques sur le développement des futurs tueurs en série. Cependant, même parmi ceux qui ont souligné des événements traumatiques, il existe des incohérences nettes concernant le moment et les types d’incidents.
Cet article étudie les enfances de 41 tueurs en série afin de déterminer s’il existe des schémas qui apparaissent à plusieurs reprises dans leur environnement durant l’enfance, et si oui, lorsque ces facteurs ont des effets plus dommageables sur les sujets.
Cette recherche préliminaire utilise intentionnellement la littérature grand public et des informations sur Internet, qui sont généralement négligées par les chercheurs universitaires.

 

Introduction

serial murderers and their victims hickeyDans son « modèle de contrôle des traumatismes », Hickey (1997) émet une hypothèse sur la manière dont l’esprit du tueur en série se développe. Il affirme que le sujet subit un ou plusieurs événements déstabilisants « durant les premières années de sa vie » (p.86). Un tel traumatisme provoque chez le futur tueur des sentiments d’impuissance et de doute sur lui-même, bien que ce trauma soit par la suite supprimé de son esprit au point qu’il ne puisse plus s’en souvenir consciemment.

Cette expérience « oubliée » avec le temps va par la suite créer une scission dans la personnalité du sujet. Cependant, la douleur de cet événement traumatique finira par revenir à la surface. « Pour le délinquant, ce cycle de traumatisme et de volonté de reprendre le contrôle peut être engendré à un âge très précoce » (p.88).

Holmes, Tewksbury et Holmes (1999) tentent de préciser d’avantage ce processus de développement dans leur « syndrome d’identité fracturée ». Ils postulent qu’un incident traumatique, « qui se produit souvent durant l’adolescence » (p. 267), cause une petite fissure dans la personnalité, et les incidents suivants font exploser cette fissure en une véritable fracture de la personnalité. Avant cela, « les meurtriers sont comme tous les autres enfants pendant les premières années du développement de la personnalité … et rien dans leurs premières années ne les a préparé à la prédation en série qui se produira plus tard dans leur vie ». Le sujet peut également se rappeler l’événement social douloureux qui l’a amené à penser que l’homicide en série serait acceptable.

En ce qui concerne les causes des comportements antisociaux, un nombre croissant d’études récentes ont conclu qu’elles résidaient dans les influences génétiques ou biologiques et leurs interactions avec l’environnement. Cependant, en ce qui concerne les influences environnementales, il existe des incohérences qui doivent être clarifiées.

Fox et Levin (1998) soulignent qu’« il est impossible de prédire (et de prévenir) le meurtre en série en examinant des événements de la petite enfance » (p. 449), étant donné que seule une minorité de ceux qui partagent ces « points communs traumatisant » deviennent effectivement des tueurs en série.
Cependant, Lykken (1995) affirme que la génétique exerce indirectement une influence sur le cerveau en aidant à déterminer l’environnement efficace qui correspond aux penchants innés de l’enfant.

journal of abnormal psychologyKrueger, Hicks, Patrick, Carlson, Iacono et McGue (2002) proposent l’hypothèse selon laquelle les facteurs génétiques peuvent influer sur la probabilité globale des troubles d’externalisation (ndlr : tels que le trouble de déficit d’attention / hyperactivité, le trouble oppositionnel défiant, le désordre de personnalité antisociale, les désordres en rapport avec l’alcool ou la drogue, etc.), mais ce qui détermine l’importance ou non de cette probabilité sont des événements propres à une personne spécifique à des moments précis.

Les facteurs génétiques pour l’agression varient de 44% à 72% (Miles & Carey, 1997; Rhee & Waldoman, 2002), et seul 50% sont estimés être des informations codées dans l’ADN qui ont une influence sur les traits antisociaux adultes (Kiehl et Buckholtz, 2010).

Tout cela semble indiquer que dans le cas de crimes violents comme le meurtre en série, une partie substantielle dépend de l’hérédité, alors que le reste est déterminé par des facteurs environnementaux.

En ce qui concerne les facteurs environnementaux traumatiques du tueur en série, Hickey (1997) mentionne « la vie familiale instable, la mort des parents, le divorce, les châtiments corporels, les sévices sexuels et autres événements négatifs », en soulignant le rejet comme étant le plus commun. Il semble inclure à la fois les facteurs d’abus et de négligence. D’autre part, Holmes et al. (1999) mentionnent des exemples tels que la punition pour des actes non commis, ou la découverte de l’illégitimité ou de l’adoption du sujet, suggérant une violence ou un choc psychologique. Cependant, la négligence, la violence physique et l’abus psychologique ont chacun un effet psychologique distinct sur le développement de l’enfant.

Bien que les abus physiques produisent en retour une agressivité envers les autres, les attaques psychologiques et les critiques des parents semblent être spécifiquement associées à une faible opinion de soi-même (Briere et Runtz, 1990). La négligence, d’autre part, est associée à des déficits cognitifs et scolaires plus sévères, à un retrait social et à une acceptation limitée des pairs, et à des problèmes d’intériorisation par rapport à la violence physique (Hildyard & Wolfe, 2002).

Une autre question concerne les facteurs environnementaux sur lesquels le temps a le plus d’impact. Certains tueurs en série commencent à montrer leur anomalie à un très jeune âge. Par exemple, Ted Bundy avait entouré sa tante de couteaux à l’âge de trois ans, alors qu’elle faisait une sieste (Rule, 1980). A l’âge de deux ans, William Heirens coinçait joyeusement un chien dans un four et enfermait sa mère à clé dans le garde-manger (Moyer, Powell, Powell et Pinn, nd). Il est possible qu’un événement traumatisant soit déjà arrivé à ces deux jeunes enfants avant ces incidents. Cependant, Hickey (1997) et Holmes et al. (1999) accordent plus d’importance aux événements traumatiques qui se produisent au cours des années de formation et de l’adolescence, en mentionnant les cas qui se sont produits à l’âge de 8, 9 et 13 ans.

Bien que Holmes et al. soulignent que le « côté sombre fracturé » n’est pas simplement une dissociation, mais plutôt « un élément endommagé qui surgira à cause des dommages qui ont existé depuis quelque temps, habituellement dans l’enfance du tueur adulte » (p.268), ils ne précisent pas plus leur pensée. Dans une autre section, ils mentionnent que le meurtrier en série apprendra qu’il a « un stigmate inné » (p. 267), dont la petite rupture pourrait aussi être prise comme quelque chose dont le sujet hérite. Ici, nous voyons une autre ambiguïté.

Par conséquent, il nous paraît nécessaire de nous pencher sur ce qui s’est passé exactement pendant la petite enfance qui a pu provoquer l’acte de meurtre en série.

 

Source d’information

En général, les données sur les criminels coupables d’homicides ne sont pas disponibles librement et elles proviennent principalement d’archives de journaux. Ces informations ne couvrent pas nécessairement les enfances des assassins. En particulier pour les meurtres en série, il n’existe pas de sources de données officielles pour évaluer la prévalence ou les schémas, et selon la source que l’on choisit de lire, les typologies des meurtres sont souvent différentes, certaines utilisant la causalité, tandis que d’autres sont de nature diagnostique. En outre, les problèmes familiaux ne sont pas directement perceptibles par les mesures traditionnelles, et les tueurs en série sont connus pour ne pas dire la vérité. Cela explique pourquoi la recherche sur les antécédents des tueurs en série est stagnante.

Normalement, la littérature grand public et les sources Internet sont jugées peu fiables pour la recherche universitaire. Tout en reconnaissant la moindre crédibilité de l’information provenant de ces deux sources, si un large éventail d’informations moins crédibles est combiné et comparé pour trouver des points communs, il est toujours possible que les valeurs aberrantes irrégulières ou exceptionnelles diminuent et que seules les informations communes demeurent. Dans la situation actuelle, où l’obtention de documents officiels pour un large éventail d’antécédents de tueurs en série est presque impossible, une telle recherche pourrait encore servir de projet pilote qui pourrait stimuler des recherches plus poussées.

 

Méthodologie

Dans cette étude, la petite enfance de 41 tueurs en série a été examinée. Ces 41 tueurs étaient : Charles Albright (Matthews & Wicker, 1996), Edmund Kemper (Cheney, 1976), William Heirens (Freeman, 1955), Andrei Chikatilo (Ol’Gin & Krivitch, 1993), Michael Swango (Stewart, 1999), Angelo Buono (Crisp, 2002), Ed Gein (Schechter, 1989), Henry Lee Lucas (Cox, 1991), Ottis Toole (Norris, 1991), Donald Harvey (Martin, 2005), Gary Ridgway (Rule, 2004), Harold Shipman (Whittle & Ritchie, 2000), Ted Bundy (Rule, 1980), Paul Bernardo (Castleden, 2011), Albert De Salvo (Kelly, 1995), Charles Ng (Henton & Owens, 2002), Danny Rolling (London, 1996), John Wayne Gacy (Sullivan, 2011), Richard Ramirez (Carlo, 2010), Robert Hansen (Gilm ore & Hale, 1991), Gerard Schaefer (Schaefer & London, 1989), Hadden Clark (Havill, 2001), Richard Chase (Biondi, 1992), Donald Gaskins (Gaskins, 1994), David Parker Ray (Sparks, 2006), Patrick Kearney (Stewart, 2010), Albert Fish (Schechter, 2010), Anatoly Onoprienko (Leslie, 2010), David Berkowitz (Brodi, 2012) Joel Rifkin (Mladinich, 1981), Kenneth Bianchi (Crisp, 2002; O’Brian, 1985), Robert Black (Church, 1996), Gerald Stano (Flowers, 1993), Cary Stayner (McDougal, 2000), Jeffrey Dahmer (Dahmer, 1994), Dennis Nilsen (Malekos, 2012), Dean Corll (Olsen, 2000), Coral Eugene Watts (Mitchell, 2006), Tommy Lynn Sells (Fanning, 2007), William Bonin (Bonin, 1991), et Ivan Milat (Whittaker, 1998).

Levin et Madfis (2009) soulignent que les problèmes familiaux ne sont pas directement perceptibles par des mesures traditionnelles. Aussi, nous avons également fait référence à Murderpedia, Crime Library sur truTV, Wikipedia, radford.edu, et Youtube, chaque fois que nécessaire, pour mieux comprendre certaines informations limitées afin de poser notre jugement final.

 

Résultats

Sur la base de la caractéristique la plus remarquable, sept modèles distincts ont émergé de ces 41 cas aléatoires.

Type 1: Domination et agression par la mère

Il existe trois sous-groupes dans ce type.

Andreï Chikatilo

Andreï Chikatilo

– Le premier groupe était celui des mères enclines à la colère. Un certain type d’insatisfaction existait déjà avant que leur fils ne soit né. Leur colère provient de leur propre psychologie ou problème. Elles semblent ne pas avoir été le type de femmes qui étaient prêtes à prendre soin de leur enfant. Elles se plaignaient constamment de petits détails sur ce que leur fils faisait, et l’humiliait. Ainsi les sujets passèrent toute leur enfance « sur un lit d’épines ». Andrei Chikatilo, Angelo Buono, Gary Ridgeway et Ed Kemper appartiennent à ce groupe.

– Le deuxième groupe est celui des mères ayant une certaine idée fixe. Elles ont refusé d’accepter l’identité naturelle de leur fils. Certaines mères voulaient une fille, et ne pouvaient pas accepter le fait que leur enfant était un garçon. Elles l’ont forcé à porter des vêtements de fille et dans certains cas l’ont appelé d’un nom d’une fille. Certaines mères portaient une haine particulière envers les femmes. Dans le cas de William Heirens, sa mère lui a appris que le sexe était sale et était porteur de maladie. Cela le fit plus tard vomir quand il embrassa une fille.

Harold Shipman

Harold Shipman

– Dans le troisième groupe, les mères ont établi une domination complète sur leurs fils. Conditionné à ne jamais établir de relations extérieures, les sujets étaient totalement isolés et ont dû suivre tout ce que leur mère disait. Puis, un événement très choquant s’est produit. Dans le cas d’Ed Gein, sa mère l’a isolé dans une maison rurale, et lui a enseigné que toutes les femmes étaient des putes et représentaient le mal. La mère de Harold Shipman le persuada qu’il était supérieur à tous mais décida avec qui il pouvait se lier d’amitié. Ces deux mères sont soudainement mortes, laissant leurs fils complètement seuls. Donald Harvey et Michael Swango font également partie de ce groupe.

Dans certains cas, ces caractéristiques se chevauchent. Dans les cas de Henry Lee Lucas et Ottis Toole, les deux mères étaient agressives, habillèrent leurs fils avec une robe de fille, et essayèrent de les dominer.

 

Type 2 : Abus et terreur par le père

Danny Rolling

Danny Rolling

Certains sujets ont été victimes de violence physique ou mentale directe par leur père. Par exemple, bien que gaucher, Robert Hansen a été forcé d’utiliser sa main droite, et aussi de travailler de longues heures à la boulangerie de la famille. D’autres devaient vivre dans des environnements familiaux où le père faisait régner la terreur. Bien qu’ils ne subissaient pas eux-mêmes la violence physique directe, ils ont été témoins de la violence de leur père sur d’autres membres de la famille. Cette expérience n’était pas moins traumatisante que l’abus direct. Paul Bernardo, Albert De Salvo, Charles Ng, Danny Rolling, John Wayne Gacy et Robert Hansen ont été victimes de violence directe. Ted Bundy et Richard Ramirez n’ont pas subis de violence physique, mais ont souffert de la terreur imposé par leur père.

 

Type 3 : Hostilités par les deux parents

Hadden Clark

Hadden Clark

Il existe des cas où le père et la mère étaient tous les deux hostiles envers le sujet. Gérard Schaefer, Hadden Clark et Richard Chase appartenaient à ce type. Ces parents étaient habituellement autoritaires, stricts, critiques, jamais satisfaits, rejetant et abusifs. Ils étaient ivres très souvent, et se disputaient constamment l’un avec l’autre. Clark et Chase ont tous deux développé une schizophrénie paranoïde. Schaefer avait des pensées suicidaires et pensait énormément à la mort. Avec le temps, il est devenu sexuellement excité en agissant de manière à se faire mal. Apparemment, il atteignait parfois un point où il ne savait pas ce qui était un fait ou un fantasme. Le père de Clark le traité de « retardé mental», et sa mère l’habillait avec des vêtements de fille lorsqu’elle était ivre. Clark ne parla qu’après ses six ans.

L’hostilité par les deux parents semble provoquer un plus grand dommage psychologique sur les sujets que par un seul parent.

 

Type 4: Brutalisation à l’école

Donald Gaskins

Donald Gaskins

Donald Gaskins, David Parker Ray et Patrick Kearney appartenaient à ce type. Gaskins et Kearney étaient déjà maltraités à la maison par leur(s) parent(s) avant d’entrer à l’école. Kearney a très mal supporté d’être mince et maladif. Ces antécédents les ont rendu extrêmement timides, surtout avec les filles, ce qui les a amenés à être raillés, voir brutalisés, par leurs pairs. Gaskins était surnommé « Pee Wee » (« minus ») parce qu’il ne mesurait qu’1m64. Il a été emprisonné pour avoir agressé une fille, et a été violé par plusieurs détenus durant sa détention. Il a ensuite commis son premier meurtre alors qu’il était encore en prison pour gagner une réputation de « gros dur ».

 

Type 5: Abus à l’orphelinat

Anatoly Onoprienko

Anatoly Onoprienko

Albert Fish et Anatoly Onoprienko ont tous deux affirmé que ce qu’ils avaient vécu à l’orphelinat avait entièrement transformé leur personnalité. Fish a été placé dans un orphelinat à l’âge de cinq ans, après la mort de son père ; Onoprienko à l’âge de 4 ans, après le décès de sa mère. Leur institutionnalisation peu de temps après la mort de l’un de leurs parents semble indiquer que leurs liens avec leur famille n’étaient pas très forts.
Fish a commencé à apprécier la douleur provoquée par les coups à l’orphelinat. Comme il l’a dit lui-même, « Cela prit racine dans (son) esprit ». Plus tard, il s’est frappé à plusieurs reprises avec une pagaie à clous, et a inséré de la laine dans son anus et y a mis feu. Après son arrestation, des radios ont découvert au moins 29 aiguilles logées dans sa région pelvienne. Onoprienko a plus tard expliqué que son expérience à l’orphelinat avait prédéterminé son destin.

 

Type 6: Négligence +α

Coral Eugene Watts

Coral Eugene Watts

Un grand nombre de sujets ont souffert d’une négligence émotionnelle constante dans leurs familles dysfonctionnelles avec des abus occasionnels à un stade précoce. Ensuite, ils ont été soumis à des traumatismes supplémentaires, qui ont été extrêmement intenses, choquant et critiques pour le développement de leurs actes meurtriers une fois adule : Jeffrey Dahmer a subi une opération chirurgicale (une hernie) à 4 ans; Dean Corll une fièvre rhumatismale à 7 ans; Coral Eugene Watts, une méningite à 8 ans; Dennis Nilsen a fait face à la mort subite de son grand-père bien-aimé à 6 ans; William Bonin, après avoir été gravement négligé par sa mère, a été envoyé à un orphelinat entre six et neuf ans, puis en détention juvénile à 10 ans. Tommy Lynn Sells a contracté une méningite à 18 mois, a été agressé physiquement par sa mère, puis empêché de voir sa tante, qui prit soin de lui au lieu de sa mère. Il a perdu son père adoré à l’âge de 11 ans. Ivan Milat et Cary Stayner ont également appartenu à ce groupe.

 

Type 7: Adoption +α

David Berkowitz

David Berkowitz

Certains sujets ont été adoptés à un âge précoce, puis confrontés à d’autres traumatismes dans leur nouveau foyer d’adoption. Bien qu’il soit possible que ces sujets héritent de certains gènes défavorables de leurs parents biologiques, l’hostilité dans leur foyer d’adoption était également au-delà des niveaux normaux. David Berkowitz a été adopté quelques jours après sa naissance. Sa mère adoptive était une femme particulière, avide de l’attention des autres, et qui aimait montrer son nouveau bébé. Un des premiers souvenirs de Berkowitz était que ses parents adoptifs lui ont expliqué qu’il avait été adopté parce que sa mère biologique était décédée à sa naissance (ce qui était faux). Cela a provoqué chez lui une extrême culpabilité, ainsi que des cauchemars durant lesquels son père biologique venait l’assassiner pour venger la mort de sa mère. Son excès de poids dès son jeune âge l’a également amené à se sentir différent et embarrassé envers les autres enfants. Tenu sous le contrôle psychologique total de sa mère adoptive, il a été dévasté quand elle est décédée d’un cancer de sein quand il avait 14 ans.

La mère de Kenneth Bianchi exerçait elle-aussi un contrôle extrême sur son fils. En raison de ce stress, Bianchi est parfois tombé dans un état de rêverie proche de la transe durant lequel ses yeux roulaient en arrière dans leurs orbites. À l’âge de 9 ans, la mère de Bianchi lui a fait porter des serviettes hygiéniques pour ses problèmes d’énurésie. Joel Rifkin et Charles Albright ont également appartenu à ce groupe.

Robert Black

Robert Black

Certains sujets ont même été privés des soins de base au cours de leur première année de vie, ce qui a perturbé leur développement normal. Ils ont souvent développé des symptômes autoérotiques en raison de leur privation maternelle précoce (Spitz & Wolfe, 1946, Spitz, 1949, Spitz, 1953). Gerald Stano mangeait ses excréments avant son adoption. Robert Black fantasmait sexuellement de jouer avec ses selles et de pousser des choses dans son anus. Après une privation aussi précoce, ils ont par la suite subit négligence et abus dans leur famille d’adoption.

 

Discussions

Qu’ont en commun ces sept types ?

Dans les cinq premiers, qu’elle soit physique, émotionnelle ou les deux, il existe clairement une force agressive directe envers les sujets. Cependant, une telle force directe n’est pas aussi claire dans les types « Négligence + α » et « Adoption + α ».

Dans les cas de « Négligence + α », nous avons souligné une maladie grave suivie d’une opération ou d’une hospitalisation, la mort d’un être cher, l’institutionnalisation ou le contrôle psychologique de la mère. La négligence est connue pour aggraver les effets de l’abus si elle le précède (Ney, Fung et Wickett, 1994). Il est possible que ces incidents choquants, mélangés à une négligence déjà fréquente et à des abus occasionnels, jouent le même rôle que la force agressive directe dans l’esprit immature des sujets.

Une explication similaire peut être donnée sur les cas d’Adoption + α. L’enfant adopté est déjà dans un état de vulnérabilité psychologique qui pourrait facilement conduire à la dissociation entre un être factice présenté dans la famille adoptive et un être interdit s’accrochant à ses parents biologiques (Kirschner, 1992). Un autre désastre psychologique, comme la révélation soudaine et délétère du statut d’adopté et de la mort de la mère à cause de sa propre naissance, la déception du père à son sujet et son suicide, ou le contrôle obsessionnel de la mère anxieuse, pourraient tous mener à autant de dommages que l’agression directe, renforcée dans leurs situations déjà vulnérables d’adoptés.

De cette façon, les environnements de la petite enfance des tueurs en série examinés dans cette étude ont été considérés comme divisés en deux grands groupes : le groupe sous agression directe et le groupe en état de vulnérabilité plus agression indirecte, qui est souvent cachée, inconsciente, accidentelle ou parfois involontaire. Qu’elle soit directe ou indirecte, la force agressive a été anormalement dirigée sur les sujets de ces sept types. Les environnements infantiles des tueurs en série ont donc été classés comme étant abusifs plutôt que négligés. Dans les trois premiers types, il y avait une agressivité constante et une domination à la maison au-delà du niveau normal. Dans le cas de la brutalisation et de l’orphelinat, l’abus a commencé par la violence et la négligence à domicile, suivi d’une menace et d’une violence intense après l’entrée à l’école ou à l’orphelinat. Dans les cas de négligence et d’adoption, les conditions vulnérables initiales des sujets ont été suivies d’événements choquants, d’abus des parents adoptifs ou d’un contrôle aberrant.

Dans les sept types, ces forces agressives ont commencé très tôt, parfois dès la naissance des sujets, et ont été dominatrices dans leur vie au moins durant leurs premières années, sans interruption. Il n’y a eu aucun cas où la négligence seule ait causé des meurtres en série. Ils étaient toujours accompagnés d’abus occasionnels ou postérieurs. Ces sept types d’agression anormale agressive ont toutes fortement instillés des images violentes dans les jeunes esprits des sujets. Le fait que ces sept schémas clairs ont été trouvés dans les environnements précoces de ces tueurs en série suggère que les facteurs environnementaux des jeunes années, à eux seuls, ont un effet substantiel dans la création de tueurs en série, en dehors des prédispositions agressives innées possibles des sujets.

Cela indique qu’il est possible que nous puissions prévenir les meurtres en série en évitant ou en modifiant certains facteurs dans la petite enfance.
D’autres études sont fortement recommandées pour tester la validité de cette nouvelle possibilité.

 

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